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ÉtatL'État est une collectivité dont la structure est juridique, qui est délimitée par des frontières territoriales et constituée d'institutions lui assurant un pouvoir suprême (la souveraineté).
D'après Max Weber dans Le Savant et le politique, « l'État est une entreprise politique à caractère institutionnel dont la direction administrative revendique avec succès dans l'application de ses règlements le monopole de la contrainte physique légitime sur un territoire donné », c'est-à-dire qu'il est le seul à pouvoir faire respecter les lois à travers l'armée, la justice et la police.
L'État est la forme dominante du pouvoir politique mais elle n'est pas universelle. Pierre Clastres a montré qu'il peut exister des sociétés sans État, voire contre l'État : des sociétés primitives (par exemple les esquimaux) où il n'y a ni hiérarchie des pouvoirs, ni autorité. Cependant, cette forme de pouvoir politique ne peut s'appliquer qu'à de petites communautés.
Un pays est une désignation géographique. La nation ne se confond pas avec l'État même si elle recouvre souvent l'ensemble de son peuple en Europe de l'Ouest (modèle de l'État-nation). Le gouvernement est l'une des institutions par lesquelles l'État exerce son pouvoir.
« Nous entendons par État toute entreprise politique de caractère institutionnel lorsque et tant que sa direction administrative revendique avec succès dans l’application des règlements le monopole de la violence physique légitime ». Telle est la définition de l’État donnée par le sociologue Max Weber dans son livre posthume ‘Le savant et le Politique ‘. Définir l’État a toujours été source de conflit dans le monde académique.
En matière de définition de l’État, le relativisme s’impose. L’État n’est qu’une forme d’organisation politique de la société. Il y a eu la ‘Polis’ grecque, l’’Imperium’ romain, le Saint Empire Romain Germanique… et il y a eu l’État. L’État est la forme d’organisation du politique qui s’est développée à l’époque moderne (c.-à-d. à partir de la Renaissance) en Europe occidentale, et il s’est ensuite exporté dans le monde entier jusqu’à devenir aujourd’hui le mode d’organisation politique dominant. Cependant, toutes les sociétés ne se sont pas organisées en États (Pierre Clastres parle de « sociétés sans État ») et l’État n’est pas partout le même. Il convient donc de s’attacher dans l’étude de l’État aux singularités et aux régularités du phénomène étatique (Georg Simmel).
Par ailleurs, on peut appréhender l’État à un moment de l’histoire, mais ce n’est pas pour autant qu’il n’est pas né ou qu’il n’évolue pas. Il convient donc dans la tentative de définir ce qu’est l’État d’adopter une double perspective, à la fois synchronique (à un instant ‘t’) et diachronique (au fil du temps).
Perspective synchronique
Dans une approche synchronique, c.-à-d. à un instant 't', l'État peut être appréhendé au moyen du droit ou au moyen de la sociologie.
L’État in abstracto, perspective juridique
La théorie juridique a eu beaucoup de mal à définir ce qu'était l'État. Plusieurs écoles se sont affrontées sur ce terrain, on retiendra ici les trois grandes perspectives de l'approche juridique.
La théorie de l'État puissance remonte aux ouvrages de Nicolas Machiavel, de Thomas Hobbes et de Jean Bodin. Dans cette approche, l'État est caractérisé par sa souveraineté interne et externe. L'État est un Léviathan dont la fonction est de maintenir l'ordre dans la société dont il assure la direction.
Dans la théorie de l'État de Puissance, l'État incarne l'intérêt général et dispose alors d'un certain nombre de prérogatives qui émanent de sa souveraineté, notamment le pouvoir de créer le droit et de prendre des actes administratifs unilatéraux (AAU) qui s'imposent aux individus sans leur consentement. L'État dispose alors de la personnalité morale, il est une personne au même titre que le citoyen.
