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Discrimination positive
La discrimination positive est une politique discriminatoire (d'où le nom) affectant un avantage social à une catégorie qui n'est pas jugée à parité dans un domaine par les initiateurs de ladite politique.
Historique
La discrimination positive a été créée aux États-Unis en faveur des descendants d'esclaves, afin de lutter contre les pratiques racistes dont ils faisaient l'objet. Certains cherchent à l'étendre de nos jours en Europe à l'intention des immigrés.
En France, la loi du 10 juillet 1987 en faveur de l'emploi des travailleurs handicapés impose à tout entreprise de 20 salariés ou plus d'employer au moins 6% de travailleurs handicapés. Depuis l'années scolaire 2000-2001 des conventions ZEP/Grandes écoles permettent à des lycéens issus d'un zone d'éducation prioritaire d'intégrer certaines grandes écoles sans avoir à passer de concours d'admission. Ces zones avaient été crées en juillet 1981 par Alain Savary avec l'objectif affirmé de «donner plus à ceux qui ont moins».
Une Expression contestée
Si certains y voient un exemple du politiquement correct, le mot "discrimination" conserve cependant une connotation extrêmement négative. On trouve donc souvent l'expression "égalité des chances" pour désigner cette politique. D'autres personnes estiment que l'on devrait plutôt employer l'expression action positive, traduction littérale de l'expression américaine "affirmative action."
Les critères de discrimination
discrimination socio-économique
Le principes de justice sociale peuvent conduire à une réorientation des prestation publiques vers les plus nécessiteux. Il s'agit donc de mieux différencier les bénéficiaires de l'État-providence pour donner plus à ceux qui ont le moins…et généralement moins à ceux qui ont plus.
On peut également citer la discrimination territoriale. Il s'agit par exemple dans le domaine de l'éducation des zones et des réseaux d’éducation prioritaire (ZEP, REP) en France ou des education action zone (EAZ) au Royaume Uni.
discrimination biologique, culturelle, ethnique…
Il ne s'agit plus ici de prendre en compte directement les inégalités socio-économiques, mais de se placer en amont, en compensant d'autres critères qui sont donc estimés comme handicapant par le législateur. C'est quand ces critères font références a des communautés (ethniques par exemple) que la discrimination positive suscite des réticences. Cela est surtout vrai dans un pays comme la France ou une telle situation heurte la tradition républicaine d'égalité des citoyens. Aux Etats-Unis par contre l'enjeu du débat est totalement diffèrent: l'appartenance ethnique y a été reconnue ce qui a permis par exemple de prendre en compte le préjudice causé par l’esclavage.
Raisons d'être de la discrimination
Selon les partisans de la "discrimination positive", le chômage, la précarité d'une partie de la population issue des minorités visibles constituent un terreau fertile à la décomposition de la sociéte et au communautarisme. Comme l'indique Aristote, il n'y a rien de plus injuste que de traiter également des situations inégales.
Selon les adversaires de la "discrimination positive", le chomage actuel frappe les Français eux-mêmes, parmi lesquels de nombreux diplomés de qualité ne trouvent aucun débouché. Il n'est donc pas étonnant que les immigrants éprouvent eux aussi des difficultés, d'autant plus grandes qu'ils maitrisent mal la langue du pays d'immigration.
Étude pratique de la discrimination positive
Impact sur la population favorisée par la Discrimination positive
Impacts positifs
- La discrimination en matière d'éducation :
En Angleterre, l'action a surtout été en matière d'éducation. En réservant des quotas d'inscription universitaire à une certaine catégorie de population, on lui permet de mieux s'instruire. L'instruction étant la base de la création d'un meilleur avenir et de l'insertion dans la société. Ces populations ont donc plus confiance dans l'avenir.
- La discrimination dans l'emploi :
La création de quotas à l'embauche (exemple célèbre des séries américaines) permet à cette catégorie de se créer une place sur le marché du travail. De plus, elle permet de lutter contre la théorie qui veut que les capacités dans le travail soient liées au groupe d'appartenance. Elle permet aussi d'assurer une certaine visibilité à ces groupes et peut être d'aider à changer les mentalités.
- La discrimination en matière fiscale :
L'action fiscale est pour l'instant le moyen priviliégié par l'État français. Il permet de rendre plus rentable l'emploi des catégories défavorisées. L'employeur rationnel, qui cherche à maximiser les profits est donc encouragé à embaucher ces catégories.
Impacts négatifs
- La discrimination en matière d'éducation :
La discrimination en matière d'éducation dévalorise les diplômes obtenus, leur prestige n'est plus le même. Leur valeur diminue également pour les entreprises, qui peuvent avoir tendance à rejeter plus encore les personnes membres d'un groupe "discriminé positivement", y compris ceux ayant obtenu le diplome sans cette aide.
De plus, le risque d'échec est plus élévé. La discrimination positive oblige les établissements supérieurs à recruter à un niveau inférieur dans la population en difficultée.
- La discrimination dans l'emploi :
Les quotas d'employés n'empechent pas la continuation d'une discrimination à l'intérieur de l'entreprise. Il existe toujours des entreprises qui payent leurs employés différemment en fonction de leur sexe ou leur couleur de peau. Les quotas n'ont rien changé à cette situation.
- La discrimination en matière fiscale :
L'incitation fiscale positive ou négative à certaines activitées n'a jamais prouvé de véritables bénéfices proportionnels au sacrifice. L'encouragement fiscal (par exemple zone franche) peut créer des attitudes d'opportunisme, néfaste à la population locale. Les entreprises se promenant là où les déductions les portent. Les populations se retouvent donc obligées de subventioner leur propre activité. La discrimination fiscale peut même avoir un impact négatif contraire au but recherché. Le fleurissement des pubs pour les minitels roses est une conséquence.
- La discrimination en matière d'intégration :
Les bénéficiaires de mesures de discrimination positives peuvent être vus comme des profiteurs qui n'obtiennent certaines choses que par le fait d'appartenir à un groupe (souvent ethnique ou religieux), en particulier de la part des non-bénéficiaires.
La discrimination positive d'un groupe de personnes étant forcément la discrimination négative des autres personnes, les relations entre les deux groupes peuvent se détériorer, surtout si la discrimination en question donne l'impression de favoriser dans les faits un groupe ethnique ou religieux particulier.
Impact sur la population non favorisée par la discrimination positive
Impacts positifs
- La discrimination en matière d'éducation :
La mixité est plus grande, l'apprentissage est donc plus enrichissant pour tous les élèves. L'école reste/devient un lieu d'échanges et de réflexion où les élèves apprennent le mélange qui est gommé par nos société (carte scolaires, zones résidentielles pour riches...).
Ce point est cependant sujet à caution (jamais démontré).
- La discrimination dans l'emploi :
- La discrimination en matière fiscale :
Des activités qui seraient autrement considérées non rentables se développent et d'autres réprouvées par la société diminuent.
Impacts négatifs
- La discrimination en matière d'éducation :
Les non-discriminés peuvent se voir refuser des places parce n'étant pas membres d'un groupe favorisé par ces mesures.
- La discrimination dans l'emploi :
Les non-discriminés peuvent se voir refuser des emplois parce que n'étant pas membres d'un groupe favorisé par ces mesures.
- La discrimination en matière fiscale :
Les impôts sont plus importants car ces mesures demandent des moyens.
Les réactions politiques
Selon les cas, en particulier l'orientation du moment des divers hommes et partis politiques, troi s avis principaux se dégagent :
C'est une inégalité formelle destinée à corriger une inégalité de fait (plutôt politiciens de gauche).
C'est une mesure raciste destinée à avantager de fait certains groupes ethniques ou raciaux, puisque de toutes manières même la Discrimination positive basée sur des zones géographiques recoupe des zones possédant une majorité ethnico-religieuse (plutôt politiciens de droite).
Le troisième avis recoupe les deux précédents et les mélange en avantageant l'un ou l'autre point de vue selon la proximité de celui qui l'émet avec les deux extrèmes politiques classiques, droite et gauche, mais également selon des considération électorales ou sociales ("calmer" une partie de la population ou une autre, par exemple). Elle dit généralement que la Discrimination positive, si elle existe, ne doit ni favoriser un groupe suivant des critères ethniques ou religieux, ni se transformer en discrimination négative (racisme, apartheid...) du reste de la population.
Voir aussi
Liens internes
Liens externes
- [http://www.ladocumentationfrancaise.fr/education_concours/culture_generale_fiches/discriminations_positives.shtml Dossier de la documentation française]
- [http://www.eleves.ens.fr/pollens/seminaire/seances/discrimination/dossierdiscrimination.htm Dossier : Faut-il développer la discrimination positive en France ?] (pour les élèves de l'ENS)
- [http://www.communautarisme.net/Anne-Marie-Le-Pourhiet-la-discrimination-positive-marque-le-retour-au-droit-des-orangs-outans-_a621.html] interview d'Anne-Marie Le Pourhiet
- [http://www.communautarisme.net/A-propos-de-l-essai-De-la-discrimination-positive-d-Eric-Keslassy_a312.html]critique du livre "la discrimination positive" d'Eric Kesslassy par Anne-Marie Le Pourhiet
- http://www.communautarisme.net/Discrimination-positive-la-fin-justifie-t-elle-les-moyens-_a230.html interview d'Eric Kesslassy, auteur de "la discrimination positive"
Bibliographie
Catégorie:Discrimination
Catégorie:Racisme
ja:積極的差別是正措置
Parité als:Parität ja:パリティ
La parité est un concept d'égalité d'état ou d'équivalence fonctionnelle. Celui-ci possède plusieurs définitions spécifiques différentes.
Parité en mécanique quantique
Les particules possèdent la propriété de mécanique quantique de parité. Suivant la mécanique quantique, la conservation de cette parité est équivalente aux lois de la physique invariantes par réflexion de miroir. Il a été trouvé que la parité n'est pas conservée avec la force faible et ainsi la force faible n'est pas invariante par réflexion de miroir.
Voir : Transformation de parité, Symétrie P, parité intrinsèque.
Parité en mathématiques
La parité est le caractère pair ou impair d'un nombre entier. Dire qu'un nombre est pair ou impair, c'est préciser sa parité.
La parité d'une permutation (définie en algèbre abstraite) est la parité (pair ou impair) du nombre de transpositions dans laquelle la permutation peut être décomposée. Par exemple (ABC) en (BCA) est paire parce qu'elle peut être effectuée en échangeant A et B puis C et A (deux transpositions).
Il peut être montré qu'aucune permutation ne peut être décomposée à la fois en un nombre pair et impair de transpositions. Ainsi, ce qui précède est une définition qui convient.
Voir aussi : fonction paire.
Parité en télécommunications
Dans cette utilisation, le nombre de bits '1' dans la valeur binaire est comptée. La parité est paire s'il existe un nombre pair de bits '1', et impair sinon. Exemples : la parité de la valeur 10111101 est paire (il y a 6 bits '1') ; la parité de la valeur 01110011 est impaire (il y a 5 bits '1').
La parité est quelquefois utilisée pour la vérification des erreurs, sa rapidité étant un avantage dans certaines implémentations. Néanmoins des méthodes de vérification d'erreurs beaucoup plus robustes existent mais elles sont également plus gourmandes.
