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Génocide Arménien

Génocide arménien

De 1915 à 1917, au cours de la Première Guerre mondiale, le gouvernement Jeunes Turcs de l'Empire ottoman a déporté et tué une large part de la population arménienne. Ces massacres, désignés comme le génocide arménien, sont unanimement admis et de nombreux pays et instances gouvernementales ou religieuses dans le monde ont officiellement reconnu ce génocide. La Turquie, qui ne nie pas les tueries, en conteste l'ampleur, rejetant la qualification de « génocide », et ce négationnisme de l'Etat turc est contesté par les survivants du génocide arménien. La question de la reconnaissance de ce génocide a été ravivée à l'occasion de la décision d'ouverture de négociations entre l'Union européenne et la Turquie, en vue d'une adhésion éventuelle de celle-ci. L'UE a reconnu le génocide arménien (cf. JO C 190 du 20 juillet 1987). Cette question est fréquemment abordée lors des débats concernant la conformité de la politique de l'État turc avec les valeurs morales de l'Union Européenne et en particulier, son attachement au respect des droits de l'homme.

Événements antérieurs

Population arménienne dans l'empire ottoman avant 1915


- Patriarcat arménien : 3 000 000 d'Arméniens selon les statistiques apportées par la délégation arménienne au congrès de Berlin (1878). En 1882, le patriarcat arménien établit une nouvelle statistique : 2 660 000. À la veille de la Première Guerre mondiale, donc après les massacres hamidiens, de Cilicie, et après plusieurs vagues d'émigration, les sources du patriarcat arménien permettent d'établir une population arménienne d'environ 2 100 000 Arméniens.
- Statistiques officielles ottomanes (recensement) : Le recensement de 1844 porte à près de 2 millions le nombres d’Arméniens pour la seule Turquie d’Asie. En 1867, le gouvernement ottoman fait publier le nombre de 2 millions d’Arméniens en Turquie d’Asie et 400 000 en Turquie d’Europe, soit un total de 2 400 000 ; suite aux traités de San Stefano et de Berlin, où les Arméniens et leur poids démographique deviennent un sérieux problème (pour la première fois est évoquée leur possible autonomie), le gouvernement ottoman présentera alors des nombres réduits de près de la moitié, soit 1 160 000 - 1 300 000
- H. Pasdermadjian (arménien) : 2 100 000
- R. Hovanissian (arménien) : 1 500 000 - 2 000 000
- Ludovic de Contenson : 1 400 000
- C. Walker (auteur pro-arménien) : 1 500 000 - 2 000 000
- Clair Price : 1 500 000
- A. Powell : 1 500 000
- Lynch : 1 325 000
- V. Cuinet : 1 475 000 (Turquie d’Asie, Turquie d'Europe exclue)
- Encyclopedia Britannica (édition de 1910) : 1 500 000 ; édition actuelle : 2 000 000
- Justin McCarthy : 1 698 301 (source :Muslims and Minorities, The population of the Ottoman Armenians). Voir sur ce point Marcel Léart, La Question arménienne à la lumière des documents, 1913, ainsi le travail de l'historien Raymond Kévorkian : Les Arméniens dans l'Empire ottoman à la veille du génocide, 1992, Paris, Arhis.
Pour une approche critique du travail de J. McCarthy : [http://web.archive.org/web/19980630163615/www.ehess.fr/centres/ldh/POPULATIQUE/Numero1/PAULIN.html Négationnisme et théorie des populations stables : le cas du génocide arménien], par Frédéric Paulin.

Massacres hamidiens, 1894-1896

Les massacres hamidiens constituent la première série d'atrocités génocidaires perpétrées contre les Arméniens de l'Empire Ottoman. Ils eurent lieu sous règne du Sultan Abdul Hamid II, connu en Europe sous le nom du « Sultan Rouge » ou encore du « Grand Saigneur », qui ordonna des massacres suite aux révoltes des Arméniens. Le nombre des victimes arméniennes serait d'environ 200 000. En savoir plus : [http://www.imprescriptible.fr/documents/surbezy/index.htm Les Affaires d'Arménie et l'intervention des Puissances européennes (de 1894 à 1897)], par François Surbezy, Université de Montpellier, 1911.

Massacres de Cilicie (d'Adana), 1909

Prélude du « génocide arménien », les massacres de Cilicie (ou d'Adana) eurent lieu entre le 14 et 27 avril 1909. Ils s'étendirent aux zones rurales ciliciennes et à différentes villes : Adana, Hadjin, Sis, Zeïtoun, Alep, Dört Yol. Environ 30 000 Arméniens y laissèrent leur vie, dont 20 000 dans le seul vilayet d'Adana. Les troupes constitutionnelles ottomanes participèrent aux massacres. M. Pichon, ministre des Affaires étrangères, portera l'accusation à la Chambre française, séance du 17 mai 1909 : « Il est arrivé malheureusement que des troupes qui avaient été envoyées pour prévenir et réprimer les attentats y ont, au contraire, participé. Le fait est exact.»

Déroulement, chronologie

Contexte

Le 1 novembre 1914, après avoir été depuis août sollicité par l'Allemagne, l'Empire ottoman entre dans la Guerre mondiale au côté des Puissances centrales. De nouveaux fronts s'ouvrent alors, l'un sur la frontière caucasienne avec la Russie. La 3 armée ottomane qui s'est engouffrée sans préparation logistique en Transcaucasie, est écrasée en janvier 1915, à Sarikamish. Frustrés par cette défaite, les dirigeants du parti Union et Progrès - on les appelle en Europe les « Jeunes Turcs » - décident de profiter de l'opportunité de la guerre pour résoudre définitivement par l'extermination des Arméniens la « Question arménienne » (Ermeni sorunu) qui, depuis le congrès de Berlin de 1878, est l'un des points les plus épineux de la « Question d'Orient ». En outre, animés par une idéologie nationaliste turquiste et panturquiste, ils voient dans les Arméniens un obstacle majeur à leur unification ethnique en Anatolie et à leur expansion dans les pays de langue turque d'Asie centrale. La justification avancée est qu’il s’agit d’une réaction face aux désertions d’Arméniens qui eurent lieu dans certaines régions (en partie à cause des conditions infligées aux chrétiens dans l’armée ottomane), mais surtout face aux quelques actes localisés de résistance : le cas le plus important, Van, sera présenté par le gouvernement comme une révolution, un soulèvement, version démentie par tous les rapports des témoins italiens, allemands ou américains (consuls, missionnaires, enseignants..) qui expliquent que les Arméniens ont organisé une défense de la ville pour éviter de subir un massacre.

Les massacres

En février 1915, le comité central du parti et des ministres du cabinet de guerre, Talaat et Enver en particulier, mettent secrètement au point un plan de destruction qui sera exécuté dans les mois suivants. Il est présenté officiellement comme un transfert de la population arménienne - que le gouvernement accuse de collaborer avec l'ennemi russe - loin du front. En fait, la déportation n'est que le masque qui couvre une opération d'anéantissement de tous les Arméniens de l'Empire, comme le prouve l'examen des faits. La première mesure est le désarmement des soldats arméniens enrôlés dans l'armée ottomane. Ils sont employés à des travaux de voirie ou de transport et, au cours de l'année 1915, éliminés par petits groupes. Puis les Jeunes Turcs, à la recherche des preuves d'un complot arménien, procèdent à des perquisitions et à des arrestations qui frappent en premier lieu les notables de Constantinople, arrêtés les 24 et 25 avril. La destruction des populations arméniennes est opérée en deux phases successives : de mai à juillet 1915 dans les sept provinces - vilayet - orientales d'Anatolie - Erzurum, Van, Bitlis, Diyarbakır, Karput, Sivas, Trébizonde - où vivent près d'un million d'Arméniens, et qui sont plus ou moins proches du théâtre de la guerre ; puis à la fin de 1915, dans les autres provinces de l'Empire éloignées du front - ce qui enlève toute vraisemblance à l'accusation de collaboration avec l'ennemi. Dans les provinces orientales, l'opération se déroule en tous lieux de la même manière. Les séquences se déroulent systématiquement dans les villes et les bourgs :
- perquisitions dans les maisons des notables civils et religieux ;
- arrestation de ces notables ;
- tortures pour leur faire avouer un prétendu complot et des caches d'armes ;
- déportation et exécution des prisonniers à proximité de la ville ;
- publication d'un avis de déportation ;
- séparation des hommes qui, liés par petits groupes, sont exécutés dans les environs de la ville ;
- évacuation de la totalité de la population arménienne répartie en convois de femmes, d'enfants et de personnes âgées qui quittent la ville à intervalles réguliers, à pied, avec un maigre bagage ;
- enlèvement dans le convoi de femmes et d'enfants conduits dans des foyers musulmans ;
- décimation régulière des convois par les gendarmes chargés de les escorter, des bandes kurdes ou des miliciens recrutés à cette fin. Seules quelques milliers de personnes survivent à cette déportation. Dans les villages, à l'abri des témoins, tous les Arméniens sont tués, à l'exception de quelques femmes ou enfants enlevés. Dans les vilayet de Bitlis et de Diarbékir, presque tous les Arméniens sont assassinés sur place. Dans le reste de l'Empire, le programme prend les formes d'une déportation, conduite par chemin de fer sur une partie du parcours, les familles restant parfois réunies. Les convois de déportés convergent vers Alep, en Syrie, où une Direction générale de l'installation des tribus et des déportés les répartit selon deux axes : au sud, vers la Syrie, le Liban et la Palestine - une partie survivra ; à l'est, le long de l'Euphrate, où des camps de concentration, véritables mouroirs, sont improvisés. Les déportés sont peu à peu poussés vers Deir-es-Zor. Là, en juillet 1916, ils sont envoyés dans les déserts de Mésopotamie où ils sont tués par petits groupes ou meurent de soif. Les derniers regroupements de déportés le long du chemin de fer de Bagdad, à Ras-ul-Aïn, à Intilli sont, eux aussi, détruits en juillet 1916. Seuls survivent un tiers des Arméniens : ceux qui habitaient Constantinople et Smyrne, les personnes enlevées, les Arméniens du vilayet de Van, sauvés par l'avance de l'armée russe et quelques 100 000 déportés des camps du sud.