Pour Hans Kelsen et l'école allemande de l'État de droit, ce n'est pas l'État qui produit le droit, mais l'ordre juridique (c.-à-d. la hiérarchie des normes) qui produit l'État. L'État ne serait alors que l'émanation du droit qui limiterait sa puissance d'arbitraire. Dans cette perspective, l'État n'est plus défini comme dans la théorie de l'État de Puissance par sa souveraineté, mais par son identification à un ordre juridique et sa soumission au droit.
Cette théorie allemande de l'État de Droit a été reprise par Raymond De Carré De Malberg qui a essayé de transposer cette théorie en France. Pour assurer la pérennité du droit, il faut que la hiérarchie des normes juridiques soit garantie et qu'il existe un contrôle juridictionnel pour faire respecter cette hiérarchie des normes de façon à forcer l'État à respecter le droit. Ce contrôle juridictionnel de l'État existe depuis l'arrêt du Tribunal des conflits (TC), 1873, Blanco.
Pour Léon Duguit, l'État n'est caractérisé ni par la souveraineté, ni par son identification à un ordre juridique. Pour Léon Duguit, l'État n'est qu'une coquille vide, il n'a pas de personnalité, ne peut disposer de droits subjectifs et ne saurait être en mesure d'imposer quoique ce soit à qui que ce soit. L'État est donc une coquille vide derrière laquelle se cachent des gouvernants - or rien ne garantit que ces gouvernants accepteront de limiter leur puissance pour toujours et continueront à se soumettre au droit.
Ce qui justifie selon Léon Duguit l'existence de l'État c'est le Service public. L'État est en effet selon lui l'expression de la solidarité sociale. Les hommes, regroupés en sociétés, sont devenus de plus en plus interdépendants. Cette interdépendance a été accompagnée de la création de normes, et pour faire respecter ces normes, des dirigeants ont émergé afin de les faire respecter. Mais ces dirigeants ne restent dirigeants qu'aussi longtemps qu'ils continuent à se dévouer à la société et à l'organisation de la solidarité sociale au moyen du Service public.
Pour Léon Duguit, l'État n'est alors que l'émanation de la société et non pas la conséquence d'une quelconque souveraineté de l'État ou d'un ordre juridique préexistant.
L’État in concreto, perspective sociologique
L'appréhension de l'État par le droit se fait essentiellement in abstracto, dans la théorie et la philosophie du droit. L'État tel que perçu par le droit est un État de papier, or, l'État est profondément politique comme nous l'apprend la définition de Max Weber qui perçoit l'État comme une entreprise politique. Pour appréhender l'État dans la réalité de son existence, il ne suffit pas de connaître les règles qui le régissent (Constitution, lois, règlements), il faut encore voir comment ces règles sont appliquées ou créées. C'est tout l'intérêt de l'analyse sociologique de l'État : examiner comment l'État fonctionne au concret.
On prendra pour fil conducteur de cette section les grands moments de la définition de Max Weber dans Le Savant et le Politique.
L'État est avant tout une institution, il est à la fois processus et fruit d'un processus. L'État est une institution par excellence, il est issu d'un processus de construction théorique, et est en permanente construction lui-même.
Il y a institution quand des régularités comportementales deviennent des règles, et qu'elles portent du sens. L'institution est à la fois univers de pratiques (les règles comportementales) et univers de sens (ces règles ont une signification propre qui justifient leur existence). Les institutions établissent toujours des relations entre des personnes : la mariage est une institution, il implique des règles à respecter, ces règles sont porteuses d'une signification et elles permettent à deux personnes de vivre une vie commune.
L'institution commence à l'état de routines qui peu à peu deviennent des lois qui ne sont plus remises en cause, qui deviennent "normales", naturelles.
L'État en tant qu'institution est lui-même composé de plusieurs instutions : ministères, directions, préfectures, délégations, administrations déconcentrées ou décentralisées... Chacune de ces institutions a une culture institutionnelle distincte - chacune de ces institutions est un univers de sens et de pratiques.