Il existe plusieurs types de parité : aucune, marqué, paire, et impaire. 'Aucune' veut dire qu'il n'y a pas de parité calculée et un bit-zéro est généralement inséré (ceci étant, le bit est présent mais inutilisé ou ignoré). 'Marqué' veut dire que le bit de parité est toujours un '1'. La parité 'paire' ou 'impaire' insère un bit de parité '1' ou '0' pour que le nombre total de '1' soit pair ou impair, le bit de parité inclus. Le bit de parité est 'déshabillé' avant que la donnée soit utilisée, ainsi un caractère de sept bits (ou une valeur de donnée) requiert huit bits pour être transmis ou être stocké - les sept bits de donnée et le bit de parité.
Les algorithmes modernes de vérification d'erreur utilisent un CRC ou un code correcteur d'erreurs, par exemple. Ces codes sont plus puissants et peuvent souvent corriger les erreurs, alors que la parité ne peut seulement que détecter certaines erreurs.
- Exemple de code assembleur de calcul de parité
Parité dans les institutions
Dans le cadre de la défense des droits des femmes, la notion de parité a été avancée pour défendre l'égalité organisée en nombre de sièges ou de postes occupés par les hommes et les femmes dans des institutions (publiques ou privées) qui font apparaître une discrimination de fait. C'est ainsi que l'on parle de parité dans un parti politique, à l'assemblée nationale, dans une profession.
Le même sens est retenu dans le cas où l'équilibre recherché n'est pas entre deux sexes mais entre deux catégories sociales qui devraient être à l'équilibre. C'est ainsi le cas pour la parité entre les francophones et les nééerlandophones dans certaines institutions belges. La parité s'applique alors dans le contexte propre au bilinguisme.
On parle aussi parfois du principe de parité pour désigner le paritarisme, qui consiste en la cogestion d'un organisme par un nombre égal de représentants des employés et des employeurs.
Parité en économie (devises)
On parle de parité pour l'équilibre choisi par un pays entre deux devises. Il est ainsi possible de décider de maintenir le taux de change entre deux monnaies (à l'opposé avec un taux de change dit « flottant »). On parle alors parfois par extension de parité même s'il s'agit de maintenir un taux qui n'est pas de 1 pour 1 (seulement un taux fixe).
EsclavageL'esclavage désigne la condition sociale de l'esclave, travailleur non libre et non rémunéré qui, au même titre qu'un objet, est juridiquement la propriété d'une autre personne. Au sens large, il désigne le système social reposant sur cette pratique.
Les esclaves sont tenus d'obéir à tous les ordres de leur maître depuis leur naissance (ou capture, ou passage à l'état d'esclave) jusqu'à leur mort (ou parfois leur libération, ou affranchissement).
En tant que propriété, l'esclave peut faire l'objet des transferts inhérents à la notion de propriété : on peut donc l'acheter, le vendre, et même le louer.
L’esclave se distingue du captif ou du forçat, conditions voisines dans l'exploitation, et de la bête de somme, par un statut juridique propre, déterminé par les règles et les lois en vigueur dans le pays et l’époque considérés.
Au fil du temps, les civilisations successives ont élaboré des visions et des pratiques différentes de l’esclavage :
- Comment la société considère-t-elle l’esclave et quelle position lui confère-t'elle?
- Comment devient-on esclave?
- Quel travail attribue-t-on à l’esclave?
- L'esclave peut-il sortir de cette condition et comment?
société
Étymologie
Le terme esclavage vient du latin médiéval sclavus déformation de slavus (le slave). Le mot « esclave » serait apparu au Haut Moyen Âge à Venise, où la plupart des esclaves étaient des Slaves des Balkans (une région qui s'est longtemps appelée « Esclavonie » et qui est récemment devenue indépendante, sous le nom de « Slovénie »).
Rome pratiquant l'esclavage, le latin disposait évidemment d'un terme pour désigner l'esclave : servus, qui a conduit aux termes servile et servilité (relatifs à l'esclave et à sa condition), ainsi qu'aux termes serf du moyen-âge et aux modernes service, serviteur, etc. (avec des évolutions dans le sens).
Esclavage dans l'Antiquité
Venise
L'esclavage existe à l'époque antique, il est mentionné dans les toutes premières traces écrites, comme le Code d'Hammourabi et d'autres écrits analysés comme des transcriptions d'histoires orales. Les critères de propriété liés à l’esclavage impliquent un certain niveau d’organisation des sociétés, ce qui rend incertain l’existence de l’esclavage pour les temps préhistoriques. Les preuves sures de l’existence de l’esclavage commencent avec les sociétés historiques possédant l’écriture, et peuvent être extrapolées, avec prudence, pour les civilisations protohistoriques qui les précèdent. Les déductions uniquement basées sur l’ampleur impressionnante de certains vestiges (pyramides, monuments, digues, etc.) restent conjecturales.
On pouvait être réduit à l'esclavage pour dettes, en cas de nécessité on pouvait se vendre soit même comme esclave (dans ces deux cas, l'esclavage pouvait être temporaire). Mais le plus souvent, on devenait esclave à la suite d'une razzia, d'une invasion réussie (réduisant toute la population initiale au statut d'esclave), ou après avoir été pris sur le champ de bataille. L'esclavage pouvait enfin être héréditaire.
Certains artistes de l'Antiquité, comme le fabuliste grec Ésope ( av. J.C.), sont des esclaves affranchis. Le latin Térence (-184,-159) est esclave, ce qui étonne Diderot. Le philosophe grec Epictète (50, vers 130) est également esclave.
Mésopotamie
À Sumer, si l'on en croit le livre L'Histoire commence à Sumer, la condition d'esclave aurait été assez souple : un esclave aurait pu par exemple y épouser une femme libre, ou même posséder par ailleurs une petite entreprise.
Grèce
Dans l'Antiquité gréco-latine, les esclaves européens étaient presque toujours Européens eux-mêmes. Il faut comprendre l'esclavage grec comme une déshumanisation de la personne, puisqu'on parle de « cheptel humain » (Aristote).
Il faut souligner que c'est l'esclavage qui seul permet le fonctionnement de la « démocratie grecque », dans les périodes où celle-ci est en vigueur. En effet, comme cette démocratie est directe, la plupart des décisions sont prises par l'ensemble des citoyens réunis sur l'Agora. Il faut donc, pour que les hommes libres puissent passer leurs journées à discuter ou à voter, qu'ils disposent d'esclaves pour travailler à leur place aux champs, à la mine ou dans leurs commerces. À Athènes à l'époque classique, la population est composée aux trois quarts d'esclaves.
Cet esclavage apparaît alors parfaitement normal et naturel. D'autant que les machines n'existent pratiquement pas, et les relations de type économique (salariat) très limitées, la main d'œuvre servile est indispensable pour toutes les tâches (construction, travaux des champs, artisanat, etc.).
Voir Esclavage en Grèce antique
Rome, période de la République
En latin, l'esclave se dit servus ou encore ancillus. Les Romains considèrent en effet l'esclavage comme infamant, et un soldat romain préfère se suicider que de tomber en esclavage dans un peuple « barbare », ou plutôt non-romain.
Souvent, les personnes réduites en esclavage, ou maintenues dans cette condition d'esclave, proviennent d'autres peuples conquis, ce qui se manifeste souvent par une couleur de peau, ou une langue, etc., différente de celle des maîtres. Toutes les campagnes militaires se traduisent par l'importation d'une grande quantité d'esclaves, parfois toute la population vaincue comme lors de la destruction de Carthage en -146. Certaines personnes sont contraintes à devenir esclaves à cause de leur pauvreté extrême ou de leur endettement (adictus, esclave pour dettes).
Il est à noter que l'esclave romain est ambivalent : il est à la fois un homme et marchandise. Sa valeur monétaire incite le maître à prendre soin de ses esclaves pour que son investissement soit rentable. De même, il a des devoirs envers ceux-ci : les nourrir, les vêtir et les loger. Les privations sont les châtiments les plus courants, mais les coups, les mutilations, ou même, à certaines époques, la mort, pouvaient être pratiqués sans qu'il y ait de recours à la justice. Caton l'Ancien, que ses contemporains considéraient comme dur voire excessif, disait « l'esclave doit travailler ou dormir ».
La situation de l'esclave romain varie beaucoup selon son affectation :
- L'esclave rural exécute les travaux agricoles, et vit une condition pénible, surtout dans les grands domaines agricoles. Les révoltes d'esclaves de la Rome républicaine sont qualifiées de révoltes serviles ou révoltes ancillaires, et sont parties des régions d'agriculture intensive : Sicile, Campanie. La plus célèbre fut celle menée par le gladiateur Spartacus en 73 av. J.-C.. Spartacus vainquit plusieurs armées romaines avant d'être à son tour vaincu. La répression féroce servit d'exemple dissuasif à de futurs révoltés.
- L'esclave en ville est généralement mieux loti. Dans les maisons modestes, les quelques esclaves étaient proches du maître et faisaient partie plus ou moins de la famille. Dans les grandes maisons (domus), les tâches nombreuses et variées permettent une spécialisation, distinguant des emplois « nobles » (magister) : secrétaire, comptable, pédagogue, etc. et des emplois ménagers mineurs (minister). La prostitution, peu évoquée par les historiens, est une réalité constatée par exemple à Pompéi par les graffitis et les lupanars.
- l'esclave public appartient à l'État (la cité ou Rome). Il assure les tâches d'intérêt général, et travaille pour les services municipaux : là encore, les situations sont contrastées selon que l'on est affecté à la voirie, au service des bâtiments publics, ou au contraire aux tâches de bureau de l'administration. En bas de l'échelle, les esclaves affectés aux mines sont de véritables forçats.
Les Romains de la République connaissait un système incitatif pour l'esclave : c'est le peculium (d'où vient le mot pécule), épargne que se constitue l'esclave sur les gains d'une activité le plus souvent artisanale ou commerciale. En droit, le peculium appartient au maître, mais l'esclave en dispose à terme pour racheter sa liberté..
Rome, période impériale
Les lois romaines évoluent avec le temps, et vers le le maître perd son droit de vie et de mort sur son esclave. Sous l'Empire romain, les lois améliorent la situation de l'esclave, certains mauvais traitements sont interdits et lourdement condamnés, il est également interdit de revendre un esclave vieux pour s'en débarrasser. Les conditions de l'esclave rural s'améliorent légèrement (plus aucune guerre servile n'a lieu) car l'approvisionnement massif en esclaves lors des grands conflits s'est tari. La ville de Rome compte probablement plusieurs centaines de milliers d'exclaves.
On peut distinguer une nouvelle catégorie d'esclaves, les esclaves impériaux. Propriété de l'empereur, ils travaillent ses domaines et servent dans les Palais comme les précédentes catégories, mais investissent également les postes de l'administration d'État, soit comme esclave soit comme affranchi.
Le développement de l'affranchissement offrit une espérance de sortie de la condition d'esclave. Il devint usuel dans les grandes maisons que le maître affranchisse dans son testament une partie de la maisonnée.
Pour les Romains, l'esclave affranchi prend le statut social de son ancien maître, et devient soit citoyen latin soit citoyen romain, avec toutefois une restriction : l'accès aux honneurs de la cité (magistratures) ne lui est pas ouvert. Le sommet de l'ascension sociale est pour les plus riches affranchis l'appartenance aux seviri augustales. La pleine citoyenneté commence à être prise en compte pour les enfants de l'affranchi. L'affranchi devient le client de son ex maître, qui devient son patron, et qui l'intègre à sa famille élargie en lui donnant son nom de famille (nomen).