Bilan des massacres

Les faits sont connus dès mai 1915 par les rapports de diplomates neutres et de témoins appartenant aux nombreuses missions, écoles et hôpitaux présents dans l'Empire ottoman. La presse de l'époque, en particulier aux États-Unis et au Canada, se fait l'écho de l'indignation soulevée par ces révélations. Après la guerre, le régime jeune-turc ayant disparu depuis octobre 1918, des procès montrent la réalité des massacres et révèlent l'existence d'une organisation criminelle, l'Organisation spéciale, qui a orchestré les destructions de la population arménienne. Lorsqu'à la fin de 1916, les observateurs font le bilan de l'anéantissement des Arméniens de Turquie, ils peuvent constater qu'à l'exception de 300 000 Arméniens sauvés par l'avancée russe et de quelque 200 000 habitants de Constantinople et de Smyrne qu'il était difficile de supprimer devant des témoins, il ne persiste plus que des îlots de survie : des femmes et des jeunes filles enlevées, disparues dans le secret des maisons turques ou rééduquées dans les écoles islamiques comme celle que dirige l'apôtre du turquisme Halide Edip ; des enfants regroupés dans des orphelinats pilotes ; quelques miraculés cachés par des voisins ou amis musulmans ; ou, dans des villes du centre, quelques familles épargnées grâce à la fermeté d'un vali ou d'un Kaïmakan. Au total, de 1 200 000 à 1 500 000 victimes.....

Événements postérieurs

Procès des Unionistes, Constantinople, 1919.

Les principaux responsables du génocide y sont condamnés à mort par contumace, ayant pris la fuite en 1918, juste après avoir détruit la plupart des documents incriminants. La cour martiale établit la volonté des Unionistes d'éliminer physiquement les Arméniens, via son Organisation spéciale. Voici sa conclusion : :Immédiatement après la mobilisation du 21 juillet 1914, le Comité central du parti Union et Progrès avait constitué un Techkilat-i Mahsoussé (nom turc de l'Organisation spéciale) qui était entièrement différent dans ses buts et sa composition du Techkilat-i Mahsoussé déjà existant. Par ordre des ministères de l'Intérieur et de la Justice, ce même Techkilat-i Mahsoussé accepta les condamnés relâchés que le Techkilat-i Mahsoussé dépendant du ministère de la Guerre refusait d'incorporer. Lorsque des détenus étaient libérés, le Parti, pour tromper l'opinion publique, répandait la nouvelle selon laquelle les criminels libérés seraient employés sur le front alors qu'ils étaient envoyés dans des centres d'entraînement et qu'ils étaient ensuite utilisés pour piller et détruire les convois de déportés arméniens.

Traité de Sèvres

Signé le 10 août 1920 par les puissances parties prenantes (Empire britannique, France, Japon, Italie), et les États alliés représentés par l'Arménie, la Belgique, la Grèce, le Hedjaz, la Pologne, le Portugal, la Roumanie, la Tchécoslovaquie et l'État serbe Croate-Slovène. La cérémonie s'est déroulée dans la grande salle qui abrite actuellement le Musée de la Porcelaine à Sèvres. Parmi les principales dispositions de ce Traité, on notera deux articles concernant la République arménienne :
- Art. 88 : « La Turquie déclare reconnaître, comme l'ont déjà fait les puissances alliées, l'Arménie comme un État libre et indépendant » ;
- Art. 89 : « La Turquie et l'Arménie, ainsi que les Hautes Parties contractantes, conviennent de soumettre à l'arbitrage du Président des États-Unis d'Amérique, la détermination de la frontière entre la Turquie et l'Arménie, dans les vilayets d'Erzeroum, Trébizonde, Van et Bitlis, et d'accepter sa décision, ainsi que toutes les dispositions qu'il pourra prescrire relativement à l'accès de tout territoire ottoman adjacent ». Le mandat d'exécution des dispositions relatives à la République arménienne est confié aux États-Unis d'Amérique. À son retour, le Président Woodrow Wilson se heurte à l'opposition d'une majorité de sénateurs américains qui, sous l'impulsion du sénateur Cabot Lodge, refusent la ratification du Traité de Sèvres et partant, le mandat américain sur l'Arménie.

Procès Téhlirian, 1921

Le 15 mars 1921, Talaat pacha, le grand ordonnateur de l'extermination des Arméniens, est abattu d'une balle de revolver dans une rue berlinoise. Le tireur est arrêté sur les lieux du crime. Il s'agit d'un jeune arménien de 23 ans, Soghomon Tehliran, survivant du génocide au cours duquel il perdit sa mère et toute sa famille. Il faisait sans doute partie du groupe « Némésis » qui avait décidé d'exécuter la sentence de mort par contumace du procès des Unionistes. Il est jugé peu de temps après, le 2 et 3 juin 1921, par le Tribunal de Première Instance de Berlin. Les témoignages de Tehlirian, de Christine Terzibashian, Johannes Lespius ou même du général Liman von Sanders, ainsi que les documents retenus, parmi lesquels 5 télégrammes chiffrés adressés par Talaat à Naïm Bey, documents qu'a fait parvenir Andonian au tribunal, donnant une nouvelle dimension au procès, où le crime génocidaire de Talaat et des Jeunes-Turcs est à son tour mis en accusation. L'authenticité des documents Andonian a été depuis mise en cause par les historiens turcs Orel et Yuca, authenticité pourtant réaffirmée ensuite par l'historien arménien Dadrian. Le tribunal acquitte Soghomon Tehlirian. Le procès est retentissant et son issue est interprétée comme une condamnation des responsables du génocide.

Traité de Lausanne : signé en juillet 1923

L'Arménie n'y est plus mentionnée. L'historien H.-L. Kieser commente : « Pour les perdants aussi bien que pour les humanitaires internationaux, l’ombre de la Conférence était écrasante. Le Traité acceptait tacitement les faits de guerre : le génocide des Arméniens ottomans, le massacre d’Assyriens ottomans, la déportation de Kurdes ottomans (1915-1916) et l’expulsion des Ottomans gréco-orthodoxes (1914 et 1919-1922), commise au profit de la turquification de l’Anatolie. Le nouveau gouvernement d’Ankara cachait à peine sa naissance au sein du parti jeune-turc, directement responsable des crimes perpétrés entre 1914-1918. Le Traité complétait les faits de guerre par un transfert de populations jusqu’alors inouï, celui de Grecs musulmans (356 000) et d’Ottomans anatoliens de confession orthodoxe (290 000, avec ceux déjà expulsés comptant environ 1,5 million de personnes). Avec quatre générations de retard, on a tout récemment commencé à déplorer publiquement ce transfert, même en Turquie. Pour ce qui est des crimes antérieurs, le négationnisme et l’apologie parfois grotesques, mais tacitement autorisés par le Traité, prévalent toujours largement. »

La reconnaissance du génocide

Les enjeux

Au-delà des implications morales et psychologiques, aussi bien pour les États que pour les descendants des populations impliquées, la reconnaissance officielle d'un génocide en 1915-1916 ouvrirait la voie à des dommages et intérêts que la Turquie ne veut pas concéder :
- indemnisation pour le préjudice humain, moral et matériel (une centaine de milliards de dollars) ;
- restitution des territoires attribués par le traité de Sèvres (dont une partie appartient aujourd'hui à la Turquie, à l’Azerbaïdjan et à la Géorgie).

La position turque

Position officielle

Aujourd'hui (2005), la République turque refuse de reconnaître l'existence d'un « sözde ermeni soykırım » (« prétendu génocide arménien »). L'argumentation en défaveur de la reconnaissance de la qualification de génocide repose essentiellement sur trois axes :
- une contestation de l'ampleur du nombre de victimes (évalué entre 300 000 et 500 000 alors que les estimations arméniennes sont de 1 500 000 morts) ;
- la remise en cause de l'existence d'une préméditation ;
- l'indignation face à l'occultation des représailles des milices arméniennes sur les populations civiles turques. Le gouvernement turc condamne vivement toute reconnaissance du génocide par des gouvernements ou parlements étrangers. L'article 312 du code pénal sur l'incitation à la haine religieuse ou raciale rend passible de cinq années de prison toute personne évoquant publiquement le génocide [http://www.ishr.org/press/pr2003/apr03/030424turkey.htm]. En outre, le nouveau code pénal, censé rapprocher la Turquie des standards européens en termes de droits de l’homme a été dénoncé par plusieurs organisations internationales dont Reporters sans frontières [http://www.rsf.org/article.php3?id_article=12927] et Amnesty International [http://web.amnesty.org/library/Index/FRAEUR440112005?open&of=FRA-TUR], notamment à cause de son article 305 qui punirait de 3 ans à 10 ans de prison et d'une amende tous « actes contraires à l’intérêt fondamental de la nation ». La peine pouvant être étendue à 15 ans de prison si cette opinion est exprimée dans la presse. Des notes explicatives du projet indiquaient que cela pourrait entre autres, s'appliquer aux revendications concernant le génocide arménien. Le parlement anglais a pour sa part considéré qu’aucune mention du « génocide arménien » n’était faite dans cet article du code pénal [http://www.parliament.the-stationery-office.co.uk/pa/cm200304/cmhansrd/cm041108/text/41108w24.htm]
. Mais des procès récents faits à des personnes s'exprimant au sujet du génocide des arméniens, montrent que le code pénal turc (article 301) permet de poursuivre des défenseurs des droits humains, des journalistes et d’autres membres de la société civile exprimant pacifiquement une opinion dissidente [http://web.amnesty.org/library/Index/ENGEUR440352005?open&of=ENG-TUR],[http://www.amnesty.asso.fr/]. Jusqu'à un passé récent, les faits n'étaient pas évoqués dans les manuels d'Histoire scolaires. Cependant, depuis 2003, une circulaire du ministère de l'Éducation invite les enseignants à « dénoncer les prétentions des Arméniens ». Le Ministère de la culture défend sur son site internet la version officielle de l'Histoire [http://www.kulturturizm.gov.tr/portal/default_fr.asp?belgeno=1740] et selon un rapport du parlement français, subventionne de nombreux sites internet défendant cette thèse. En avril 2005, le premier ministre turc Recep Tayyip Erdoğan a proposé au président arménien Robert Kotcharian de mettre en place une commission d'historiens. Malgré cette proposition, Cemil Çiçek, porte-parole du gouvernement turc et ministre de la Justice a parlé de « trahison » et de « coups de couteau dans le dos de la nation turque », à propos d' historiens universitaires turcs (non acquis à la thèse officielle turque) qui voulaient participer à un colloque traitant des « Arméniens ottomans au moment du déclin de l'Empire » organisé en mai 2005 qui aurait du avoir lieu dans des universités turques. [http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=51989&provenance=moyenorient&bloc=01], [http://www.amnistia.net/news/articles/genarmen/colinterd538.htm]. Le ministre arménien des Affaires étrangères Vardan Oskanian avait répondu en voyant dans la proposition de création de commission de la Turquie une volonté de « réécrire son histoire de manière éhontée et de vouloir la propager dans les autres pays ». [http://www.radiofranceinternationale.fr/actufr/articles/064/impr/article_35512.asp].
Il faut par ailleurs noter qu'à l'époque, il s'agit encore de l'Empire ottoman et non de la République turque, mais que celle-ci empêche toujours les historiens de faire leur travail, car elle n'a toujours pas ouvert les archives ottomanes de cette époque. Même si le gouvernement turc affirme dans le même temps avoir ouvert toutes ses archives, cette affirmation n'a jamais pu être accréditée par des historiens indépendants. [http://rfi.fr/actufr/articles/064/article_35512.asp],[http://www.cdca.asso.fr/cdca/colloque/colloquecdca-ara_sarafian.htm].