L'État n'est donc pas un, ni unifié. Il est un espace où se développent et où s'affrontent des cultures et des logiques institutionnelles différentes. L'État est une institution d'institutions en interaction permanente.
Dont la direction administrative
L'État est dirigé par une administration. C'est une caractéristique essentielle de l'État, organisation politique née en Europe occidentale à l'époque moderne. L'État dispose d'un corps de fonctionnaires spécialisés qui travaillent pour lui et qui établissent un rapport d'autorité stabilisé entre les gouvernants et les gouvernés.
L'État est composé de gouvernants élus et de fonctionnaires gouvernants (Jacques Lagroye), c.-à-d. que l'État est à la fois administratif et politique, avec une division sociale du travail (Emile Durkheim) entre ces deux personnels.
Revendique avec succès
La définition de Max Weber est une définition probabiliste, il ne dit pas ce que fait l'État, mais ce que l'État est censé faire. "Revendique avec succès" n'est pas la même chose que réussir. L'État est processuel, il évolue. La définition de Weber est une définition souple qui n'enferme pas l'État dans un carcan. Cette définition probabiliste rejoint la pensée de Weber sur le pouvoir qui n'est selon lui qu'une "chance de puissance".
Cette dimension probabiliste est complétée par une dimension volontariste. L'État est une entreprise, c.-à-d. qu'il est en action, que ses dirigeants (fonctionnaires ou politiques) agissent, mais toujours avec cette double dimension de la réussite ou de l'échec.
Le monopole de la violence physique et symbolique légitime
L'État dispose du monopole de la violence physique légitime, la police, l'armée, le pouvoir d'enfermer ceux qui ont enfreint les lois, voire de tuer ceux qui menacent l'ordre public.
Mais l'État dispose également d'une capacité à exercer une violence symbolique sur ses citoyens, ce que Pierre Bourdieu a appelé la "magie d'État". La violence symbolique renvoie à la capacité de l'État de catégoriser ses citoyens, grâce à un nom au travers de l'état civil ou un numéro d’immatriculation (comme le numéro de Sécurité sociale en France), ou dans ses tribunaux en les déclarant coupable ou innocent.
Ces deux violences sont par ailleurs compatibles : l'appel sous les drapeaux pour défendre la patrie est un acte de violence symbolique (l'enrôlement dans l'armée pour défendre le pays) mais également physique puisqu'on est enrôlé pour tuer ou être tué.
Les différentes fonctions de l'État
Pierre Rosanvallon distingue quatre grandes fonctions de l'État:
- L'État Régalien > faire respecter l'ordre à travers la police, l'armée et la justice.
- L'État Instituteur du social > son rôle est d'unifier le pays à travers l'école (fin 19e siècle en France avec Jules Ferry).
- L'État-providence (1945) > il a pour fonction de redistribuer les revenus grâce au développement de la solidarité avec la sécurité sociale.
- L'État Promoteur économique > son action est de soutenir l'économie dans la droite ligne des idées de Keynes (politique de grands travaux, nationalisations).
Depuis la fin des années 80, l'État perd de son pouvoir pour plusieurs raisons:
- Il se désengage de l'économie en privatisant les entreprises publiques, la Sécurité Sociale voit son rôle diminuer, la mondialisation augmente la contrainte extérieure et diminue le pouvoir d'intervention de l'État dans l'économie.
- Il n'intervient plus autant dans la prise de décision publique, il perd son pouvoir « par le haut », avec la construction européenne ; et son pouvoir « par le bas » , avec la décentralisation.
Pour Daniel Bell, l'État est « trop grand pour gérer les petites choses et trop petit pour les grandes choses ».