Il faut noter que la pratique de l'affranchissement dans la période impériale romaine est courante, au point d'engendrer sous Auguste un impôt sur les affranchissements et un plafonnement du nombre d'affranchissements accordés par les testaments.
Au , l'Empire Romain devient chrétien, sans que le principe de l'esclavage ne soit remis en cause. Notons qu'aucune discussion ne sera nécessaire pour établir que l'esclave possède une âme et peut être baptisé, question qui agitera l'Église ultérieurement face aux indiens ou aux noirs. Saint Augustin apportera au début une justification théologique à l'esclavage : on est ou devient esclave en raison de ses péchés (théorie qui n'est pas sans rappeler la conception hindouiste des castes), ou à défaut en raison du péché originel.
À la chute de l'Empire romain d'Occident, l'esclavage perdure, mais régresse dans une économie essentiellement rurale. Plusieurs siècles après, le serf médiéval le remplace.
Israël
Israël est le seul pays où, dans l'Antiquité, la durée de l'esclavage est limitée — à six ans pour les Hébreux (Bible, Exode XXI, 2-6 et Deut. XV 12-18). Les esclaves juifs ne sont pas marqués excepté par un poinçon à l'oreille et le maître qui fait périr son esclave est puni (Exode XXI, 20-21).
Esclavage au Moyen Âge
Dans l'Orient byzantin
Entre 529 et 533, l'empereur d'Orient Justinien Ier fait publier une mise à jour complète des lois romaines, connue sous l'appellation de Code Justinien. Dans les divers statuts sociaux réglementés, l'esclavage continue d'avoir sa place, malgré le contexte chrétien. Le traitement de l'esclave est néanmoins amélioré, et l'affranchissement est facilité, voire recommandé.
Malgré la condamnation formelle de l'Église, se maintient et se développe la pratique de la castration de jeunes esclaves pour en faire des eunuques, candidats potentiels à de hautes positions dans l'administration.
Comme le christianisme, l’Islam s’étend dans un monde dont l’esclavage est une composante, et comme lui, s’y adapte sans révolution sociale. En principe, le Coran interdit seulement l'esclavage des musulmans, car il fait la différence entre les pays « des infidèles » et les pays de l'Islam.
- Cela explique partiellement le fait que jusqu'au début du , des pays musulmans comme l'Arabie saoudite, le Soudan ou la Mauritanie acceptent l'esclavage des noirs chrétiens et animistes.
- Malgré les interdictions formelles concernant les musulmans, les califes et les sultans n'hésitent pas à réduire en esclavage les rebelles ou les « mauvais musulmans », notamment en Espagne au temps d'al-Andalus, et en Afrique du nord (les Berbères réduits à l'esclavage par les envahisseurs arabes).
D’où vient l’esclave dans le monde musulman ?
Du respect de l’interdiction d’asservir un musulman, découle la nécessité de s’approvisionner en esclaves aux marges du monde islamisé : chacun des pôles du monde musulman (Bagdad, Al-Andalus, Maghreb) va mettre en place ses filières d’approvisionnement.
Le califat de Bagdad a les besoins les plus élevés en esclaves, et la richesse nécessaire pour en acquérir massivement.
- Les guerres quasi continuelles contre l’Empire byzantin procurent pendant des siècles des captifs réduits en esclavage. L’Empire byzantin pratique de même lorsqu’il a le dessus.
D’autres circuits d’importation se développent, moins aléatoires que les expéditions militaires, donc plus lucratifs pour les intermédiaires. Des circuits de traite se créent avec leurs divers « gisements » :
- Les esclaves européens principalement des slaves (Esclavons) : apparus par petits groupes dans les Balkans vers le , combattus par les Francs et les Byzantins, ils alimentent les marchés d’esclaves. Les commerçants vénitiens assurent l’acheminement vers l’Espagne musulmane et le moyen-Orient. Cette source se tarit vers le avec la christianisation et l’organisation d’États slaves organisés et capables de se défendre.
- les esclaves blancs (en arabe Mamelouk), Circassiens du Caucase ou Turcs d’Asie centrale, avec Samarcande comme grand marché.
- les esclaves noirs (en arabe Zendj, africain) du Sud Soudan ou collectés sur les côtes d’Afrique noire, organisant une première traite des noirs.
Que fait l’esclave dans le monde musulman ?
À la différence de la société gréco-romaine strictement hiérarchisée qui les cantonnaient aux seules tâches d’exécution, les esclaves sous la califat accèdent à des postes qu’ils n’ont encore jamais connu : en plus des classiques travaux domestiques, artisanaux ou agricoles , les esclaves sont favoris, conseillers, chambellans, et même … soldat !
Aucune civilisation précédente n’avait tenté de créer des milices d’esclaves. Les cas d’esclaves que l’on arme ne sont évoqués par les anciens auteurs qu’en cas de crise extrême, et s’accompagnent d’affranchissement. L’avantage d’armer une population déracinée sans autre attache que son maître et donc réputée dévouée l’emporte aux yeux des dirigeants sur le danger d’une telle pratique.
- Les mamelouks turcs sont les soldats les plus appréciés : acquis jeunes, ils sont formés et encasernés, autant pour créer un esprit de corps militaire que pour les isoler de la population. Le mot mamelouk qui veut simplement dire esclave blanc deviendra synonyme de soldat turc.
- la garde personnelle du calife al-Mu’tasim (843-842) comptait de nombreux esclaves soldats (entre 4 000 et 70 000 selon les sources).
- le calife Jafar al-Mutawakkil (846-861) met des esclaves turcs à tous les postes de son gouvernement, mais finit assassiné par sa garde mamelouk. Trois de ses quatre successeurs subissent la même fin.
- Ahmad Ibn Touloun, turc envoyé au Caire en 868, se constitue une armée de grecs, de soudanais et de turcs et se rend indépendant en Égypte (dynastie des Toulounides).
- à l’autre extrémité du monde musulman, les esclavons armés prennent une part active aux luttes qui divisent l’Espagne en taifas, et se créent même un royaume à Valence.
Enfin, le califat de Bagdad connaît entre 869 et 883 sa grande révolte d'esclaves noirs, la révolte des Zanj dans les plantations du sud de l’Irak. À la différence de la révolte de Spartacus contre Rome, cette révolte d'esclaves a un fondement idéologique, car elle est animée par un mouvement qui prône violemment un islam égalitaire, les Kharidjites. Les soldats noirs envoyés contre eux désertent et rallient la révolte ; les mamelouks mettront des années pour en venir à bout.
Dans al-Andalus (Espagne)
Avec les conquêtes musulmanes (al-Andalus), la traite concerne l'Espagne et les côtes du bassin méditerranéen. Répondant aux tentatives de reconquête des chrétiens du nord de la péninsule ibérique, les califes de Cordoue lancent des expéditions de représailles, source de prisonniers : en 985, les musulmans pillent Barcelone et en 997 Saint-Jacques-de-Compostelle. En 1185, une attaque musulmane sur Lisbonne fait de nombreux captifs. La piraterie des barbaresques menace le littoral et occasionne des captures d'esclaves : c'est le cas au sac de Rome en 846, de Gênes en 933 et de Tarragone en 1185. en Europe orientale, les raids musulmans contre l'empire byzantin sont encore une source d'approvisionnement en esclaves.
Les esclaves européens du monde musulman viennent aussi des marchés de Verdun ou de Kiev pendant le Haut Moyen Âge. Les marchands musulmans ou juifs viennent y acheter de la main d'œuvre servile. Un recensement fait état de 10 000 esclaves européens amenés à Cordoue entre 912 et 961. La traite dure longtemps car les maîtres musulmans ont sans cesse besoin de renouveler leurs esclaves : ces derniers n'ont pas d'enfants (mariage interdit et eunuques).
En Égypte
L'Égypte islamique a largement fait usage des esclaves soldats, les Mamelouks, capturés ou achetés parmi les chrétiens et les tribus païennes, puis instruits au métier des armes et affranchis. En 1260, leur chef Baybars prit le pouvoir. Les Mamelouks le conservèrent jusqu'à la conquête par les Turcs en 1516-1520.
Il faut remarquer que même lorsqu'ils furent les maîtres de l'Égypte, les mamelouks conservèrent leur mode de recrutement, à partir d'esclaves.
Dans l'Empire Turc
L'esclavage et la traite continuent avec les attaques des Turcs ottomans : par les pirates musulmans au , dans les Balkans au et lors des expéditions navales turques en Espagne et en Italie, au siècle suivant.
Les Ottomans ont créé à partir du des unités d'élites avec des esclaves chrétiens, les janissaires, de yeni çeri, « nouvelle armée ». Ces esclaves étaient encasernés très jeunes, entraînés et convertis à l'islam. Ils formaient ainsi une communauté extrêmement soudée, armée redoutée qui comme les mamelouks se mit à intervenir dans la vie politique d'Istanbul.
Enfin, la pratique des eunuques, héritée de Byzance, se poursuit à la cour du sultan.
Inde
L'Inde connaît au une dynastie des esclaves fondée par Qûtb ud-Dîn Aibak en 1206 et qui garde le pouvoir sur la vallée du Gange jusqu'en 1290. Les sultans musulmans du Deccan opèrent de nombreuses razzias d'esclaves en Inde.
Afrique noire
L'approvisionnement en esclaves noirs se fait par les deux extrémités du Sahara :
Afrique orientale
Dès le , plusieurs expéditions musulmanes montent vers la Nubie, en descendant le Nil. Les vainqueurs exigent des esclaves comme tribut : en 642, le roi de Nubie Kalidurat doit livrer 360 esclaves par an aux musulmans. Selon le même processus, une série de raids musulmans menacent l'Abyssinie chrétienne. Les Arabes traversent la Mer Rouge et s'installent sur la côte éthiopienne, en fondant d'abord quelques comptoirs de traite négrière (archipel des Dahlaks, Aydab et Souakim par exemple). Les marchands arabes y échangent les produits asiatiques contre des esclaves noirs. Puis les Arabes pénètrent davantage dans les terres et finissent par installer de petits sultanats autonomes en Éthiopie : celui d'Adal par exemple exportait les esclaves du pays. Ces sultanats disparurent au . Au , les raids viennent à nouveau d'Égypte où les Turcs s'installent. Le négus d'Éthiopie appelle les chrétiens d'Occident à l'aide. L'Espagne, l'Italie et le Portugal envoient des hommes. Les Portugais voulant contrôler la route des Indes orientales attaquent les comptoirs arabes : en 1517, ils incendient le comptoir arabe de Zeila. Christophe de Gama mène une expédition en Abyssinie vers 1542-1543. Les renforts portugais refluent les Turcs vers le nord de l'Abyssinie.
Afrique de l'Ouest
Avec l'avancée de l'islam, l'esclavage se développe. Dès le , sans parler de conquêtes, les premiers raids arabes dans le Sahara approvisionnent les marchés aux esclaves. Au , le trafic caravanier augmente et les chefs de tribus africaines se convertissent. En 1077, Abou Bahr Ben Omar lance une expédition sanguinaire au Ghana. Mais les Berbères] Almoravides du Maroc n'arrivent pas à s'installer durablement. En 1222, Sundjata Keïta abolit l'esclavage en créant l'Empire du Mali (Charte du Manden).
Au , les expéditions menées par les gouverneurs d'Alger se multiplient dans le Sahara central. L'effondrement de l'empire Songhaï entraîne une chasse aux esclaves dans les pays du Niger.