Opinion publique turque

Une information libre et objective sur le sujet est impossible en Turquie. Ainsi, lorsque l’écrivain Orhan Pamuk a déclaré en 2005 au Temps qu'« un million d'Arméniens et 30 000 Kurdes ont été tués en Turquie », un sous-préfet de Sütçüler (région d'Isparta, au sud-ouest) a ordonné la destruction de tous ses livres [http://www.lemonde.fr/web/imprimer_element/0,40-0@2-3232,50-642233,0.html]. L’opinion publique n’a généralement accès qu’à la version officielle concernant ces massacres du début du siècle et rejette massivement la qualification de génocide. De nombreux intellectuels et la plupart des historiens turcs soutiennent cette thèse.
Néanmoins, certains intellectuels, personnalités, militants des droits de l'homme ou professeurs turcs s'inscrivent en faux contre la version historique établie par Ankara.
Parmi les universitaires, citons :
- Taner Akçam qui considère que les coupables du génocide font partie des fondateurs de la République de Turquie née sept ans plus tard et que le gouvernement turc ne peut donc pas « accepter que parmi “les grands héros qui ont sauvé la patrie” certains ont été des assassins ». [http://www.monde-diplomatique.fr/2001/07/AKCAM/15341] ;
- Halil Berktay (Professeur à l'Université d'İstanbul) qui n'hésite pas à qualifier de « berceuses » les thèses d'Ankara, ajoutant qu' « il y a des tonnes de documents prouvant la triste réalité. » ;
- Ahmet İnsel (Universités de Paris I et Galatasaray) qui dénonce notamment, selon ses propres mots, le « délire négationniste » qui règne en Turquie, et qui se traduit selon lui par la négation de la souffrance arménienne, le refus de reconnaître les intentions génocidaires d'une partie des Unionistes au pouvoir, et enfin par les accusations contre les Arméniens ;
- Fikret Adanır (voir sa contribution au colloque organisé par le CDCA, « L'actualité du génocide des Arméniens ») ;
- Altan Gökalp, Engin Akarlı ou encore Fatma Müge Göçek.
Les défenseurs des droits de l'Homme sont nombreux, mais mentionnons particulièrement Ali Ertem (et toute son association SKD contre le crime de génocide, « Soykırim Karşıtları Derneği »), Bülent Peker (Fondation turque des Droits de l'Homme) ou Zarakolu (surnommée « Mère Courage » par les Arméniens). Des livres et des expositions sur la communauté arménienne voient le jour et recontrent un certain succès, ce qui semble indiquer une évolution des mentalités. Néanmoins, selon les sondages, 80% des Turcs pensent que leur pays devrait rompre les négociations d'adhésion avec l'Union européenne si celle ci exigeait la reconnaissance du génocide. Les 24 et 25 septembre 2005 s'est tenue pour la première fois en Turquie, dans un climat de fortes tensions [http://www.liberation.fr/page.php?Article=326303], une conférence intitulée "Les Arméniens ottomans au temps du déclin de l'empire". Annulée la veille sur ordre du tribunal administratif d'Istanbul, ce qui avait été commenté par la Commission européenne comme une provocation, cette conférence qui était soutenue par le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a pu finalement avoir lieu à l'Université Bilgi d'Istanbul. Le seul homme politique à y avoir participé est Erdal Inonu du CHP (situé à gauche), qui est le fils du plus proche compagnon de Mustapha Kemal, le fondateur de la République de Turquie.

La communauté internationale

La première reconnaissance est intervenue le 16 avril 1984 par le Tribunal permanent des peuples. La sous-commission des droits de l'Homme de l'ONU (29 août 1985), le Parlement européen (18 juin 1987) et le Conseil de l'Europe (déclaration écrite de l'assemblée parlementaire le 24 avril 1998) ont reconnu le génocide. Le génocide des Arméniens a été en outre reconnu par les pays suivants :
- 2000 :
  - Le parlement libanais a reconnu le génocide à la quasi unanimité le 11 mai 2000 ;
- 2001 :
  - La France a officiellement reconnu le génocide arménien par la [http://www.assemblee-nat.fr/dossiers/genocide.asp loi du 29 janvier 2001] ;
- 2003 :
  - Le Conseil national suisse a rejeté un texte dans ce sens le 13 mars 2001, avant d'adopter un [http://www.swissinfo.org/sfr/swissinfo.html?siteSect=105&sid=4555473 postulat de reconnaissance du génocide] le 16 décembre 2003 contre l’avis du Conseil fédéral. Informations détaillées sur la reconnaissance par la Suisse sur le site de l'[http://www.armenian.ch/asa/Pages/switzerland.html Association Suisse-Arménie];
- 2004 :
  - les Pays-Bas (21 décembre) ;
  - la Slovaquie (30 novembre) ;
  - le Canada (21 avril) ;
- 2005 :
  - la Pologne (19 avril 2005) ;
  - la Douma d'État de la Fédération de Russie a adopté le 22 avril une résolution demandant la reconnaissance du génocide par toute la communauté internationale.
  - le Parlement européen appelle la Turquie à reconnaître le génocide des Arméniens, considérant «cet acte comme un préalable à l'adhésion à l'Union européenne» (28 septembre 2005) ; Plusieurs pays ont pourtant refusé de considérer les massacres arméniens comme un génocide. Sans remettre en cause l’atrocité ou l’ampleur des faits, ces pays ne considèrent pas qu’ils répondent à la définition d’un génocide. C’est par exemple le cas du Royaume-Uni et de l'Etat d'Israël, mais la plus haute autorité religieuse d’Israël, en la personne du Grand Rabbin, a reconnu le génocide Arménien [http://www.un-echo-israel.net/article.php3?id_article=1832]. La question de la reconnaissance officielle du génocide est en outre très politisée. Les partisans de la reconnaissance considèrent que les pays la refusant cherchent uniquement à préserver de bonnes relations avec la Turquie. Les opposants considèrent que les pays ayant reconnu le génocide ont cédé à la pression d’influentes communautés arméniennes.

Annexes

Autres articles


- Histoire
  - Première Guerre mondiale
  - Le sandjak d'Alexandrette
- génocide
  - négationnisme
- Arménie
  - Histoire de l'Arménie
  - diaspora arménienne
- Turquie
  - Relations entre la Turquie et l'Union européenne

Liens externes

Loi française


- [http://www.assembleenationale.fr/rapports/r0925.asp#P358_44916 Rapport parlementaire français]
- [http://www.legifrance.gouv.fr/texteconsolide/PPEDW.htm Loi n°2001-70 du 29 janvier 2001] (Publication au JORF du 30 janvier 2001 - NOR:PRMX9803012L)

Sites pour la reconnaissance du génocide arménien


- [http://www.phdn.org/armenocide/ Génocide arménien]
- [http://www.cdca.asso.fr/ Comité de Défense de la Cause Arménienne]
- [http://www.imprescriptible.fr Imprescriptible : le génocide arménien et sa négation]
- [http://www.armenian.ch/asa/Pages/recognition.html Association Suisse-Arménie]

Site négationniste


- [http://www.tetedeturc.com/ Tête de Turc]
- [http://www.ermenisorunu.gen.tr site trilingue]

Bibliographie

Sources : livres historiques, témoignages


- Adossidès A, Arméniens et Jeunes-Turcs, les massacres de Cilicie, PY Stock, Paris, 1918
- Annick Asso, Le cantique des larmes ; Arménie 1915, paroles de rescapés du génocide, Paris, La Table Ronde, 2005
- Balakian Grigoris, Le Golgotha arménien, mémoires du père Balakian, le cercle des écrits caucasiens, tome1 2002, tome2 2004
- H. Barby, Au pays de l'épouvante - L'Arménie martyre, Paris Albin Michel, 1917. Rééditition : le cercle des écrits caucasiens, 2004
- Emile Doumergue, L'Arménie, les massacres et la question d'Orient, 1916
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- Yves Ternon, [http://www.imprescriptible.fr/enquete.htm
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- Yves Ternon,
L’État criminel, éd. du Seuil, 1995
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1915

Catégorie:1915 Cette page concerne l'année 1915 du calendrier grégorien.

Événements


- 5 septembre : Conférence pacifiste à Zimmerwald.