Perspective diachronique
Sociogénèse de l’État
Naissance de l’État
La naissance de l'Etat, au sens large du terme coincide avec l'avenement de la civilisation. Pour la majeure partie de son existence, l'espece humaine, nomade, vivait de cueillette et de chasse. Ce style de vie s'est modifié environ 9000 avant J.C avec l'invention de l'agriculture. La pratique de l'agriculture a forcé les hommes a s'installer de façon permanente a certains endroits, près des zones qu'ils cultivaient. Ainsi, le contrôle de la terre est devenu un problème. Ainsi est née la propriété privée, et avec elles, les premières "guerres" sur les désaccords concerncant la propriété des terres.
Dans certaines parties du monde, notamment la Mésopotamie et la Vallée du Nil, les conditions naturelles ont fait que les terres ont été concentré en peu de mains. Finalement, un petit groupe de gens a finit par controler les terres travaillées par de nombreuses personnes qui en dépendaient. Ainsi sont nés les premiers Etats primitifs. Certains politologues ou théoriciens de l'Etat ne les considèrent d'ailleurs pas comme Etat, car étant trop primitifs, sans infrastructures et lois. Ils préferènt le terme de "proto-Etat"
Un des plus anciens code de lois, celui d'Hammurabi date d'environ 1700 ans avant J.C. C'était a cette époque le concept de "loi" , une des fondations de l'Etat moderne, a commencé a apparaitre. Mais, les gouvernants de l'époque étaient pour l'essentiel des "dieux-rois". Ainsi, les lois qui d'une certaine façon limitaient le pouvoir des monarques n'ont pas été très développés.
Les cités-états de la Grèce antique ont été les premières a établir des états dont les pouvoirs étaient clairement définis par la loi (même si celles ci étaient facilement modifiables). Notons aussi que le concept de démocratie est par ailleurs né a Athènes.
Beaucoup d'institutions étatiques trouvent leur origine dans la Rome antique qui a hérité ses traditions de la Grèce et qui les a développé par la suite. Cependant, la République Romaine finit par devenir un Empire, qui créa le concept d'Empire Univerself, soit l'idée que le monde devait être unis sous un seul Etat-Empire.
La chute de l'Empire Romain et les grandes migrations ont changé la politique en Europe. Les royaumes barbares qui ont suivi étaient éphemeres et peu organisés et n'avaient que peu de ressemblance avec le concept moderne de l'Etat. Mëme le royaume de Charlemagne était chancelant. Sans la règle de primogéniture a été dissous en 3 royaumes par le Traité de Verdun en 843. Ceux-ci étaient plus de vastes possessions de Terre que de véritables royaumes. De nouveau, l'Etat est devenu l'expression d'une vaste possession de terre.
L'absence de véritable successeur a l'Empire Romain a créé un vide politique en Europe. Les royaumes d'Europe Occidental étaient assiégés et régulièrement attaqués par des envahisseurs : les musulmans d'abord au Sud, des émigrants a l'Est, et enfin les invasions Vikings venant du Nord. A peu près au même, la religion, rarement plus qu'un simple facteur politique dans les anciens empires romains et grecs, a contribué ici a former un semblant d'unité au milieu d'une Europe politiquement dissipée. Cela a aboutit a reformé un cadre institué, le féodalisme qui régulait les conflits internes et aida l'Europe a faire face aux menaces extérieures. Ce système se manifesta entre autre par l'apparitions des croisades auxquelles plusieurs pays d'Europe participèrent ensemble. En 1302, le Pape Boniface VIII déclara même que le pouvoir politique exerçait ses prérogatives sous l'ordre des prêtres. Voila qui limitait les pouvoirs des rois et les forcçaient a jurer allegiance au Pape, la population des Etats étant très chrétiennes.
Le Saint Empire Romain Germanique, une des plus fortes puissances de l'époque médiévale, apparu en tant que concurrent a l'autorité papale par la personne de Frederick Barbarossa qui a envahi l'Italie en clamant la sécularisation au milieu du 12ème siècle. L'affaiblissement de la papauté est un thème important du moyen âge: le schisme d'Occident a la fin du 14ème siècle (qui doit son origine a une dispute sur la succession papale) a été exploité par les autorités séculaires et a contribué a l'accroissement de leur pouvoir. L'emergence de longues dynasties stables aux larges territoires, par exemple en Espagne, en France, et en Castille, leur a permis d'obtenir un rôle a la fois plus important et indépendant politiquement qu'auparavant.