Mais en Guinée l'un de ceux qui résistent à la conquête française est Samory Touré, ancêtre de Sekou Touré, qui est un grand trafiquant d'esclaves.
Au
Malgré son interdiction par les colonisateurs, à la fin du , l'esclavage continue d'exister dans le monde arabo-musulman jusqu'en 1980, date de l'abolition officielle de celui-ci par la Mauritanie. À noter que l'Arabie saoudite ne l'a aboli officiellement qu'en 1960. Cet esclavage fait partie de la traite dite orientale qui aurait déplacé environ 17 millions de noirs - fragilisant ainsi l'Afrique.
:::Voir aussi l'article traite musulmane
En Occident
Le mot Slave a donné celui d'esclave (slave en Anglais) car les peuples Slaves au Haut Moyen Âge ne sont pas très organisés et il est facile pour les régions avoisinantes de s'y ravitailler en esclaves. De plus, il est difficile aux chrétiens de posséder d'autres chrétiens comme esclaves, car selon le dogme chrétien tous les hommes sont égaux dans l'Église. Le Concile de Lyon (567-570) interdit ainsi de réduire en esclavage un homme libre. Ainsi, les esclaves sont uniquement importés en France et son principal marché aux esclaves se situe à Verdun (). Dans les années 780, Charlemagne combat les Saxons et réduit une partie de la population en esclavage. À noter qu'à l'époque mérovingienne plusieurs esclaves deviennent reines : la plus célèbre étant Frédégonde. Un esclave, Leudaste, devient connétable et comte de Tours. L'Allemagne des - siècles développe même une classe de nobles esclaves, les ministériaux.
Au siècle l'esclavage disparaît totalement en France mais perdure dans le bassin méditerranéen. Les Français, au même titre que tous les autres riverains de la Méditerranée, sont victimes d'enlèvements et sont réduits en esclavage. Les « Barbaresques » n'hésitent pas à mener des razzias dans les villages côtiers. On recense plus de 20 000 esclaves français à Alger en 1350. Les autorités françaises ne peuvent réagir militairement car le contrôle complet du littoral est alors illusoire, et se contentent de multiplier les missions à Alger afin de racheter les esclaves chrétiens. Ces esclaves libérés effectuent une véritable procession, à pied, des ports méditerranéens où ils débarquent, jusqu'à Paris.
Le trafic des esclaves avec le monde arabo-musulman fait en partie la richesse des Républiques maritimes italiennes comme celles de Gênes et de Venise. Les « négrillons » vendus dans les cours d'Europe, les odalisques et autres servantes mauresques proviennent de ce trafic.
Esclavage de la Renaissance aux Lumières
odalisque comme dans les États sudistes nord-américains. Le chemin des marchands d'esclaves partait des ports atlantiques; ils échangeaient camelote, bibelots et armes à feu contre le bois d'ébène et revendait les survivants dans les plantations. Les nations principales le pratiquant étaient dans l'ordre l'Angleterre, le Portugal, puis la France.]]
et siècles
- Europe
Les Turcs ottomans lancent régulièrement des attaques sur les côtes européennes et sur les vaisseaux des pays chrétiens, et en ramènent des esclaves.
- Amérique
Au Paraguay, les Jésuites s'opposent aux esclavagistes occidentaux au travers du système des réductions .
Les bulles pontificales Sublimus Dei (29 mai 1537)et Veritas ipsa du pape Paul III (2 juin 1537) condamnent l'esclavage des indiens ainsi que « toute mise en doute de la pleine humanité de ceux-ci ». Ce qui n'empêche pas cependant leur extermination totale dans les Antilles espagnoles.
1550 : Controverse de Valladolid opposant le dominicain Bartolomé de Las Casas qui défend la cause des Indiens au philosophe Sépulvéda qui conteste leur caractère humain.
Le commerce triangulaire
La découverte du Nouveau Monde marque la renaissance de l'esclavage et le coup d'envoi de la traite atlantique. Les nations européennes, en particulier le Portugal, la France, la Hollande et l'Angleterre se lancent dans le commerce triangulaire entre la façade atlantique de l'Europe, le Golfe de Guinée et les Amériques (Brésil, Antilles). La motivation première des négriers est économique et l'esclave noir n'est plus considéré que comme une marchandise.
Par ce système, les négriers européens viennent s'approvisionner en esclaves sur les cotes africaines. Des rafles meurtrières et fréquemment accompagnées de viols sont organisées afin de capturer les individus qui sont ensuite entassés dans des bateaux. Afin de s'assurer la collaboration de trafiquants et souverains locaux, les négriers apportent d'Europe des verroteries, des alcools et des armes. Ils transportent ensuite les cargaisons d'esclaves ainsi obtenues aux Amériques, et, avec le produit de leurs ventes, y achètent du rhum, du sucre ou du coton, avec lesquels ils reviennent en Europe. Ainsi recommencent-ils leur périple chaque année.
Bois d'ébène
La traite atlantique s'accompagne de la création d'une nouveau type d'esclave : c'est le statut de « bois d'ébène ». L'esclave perd toute humanité et par conséquent traité au mieux comme une bête de somme. Le bois d'ébène est considéré comme un bien périssable, sa durée de vie dans les colonies excède rarement six ans. Comme tout bien, son propriétaire peut l'assurer afin d'être indemnisé en cas de décès, ce qui l'incite souvent à précipiter celui-ci si l'esclave est indiscipliné ou de rendement insuffisant. Le maître a droit de vie et de mort absolu sur ses esclaves que lui garanti un ensemble de dispositif aussi bien religieux, juridique que moraux. Cette réification du bois d'ébène, garantie par la société, autorise son propriétaire à lui infliger les pires sévices.
Le Code Noir
coton
En 1685, Louis XIV, roi de France, promulgue le « Code noir », réglementant le traitement des esclaves et des « marrons » dans les Antilles françaises. C'est le premier texte de ce type depuis les conciles chrétiens du siècle. Louis XIV était défavorable à l'esclavage, mais il n'avait pas la capacité de l'interdire hors du territoire métropolitain. Faute de pouvoir le faire disparaître, il en encadre la pratique, afin de limiter les abus. Tous les esclaves ont ainsi droit au baptême chrétien et n'ont pas le droit de travailler le dimanche et les jours fériés à caractère religieux (plus de 120 pendant l'Ancien Régime). Le texte prévoit également une formule d'affranchissement. Les châtiments infligés aux esclaves récalcitrants sont sévères, mais ils ont en phase avec la sévérité qui encadre les lois des hommes libres. La peine de prison n'existant pas d'un point de vue juridique, tous les châtiments sont corporels. Le Code Noir confirme l'interdiction de toute pratique esclavagiste en France métropolitaine en se référant à une « vieille loi » qui transforme en homme libre tout esclave foulant la terre de France. Cette loi sera scrupuleusement respectée comme en attestent toutes les décisions de justice de l'Ancien Régime. Il est ainsi de facto interdit aux marchands d'esclaves de faire débarquer leur « marchandise » en France, sous peine de perdre leurs esclaves.
Voir par ex. le procès perdu par Isaac Mendès-France, trafiquant du siècle, contre la Couronne de France, pour « importation » des esclaves congolais Gabriel Pampy et Amynte Julienne, et qui purent donc reprendre leur liberté.
Siècle des Lumières
La machine infernale esclavagiste atteint son rendement maximum et le crime contre l'humanité atteint ici des sommets. On considère qu'il faut capturer dix hommes ou femmes pour en embarquer un seul en esclavage. 90 % des capturés préfèrent en effet mourir ou fuir que devenir esclave. Le nombre déjà important d'esclaves déportés d'un continent à l'autre ne prend pas en compte ces morts sur le continent africain. Ainsi, à quelques exceptions près trop mises en exergue, ceux qui embarquent sur les bateaux sont les plus dociles et les tentatives de fuite ou de suicide sont rares à ce stade. Les dernières études sur ce sujet montrent que la mortalité est plus importante chez les marins que chez les esclaves transportés.
Abolition de l'esclavage
Ancien Régime
Voir l'article détaillé : Abolition de l'esclavage
À partir du le servage remplace l'esclavage en Europe. Le servage disparaît en Europe occidentale au siècle, mais il faudra attendre la fin du siècle pour qu'il disparaisse de l’Europe orientale.
La traite se poursuit de façon clandestine et il faut attendre l'abolition de l'esclavage pour que ce trafic cesse au cours du siècle :
- le 2 mars 1807 pour l'Angleterre ;
- lors du congrès de Vienne de 1815 pour les autres puissances européennes ;
- et le 18 décembre 1865 pour les États-Unis.
Certains pays arabes maintiennent l'esclavage jusqu'au milieu du siècle : Arabie Saoudite et Oman mais également chez les Maures de certaines colonies françaises, en Mauritanie et au Soudan français, et ce malgré sa suppression officielle.
L'esclavage réapparaît au au Soudan, au détriment des Chrétiens du sud, avec la complicité du gouvernement.
En 1789, les villages et villes de France eurent à rédiger leurs cahiers de doléances pour la convocation des États Généraux. Les habitants de Champagney mettent dans leur cahier un article unique en son genre (l'article 29), dit Vœu de Champagney qui condamne avec énergie la traite des Noirs et réclame fermement son abolition.
La Convention abolit l'esclavage le 4 février 1794 grâce à l’action de l’abbé Grégoire, mais il est rétabli par Napoléon Bonaparte, le 10 mai 1802.
L'abolition officielle de la traite date du 27 avril 1848 pour la France notamment grâce à l'action de Victor Schoelcher.
Le 10 mai 2001, le Parlement Français vote la loi Taubira qui reconnaît l'esclavage comme crime contre l'humanité.
Esclavage aujourd'hui
Voir l'article détaillé : Esclavage moderne
L'esclavage n'a cependant pas totalement disparu dans certaines régions du monde, comme la péninsule arabique ou le sous-continent indien. L'Organisation internationale du travail (OIT) estime à 25 millions le nombre de personnes vivant actuellement dans des conditions assimilables à de l'esclavage, d'où le terme d'« esclavage moderne ». Selon l'ONU, chaque année, deux millions de personnes sont réduites en esclavage.
Il est important de noter que l'esclavage n'est pas uniquement présent dans les pays en voie de développement, mais l'est également dans les pays développés. Ainsi des trafics d'êtres humains comme le proxénétisme, le travail clandestin, etc. perdurent. Certains diplomates abusent de leur immunité diplomatique pour participer à ces trafics.
Le tourisme sexuel de certains citoyens de pays développés favorise également ce trafic, notamment en Asie.
Au Soudan, les « arabes » musulmans du nord ont rétabli la Charia lors de la décolonisation et ont voulu l'appliquer de force aux noirs chrétiens du sud. Ceux-ci, repoussés dans la Province Équatoriale, la plus insalubre, ont résisté de leur mieux depuis l'indépendance. Aussi les forces gouvernementales ont-elles massacré les populations civiles de nombreux villages et continuent à y enlever de nombreux enfants pour les convertir à l'islam et les utiliser comme esclaves à Khartoum.
Dans nombre de pays, des lois réprouvent le proxénétisme mais autorisent la prostitution à condition qu'elle soit volontaire et tant que cela ne trouble pas l'ordre public, conformément à la déclaration des Droits de l'Homme autorisant chacun à faire ce qu'il veut de sa personne.