Première Guerre mondiale


- 19 janvier : premier bombardement aérien de civils par un zeppelin en Angleterre.
- 4 février : Premières attaques sous-marines allemandes.
- En février, Échec de la tentative de percée française en Champagne (février-mars).
- 22 avril : Première utilisation de gaz asphyxiants près d'Ypres.
- 24 avril : Arrestation et déportation de plus de 600 intellectuels arméniens de Constantinople par les Jeunes Turcs. Date considérée symboliquement comme marquant le début du génocide des Arméniens
- 25 avril : Débarquement d'un corps expéditionnaire allié aux Dardanelles.
- 26 avril : Traité de Londres entre les alliés et l'Italie.
- 7 mai : Torpillage par les Allemands du paquebot britannique Lusitania
- 23 mai : Entrée de l'Italie en guerre au côté des alliés.
- En mai, Échec de la tentative de percée en Artois (Mai-juin).
- En mai, Offensives allemandes contre la Russie (mai-oct.).
- 25 septembre : Échec d'une tentative française de percée en Artois (25 sept-11 oct).

Europe


- Début du ministère de coalition d'Herbert Asquith, Premier ministre d'Angleterre (fin en 1916).

France


- 29 octobre : Aristide Briand Président du Conseil en France.
- Création du constructeur automobile « Citroën ».
- Émission d'un emprunt national à 5% pour financer la guerre.
- L'inflation se monte à 20%.

Suisse


- 9 janvier : les autorités fédérales décrètent le monopole des céréales.
- 16 mai : Inauguration du tunnel du Mont-d’Or qui raccourcit de 17 km le trajet Vallorbe-Paris.
- 27 juillet : Le Conseil fédéral promulgue une ordonnance controversée sur la censure.
- 5 septembre : Réunion à Zimmerwald (BE), de leaders socialistes de onze pays européens, dont Léon Trotsky et Lénine.

Afrique

Amériques

Amérique du Nord


- Harvey Spencer Lewis fonde l'A.M.O.R.C. (Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix).
- Refondation du Ku Klux Klan.

Amérique Latine

Océanie & Pacifique

Proche-Orient & monde arabe


- 30 mai : Empire ottoman : Ordre de déportation des Arméniens dans les déserts d'Irak et de Syrie, des centaines de milliers de personnes meurent.

Arts & culture


- 8 février et 3 mars : Première à Los Angeles et sortie du film de David Wark Griffith :
Naissance d'une Nation.

Beaux-Arts


- En décembre, exposition à Petrograd du tableau
Carré noir sur fond blanc de Malevitch.
- Naissance du mouvement Dada.

Littérature


- Disparition de
la Gazette, le premier hebdomadaire français (fondé en 1631).
- L'écrivain autrichien Franz Kafka publie
La Métamorphose.
- Romain Rolland, Prix Nobel de littérature pour son œuvre majeure
Jean-Christophe.

Sciences & techniques


- 22 avril : Première utilisation de gaz asphyxiants près d'Ypres en Belgique.
- Le physicien Albert Einstein expose sa théorie de la relativité générale.
- Premier appel téléphonique transcontinental entre New York et San Francisco.

Sports

Naissances en 1915


- 30 janvier : John Profumo, homme politique britannique
- 15 février : Georges Gorse, homme politique français
- 5 mars : Laurent Schwartz, mathématicien français († en 2002, 87 ans)
- 7 mars : Jacques Chaban-Delmas, homme politique français († en 2000, 85 ans)
- 21 avril : Anthony Quinn, acteur mexicain († en 2001, 86 ans)
- 6 mai : Orson Welles, acteur et réalisateur américain († en 1985, 70 ans)
- 15 mai :
  - Paul Samuelson, économiste américain
  - Mario Monicelli, scénariste et réalisateur italien
- 4 juin : Modibo Keïta, homme politique malien († en 1977, 62 ans)
- 24 juin : Fred Hoyle, cosmologiste britannique († en 2001, 86 ans)
- 11 juillet : Guy Schoeller, éditeur français
- 29 août : Ingrid Bergman, actrice de cinéma suèdoise († en 1982, 67 ans)
- 24 octobre : Bob Kane, dessinateur américain de comics, créateur de Batman († en 1998, 83 ans)
- 19 décembre : Édith Piaf, chanteuse française († en 1963, 48 ans)
- 27 décembre : William Howell Masters, sexologue américain
- 28 septembre : Ethel Rosenberg, espionne (?) américaine exécutée († en 1953, 38 ans)

Décès en 1915


- Michel Bréal, linguiste français
- Eugène Ducretet, ingénieur, pionner français de la radio
- 9 mai : François Faber, cycliste
- 2 juillet : Porfirio Díaz, président du Mexique jusqu'en 1911
- 10 septembre : Charles-Eugène Boucher de Boucherville, premier ministre du Québec __NOTOC__ ja:1915年 ko:1915년 ms:1915 simple:1915 th:พ.ศ. 2458


Première Guerre mondiale

La Première Guerre mondiale dura de 1914 à 1918. Ce fut le premier conflit couvrant plus de la moitié de la Terre, d'où le nom de « guerre mondiale ». Cependant, antérieurement au début de la Seconde Guerre mondiale, on appelait cette guerre « la Grande Guerre », « la Guerre des Guerres » ou la « Der des Ders ».

Causes

Il existe de nombreuses causes au déclenchement de la Première Guerre mondiale et rétrospectivement, elle paraît inévitable. Cependant, à plusieurs reprises, le déclenchement de la guerre aurait pu être évité (épisode de la canonnière d'Agadir, nombreux incidents de frontières franco-allemands, nombreuses Guerres des Balkans sans conséquences sur le reste du monde).

Rivalités économiques et coloniales

À la fin du , l'Europe domine le monde, technologiquement, financièrement, économiquement, et surtout politiquement. Le Royaume-Uni surtout, mais également la France ont un empire immense qui assurait une quasi exclusivité de commerce et d'exploitation des richesses sur un régime colonial. Entre 1914 et 1918, les colonies, les dominions et les protectorats ont participé à l'effort de guerre en envoyant des matières premières, du matériel et des hommes en Europe. L'Afrique est presque entièrement colonisée (à l'exception du Liberia et de l'Éthiopie) et se trouve au coeur des tensions européennes. Alors que la France contrôle une grande partie de l'Afrique de l'Ouest, les Britanniques sont présents dans l'est du continent. Un conflit entre ces deux métropoles aurait pu éclater avec l'incident de Fachoda. Mais la montée en puissance de l'Allemagne les a rapprochées dans l'Entente cordiale. L'Allemagne, qui ne possédait qu'un empire colonial limité (Cameroun, Namibie, Tanzanie, Togo, îles Carolines et îles Marshall d'aujourd'hui) et réalisant de façon tardive son unité, était arrivée trop tard dans la compétition coloniale et le partage du monde entre Européens. Surtout, elle ne dispose pas de colonies de peuplement. Elle manifeste ses prétentions sur le Maroc au cours de deux crises en 1905 et 1911, qui l'ont opposée à la France. L'influence européenne en Asie est moins spectaculaire, mais suscite également des problèmes. La Chine littorale tombe sous la domination économique occidentale. Les États-Unis, le Japon et la Russie sont des puissances concurrentes des états européens dans cette région. L'empire turc ottoman est placé sous la tutelle financière et économique allemande. Les Russes souhaitent étendre leur contrôle sur le débouché méditerranéen. Enfin, c'est la puissance industrielle allemande qui inquiète les états européens : les produits allemands inondent les marchés français et britanniques.

Les questions nationales

A la veille du conflit, l'Europe est en proie aux problèmes des nationalités et des revendications de territoires. Ces difficultés concernent surtout le centre du continent :
- L'Alsace-Lorraine, perdue à la suite de la défaite française de 1870-1871 est intégrée à l'empire allemand. Les Français souhaitent la reprendre et vivent dans un esprit revanchard et germanophobe. Dans les écoles françaises, où allaient tous les enfants depuis les lois de Jules Ferry, on coloriait l'Alsace et la Lorraine en noir sur la carte de France — territoires qu'elle avait dû céder à l'Allemagne par le Traité de Francfort. Cette génération a donc été élevée avec le syndrome du membre amputé. En 1914, il n'y a que 1 % de déserteurs. Ils étaient 30 % en 1870. ;Les Balkans : Les pays des Balkans, libérés de l'Empire ottoman, sont l'objet de rivalités entre les grandes puissances européennes. L'Empire ottoman qui s'émiette peu à peu (guerres balkaniques), ne possède plus en Europe, à la veille de la guerre, qu'Istanbul. Tous les jeunes pays issus de sa décomposition (Grèce, Bulgarie, Roumanie, Serbie, Monténégro, Albanie) s'affrontent. La Serbie veut obtenir un débouché maritime et soutient les revendications des Slaves des Balkans. Elle est alliée à l'empire russe. De plus, les deux ennemis séculaires de l'Empire ottoman poursuivent leur politique traditionnelle. L'Autriche-Hongrie désire continuer son expansion dans la vallée du Danube, jusqu'à la mer Noire. La Russie, elle, est liée historiquement et culturellement aux Slaves des Balkans, de confession orthodoxe, et leur a déjà souvent prêté son appui dans le passé. Elle dispose donc d'alliés naturels dans sa politique de conquête d'un accès à une mer chaude (Mer Méditerranée). Cette politique passe par le contrôle des Détroits. Évidemment, ces deux politiques entre une puissance catholique et une puissance orthodoxe provoquent des affrontements (les deux empires possèdent d'ailleurs un aigle bicéphale comme emblème). ; Les ambitions italiennes : L'Italie veut prendre des territoires au voisin autrichien, s'étendre en Dalmatie et contrôler la mer Adriatique. ; Les empires multinationaux : Les empires d'Autriche-Hongrie, de Russie et d'Allemagne regroupent différents peuples qui revendiquent plus d'autonomie ou une reconnaissance politique. Ainsi, les Polonais sont privés d'état souverain et se trouvent partagés entre l'Allemagne, la Russie et l'empire d'Autriche-Hongrie.

Système d'alliances et course aux armements

De vastes systèmes d'alliances se créèrent : la France, le Royaume-Uni et la Russie d'un côté (cette alliance se nomme la Triple-Entente), l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie et l'Italie, ennemi de la Russie et de la Serbie (la Triple-Alliance ou Triplice). Dans les deux camps, la course aux armements s'accélère et on assiste à une surenchère dans la préparation de la guerre. Les dépenses consacrées aux armées s'envolent. Le matériel est modernisé et la durée du service militaire allongée dans plusieurs pays.