Le passage a des états ainsi plus laïques est devenu un important point de controverse. Les grandes dynasties d'Europe ont consolidé fortement leur pouvoir aux alentours du 16ème siècle; en même temps, les menaces extérieures a l'Europe devinrent moins importantes. La Réforme eut un impact considérable sur la structure politique Européenne : le débat n'était pas seulement idéologique, il menaçait également les fondements d'institutions reposant sur le féodalisme. Le conflit qui s'ensuivit vit s'affronter les partisans d'un Etat affilié au Pape contre ceux qui souhaitaient un Etat libre de l'influence papale et séculaire, capable de décider de sa propre politique, interne mais aussi religieuse.
Ces conflits ont culminé pendant la guerre de Trente Ans du 17ème siècle. En 1648, les puissances Européennes signaient le traité de Westphalie, mettant fin aux violences religieuses pour de simples motifs politiques et l'Eglise fut privé de pouvoir politique temporel, bien que la religion continua a servir de fondation a la légitimé des rois, en leur attribuant le "droit divin". Le principe du "cuius regio, eius religio" (chaque region sa religion) établit en Westphalie créa un précédent en établissant l'idée de statu quo et de la non ingérence d'Etats dans la politique d'autres Etats. L'Etat Moderne était né.
L'Etat continua se développer alors que la noblesse et la bourgeoise amenerent et créerent beaucoup de richesses, accentuant le prestige économique, mais aussi culturel et politique des Etats. On assista même a une hausse du nombre des fonctionnaires et a l'émergence d'une bureaucratie balbutiante.
Près d'un siècle et demi après la paix de Westphalie, l'Etat devient véritable moderne a travers le processus de la Révolution Française. La Grande Armée de Napoléon déferla en effet sur l'Europe, détruisant les féodalismes et les remplaçant par le concept d'État-nation, qui demeura de l'époque jusqu'a maintenant comme le systeme Etatique dominant, malgré les contestations internes et les différentes idéologies (comme le marxisme) des 19ème et 20ème siècles qui appeleront a dépasser le concept de nation.
Aujourd'hui, les Etats-Nations se déclinent en toute une variété de modeles institutionnels et politiques, chacun définissant sa forme de gouvernance (fédéral, unitaire, présidentiel, parlementaire, constitutionnel, démocrate, dictatorial etc.) et son rapport a la religion (théocraties, laïc, reconnaissance ou non des cultes, etc.).
Devenir de l’État
La Fin de l’État
Le marxisme identifie l'Etat à la volonté de la classe sociale dominante. Selon lui, la disparition des classes sociales entraine donc celle de l'Etat.
Voir aussi
- Pays (État)
- Pays (territoire de projet en France)
- Étatisme
- Capitalisme d'État
- États des États-Unis d'Amérique
Liens externes
- [http://www.service-public.fr/ Service public français]
- [http://www.minefi.gouv.fr/minefi/chiffres/budget_etat/index.htm Le budget de l'État français]
International
- l'État en droit international
Bibliographie
- La République, de Platon
- L'Utopie, de Thomas More
- Le Léviathan, de Thomas Hobbes
- Le Prince, de Nicolas Machiavel
- L'Esprit des lois, de Montesquieu
- Contributions à la théorie de l'État, Carré de Malberg, 1921.
- [http://www.lariposte.com/article.php3?id_article=165 L'Etat et la révolution], de Lénine
Citations
- « L'État, c'est moi » (citation apocryphe attribuée à Louis XIV).