En 2000, l'UNICEF estimait que 200 000 enfants étaient retenus en esclavage en Afrique centrale et occidentale. D'après l'Organisation Internationale des Migrations (OIM) quelque 200 000 femmes et enfants sont victimes de l'esclavage.
La pratique des enfants soldats peut également être assimilé à une forme d'esclavage, d'autant qu'à l'emprise psychologique mise en œuvre sur des enfants, s'ajoute la dépendance physiologique obtenue par l'usage de drogues dures.
Le 26 juillet 2005 : condamnation de la France qui n'a pas respecté l'article 4 de la convention européenne des droits de l'Homme sur l'esclavage. Paris n'a pas assez condamné un cas d'esclavage domestique sur une jeune Togolaise, Siwa-Akofa Siliadin, dans les années 1990. (Voir [http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3220,36-675601@51-675622,0.html Le Monde] et Wikinews).
Voir aussi
Articles connexes
- chronologie de l'esclavage
- Esclaves célèbres :Ésope - Spartacus - Frédégonde (voir la catégorie recensant les esclaves célèbres)
- Formes de l'esclavage : Esclavage en Grèce antique - Servage - Mamelouks et Janissaires- Dynastie des esclaves - Camp de concentration - Réductions - Esclavage moderne - Restavecs (enfants esclaves d'Haïti) - Verdingkinder (Suisse)
- Commerce des esclaves : Négriers - Traite des noirs - Commerce triangulaire - Traite des Blanches
- Abolition de l'esclavage : Dates d'abolitions de l'esclavage - Décret d'abolition de l'esclavage du 27 avril 1848 - La Case de l'Oncle Tom - guerre de Sécession - Ministériaux -Abolitionnistes
- Marie Weston Chapman - Lydia Child
Bibliographie
Témoignages
- Mungo Park, Voyage à l'intérieur de l'Afrique, FM/ La Découverte, Maspero, Paris 1980.
- Jehan Mousnier, Journal de la traite des Noirs, Editions de Paris, Paris, 1957.
- Théodore Canot, Les Aventures d'un négrier, éd. La Découvrance, Paris, 2004.
- Jean-Pierre Plasse, Journal de bord d'un négrier, éd. Les Mots et le Reste, Paris, 2005.
- Dieudonné Gnammankou, Abraham Hanibal, l'aïeul noir de Pouchkine, éd. Présence Africaine, Paris, 1996.
- Olaudah Equiano, La Véridique Histoire par lui-même d'Olaudah Equiano, Africain, esclave aux Caraïbes, homme libre, éd. Editions Caribéennes, Paris, 1987.
Ouvrages historiques
Examen d'ensemble
- Christian Delacampagne, Une histoire de l'esclavage, Le Livre de Poche, 2002, ISBN 2253905933.
- Olivier Pétré-Grenouilleau, La Traite des noirs, Que sais-je?, ASIN 2130484158
Esclavagisme musulman
- Jacques Heers, Les Négriers en terre d'islam, Paris, Perrin, 2003. ISBN 2262018502
- Jean-Claude Deveau, Esclaves noirs en Méditerranée, Cahiers de la Méditerranée, vol. 65, Sophia-Antipolis
Esclavagisme euro-américain
- Raymond-Marin Lemesle, Le Commerce colonial triangulaire, - siècles, Presses Universitaires de France, 1998, Que sais-je. ISBN 2130493408
- Salvador de Madariaga, Le Déclin de l'Empire espagnol d'Amérique, Ed. Albin Michel, Paris, 1958.
- Jean Meyer, Esclaves et Négriers, Gallimard, 1986, Decouverte Gallimard. ISBN 2070530183
- Louis Sala-Molins , Le Code noir, PUF, Paris, 1986
Histoire de l'abolition
- Annick Le Douget, Juges, esclaves et négriers en Basse-Bretagne, l'émergence de la pensée abolitionniste, l'auteur, s.l., 2000
- Nelly Schmidt Nelly, Victor Schoelcher et l’abolition de l’esclavage, Fayard, Paris, 1994
- Philippe Haudrère et Françoise Vergès, De l’esclave au citoyen, Gallimard, Paris, 1998
- François Renault, Libération d’esclaves et Nouvelles servitudes, Les nouvelles Editions Africaines, 1976
- Gaston Martin, L’Abolition de l’esclavage (27 avril 1848), PUF, Paris, 1996
Liens externes
- [http://www.psychanalyste-paris.com/Esclavage-moderne-et-ideologie.html Esclavage moderne et idéologie antique] par Christophe Bormans (Revue Tiers-Monde, Tome XXXVII - n° 148, Oct.-Déc. 1996, PUF, Paris, pp. 787-802).
- [http://www.fsa.ulaval.ca/personnel/vernag/EH/F/manif/esclavage.html L'esclavage moderne (site web de Gérard Verna)]
- [http://www.lesanneauxdelamemoire.com/ Les Anneaux de la Mémoire : le nouveau site web de l'association nantaise à l'origine de l'exposition aux 40 0000 visiteurs de 1992 à 1994. Textes, Références, Activités pédagogiques.]
- [http://atheisme.free.fr/Citations/Esclavage.htm Citations sur la religion et l'esclavage]
- [http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Esclavage Dossier sur l'esclavage] sur le site de [http://agora.qc.ca/encyclopedie.nsf l'encyclopédie de l'Agora]
- [http://victor.schoelcher.houilles.fr/ L'esclavage : une histoire des droits de l'homme]
- [http://cf.dir.yahoo.com/Sciences_humaines/Histoire/Par_themes/Esclavage/ Annuaire Yahoo!]
- [http://www.comite-memoire-esclavage.fr/ Comité français pour la Mémoire de l'Esclavage]
-
ja:奴隷
ko:노예
simple:Slavery
Zone d'éducation prioritaire
Les zones d'éducation prioritaires, ou ZEP désignent des établissements scolaires dotés de moyens supplémentaires pour faire face à des difficultés d'ordre scolaire et social. Elles sont définies par l'éducation nationale.
catégorie:éducation
Grande écoleFrance > Éducation > Études supérieures
L'expression grande école désigne en France un certain nombre d'établissements d'enseignement supérieur caractérisés par une sélection à l'entrée (généralement sur concours de niveau bac+2), une taille restreinte, et une formation de niveau bac+5 ou bac+6 de type assez généraliste. La plus grande part recrute sur concours les élèves des classes préparatoires scientifiques, économiques ou littéraires, ou bien des élèves venant des universités. Certaines écoles accueillant les fonctionnaires et militaires stagiaires sont aussi appelées grande écoles.
À l'instar des Grands corps, il n'existe pas de liste officielle des grandes écoles. Le terme désignait au départ un petit nombre d'écoles, puis son usage s'est étendu à un grand nombre d'établissements présentant une grande diversité de niveau.
Parmi les grandes écoles, on distingue notamment:
- les écoles d'ingénieurs ;
- les écoles de commerce et de gestion ;
- les écoles militaires;
- les écoles de la fonction publique préparant à des fonctions administratives;
- les écoles normales supérieures ;
- les instituts d'études politiques.
Pour une liste des établissements d'enseignement supérieur en France, voir l'article études supérieures en France.
Voir aussi
La Conférence des Grandes Écoles : association de grandes écoles françaises
Catégorie:Études supérieures en France
ja:グランゼコール
Politiquement correct
Politiquement correct est une expression apparue vers la fin du pour qualifier la rectitude politique, c'est-à-dire la façon acceptable de s’exprimer actuellement. Le qualificatif est utilisé soit pour promouvoir cette rectitude politique, soit pour la tourner en dérision (même dans le cas où cette dérision, apparaissant rebelle, est elle-même politiquement correcte).
Si la promotion de pratiques qualifiées aujourd'hui de politiquement correctes (pratiques qui relèvent en fait d’une forme de contrôle social sur les expressions du langage) est certainement ancienne, la nouveauté du concept est de désigner explicitement ce contrôle, de le revendiquer comme légitime, et même d'intégrer en son sein une pseudo-contestation ; toute contestation réelle étant immédiatement écartée.
Antécédents
Le langage politiquement correct est « ce qu'il faut dire », la manière convenable de dire les choses en société (différente de la manière dont on les pense). C'est donc un ré-apprentissage de la langue. Il a des antécédents qui expliquent la facilité avec laquelle il s'est imposé, le principal étant la langue de bois.
La langue de bois
La langue de bois est elle-aussi une déformation/reformation du langage, qui devient un assemblage de phrases toutes faites pour ne pas dire les choses. Elle existe naturellement dans toute société, à des degrés divers, portée par le conformisme ambiant.
La langue de bois est un moyen d'éviter le face-à-face direct avec la réalité. Elle s'impose dans les démocraties, portée par l'idéologie d'effacement des différences.
Dans une de ses formes les plus graves, elle est le symptôme d'un échec, d'une absence de prise sur le réel. En dissimulant cet échec, elle contribue à l'amplifier et à le prolonger, en ne nommant pas les choses, ou de façon abstraite, ce qui coupe le lien entre les mots et les choses qu'ils désignent.
Les langues des dictatures
Les dictatures ont aussi leurs langue de bois, faites elles-aussi de phrases toutes faites, et qui s'imposent elles aussi à l'ensemble de la société. Cependant, leurs fonctionnements comme leurs buts sont différents : comme la novlangue d'Orwell, elles ne visent pas à adoucir la réalité, mais à diminuer la capacité de pensée, afin d'assurer le contrôle politique des hommes.
Les langues des dictatures sont un état dégradé de la langue antérieure, fait de slogans ; elles tiennent un discours hypnotique, répété, martelé, comme un discours marketing. La signification des mots est réduite au minimum, péjoratif de préférence. François-Xavier Nérard a ainsi montré que la langue officielle soviétique a, dès le départ, considérablement amoindri la valeur et le nombre de significations des mots (ce qu'il appelle des bolchévicismes) , et que le sens symbolique a toujours disparu, remplacé parfois par un sens péjoratif. Le régime nazi, grâce au programme Nacht und Nebel, détruit non seulement les membres des races inférieures, mais efface aussi leur existence historique, par un appauvrissement du langage.
Le langage des dictatures (qu'elle soient staliniennes ou fascistes) est tout aussi obligatoire que la langue de bois : celui qui ne la parle pas se signale immédiatement comme un opposant. Cependant les conséquences sont différentes :
- dans une démocratie, il est simplement désigné comme un mauvais coucheur, qui ne veut pas jouer le jeu ;
- dans une dictature, il est envoyé au goulag ou en camp de concentration.
Elle s'impose également de manière différente : alors que la langue de bois est acceptée car elle sert aussi à niveler les différences, le langage des dictatures a d'autres avantages qui permettent son adoption volontaire par les membres de la société :
- il induit un sentiment de camaraderie, d'être comme les autres, et donc donne à chaque membre de la société un sentiment de force collective qu'on ne retrouve que difficilement dans une société individualiste ;
- étant beaucoup plus prégnant que la langue de bois, il diminue de façon beaucoup plus importante l'effort de penser, donc est beaucoup plus facile à accepter.
Enfin, la langue des dictatures est totalement pervertie, et finit par donner un sens exactement contraire au mots : ainsi, toute opération militaire du régime soviétique était désignée du terme mir (paix). Voir aussi le slogan placé à l'entrée du camp de concentration d'Auschwitz : Arbeit macht frei (« le travail rend libre »), mensonger selon nos critères, mais vérité incontestable [...] puisque l'extermination par le travail forcé conduisait à la seule libération envisageable pour le déporté : la mort (Philippe Barthelet). La grâce de mort, néologisme nazi, finit même par rendre redevable au régime ses propres victimes.