L'engrenage infernal

L'événement déclencheur fut le double assassinat de l'archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d'Autriche-Hongrie et de son épouse Sophie Chotek, duchesse de Hohenberg, à Sarajevo le 28 juin 1914 par Gabriel Princip. L'Autriche-Hongrie suspectant, dans l'ombre de ce nationaliste, des organisations secrètes ayant leurs bases arrières en Serbie, elle exigea de pouvoir mener une enquête sur place, ce à quoi s'opposa la Serbie pour des raisons de souveraineté. L'Autriche posa alors un ultimatum le 28 juillet à la Serbie. La Serbie ne céda pas. L'attaque de la Serbie par l'Autriche déclencha les dispositions prévues par les alliances : le 30, les Russes mobilisent leurs troupes et se préparent à entrer en guerre pour aider leurs alliés serbes, le les Allemands vinrent à leur tour prêter main-forte aux Autrichiens en déclarant la guerre à la Russie, puis le 3 à la France. Le 4, le Royaume-Uni déclara la guerre à l'Allemagne, dès l'invasion par celle-ci de la Belgique neutre.

Chronologie


- 25 juillet : L'Autriche-Hongrie adresse un ultimatum à la Serbie dans lequel elle exige de pouvoir mener une enquête sur place, ce à quoi s'opposera la Serbie pour des raisons de souveraineté. Le temps laissé à la Serbie pour répondre à cet ultimatum est de 48 heures.
- 28 juillet : L'Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie
- 31 juillet : L'Allemagne adresse un ultimatum à la France lui demandant de prendre l'engagement de ne pas soutenir la Russie si cette dernière venait à prendre la défense de la Serbie et un autre à la Russie lui demandant de prendre l'engagement de ne pas soutenir la Serbie
- 1 août : L'Allemagne déclare la guerre à la Russie, suite à la réponse russe
- 2 août : L'Allemagne attaque militairement le Luxembourg neutre
- 2 août : L'Allemagne adresse un ultimatum à la Belgique
- 3 août : La Belgique, neutre, rejette l'ultimatum allemand
- 3 août : L'Allemagne déclare la guerre à la France qui avait répondu que « la France agirait conformément à ses intérêts »
- 4 août : L'Allemagne attaque militairement la Belgique neutre
- 4 août : Le Royaume-Uni adresse un ultimatum à l'Allemagne lui demandant de retirer ses troupes de Belgique. Le Gouvernement de Londres ne recevra aucune réponse.
- le 4 août 1914, au soir, l'Allemagne est en guerre contre
  - la Russie (1/8)
  - le Luxembourg (2/8)
  - la France (3/8)
  - la Belgique
  - le Royaume-Uni (4/8) Cela pour soutenir un allié, l'Autriche-Hongrie, qui n'est en guerre contre aucun de ces pays. L'Autriche-Hongrie, elle, est officiellement en guerre contre un pays, la Serbie, qui n'est pas en guerre avec l'Allemagne. L'Autriche-Hongrie et la Russie n'entreront en guerre que le 6 Août 1914 (Déclaration de guerre de l'Autriche-Hongrie à la Russie du 6 août 1914). La situation ainsi exposée montre que ce n'est pas le fonctionnement des alliances qui permet de donner une explication au déclenchement du premier conflit mondial. En effet, les gouvernements de bon nombre de pays n'ont même pas eu à se poser la question de savoir s'ils allaient, oui ou non, faire fonctionner leurs alliances (la Russie et la France se sont trouvés dans ce cas). En outre, l'existence des alliances avaient été un frein au déclenchement d'un conflit lors des crises précédentes (crises marocaines, guerres balkaniques, annexion de la Bosnie, etc.). Si ce frein n'a pas fonctionné en juillet 1914, c'est que les Empereurs, les Gouvernements et les Etats-Majors de l'Allemagne et de l'Autriche-Hongrie ont tout fait pour que le conflit éclate. La guerre, une fois commencée, mettra quatorze mois à atteindre la Serbie, c'est-à-dire le point où, "officiellement", elle aurait dû commencer. Mais, il faut bien se rendre compte que l'atmosphère politique internationale au début du XXè siècle était extrêmement chargée; les vélléités belliqueuses des uns et des autres s'affichaient ouvertement. Le nationalisme exacerbé qui régnait dans tous les pays européens a ainsi joué un rôle. En France, les sentiments revanchards à propos de l'Alsace-Lorraine excitaient la haine à l'égard de l' "Allemand" (les dessins de Hansi en sont une illustration), tandis que Poincaré était entouré de fervents bellicistes. De l'autre côté du Rhin, le plan Schlieffen préconisait que l'Allemagne frappât la première. Ainsi, tous les pays étaient prêts à la guerre, la doctrine militaire de l'époque basée sur la course aux armements n'avait alors qu'une issue : le conflit armé. Une étincelle suffisait à mettre le feu à l'Europe. Cette étincelle, c'est donc un groupe de moins de 10 personnes (Empereurs, Chancelier, Ministres de la Guerre et Ministres des Affaires Etrangères, chefs d'Etat-Major) qui, en juillet 1914 à Berlin et à Vienne, l'a provoquée. Cette responsabilité de Guillaume II de Hohenzollern et François-Joseph de Habsbourg-Lorraine - puisque ni l'Allemagne, ni l'Autriche-Hongrie n'étaient des démocraties parlementaires en 1914- est admise aujourd'hui par la très grande majorité des historiens. En 1919, les Alliés ne pouvaient se satisfaire de la responsabilité pénale de deux individus- l'Empereur d'Allemagne et l'Empereur d'Autriche-Hongrie- pour obtenir réparation des dommages subis dans les territoires occupés pendant 4 ans : ils étendirent donc cette responsabilité à l'ensemble des peuples des ex-Empires centraux, seuls ensembles capables de faire face à pareille dette. Ces peuples considéreront cette extension de responsabilités comme un "Diktat" Pourtant, en France et dans d'autres pays européens, certains s'opposent à la guerre comme Jean Jaurès. Son assassinat le 31 juillet ne viendra qu'ajouter plus de confusion au climat délétère à l'aube de la guerre. Quant à l'Italie, partant du principe que l'alliance qu'elle avait signée avec l'Allemagne et avec l'Autriche-Hongrie était une alliance défensive, elle ne s'engagea pas dans le conflit parce qu'elle fit le constat que l'Autriche-Hongrie qui était l'agresseur de la Serbie et que, dès lors, elle n'avait pas à soutenir les querelles de son allié.

Forces en présence

Parmi les principaux pays européens, seule l'Italie resta neutre (ce pays n'entrera en guerre aux côtés de l'Entente qu'à partir de 1915). Les deux camps étaient équilibrés : l'Alliance et l'Entente possèdent des effectifs pratiquement identiques.

Front occidental

Les armées en place

Au début des hostilités, le Corps Expéditionnaire Anglais est encore très faible et ne jouera qu'un rôle mineur dans le déroulement des opération en 1914, nous parlerons donc surtout des armées allemandes et françaises. Les effectifs des deux armées sont comparables. La France, malgré une population d'environ 39 millions d'habitants, peut disposer immédiatement de près de 800 000 soldats d'active depuis l'adoption de la loi qui fixe la durée du service militaire à trois ans. La mobilisation qui sera terminée vers le 15 août complètera les effectifs. (chiffre à venir) L'Allemagne est bien plus peuplée (près de 80 millions d'habitant) mais elle doit conserver une partie de ses forces pour le front de l'est. L'organisation des effectifs en divisions, armées, et corps d'armée est pratiquement la même dans les deux camps. La dotation et la répartition en matériel et en armes sont pratiquement identiques. Bien que le canon de 75 ait largement surclassé le canon allemand de 77 équivalent, les troupes allemandes sont pourvues d'artillerie lourde que ne possèdent pas les Français. Les troupes françaises en feront la cruelle expérience pendant les premières années de la guerre, le retard ne sera comblé qu'à partir de 1916. La dotation en mitrailleuses est pratiquement identique mais elle est mieux utilisée par les allemands. Bien que l'Allemagne ait fait de gros efforts pour combler son retard sur l'aviation française, elle n'est pas encore arrivée au même niveau. Sur le front de l'ouest, ce sont en fait les deux meilleures armées du monde qui vont s'affronter. Pour la première fois de l'histoire, les pays en guerre vont mobiliser toutes leurs ressources humaines dans la conduite d'un conflit total.

Guerre de mouvement : les batailles des frontières

En 1914, les Européens pensaient que la guerre serait courte. On disait aux soldats partis en août qu'ils seraient revenus pour les vendanges, les soldats partaient « la fleur au fusil ». Cette guerre de mouvement, que les deux armées préconisent, va vite se révèler inadaptée et particulièrement meurtrière compte tenu des moyens de destruction dont disposent les belligérants. Les premiers engagements ont lieu près des frontières et se terminent à chaque fois à l'avantage des troupes allemandes. La stratégie mise en œuvre par le Plan Schlieffen semble efficace. Les armées de Guillaume II passent par la Belgique et les Ardennes. La bataille de Charleroi se conclut par une défaite des armées Françaises qui les oblige à se replier. La retraite en bon ordre des armées françaises, très bien orchestrée par Joffre, commandant en chef des forces françaises, cesse lors de la bataille de la Marne au cours de laquelle les Français reprennent l'offensive et stoppent définitivement l'avance allemande (6-7 septembre 1914). Après la défaite de la Marne, les troupes allemandes reculent et se fortifient en creusant les premières tranchées. En même temps, les deux armées tentent de se déborder mutuellement sur leur flanc ouest en engageant ce qu'on a appelé improprement la "course à la mer". Les troupes qui combattent à pied depuis maintenant plusieurs mois, sont épuisées, manquent de munitions et n'aspirent qu'à s'arrêter et consolider les positions si chèrement acquises. Vers la fin du mois de novembre 1914 le front est pratiquement stabilsé pour plusieurs années sur une ligne continue de tranchées d'environ 750 kilomètres de la Mer du Nord aux Vosges. Jusqu'en 1918, le front occidental reste pratiquement figé malgré les offensives coûteuses en hommes et en matériel. Le bilan de ces premiers mois de guerre est catastrophique : les pertes engendrées par ces attaques en rase campagne devant l'artillerie et les mitrailleuses sont énormes surtout du côté Français qui comptent plus d'un million de soldats hors de combat (blessés, tués, disparus ou prisonniers) rien que pour l'année 1914.