- « Si l'État est fort, il nous oppresse ; si l'État est faible, nous périssons. » Paul Valéry
- « Je m'en vais, mais l'État demeurera toujours. » (Louis XIV)
- « Tout dans l'État, rien hors de l'État, rien contre l'État. » (Benito Mussolini)
- « L'État, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde. » (Frédéric Bastiat)
- « L'État constitue le pur produit de l'émergence de la violence dans les sociétés humaines. » (Pascal Salin)
- «L'État, c'est le plus froid des monstres froids. Il ment froidement et voici le mensonge qui rampe de sa bouche: «Moi, l'État, je suis le peuple. »» (Friedrich Nietzsche)
- « Beaucoup trop d’hommes viennent au monde : l'État a été inventé pour ceux qui sont superflus. » (Friedrich Nietzsche)
- « La mission historique de la bourgeoisie est la création d'un État « national » moderne ; mais la tâche historique du prolétariat est d'abolir cet État. » (Rosa Luxemburg)
- « Qui donne aux pauvres prête à Dieu, qui donne à l'État prête à rire. » (Tristan Bernard)
Etat
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Max Weber
Max Weber (21 avril 1864-14 juin 1920), sociologue et économiste allemand, est, avec Karl Marx, Emile Durkheim et Georg Simmel, l'un des fondateurs de la sociologie moderne.
Introduction
Max Weber est considéré comme le fondateur de la sociologie compréhensive, c'est-à-dire d'une approche sociologique qui fait du sens subjectif des conduites des acteurs le fondement de l'action sociale.
Son œuvre est dominée par une recherche sur la rationalité, et, plus spécifiquement, sur le processus de rationalisation de l'action pratique dans le monde qui lui semble être la spécificité de l'Occident moderne — processus marqué, en particulier, par la naissance et le développement du capitalisme. Il travailla aussi sur de nombreux objets, souvent liés à sa réflexion sur la rationalité, comme la domination, l'État, la bureaucratie, le droit, la musique etc.
Toutefois, la part la plus importante de son œuvre de sociologue est constitué par une sociologie des religions : il considérait, en effet, que les religions ont apporté une contribution décisive à la rationalisation du monde.
« Ce qui importe donc, en premier lieu, c'est de reconnaître et d'expliquer dans sa genèse la particularité du rationnalisme occidental [...]. L'apparition du rationnalisme économique [...] dépend de la capacité et de la disposition des hommes à adopter des formes déterminées d'une conduite de vie caractérisée par un rationalisme pratique. Là où une telle conduite de vie a rencontré des entraves d'ordre psychique, le développement d'une conduite de vie rationnelle dans le domaine économique a rencontré, lui aussi, de fortes résistances intérieures. Or, parmi les éléments les plus importants qui ont façonné la conduite de vie, on trouve toujours, dans le passé, les puissances magiques et religieuses ainsi que les idées éthiques de devoir qui sont ancrées dans la croyance en ces puissances » (« Avant-propos » du Recueil d'études de sociologie des religions (1920)).
Réception de son œuvre
La réception de l'œuvre de Max Weber n'a été que progressive, particulièrement en France. Sa stature ne s'impose, en Allemagne, qu'une dizaine d'années après sa mort, de même qu'aux États-Unis, notamment grâce au grand sociologue Talcott Parsons qui s'inspire de Weber dans sa théorisation de l'action sociale et qui traduit L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme en anglais.
En France, la domination de l'école durkheimienne avant guerre, puis la prégnance de la pensée marxiste après guerre permettent d'expliquer la lenteur de la réception d'une œuvre qui était, pour une large part, en opposition avec ces deux courants de pensée. C'est essentiellement à Raymond Aron que l'on doit (notamment grâce à son ouvrage Les Étapes de la pensée sociologique paru en 1967) la découverte, en France, de Max Weber. Depuis, l'œuvre weberienne n'a cessé d'exercer son influence sur l'ensemble de la sociologie française : ainsi, des figures aussi opposées que celle de Raymond Boudon et de Pierre Bourdieu s'en réclament. Les traductions françaises, longtemps lacunaires et de mauvaise qualité, ont connu, depuis une dizaine d'années, un fort développement, notamment sous l'impulsion du traducteur Jean-Pierre Grossein qui a proposé, en 2003, une nouvelle traduction de L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme. On peut voir, dans cette activité éditoriale, l'importance toujours croissante et l'actualité jamais démentie d'une pensée sociologique de premier plan.