Cependant, le langage des dictatures n'est jamais un double langage, malgré les apparences ; selon un conseiller de Iakovlev, il est impossible à tenir : on ne peut en effet se tromper soi-même très longtemps, et on finit obligatoirement par penser ses propres mensonges (ou les mensonges du régime).
Origines et buts
Venu des États-Unis, le langage politiquement correct avait à l’origine pour but d’éviter l’utilisation de termes injurieux ou rétrogrades dans le débat public, notamment à l’égard des groupes et minorités de toutes natures. Rapidement, un certain nombre de termes jugés inadmissibles ont été écartés, et des périphrases euphémisantes sont apparues et se sont multipliées.
Origines factuelles
Origines lointaines
Le langage politiquement correct n'est pas récent, il a comme vu plus haut des origines anciennes. Il a simplement pris, dans le dernier tiers du , des proportions inconnues auparavant.
Michel Foucault : "une pensée politique ne peut être politiquement correcte que si elle est scientifiquement rigoureuse." (Quinzaine littéraire, mars 1968)
Aujourd’hui le "politiquement correct", ou PC, est caractérisé par le primat de l’égalité sur la culture et sur les institutions, le primat de la mémoire communautaire sur l’histoire scientifique.
L'une des causes probablement les plus importantes du politiquement correct est la Shoah. Celle-ci, et les dictatures qui l'accompagnent, est permise par une conjonction de trois causes :
- la démission des autorités morales et spirituelles (dont les Églises, affaiblies par le matérialisme) ;
- la faillite de la démocratie, faible dans les pays traditionnellement démocrates (Royaume-Uni, France, Belgique, etc.), vaincue dans les pays où elles s'installe au début du (Allemagne, Italie, Espagne, URSS), ou absente ailleurs (pays issus du Traité de Versailles) ;
- la perversion des représentations fondamentales du continent qui a vu naître les Lumières et la Raison (utilisation de la science à des fins racistes, par exemple).
La Shoah est tue immédiatement après la guerre (comme le génocide arménien), mais, et là c'est une nouveauté du , elle resurgit dans les années 60, grâce aux films d'archives. Le politiquement correct en est un effet différé. Les correctistes (ceux qui prônent l'utilisation du langage politiquement correct) tirent leur légitimation et celle de leurs ordres implacables de tous les génocides du .
Le politiquement correct établit en effet une continuité entre tout jugement dépréciateur et le génocide : le premier pouvant toujours mener au second. Il est dès lors nécessaire de réformer les représentations fondamentales de l'homme, car c'est l'homme qui construit sa société : c'est le but de la politique (d'où le politiquement correct). Ainsi, en supprimant les termes discriminants, on supprime la tentation même du mal, puisqu'il n'existe pas de mots pour le désigner. Tout ce qui exprime une différence, toute distinction (en bien ou en mal), toute hiérarchie entre les êtres ou les peuples, tout terme servant à exprimer une préférence doit être supprimé. Tout terme discriminant doit être remplacé par une description abstraite : technicienne de surface n'est ainsi pas moindre en dignité que président-directeur général, car la locution n'a pas plus de lien avec le réel. Le langage politiquement correct sert essentiellement à interdire de penser certaines idées.
Le succès du langage politiquement correct repose même sur ces éléments : une objectivité scientifique et un langage connu des initiés (voir jargon), qui donnent l'impression de pouvoir avoir une pensée nouvelle sans effort.
Contexte de la lutte pour les droits civiques des années 1960 aux États-Unis
Le resurgissement de la Shoah a un effet considérable sur les consciences, notamment des jeunes générations, dans l'Occident des années 1960. Ces interrogations prennent un tout particulier aux États-Unis, où le racisme a encore des bases légales (dans les États du Sud, certains lieux sont interdits aux Noirs) et est encore soutenu par une partie de la classe politique. La société traditionnelle étatsunienne est ébranlée : contestation sur les campus universitaires, échec au Viet Nam. Le politiquement correct naît dans l'université du Michigan, sous forme d'un code de bonne conduite qui sanctionne tout comportement verbal ou physique discriminant un individu en raison de sa race (sa couleur de peau), son ethnie, son genre (son sexe), son orientation sexuelle (ses goûts sexuels) ou son statut conjugal. Ce code s'inscrit dans la tradition du discours libre nécessaire aux discussions intellectuelles ; mais il entraîne un conformisme et des conflits, dont les inconvénients dépassent rapidement les avantages.
Néanmoins, il déborde du milieu universitaire et fédère dans toute la société étatsunienne :
- les minorités de couleur, notamment des Noirs, qui y voient un outil de suppression des inégalités ;
- les minorités sexuelles, traditionnellement militantes ;
- les féministes (qui se voient comme une minorité).
Tous ces mouvements sont portés par ce qu'on appelle le mouvement pour les droits civiques. Le politiquement correct s'appuie aussi sur des valeurs de la société étatsunienne, fondamentalement multiculturelle (cf la devise : E pluribus unum) :
- la défense du droit des minorités contre la majorité ;
- le culte de l'authenticité comme fondement de la liberté.
Dans le contexte post-colonial européen, la redécouverte de la Shoah a des effets similaires. Les libertaires de gauche s'en servent depuis la fin des années 1960 (et encore aujourd'hui pour imposer leur pouvoir sous prétexte de purification.
Une tendance de fond des démocraties
Mais le politiquement correct est aussi un comportement qui répond à une des caractéristiques des démocraties : l’absence de justification extérieure, comme Dieu ou la tradition pour d’autres régimes. Son fonctionnement repose sur l’abolition progressive des différences et des injustices, après la conquête, puis la défense de la liberté, qui n’est plus menacée depuis le déclin des dictatures.
N’ayant pas de remise en cause extérieure, la démocratie est naturellement inquiète sur son fonctionnement et se remet en cause elle-même : la disparition du projet commun entraîne l’émergence de la protection de l’individu comme nouvelle justification de l’impeccabilité du fonctionnement de la démocratie. Simultanément, les valeurs démocratiques faisant désormais l’objet d’un large consensus, il n’est plus possible de les défendre face à un ennemi : celle-ci n'étant plus l'objet d'attaques, elles deviennent sacrées et inattaquables : si les droits de l'homme peuvent se discuter, ils ne sont peut être pas vraiment imprescriptibles.
Ne pouvant se satisfaire d’une adhésion neutre, le politiquement correct exige une mise en œuvre active et obligatoire des principes qui fondent la démocratie. Se surajoute ainsi au bornage traditionnel de l’exercice des pouvoirs publics (Constitution, état de droit) une série de règles politiquement correctes qui garantissent la conformité active de l’action aux principes démocratiques. De plus, un acquiescement par avance est acquis à toute demande issue d’une victime, ou tout au moins appartenant à un groupe défini comme faible par rapport à une majorité oppressive (le peuple, lui même à réformer). Mais comme par définition, il n'y a pas d'opprimés à défendre au sein d'une démocratie, celle-ci les recherche ailleurs, dans le passé : tout descendant d'opprimés devient le porteur de droits sacrés hérités, par défaut. Alors que l'abolition de l'esclavage (milieu du pour l'Occident) n'a donné lieu à aucun procès de négrier, les démocraties se félicitant de cette avancée, la fin du colonialisme a suscité une vague de rejet radical et soudain de pratiques jugées brutalement d'un autre âge.
Enfin, le politiquement correct défend aussi les cultures jugées auparavant comme inférieures. L’égalitarisme, moteur de la démocratie, a deux versants :
- le premier est relativiste : tout se vaut, aucun jugement ne prévaut sur un autre, les distinctions intellectuelles antérieures n'ont plus cours ;
- le second est dogmatique : celui qui dit le contraire, qui distingue qu'une œuvre ou une culture, ou un pan de culture (tel ou tel art), en bien ou en mal, est intolérant.
Le monde moderne, selon l'optique politiquement correcte, est donc supérieur au monde rationnel des Lumières qui l'a accouché, puisqu'il a rejeté toute idée ethnocentriste en affirmant l'égale valeur de toutes choses et de tous jugements. Il substitue donc à un ethnocentrisme national ou racial, un ethnocentrisme du présent.
Fonctionnement
Fonctionnement linguistique
Dans le politiquement correct, la réforme du langage n'est qu'un moyen pour atteindre un but, mais un moyen essentiel. Les mécanismes de modification du langage sont bien définis. Le langage politiquement correct ne se contente pas de remplacer des locutions discriminantes ou susceptibles de porter atteinte à la dignité par d'autres censées plus neutres. Il comporte également des règles précises.
Le monde réel peut se diviser en trois : la part sacrée supérieure, sainte ; la part sacrée inférieure, maudite ou tabou ; et le reste, le profane. Dans les langues traditionnelles, les deux parts sacrées sont équivalentes, et sont à la marge : seuls quelques éléments appartenant au monde surnaturel ne peuvent être dit. Dans le langage politiquement correct, la part sainte est nulle. Par contre, la part taboue est immense : elle contient tout les termes du concret qui peuvent être discriminants, tels que femme de ménage ou invalide. Toute cette partie du monde ne peut être nommée que de façon abstraite, et extrêmement simplifiée : ainsi technicienne de surface n'évoque qu'un des aspects de ce qu'est une femme de ménage : une des tâches exercées dans son activité professionnelle. Alors que l'expression femme de ménage contient, dans son second terme, un ensemble d'activité plus vaste, et dans son premier, précise le sexe des personnes qui l'exercent quasi-exclusivement, faisant ainsi référence à l'attribution de la fonction excrémentielle à la femme dans les sociétés occidentales.
Certaines des options préconisées par la rectitude politique ne sont pas toujours évidentes à interpréter et peuvent apparaitre plus comme des arguties formalistes que quoi que ce soit d'autre. Ainsi, par exemple, l’une des exigences du politiquement correct étatsunien était le principe du no hyphen (pas de trait d'union) : on devait écrire African American, mais pas African-American (afro-américain : Noir). Il était également plus politiquement correct de parler, en faisant référence au peuplement multi-ethnique de l'Amérique, de salad bowl (saladier) que de melting-pot (creuset), car dans un saladier, tous les éléments conservent leur spécificités, contrairement au creuset où elles se fondent les unes dans les autres.
Pour Philippe Muray, le politiquement correct est une « rage issue de l'impossibilité de maîtriser le concret ». Il remplace des termes ou des expressions concrètes par des termes abstraits, censés donner plus de dignité à chacun, mais qui sont surtout plus pauvres et retirent du sens au langage. Cependant, ce nouveau langage, vecteur d'une nouvelle pensée plus fruste, est issu d'une classe dirigeante impuissante, à destination de classes populaires également sans prises sur le réel (notamment dans le politiquement correct français. Il cite ainsi les exemples des crimes passionnels, difficiles à maîtriser ou même à prévoir : on leur substitue les crimes de genre, les homicides sexistes ou même les féminicides, qui deviennent dès lors facilement explicables par une mentalité et une construction de la société qui placerait les femmes en position de victime. Tout autre attitude est dès lors un négationnisme, comparable (et comparée) au négationnisme de la Shoah.