Guerre de position

Vosges

Les tranchées

Le premier conflit mondial est caractérisé par une ligne de front continue, fortifiée, qui ne sera jamais rompue par aucune des armées en présence avant 1918. Le front est constitué de plusieurs lignes de défenses creusées dans la terre, les tranchées, reliées entre elles par des boyaux d'accès. Les soldats vivent et meurent là, dans la boue, le corps envahi de vermine, en compagnie des rats et de l'odeur pestilentielle des cadavres en décomposition. Un no man's land rendu infranchissable par des réseaux denses de barbelés, battu par le feu des mitrailleuses sépare les deux premières lignes. Le danger est permanent, même en période de calme quand l'activité du front est faible, la mort survient n'importe quand : au cours d'une patrouille, d'une corvée, d'une relève, ou d'un bombardement d'artillerie qui s'abat sur la position sans raison particulière. L'observation aérienne par les avions et les ballons permet aux armées de connaître avec précision la configuration du terrain ennemi, si bien que les tirs d'artillerie ne tombent jamais au hasard, les obus pleuvent toujours, de jour comme de nuit, en faisant le maximum de dégâts. Les soldats ne se trouvent en sécurité qu'à une dizaine de kilomètres derrière les lignes quand ils sont hors de portée de l'artillerie lourde. On a souvent reproché aux chefs militaires du premier conflit mondial d'avoir conduit leurs troupes dans cette guerre de tranchée aussi coûteuse en vies humaines qu'inutile. Pourtant, cette guerre de position n'est pas un choix stratégique, elle est due au fait que malheureusement, en ce début de l'ère industrielle, alors que les nations occidentales sont déjà capables de produire en masse, les progrès techniques ont surtout concerné le matériel de destruction plutôt que les moyens de s'en protéger. Les avancées techniques qui permettront à un blindé de déborder le front, à un avion d'emporter une charge de bombe suffisante pour influer sur le cours de la bataille ne sont pas encore réalisées, si bien qu'à la puissance de destruction considérable que représente ces armes modernes, on ne peut opposer que des fantassins vulnérables et faiblement armés.

Les offensives

Les offensives lancées en 1915 en Champagne et en Artois, puis en 1916 à Verdun et dans la Somme, enfin en 1917 le Chemin des Dames se heurteront à des défenses infranchissables et les pertes seront toujours hors de proportion avec les gains de terrain réalisés.

Les réactions des États

Pour vaincre l'adversaire, chaque alliance cherche de nouveaux alliés : l'Italie change de camp en 1915 et se bat désormais du côté de l'Entente. La même année, l'Empire ottoman se rallie aux empires centraux. La guerre devient progressivement mondiale Face à la durée de la guerre, les États en guerre doivent mobiliser la main d'œuvre féminine pour pallier l'absence des hommes partis au front. Les pays de l'Entente font aussi appel aux ressources humaines et matérielles de leurs empires coloniaux. Les enfants, les vieillards et les étrangers sont aussi embauchés et contribuent à l'effort de guerre. La vie des civils devient de plus en plus difficile à cause des pénuries, de l'inflation et des réquisitions dans les zones occupées. Pour galvaniser les populations restées à l'arrière, les États utilisent la propagande et la censure de la presse et du courrier des soldats. Le bourrage de crâne touche aussi l'enseignement. Les rumeurs xénophobes circulent rapidement : on raconte que les Allemands coupent les mains des enfants. Inversement, pour justifier l'agression contre la Belgique, on raconte en Allemagne que les civils belges s'amusent à crever les yeux des Allemands blessés. Les gouvernements doivent financer les dépenses d'armement en ayant recours à la planche à billets mais aussi à l'emprunt. Les impôts augmentent et on s'oriente vers le dirigisme économique. Devant les commandes d'État, certains industriels s'enrichissent tels Walther Rathenau ou Louis Renault.

Front oriental

La stratégie allemande de guerre de mouvement qui avait échoué en France fonctionna à merveille contre la Russie. Les armées russes étaient énormes et la France comptait beaucoup dessus pour diviser l'armée allemande. Mais ce nombre impressionnant de soldats (8 millions en 1914) masquait le fait qu'il ne s'agissait le plus souvent que de paysans sans aucune formation militaire, mal armés et mal équipés. Le commandement russe se révéla lui-même médiocre. Les deux armées s'affrontèrent à Tannenberg (en Prusse orientale) du 26 au 30 août 1914 puis aux lacs Mazure du 6 au 15 septembre 1914. Dans les deux cas, les Russes subirent une cinglante défaite et furent obligés de se replier. Hindenburg, le commandant allemand de cette campagne, fut envoyé sur le front ouest pour appliquer les même méthodes. Il échoua car le front s'était déjà stabilisé et les Français étaient préparés (mines, barbelés, tranchées). Il ne put empêcher la guerre d'usure.

Autres fronts

Les deux camps tentèrent des manœuvres de diversion ou de contournement, mais aucune n'eut autant d'importance que ces deux fronts principaux :
- les Alliés déclenchèrent la bataille des Dardanelles en 1915. Le contrôle des Détroits aurait permis à la France et à l'Angleterre de ravitailler la Russie et d'encercler les Empires centraux. Cette idée, défendue notamment par Winston Churchill, déboucha sur un débarquement à Gallipoli mais les Alliés ne parvinrent pas à pénétrer par surprise dans l'Empire ottoman, et échouèrent dans leurs offensives successives. L'opération fut un échec, le corps expéditionnaire constitua l'armée d'Orient, stationnée ensuite au camp de Salonique. Cette armée soutiendra ensuite les Serbes et participera à l'effondrement de l'empire austro-hongrois en 1918.
- Colonel Lawrence dit Lawrence d'Arabie : les Anglais fomentèrent le soulèvement des tribus arabes pour gêner les Ottomans.
- Le ministre des Affaires étrangères anglais, Lord Arthur Balfour promit l'établissement d'un état juif en Palestine pour obtenir la méthode de fabrication de l'acétone et motiver les Juifs étasuniens à soutenir l'entrée en guerre des États-Unis. La même année, les Anglais attaquèrent la Palestine (dont ils garderont le contrôle jusqu'en 1947). De nombreux Juifs s'y installèrent après les épreuves de la Seconde Guerre mondiale.
- La première bataille de l'Atlantique : elle fut mise en œuvre par les sous-marins allemands, les U-Boots qui tentèrent d'imposer un blocus complet à l'Angleterre et à la France, notamment pour intercepter le soutien de leurs colonies et rompre les routes d'approvisionnement entre l'Amérique (bœuf argentin, matériel américain) et l'Europe. Cette guerre maritime ne plut pas aux Américains. Le torpillage du Lusitania qui avait à son bord cent vingt-trois Américains provoqua une vive émotion aux États-Unis, qui se préparèrent à entrer en guerre aux côtés des Alliés.

1917, le tournant de la guerre

torpillage du Lusitania
- Lassitude Sur tous les fronts, les soldats sont épuisés par les attaques inutiles et les conditions de vie difficiles. Dans les rangs français, allemands et italiens, des mutineries éclatent au printemps 1917. À l'arrière, les pénuries et les cadences de travail provoquent des troubles et des grèves. Les socialistes français quittent le gouvernement et rompent l'union sacrée. Dans le Reich allemand, pour faire face à la crise politique et sociale, l'état-major prend le pouvoir.
- Stratégie allemande Pour répondre au blocus naval britannique, les sous-marins allemands détruisent tout navire transitant dans un port ennemi. Cette guerre navale frappe les navires de commerce américains. En mars 1917, l’état major impérial allemand prit la décision stratégique de reculer le front plus au nord, sur la ligne dite « Hindenburg », et fit évacuer toutes ses armées des positions occupées depuis 1914 dans le secteur de l’Aisne. Ils dynamitèrent systématiquement les édifices emblématiques des villes et villages auparavant occupés. Ainsi disparurent notamment les forteresses de Ham (Somme), située non loin de là, et de Coucy (27 mars 1917).
- Entrée en guerre des États-Unis Les États-Unis étaient restés neutres jusque là, mais apportaient un apport matériel et financier aux pays de l'Entente dès 1914. Le 7 mai 1915, le torpillage du paquebot britannique Lusitania avait provoqué la mort de 128 ressortissants américains. En avril 1917, face à la guerre sous-marine à outrance, le congrès américain décide l'entrée en guerre contre les empires centraux. Cette décision compense la défection russe. Le président Woodrow Wilson fixe dès janvier 1918 ses objectifs de paix. Plusieurs pays d'Amérique latine s'engagent aussi dans le conflit aux côtés de l'Entente.
- Retrait russe Plus tard les deux révolutions russes de mars et d'octobre 1917 permirent aux Allemands des avancées considérables en Russie. Les Bolcheviks signèrent un armistice avec les Empires Centraux dès le mois de décembre, puis la paix de Brest-Litovsk (négociée par Léon Trotsky) en mars 1918. Pour obtenir cette paix séparée, ils consentirent à d'énormes sacrifices, dont un train d'or (le contenu de celui-ci fut confisqué à l'Allemagne par le traité de Versailles). L'Allemagne occupa de plus la Pologne, l'Ukraine, la Finlande, les Pays baltes et une partie de la Biélorussie. Les Allemands profitèrent aussi de cette défection pour envoyer d'importants renforts sur le front ouest et tenter d'obtenir une victoire rapide avant l'arrivée effective des Américains. C'est le retour de la guerre de mouvement.