Influences philosophiques
La philosophie contemporaine, notamment l'École de Francfort, a été marquée par sa caractérisation de la modernité comme rationalisation de la vie.
Sa sociologie politique, en particulier sa définition de l'État moderne comme groupement politique détenant le monopole de la violence physique légitime, exerce toujours une influence considérable sur la pensée politique moderne.
Biographie
Max (Emil Maximilian pour l'état-civil) Weber naquit le 21 avril 1864 à Erfurt et était l’aîné de huit enfants élevés dans une famille protestante. Le père (également Max) de ce grand sociologue était un homme politique qui fit ses débuts en tant que juriste et qui par la suite devint député du parti national libéral au Reichstag lors de l’unification allemande. Il recevait à la maison nombreux intellectuels et dirigeants du parti national. Sa mère (Hélène, née Fallenstein) quant à elle, était une femme relativement cultivée, puritaine et qui ne vivait que pour le calvinisme. Ce n’est qu’en 1869 que la famille s’installa a Berlin.
Max Weber fut un enfant assez précoce et intelligent malgré une méningite qui le frappa lorsqu’il était âgé de deux ans. S’ennuyant a l’école et ayant peu de contacts avec des enfants de son âge, Weber préférait lire. Ses lectures démontraient assurément un esprit curieux et précoce puisque à l’âge de douze ans Weber avait déjà lu Machiavel. Après l’obtention de son Abitur (équivalent du baccalauréat), il s’inscrit en droit à la faculté d’Heidelberg. Non seulement il suivait des cours de droit mais aussi des cours d’économie politique, de philosophie, d’histoire et de théologie. C’est à cette même période que Weber perdit sa timidité, il découvrit alors la vie universitaire dans tous ses états : bataille en duel, endettement et surtout absorption d’une énorme quantité de bière.
En 1883 (à 19 ans) il partit pour Strasbourg afin de commencer son service militaire. Il trouvera dans cette ville une seconde famille. En effet, Weber était hébergé par sa tante (sœur de sa mère), et par son mari l’historien Hermann Baumgarten avec qui il aura d’abondants échanges politiques et intellectuels. En 1884, il retourne a Berlin afin de poursuivre ses études et obtiendra sa licence en droit en 1886 à la faculté de Göttingen. Par la suite, Weber soumettra une thèse qui s’intitule « Le développement du principe de solidarité et du bien propre de la société commerciale ouverte » sous la direction du professeur Jakob Goldschmitt. Cette thèse deviendra peu après l’un des chapitres d’un ouvrage publié dans la même année et qui a pour titre « Contribution a l’histoire des sociétés commerciales au Moyen Age ». En 1891, il remet « L’importance de l’histoire agraire romaine pour le droit public et privé » qui est sa thèse d’habilitation. Un an plus tard, soit en 1892, l’Association pour la politique sociale reçoit de la part de Max Weber un épais rapport contenant l’enquête qu’a fait Weber sur la situation des travailleurs agricoles de l’est de l’Elbe : grace à cet ouvrage, Weber acquière une utile réputation de spécialiste des problèmes agricoles. Il accède au poste de professeur de l’histoire du droit romain et du droit commerciale a la faculté de Berlin en 1893 et se marie dans la même année avec une parente de sa mère, Marianne Schnittger (qui l'accompagnera toute sa vie et se chargera de publier son travail après sa mort ; elle produira également une biographie de Max et restera active jusqu'à sa propre mort en 1954).