Certaines substitutions politiquement correctes semblent malaisées à comprendre : Amnesty International décide de remplacer l’expression Droits de l'Homme par droits humains, jugée moins sexiste. Dans la démarche politiquement correcte, cela est pourtant clair : on substitue aux femmes toutes les femmes ; donc un terme sexiste (ou mettant en avant un genre particulier) est une atteinte à la liberté d'expression des femmes, victimes éternelles, même des mots.
Fonctionnement institutionnel et social du politiquement correct
Le politiquement correct fonctionne de haut en bas : les élites d'une société l'imposent à leur peuple, afin de réformer son langage et ses représentations mentales. Parmi tous les moyens dont elles disposent, les principaux sont la législation et les médias qui martèlent sans cesse la façon correcte de parler et de penser. Paul Thibaud définit le politiquement correct comme « l'ensemble des moyens (pénalisation, réprobation [...] légalisation d'une opinion ou d'un fait [...]) employés pour restreindre le domaine de ce qui peut être dit (ou débattu). »
Dès le début, le politiquement correct passe par l'instauration d'un code d'expression correcte dans les universités des États-Unis. Ce code est repris implicitement à l'extérieur des campus. Les correctistes prolongent leur action par l'adoption de normes extérieures à la société à laquelle elles s'appliquent :
- des principes qui lui sont extérieurs et supérieurs : les droits de l'homme ;
- la législation internationale (traités-lois, conventions internationales).
Ce dernier moyen est très utilisé en Europe, et sert aux minorités à acquérir des droits spécifiques : voir la Charte européenne des langues régionales.
À un niveau inférieur, des opinions ou des faits entrent dans le corpus législatif. En France, la parité hommes-femmes est constitutionnalisée ; le génocide arménien ou le négationnisme font l'objet de lois, tous éléments qui appartenaient auparavant au champ du débat, politique (doit-on inclure des femmes dans une liste de candidats ?) ou historique (les historiens ne peuvent plus désormais débattre de la Shoah ou du génocide arménien, la discussion devient illégale comme en Turquie).
Le politiquement correct impose une politique d'effacement des différences ; il entraîne ainsi une coupure entre citoyens et les règles qui s'appliquent à eux :
- elles proviennent d'institutions qui leur sont extérieures, qui n'émanent pas du corps civique : les institutions internationales (ONU, Europe), et n'ont donc pas d'auteur ;
- la source du droit devient une oppression ancienne, dont on hérite même si on en a pas été victime soi-même ;
- la Nation n'est plus le lieu où s'incarne un projet commun, mais une débitrice universelle à l'égard des communautés.
Le politiquement correct est ainsi la cause de l'éclatement des nations en communautés, ou du renforcement de cet éclatement en communautés (de genre, de couleur de peau, d'origine ethnique, de religion ou de pratique sexuelle), ces communautés étant le meilleur moyen de faire masse et d'obtenir des avantages particuliers. La satisfaction de ces revendications communautaristes, qui s'appuient sur les droits de l'homme et une injustice supposée ou réelle, présente ou passée, est un moyen pour les différentes classes politiques d'assurer une adhésion rapide aux décisions prises.
Un autre moyen d'imposer le politiquement correct est la réprobation publique à l'encontre de celui qui refuse de passer sous les Fourches Caudines des correctistes : celui-ci se retrouve exclu de la société encore plus radicalement que s'il était emprisonné, puisque la liberté qu'il conserve ne lui sert plus de rien. En démocratie, « celui qui ne pense pas comme le maître est mis au ban de la société. Ce despotisme est plus lourd pour quelques uns que celui de la tyrannie, mais il est moins odieux et avilissant pour le plus grand nombre. » Tocqueville. De la démocratie en Amérique, Tome I, 2-7
Pour Chantal Delsol, on voit ainsi de nouveaux inquisiteurs de la parole, comme Edwy Plenel, tirer parti du règne de l'opinion, comme de nouveaux cardinaux Bellarmin (persécuteur de Galilée).
Enfin, ne pas confondre ceux qui refusent le politiquement correct, avec les histrions qui s'affirment politiquement incorrects : ceux-là sont les pires correctistes, car en politiquement correct, respecter la tradition est rétrograde.
Succès étendu
Le politiquement correct s'impose assez rapidement, sans jamais obtenir une adhésion totale. Toutefois, comme cela a déjà été observé plus haut, l'état naturel des démocraties est l'inquiétude sur soi et sur le fonctionnement irréprochable de ses institutions. Le politiquement correct trouve donc un terrain particulièrement favorable dans les pays où la démocratie est ancienne (et ou le souvenir de la tyrannie ne suffit plus à justifier la démocratie) ou lorsqu'elle est en crise (comme en France). L'échec des démocraties face à la Shoah renforce évidemment les correctistes.
Son succès repose également en partie sur son apparente objectivité scientifique : les termes qu'il invente ont l'apparence d'une description neutre ; de plus, il fournit un nouveau mode de pensée peu exigeant et prêt à l'emploi.
Les limites de son succès se trouvent dans ceux qui, a priori, sont des opposants naturels aux valeurs prônées par les correctistes : les partisans de la primauté de la force sur le droit. Ainsi, lorsqu'une puissance désire s'emparer des richesses d'un autre pays, elle invoque la légitime défense ; la conquête devient une libération, et le siège d'une ville, une sécurisation.
Effets néfastes
Fonctionnement foncièrement anti-démocratique
Le politiquement correct, comme vu plus haut, est une dérive d'une tendance de fond de la démocratie, l'effacement des différences. Mais à l'âge mur de la démocratie, les différences entre individus deviennent intolérables, et une limite à la réussite de la démocratie. Il est donc mal admis de les voir, d'en parler, d'en débattre. Le débat est remplacé par des formules toutes faites, induisant des pensées toutes faites ; il est a contrario interdit de penser certaines notions (les différences qui peuvent exister entre personnes). Le langage politiquement correct, aux formules abstraites, sans lien avec le réel, est d'ailleurs insuffisant pour élaborer une pensée critique nouvelle.
Le politiquement correct se pose au contraire en progrès moral important par rapport aux époques précédentes. Les politiques publiques, qui étaient auparavant l'expression d'un choix issu d'une vision commune, deviennent avec le politiquement correct, le refus de tout choix, et l'acception des par avance de toute demande, même faite contre la société. Car la démocratie, qui était la manifestation de la volonté collective, devient la protection des individus et/ou des minorités : ainsi, l'attentat contre un hôpital militaire russe par des terroristes tchétchènes a été salué et mis à l'honneur par toute la presse française, qui n'a pas pris conscience de l'horreur de l'acte ni du non-respect des lois de la guerre, car commis par le plus faible.
De plus, et particulièrement en France, le politiquement correct change la façon des classes dirigeantes d'appréhender la psychologie collective : ce qui était auparavant au plus une des données du problème, mais en général simplement un élément à prendre en compte, devient la source du problème. Par le biais du politiquement correct, qui contraint le discours public sans être aussi efficace que la simple courtoisie, les élites tentent de modifier l'intime, violant ainsi la part privée de chacun.
Au-delà du manque de respect de l'individu, le politiquement correct traite de manière différenciée des éléments similaires de la société, comme les religions. Les religions juive, bouddhistes, et surtout musulmane, ne peuvent être décriées, en raison de leur passé de culture sous-estimée et de leur statut de victime. En revanche, la religion catholique est la cible de moqueries, en raison de son passé d'intolérance (Inquisition, croisades, conversions forcées, procès de Galilée), que le politiquement correct ne peut lui pardonner.
De multiples exemples d'application du politiquement correct, c'est-à-dire de respect extrême des différentes cultures, aboutissent à une remise en cause des principes démocratiques. Ainsi, en Ontario, État fédéral du Canada, au nom du droit à vivre selon sa tradition, quelle qu'elle soit, les musulmans peuvent remplacer le droit civil par le droit musulman, la charia. Ce droit n'est pas unifié, il peut nier les droits de l'individu (on applique à chacun un droit en fonction de ses origines supposées, et non en fonction de ce qu'il est réellement : on peut avoir des parents venant de pays à majorité musulmane, et être athée), il enferme les femmes dans une situation d'infériorité juridique, alors qu'elles sont elles aussi un des objets du politiquement correct.
Cet exemple met en lumière une des principales failles du politiquement correct : il est une tentative de reconstruction d'une dimension universelle, transcendante de l'homme après la Shoah, à partir de ses particularités. Or, il est une régression s'il considère que l'homme est réductible à sa carte d'identité : son lieu de naissance, ses origines, ses signes extérieurs, alors que la seule mesure de l'homme est l'infini. Enfin, le politiquement correct limite le débat démocratique, puisqu'il sacralise un discours, ce qui interdirait toute contestation ; si on accepte qu'il y ait une part d'indicible, les seuls arguments deviennent alors les invectives (comme celles adressées par Serge July, l'éditorialiste de Libération à ses lecteurs les 30 et 31 mai 2005). En-dehors des révolutionnaires, il serait également difficile de nier, de contester ou même simplement apporter un bémol aux bienfaits du libéralisme, même pour le banquier Jean Peyrelevade, pourtant difficilement soupçonnable de militer pour le communisme à la nord-coréenne.
Dans son refus de l'altérité, et donc de principe dual qui gouverne le monde (Homme/Femme, Bien/Mal, etc.), le politiquement correct peut confiner au nazisme, en ce qu'il ne distingue plus, et qu'il supprime toute échelle de valeur. Finalement, le Bien et le Mal se valent, et même la dualité entre la Vie et la Mort n'existe plus.
Enfin, le politiquement correct empêche de dire cruement ce qui est (à appeller un chat un chat, comme on disait autrefois), et laisse le champ libre à ceux qui ne prennent pas de pincettes pour désigner la réalité : en France, le Front national a en partie construit son succès sur une rhétorique pouvant passer pour du langage vrai. Le parti socialiste, au contraire, évite toujours, depuis vingt ans, d'envisager le problème de l'immigration, et enterre le rapport de Malek Boutih sur ce sujet.
Communautarisation
Avec le temps, chaque groupe prétendant détenir la vérité idéologique, politique, sociale ou religieuse, a fini par considérer qu’utiliser d’autres termes que les siens n’était pas politiquement correct.
Le système de pensée politiquement correct favorise ainsi le repli sur soi identitaire et le communautarisme, à la fois par la situation privilégiée qu'il accorde aux minorités opprimées, mais aussi parce qu'elles sont un de ses principaux appuis. Dans une démocratie moderne, la protection des individus (pensés de façon abstraite, en tant que membre d'un groupe) s'est substituée à la défense de l'intérêt général comme moyen d'atteindre le bonheur commun. Cela donne lieu à des demandes de reconnaissance des souffrances ou des injustices, présentes et passées, les unes s'additionnant aux autres, de la part de groupes minoritaires. Comme vu plus haut, ces demandes, adressées de préférence à une instance neutre (ce qui évite la naissance d'un débat) sont presque systématiquement reçues, et donnent lieu à réparation. Les cultures locales et régionales sont ainsi favorisées, aux dépens de la culture des Lumières qui a permis leur éclosion au .
Au-delà des revendications culturelles, l'absence de débat public au niveau des collectivités nationales a permis le déplacement des centres de prise de décision, et donc de la souveraineté, en partie dans des institutions n'étant pas investies d'une légitimité démocratique (Union européenne, voir débat français pour le référendum sur la constitution européenne, FMI, OMC) mais qui appliquent des principes supérieurs : libre concurrence, libre circulation, et droits de l'homme.