1918, la fin de la guerre

En janvier 1918, alors que la première guerre mondiale n'est pas terminée, le président américain Woodrow Wilson adresse un message au congrès américain, qui doit garantir la paix. Ce discours des 14 points (« The world must be made safe for democracy ») réclame notamment la création d'une « League of Nations » (SDN)). Les autres points serviront de base au traité de Versailles de 1919. Wilson demande :
- la fin de la diplomatie secrète,
- la liberté de navigation et de commerce,
- la réduction des armements,
- le règlement des rivalités coloniales,
- l'évacuation de la Russie,
- l'évacuation de la Belgique,
- la restitution de l'Alsace-Lorraine à la France,
- la rectification des frontières italiennes,
- l'autonomie des peuples d'Autriche-Hongrie,
- l'évacuation de la Roumanie, de la Serbie et du Monténégro,
- l'autonomie des peuples non turcs de l'empire ottoman (après le génocide des Arméniens),
- la refondation d'une Pologne indépendante,
- la création d'une association des nations. Les principes wilsoniens peuvent être résumés en trois mots : autodétermination des peuples, liberté et paix. Renforcés par les troupes venant du front est, et souhaitant forcer la décision avant l'arrivée des troupes américaines, les Allemands mettent toutes leurs forces dans d'ultimes offensives à l'ouest, à partir de mars 1918, sur la Somme, en Flandre, au Chemin des Dames et en Champagne (l'Offensive Michael). Mais mal nourries, mal relevées et épuisées, les troupes allemandes ne peuvent résister aux armées alliées maintenant coordonnées par le général Foch. Ces dernières sont renforcées chaque jour davantage par le matériel et les soldats américains, les premiers chars (Char Renault FT-17) et par une supériorité sous-marine et aérienne. Après une révolution ouvrière à Berlin, le gouvernement de la nouvelle République allemande signe l'armistice de Rethondes le 11 novembre 1918 dans le wagon de l'armistice.

Le bilan catastrophique d'une Europe et d'un monde bouleversés

Pertes humaines et matérielles : 8 millions de morts, 6 millions d'invalides. La France a été le pays le plus touché, proportionnellement : 1,4 million de tués et de disparus, soit 10% de la population active masculine. Cette saignée s'accompagne d'un déficit des naissances. La stagnation démographique française se prolonge, avec un vieillissement de la population qui ne continue de croître qu'avec le recours à l'immigration. Cette dernière participe à la reconstruction d'un pays dont le nord est en ruines : maisons, ponts, routes, usines… Perte de prestige des Européens dans les colonies et dans le monde : la guerre a été mondiale, elle s'est étendue en Afrique où les franco-britanniques se sont emparés des colonies allemandes, en Extrême-Orient où les Japonais ont fait de même dans les îles Mariannes et en Nouvelle-Guinée. Les colonies ont fourni des vivres, des matières premières, « tirailleurs sénégalais » et « zouaves marocains », souvent engagés dans les combats de première ligne, comme en témoignent les cimetières militaires de l'Ourcq. Au lendemain de la guerre, les peuples colonisés ne croient plus à ce qu'on leur inculquait – la supériorité naturelle de la métropole – et réclament une amélioration de leur sort. À ce premier déclin de l'influence européenne dans les colonies s'ajoute l'expansion des États-Unis, les plus grands bénéficiaires de la guerre, et du Japon, dont les capitaux se placent désormais à Londres et à Paris. maroc Bouleversements sociaux : les clivages sociaux s'accentuent avec l'enrichissement des « marchands de canons » et l'appauvrissement des petits rentiers, des retraités et des salariés touchés par l'inflation. Les femmes ont acquis une place nouvelle dans la société, en s'étant rendues indispensables pendant toute la guerre, dans les champs, dans les usines, dans les bureaux, dans les écoles (pour compenser la perte de très nombreux instituteurs)… Le féminisme progresse, la mode évolue (la « garçonne » en cheveux courts), le droit de vote est accordé en Grande-Bretagne, en Allemagne, aux États-Unis, en Russie, mais pas en France. L'apparente victoire de la démocratie… Quatre empires autoritaires se sont écroulés, ce qui transforme profondément la carte de l'Europe, redessinée par les traités de paix de 1919 : l'empire du tsar - devenu la Russie communiste -, l'empire ottoman réduit à l'actuelle Turquie, l'empire austro-hongrois démantelé - avec la naissance d'une minuscule Autriche et d'une Hongrie, d'une Tchécoslovaquie, d'une Yougoslavie indépendantes -, enfin le Reich allemand, que le traité de Versailles diminue sur le plan territorial, coupe en deux par le « couloir de Dantzig », démilitarise, confisque les colonies, surveille, condamne à de lourdes réparations et rend seul responsable du conflit. L'Allemagne, rendue responsable de la guerre par ce traité, est contrainte de verser des réparations, dont le montant n'est fixé qu'en 1921 et qui s'élève à 132 milliards de marks-or, à verser en trente annuités. Tous ces États adoptent des régimes parlementaires, mais la démocratie ne résiste pas à l'installation rapide de régimes autoritaires dans toute l'Europe centrale et orientale (à l'exception de la Tchécoslovaquie), ainsi qu'en Russie communiste. En Allemagne, elle est contestée à la fois par l'extrême gauche communiste et par l'extrême droite, dont le parti national-socialiste de l'ancien combattant Adolf Hitler, qui tente de prendre le pouvoir en Bavière par un putsch, en 1923. En prison, il rédige Mein Kampf, dans lequel il promet le rejet du traité de Versailles, la naissance d'un nouveau Reich pourvu d'un « espace vital » à l'est et débarrassé des « races inférieures », à commencer par les Juifs, les Slaves, les Tziganes, les homosexuels et les handicapés. Finalement, la pire des conséquences de la Première Guerre mondiale fut tout simplement la Seconde Guerre mondiale.

Batailles importantes


- Bataille de la Marne
- Bataille de la Somme
- Front de l'Yser
- Bataille de Verdun
- Bataille de la crête de Vimy
- Bataille du Vieil Armand Haut-Rhin

Personnages clés

Bataille du Vieil Armand Haut-Rhin

Nouvelles armes et nouvelles tactiques

Cette guerre a été l'occasion pour l'industrie de l'armement de lancer de nouveaux matériaux qui aident à la maturation des techniques et des méthodes.

Aviation


- Reconnaissance aérienne.
- Bombardement et mitraillage de position.
- Combat aérien.

Blindé automobile


- Attaque de position avec blindés, couvrant les fantassins.
- Construction des premiers chars d'assaut (Renault, Schneider)

Armes chimiques

Armes chimiques, 1917]]
- Obus et bombes contenant des gaz toxiques.
- Des gaz très volatils sont lachés, le phosgène, le moutarde... Certains étaient quasi indétectables et n'agissaient que 3 jours après inhalation... Il était ainsi impossible de savoir si l'on est contaminé ou pas...

Le front intérieur


- Les hommes étant mobilisés au front, les femmes les ont remplacés aux champs, dans les usines, les écoles. Cela a joué un rôle dans l'émancipation féminine, les femmes obtiennent d'ailleurs le droit de vote à la fin de la guerre, dans de nombreux pays d'Europe (pas en France...)
- Les emprunts de guerre : en France, des campagnes de collecte d'or sont menées auprès des civils, pour financer la guerre. Mais la principale source de financement est située aux États-Unis, soit en numéraire, soit par l'achat à crédit de matériel. Les nations d'Europe s'endettent considérablement.
- En France, tout les partis politiques s'allient dans L'Union Sacrée, pour faire face à la guerre.
- Les industries et les chercheurs sont mobilisés (voir nouvelles armes).
- Pour soutenir le moral des combattants, des « marraines » écrivent aux célibataires.

Conséquences humaines

Union Sacrée] :
- L’Empire britannique inclut le Canada, l’Australie, et l’Inde.

  - Terre-Neuve ne faisait pas partie du Canada à cette époque.

Voir aussi

Articles connexes


- Accords de Sykes-Picot
- Chronologie du conflit
- Cimetières militaires de la Première Guerre mondiale
- Gueules cassées
- Films sur la Première Guerre mondiale
- Luftwaffe (Aviation militaire allemande) (bien que l'armée de l'air allemande s'appelle la Luftstreitkräfte à cette époque-là, l'article contient une section qui s'occupe de l'aviation militaire allemande pendant la Première Guerre mondiale)
- Traité de Versailles
- camps de concentration allemands 14-18

Bibliographie

Ouvrages tous publics


- Les Croix de bois de Roland Dorgelès, adapté au cinéma en 1932 par Raymond Bernard ;
- La Main coupée de Blaise Cendrars ;
- Le Feu d'Henri Barbusse ;
- À l'Ouest, rien de nouveau (Im Westen nichts neues) d'Erich Maria Remarque, 1928, adapté au cinéma en 1930 par Lewis Milestone (All Quiet on the Western Front).
- Paroles de poilus est un recueil de lettres envoyées par des soldats à leur famille compilé par Jean-Pierre Guéno, Yves Laplume et Jérôme Pecnard en 1998, éd. Tallandier et Biblio.
- Orages d'Acier de Ernst Jünger, récits d'un jeune officier allemand sur la guerre et les combats dans les tranchées.
- Les champs d'honneur de Jean Rouaud ; éd. Les éditions de minuit.
- Un long dimanche de fiançailles de Sébastien Japrisot ; Folio éd. Gallimard, roman français éd. Denoël prix Interallié 1991, adapté au cinéma en 2004 par Jean-Pierre Jeunet (fiche du film) ;
- Les carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier, 1914-1918; éd La Découverte. Le journal d'un poilu ayant connu les principales batailles du conflit.
- Récits des tranchées est un recueil de récits de poilus ; éd. Les 3 Orangers.
- Paroles de poilus Lettre et carnets du front 1914-1918 sont des lettres écritent par des poilus ; éd. Librio
-
Le Gachis des Généraux, Pierre Miquel, Éditeur : Pocket, 2003, ISBN 2266124382
-
Les Poilus, Pierre Miquel

Historiographie


- Audoin-Rouzeau (Stéphane), Becker (Jean-Jacques), dirs.:
Encyclopédie de la Grande Guerre 1914-1918, Paris, Bayard, 2004, ISBN: 2.227.13945.5.