Ce déplacement de la souveraineté, vers le haut dans des institutions supranationales, et vers le bas, dans des communautés, peut aller jusqu'à la négation de la démocratie, la satisfaction des demandes des communautés passant parfois avant la défense des intérêts de la collectivité nationale. On peut ainsi accorder à une communauté, au nom de la réparation d'un tort fait à cette communauté, ce qu'on envisage même pas de débattre au sein d'une nation. Ainsi, la revendication de préférence nationale corse au recrutement de la SNCM demandée et obtenue par Jean-Guy Talamoni, alors qu'au niveau national, sous le même vocable, on refuse avec horreur ne serait-ce que d'en débattre à Jean-Marie le Pen.
De plus en plus, la spécificité des individus est niée, et ceux-ci sont rattachés arbitrairement à une communauté (régionale, sexuelle, de pratique sexuelle, ethnique, religieuse ou autre), ce qui revient à nier le libre-arbitre de chacun. Ainsi, dans une optique politiquement correcte, on considère un Magrébin comme musulman ; en France, le taux d'athéisme déclaré dans ce groupe est d'un cinquième, soit proche de celui de l'ensemble de la population (environ un quart).
Enfin, dans cette protection des communautés, l'égalité n'est pas respectée : alors que certaines identités sont présentées comme respectables, car issues d'une culture ou d'un comportement autrefois opprimés, les autres, les identités dites responsables (christianisme, nations ayant eu un Etat au ou au ), sont des cibles désignées, voire des coupables désignés, quelque soit leur comportement actuel.
Opposition et recul
Face au succès de l'idéologie politiquement correcte, il y a peu de résistance : certains universitaires, qui ont contesté qu'on leur impose un corpus d'œuvres en fonction de la couleur de peau ou des pratiques sexuelles de leurs auteurs ; une partie de la droite conservatrice (les neocons étatsuniens) ; l'Eglise catholique. Encore leur message est-il resté quasiment inaudible, pour différentes raisons. La principale en est cependant que les médias sont souvent très influencés par l'idéologie politiquement correcte.
Résistances sociales
Le politiquement correct remplace un terme pour supprimer son caractère discriminatoire, dans le but noble de diminuer les discriminations à terme. Mais la réalité des croyances et des faits en vient souvent à prendre le dessus sur le discours. Ainsi, en France, si le terme inculpation a été remplacé par mise en examen, ce dernier terme tend peu à peu à prendre le sens péjoratif qu’avait le terme original (une personne inculpée ou mise en examen, bien que juridiquement innocente, est présentée comme le coupable à peu près de la même manière). Il est intéressant de remarquer que certains termes politiquement corrects ont pris une connotation négative au cours du temps et tendent de nouveau à être remplacés. Ainsi infirme a été remplacé par handicapé qui lui-même tend à être remplacé par la périphrase personne à mobilité réduite. Celle-ci présente l’intérêt de préciser le handicap, puisque ce dernier ne concerne pas forcément la mobilité, mais risque d'être éventuellement jugée à son tour trop excessivement politiquement correcte, ce qui a depuis entraîné de nouveaux glissements vers d'autres formulations (voir plus bas).
Toujours à propos du handicap, le terme administratif français reste, dans certains cas, invalides, celui qui était utilisé au moment de la construction de l'Hôtel des Invalides, à Paris : les deux catégories de personnes gravement handicapées sont toujours appelées Grand invalide de guerre ou Grand invalide civil.
Les universitaires
S’étant d’abord développé dans les campus étatsuniens, le politiquement correct y a logiquement suscité d’abord de l'opposition, notamment de la part de professeurs, qui soit par conservatisme, soit parce qu’ils jugeaient le nouveau corpus d’œuvres à étudier indigent, ont refusé ou combattu le politiquement correct. Ils ont souvent été marginalisés, caricaturés, voire exclus.
L'Église catholique
Terrain d'opposition
L’Église catholique est un des rares groupes organisés qui non seulement n'adhère ni ne souscrit au politiquement correct et aux modes dominantes, mais qui de plus s’oppose de manière radicale :
- à l’individualisme ;
- au relativisme ;
- au libertarisme ;
- à l’égalitarisme.
Elle s’exprime d'abord dans le champ de ce qui touche de près ou de loin à la sexualité, qu’elle maîtrisait autrefois plus ou moins bien : elle s’y élève contre l’indifférenciation homme-femme, et parents-enfants, contre la banalisation de l’homosexualité, et contre tout ce qui touche à la famille traditionnelle. Elle y voit en effet l’élément essentiel du lien social.
Elle s’engage également activement pour défendre la dignité de la personne et la solidarité (vieille tradition de cette organisation), et contre ce qui y porte atteinte : le néo-libéralisme financier, qui n’accorde aucune valeur à l’être humain. Elle tente ainsi d’accueillir le plus humainement possible les immigrés (les travailleurs immigrés brûlés vifs en 2005 à Paris étaient logés par l'Église, à qui ils devaient probablement de ne pas être à la rue), d’améliorer le sort des prisonniers, etc. Enfin, elle défend la démocratie) en poussant les citoyens à ne pas rester passifs et à s’engager dans le débat.
Limites internes
L’Église catholique, actuellement en repli, abrite elle-même un conformisme de pensée et de langage, « religieusement corrects». En-dehors des dogmes minimaux (Credo : divinité du Christ, venu pour sauver l'humanité), autour desquels chacun est libre de bâtir sa foi, l’organisation hiérarchique de l’Église impose un discours et une ligne unique de pensée ; toute critique (en bien ou en mal) est perçue comme un risque de division dangereux face à l’adversité. Cet unanimisme s’est aggravé sous le pontificat de Jean-Paul II, et l’Église s’est révélée incapable d’innovations rituelles ou théologiques. L’essentiel des décisions de Vatican II n’est d'ailleurs pas appliqué.
Limites externes
Elles proviennent essentiellement de ceux qui diffusent et soutiennent la pensée dominante politiquement correcte, les médias de masse. Ceux-ci taisent ses positions, ou les caricaturent rapidement, ou les rejettent par quelques arguments identiques : l’Église est réactionnaire, rétrograde. Le fait même qu’elle l’ait été lui ôte le droit à la parole et à entrer dans le débat.
Recul aux États-Unis
Exemples
- Invalide : infirme, handicapé, personne à mobilité réduite, personne aux besoins spécifiques ;
- Femme de ménage : technicienne de surface
- Cancre : élève en situation d’échec scolaire
- Vieillard : personne du troisième âge
- Caissière : hôtesse de caisse
- Chef du personnel : directeur des ressources humaines
- Pays pauvre, pays du tiers monde : pays en voie de développement (y compris si le pays va dans le sens inverse de celui du développement)
- Bombardement nucléaire de civils : vitrification
- Répression de révoltes : pacification
- Invasion : libération
- Bavure : dommage collatéral
- Noir : personne de couleur, black, minorité visible
- Répression policière : éducation des citoyens (pour la sécurité routière par exemple)
- Trapu : de petite taille en surcharge pondérale
Voir aussi
À lire
- Le jacassin, Pierre Daninos
- L’hexagonal tel qu’on le parle, Robert Beauvais
- Contes de fées politiquement corrects, James finn garner.
- Dictionnaire du politiquement correct, Vladimir Volkoff.
Bibliographie
- Revue Géopolitique. Le politiquement correct ; Presses universitaires de France numéro 89, janvier 2005
Liens internes
[ novlangue | Philosophie du langage - Kotobagari (langage similaire au politiquement correct utilisé au Japon) ]
Notes
Philippe Barthelet. La grammaire du diable, in Géopolitique. Le politiquement correct ; Presses universitaires de France numéro 89, janvier 2005. p. 45-47
François-Xavier Nérard. 5 % de vérité, la dénonciation dans l'URSS de Staline. Paris : Tallandier, 2004.
Victor Klemperer. LTI : Lingua terzii imperi, la langue du IIIe Reich. Paris : Albin Michel. (1 édition 1947)
Philippe Béhar. Crise de civilisation, crise du langage, in Géopolitique. Le politiquement correct ; Presses universitaires de France numéro 89, janvier 2005. p. 3-8.
Philippe Muray. Politiquement abstrait, in Géopolitique. Le politiquement correct ; Presses universitaires de France numéro 89, janvier 2005. p. 29-31.
Géopolitique-Pierre Manent. Entretien avec Pierre Manent : La religion du semblable, in Géopolitique. Le politiquement correct ; Presses universitaires de France numéro 89, janvier 2005. p. 12-18.
Lucien Jerphagon. Du politiquement correct ou de la bonne conscience, in Géopolitique. Le politiquement correct ; Presses universitaires de France numéro 89, janvier 2005. p. 9-11
Chantal Delsol. Le nouveau despotisme, in Géopolitique. Le politiquement correct ; Presses universitaires de France numéro 89, janvier 2005. p. 25-28
Pierre-André Taguieff. La République enlisée. Paris : Rivage des Syrtes, 2005.
Philippe Bénéton . Moralement correct, in Géopolitique. Le politiquement correct ; Presses universitaires de France numéro 89, janvier 2005. p. 42-44.
André Grjebine et Georges Zimra . De la langue de bois au politiquement correct : un dialogue, in Géopolitique. Le politiquement correct ; Presses universitaires de France numéro 89, janvier 2005. p. 52-57.
Paul Thibaud. Exception française !, in Géopolitique. Le politiquement correct ; Presses universitaires de France numéro 89, janvier 2005. p. 32-41.
Jean Peyrelevade. Le capitalisme total. Paris : Le Seuil, 2005
Paul Valadier. Église catholique et « correctness », in Géopolitique. Le politiquement correct ; Presses universitaires de France numéro 89, janvier 2005. p. 48-51.
Catégorie:Linguistique
Catégorie:Sociologie
ja:ポリティカル・コレクトネス
ko:정치적 올바름
Justice sociale
Concept socio-économique qui, partant du principe que la société a des aspects injustes (ce qui laisse une certaine place a la subjectivité) demande que ces injustices soient corrigées. La justice sociale peut se définir de manière négative : est injuste ce qui n'est pas acceptable socialement. Par exemple, les inégalités de salaires entre métiers de qualification différente est juste, parce qu'elle est socialement acceptée : il ne viendrait pas à l'idée de revendiquer pour un ouvrier le salaire d'un cadre supérieur. Il ne faut donc pas confondre justice sociale (ou équité) et égalité. La justice sociale est aussi une notion qui évolue dans le temps, ce qui est juste socialement peut devenir injuste si le contexte change.
C'est essentiellement une projection vers une société plus juste, ce n'est pas réellement une fin en soi, il y'a toujours des injustices. On peut le voir soit comme une utopie, soit comme une démarche progressive. Les actions ayant pour objectif la justice sociale vise à donner à chacun les même chances de réussite, on parle alors d'égalité des chances. Les corrections nécessaires peuvent être social, financière ou culturel.
Une partie de la dynamique altermondialiste utilise ce concept plutôt présent dans les discours de gauche.
L'essentiel du concept est résumé par John Rawls : on peut considérer comme juste une société où il serait indifférent de naître telle personne plutôt que telle autre. Des mécanismes de compensation peuvent y aider, en compensant du mieux qu'il est possible sans complication excessive les inégalités naturelles, entre autres de santé.
Une citation sur la justice sociale
"La justice sociale, c'est mettre tous les coureurs sur la même ligne de départ. Il ne faut pas la confondre avec l'égalitarisme, qui consiste à déclarer que to | | |