Liens externes


- [http://perso.wanadoo.fr/chtimiste/ Le détails du parcours de tous les régiments français de la grande guerre]
- [http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr Base de données de documents de l'armée française]
- [http://crdp.ac-bordeaux.fr/cddp64/Gabard/index2.htm Ernest Gabard, Carnet de guerre - 1915-1916]
- [http://crdp.ac-bordeaux.fr/cddp64/Gabard/index.htm Les monuments aux morts d'Ernest Gabard dans le sud-ouest de la France]
- [http://www.atlas-historique.net/1815-1914/cartes/Europe1914.html Cartes des alliances en 1914]
- [http://www.musee-mccord.qc.ca/fr/clefs/circuits/GE_P3_1_FR.html Circuit thématique : Recherchés! 500 000 Canadiens pour la Grande Guerre]
- [http://www.evasion-aisne.com/sites_activites/chemin_dames/index.php Le Chemin des Dames : un parcours pour la mémoire de la Grande Guerre]
- [http://www.evasion-aisne.com/visites_virtuelles/fr/caverne_dragon.php La Caverne du Dragon, un musée qui évoque le quotidien des poilus.]
- [http://www.freewebs.com/omorika3/Le%20epope/index.htm Henry Barby : L'Épopée Serbe (L'agonie d'un peuple, Paris 1916)]
-
ja:第一次世界大戦 ko:제1차 세계 대전 ms:Perang Dunia I simple:World War I th:สงครามโลกครั้งที่หนึ่ง


Empire ottoman

L'Empire ottoman (Osmanlı İmparatorluğu en turc), l'un des nombreux États fondés par les Turcs, exista entre 1299 et 1922 (soit 633 ans). Fondé par une tribu turque oghouze en Anatolie occidentale, l'Empire ottoman s'étendait au faite de sa puissance sur toute l'Anatolie, les Balkans, le pourtour de la Mer Noire, la Syrie, la Palestine, la Mésopotamie, la péninsule arabique et l'Afrique du Nord, à l'exception du Maroc.

Histoire

Maroc L'Empire ottoman a été fondé par une famille issue des Kayı, l'une des 22 ou 24 tribus turques oghouzes qui avaient conquis l'Anatolie au . Sous le règne d'Osman Ier (qui donnera Othman, puis Ottoman en français, ainsi que le nom turc Osmanlı donné à sa dynastie), pendant que l'Empire seldjoukide se décompose, cette tribu va commencer son extension. En 1299, Osman Ier conquit la ville byzantine de Bilecik et cette date marque généralement le début de l'Empire ottoman. Jusqu'à sa mort en 1324, Osman Ier conquit plusieures autres villes et places fortes byzantines, ainsi que certaines des peuplades turques voisines. Ses successeurs continuèrent sa politique d'expansion. L'Empire ottoman conquit Gallipoli, son premier territoire européen, en 1347, puis s'étend à travers les Balkans. En 1389, il remporte une victoire décisive à la bataille de Kosovo Polje en Serbie (ou bataille du Champ des merles), mettant fin à l'existence des royaumes serbes et albanais. En 1453, commandé par le sultan Mehmet II, il s'empare de Constantinople et met fin à l'Empire byzantin. L'Empire établit ensuite progressivement sa suzeraineté sur toute la partie musulmane du monde méditerranéen, Maroc excepté. Les sultans ottomans voient leur titulature s'enrichir au du vieux titre turc de khan, puis de celui de Calife au , c'est-à-dire successeur de Mahomet et chef de la communauté musulmane (Umma). Le contrôle qu'ils exercent sur leurs terres est variable; les provinces lointaines de Tunis et d'Alger par exemple ne reconnaissent que formellement son pouvoir. D'autres, comme les principautés roumaines de Valachie, Moldavie et pour un temps la Transylvanie, sont autonomes depuis le - , payant juste un tribut. L'Empire compte aussi d'importantes populations chrétiennes dans les Balkans. Il y recrute d'ailleurs par la force son principal corps militaire, celui des janissaires (altération du turc yeniçeri « nouveau soldat »), institué au par le sultan Orhan. L'Empire connaît son apogée au , sous le règne de Soliman le Magnifique dont les armées parviennent jusqu'à Vienne en 1529 et 1532, mais dont elles font le siège en vain, marquant d'ailleurs une limite dans l'avancée de l'Empire en Europe. L'Empire crée une flotte militaire, tente de s'imposer en Méditerranée au détriment des cités italiennes et y parvient un moment. La défaite navale de Lépante en 1571, devant les flottes espagnole et vénitienne, met fin à sa suprématie. Réorganisée par Sokullu Mehmed pacha, la flotte ottomane restera certes ensuite une puissance importante, et les possessions vénitiennes (Chypre et des îles en mer Égée) rejoindront progressivement l'Empire, mais le commerce en Méditerranée demeurera aux mains des européens. L'Empire trouve sa place dans le jeu diplomatique européen où il est un allié traditionnel de la France, dans une alliance de revers contre les Habsbourgs, dès le règne de François I. L'Empire décline lentement à partir du , ne parvenant pas à suivre la croissance rapide des pays européens. En 1683, l'échec de l'ultime siège de Vienne (après avoir perçu une importante rançon des assiégés) est souvent pris comme origine de ce changement. En 1782, la Russie de Catherine II s'empare de la Crimée sans que la Sublime Porte (ainsi qu'on désigne parfois l'Empire d'après le nom de la porte d'honneur monumentale du Grand Vizirat à Istanbul, siège du gouvernement du Sultan) ne réagisse, ne pensant pas être de force à s'y opposer. En 1798, les Français prennent pied en Égypte et y restent trois ans tout en se réclamant d'une « amitié » avec la Sublime Porte. Cette attitude en demi-teinte fit l'admiration de Mehmet Ali qu'elle inspirera plus tard dans une action similaire (et qui mentionnera toujours son admiration pour Bonaparte). Au , l'Empire - surnommé "homme malade de l'Europe" - se désagrège. En 1830, la Grèce, soutenue par les puissances occidentales, obtient son indépendance. Le gouverneur de l'Égypte, Mehmet Ali, se comporte comme un souverain indépendant et obtient que son fils lui succède, ce qui constitue un précédent. La France s'empare de l'Algérie. L'Empire ne fait face à l'expansion de la Russie que parce que l'Angleterre et la France le protègent, notamment au cours de la guerre de Crimée. Au tournant du siècle, l'Empire finit de perdre les Balkans, sauf un petit territoire en Thrace orientale où se situe sa capitale. La défaite de la seconde guerre balkanique amène les Jeunes Turcs au pouvoir. La Première Guerre mondiale achève son démembrement (non sans qu'ait été commis le génocide arménien); les territoires arabes qu'il contrôle (Syrie, Palestine, Liban, Irak, Arabie) sont placés par décision de la Société des Nations sous protectorat britannique et français (voir accord Sykes-Picot), le Caucase est perdu. Le maréchal Mustafa Kemal (Atatürk) abolit l'Empire ottoman en 1922 et fonde en 1923 sur le territoire restant, l'Anatolie et la Thrace Orientale, la Turquie moderne ou République turque, état successeur de l'Empire ottoman. En 1924, il met fin au califat, dernière trace de l'Empire.

Organisation

Article détaillé : Organisation de l'Empire ottoman.

Provinces

Article détaillé : Provinces de l'Empire ottoman.

Culture

Article détaillé : Culture de l'Empire ottoman.

Voir aussi


- [http://www.planet-turquie-guide.com/ottoman.htm carte et histoire de l'empire Ottoman]

Liens internes


- Devshirme
- Dynastie ottomane
- Méhémet-Emin Aali-Pacha
- Millet
- Organisation de l'Empire ottoman
- Parlement ottoman
- Jeunes Turcs
- Ismail Enver
-
Catégorie:Monde arabo-musulman ja:オスマン帝国の君主 ko:오스만 제국

Union européenne

L'Union européenne est une organisation internationale, à la fois supranationale et intergouvernementale, qui a été établie avec cette dénomination par 12 États avec le traité de Maastricht en 1993, complétant et comprenant la Communauté européenne, précédemment dénommée Communauté économique européenne, dite aussi Marché commun, ainsi que deux formes de coopérations institutionalisées, la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) et la coopération en matière de justice et d'affaires intérieures. L'Union regroupe vingt-cinq États européens depuis le 2004 : L'Allemagne, l'Autriche, la Belgique, Chypre, le Danemark, l'Espagne, l'Estonie, la Finlande, la France, la Grèce, la Hongrie, l'Irlande, l'Italie, la Lettonie, la Lituanie, le Luxembourg, Malte, les Pays-Bas, la Pologne, le Portugal, le Royaume-Uni, la Slovaquie, la Slovénie, la Suède et la République tchèque. Deux autres Etats candidats ont déjà signé leur traité d'adhésion, la Bulgarie et la Roumanie. Image:UnionEuropeenne.jpg

Piliers

L'Union européenne est fondée actuellement sur trois piliers, qui se distinguent par le mode de décision employé, selon les domaines concernés :
- 1 pilier: la Communauté européenne : « héritière » de la CECA et de la CEE, du traité de Rome révisé par l'Acte unique. Il s'agit d'un pilier supranational relatif aux politiques intégrées (politique agricole commune, union douanière, marché intérieur, euro, etc.). Pour les matières relevant de ce pilier, les États membres ont transféré une partie relativement importante de leurs compétences à l'Union européenne.
- 2 pilier: la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC) : coopération intergouvernementale, en matière d'affaires étrangères et de sécurité. L'ensemble des règles relatives à la PESC figure dans le titre V du traité sur L'union européenne.
- 3 pilier: la coopération policière et judiciaire en matière pénale : coopération intergouvernementale. Les matières relevant du troisième pilier sont communément appelées les matières JAI (Justice et Affaires Intérieures) même si le traité d'Amsterdam a modifié l'appelation du titre VI du traité sur l'Union européenne. L'image du pilier s'est imposée au printemps 1991, sur le modèle du temple antique, le fronton, l'Union européenne est soutenu par trois piliers qui donnent à l'ensemble sa stabilité et son équilibre. Le traité de Rome de 2004, qui instaure un traité constitutionnel pour l'UE, est en instance de ratification, après sa signature par les chefs d'État et de gouvernement le 29 octobre 2004. Entre autres, il dispose une fusion complète des trois piliers ainsi que l'ajout d'autres domaines de coopération et une révision des niveaux de décision. L'Union européenne est donc un système hybride dans lequel, pour certains domaines, les États cèdent entièrement leur souveraineté à l'Union, tandis que, pour d'autres, les États préfèrent avoir recours à des coopérations intergouvernementales.

Statut

Les compétences