En 1894 il se déplace à Fribourg où il est nommé à une chaire d’économie politique et où il prononça en mai 1894 un discours sur « L’État national et la politique économique » dans lequel il affirme que l’économie est une science politique et doit prendre en considération primordiale l’intérêt de l’État. C’est durant l’automne de 1897 qu’il est atteint d’une grave maladie nerveuse qu’il l’oblige à s’arrêter quelques temps et part donc se reposer aux abords du lac de Genève sous les conseils du médecin. Il reprend ses cours un an plus tard mais fait une rechute en 1899. Il repartira donc une seconde fois en voyage durant lequel il visitera la Corse, l’Italie et la Suisse. C’est en 1903 qu’il décide de démissionner de son poste pour réorienter ses activités intellectuelles. En 1903, il fonde La Société allemande de sociologie avec Ferdinand Tönnies et Georg Simmel (il en démissionnera en 1912).
Lorsque la première guerre mondiale éclate, Weber a 50 ans, il demande à être rappelé comme officier de réserve. Il s’occupera alors, mais seulement durant une courte période, de la gestion de huit hôpitaux de la région d’Heidelberg. Il se concentre sur son travail : c'est durant la guerre que Weber étudie confucianisme, taoïsme, hindouisme, bouddhisme et judaïsme, et synthétise son travail sur les religions.
En 1918, la révolution éclate et on assiste à la naissance de la République de Weimar. Max Weber sera alors l’un des membres fondateurs du parti démocratique allemand et pendant cette même période, le Frankfurter Zeitung publiera une série d’articles de Weber sur la politique allemande regroupés sous le titre « Le parlement et le gouvernement dans une Allemagne réorganisée ».
En 1918, il part pour Vienne où un poste temporaire d’enseignement d’économie l’attend. Il revient à Munich en 1919 pour prendre un poste d’économiste dans la chaire de sociologie que l’université de Munich a créée spécialement pour lui. Deux importantes conférences auront été prononcées par Weber dans cette ville à l’intention de l’Association libre des étudiants : l’une a pour titre « La vocation du savant » prononcée en 1917 et l’autre « La vocation du politique » en 1919.
Max Weber meurt subitement en 1920, à l’âge de 56 ans, suite à une pneumonie mal soignée. Avec lui s'éteint la première génération de sociologues, puisque Émile Durkheim et Georg Simmel l'ont précédé de peu dans la tombe (respectivement en 1917 et 1918).
Éléments d'épistémologie
L'épistémologie (c'est-à-dire la réflexion sur la science) de Max Weber est d'une très grande sophistication et complexité. On ne rendra compte ici que de quelques uns de ses éléments.
Les « sciences de la culture »
Alors que pour Durkheim la sociologie doit s'établir sur des méthodes propres, mais fondées sur les sciences de la nature, Weber pense que la sociologie, tout comme l'histoire ou l'économie politique, fait partie des « sciences de la culture ». Pour Weber, ces sciences sont trop éloignées des sciences de la nature pour qu'elles puissent s'inspirer de leurs méthodes.
Comme le note Raymond Aron dans Les Étapes de la pensée sociologique (Gallimard, 1967), « les caractères originaux de ces sciences sont [pour Max Weber] au nombre de trois : elles sont compréhensives, elles sont historiques et elles portent sur la culture».
- Les sciences de la culture sont compréhensives parce que les actions humaines sont constituées par les processus par lesquels les hommes donnent un sens subjectif au monde, et orientent leur activité en fonction de celui-ci. Pour rendre compte des actions humaines, il faut donc comprendre les intentions et les motifs subjectifs qui sont à leur origine (cf. infra, la compréhension comme méthode)
- Les sciences de la culture sont, d'autre part, nécessairement historiques parce que le sens subjectif qui constitue les actions humaines est toujours structuré à partir d'une situation historique donnée.
- Le fait que les sciences de la culture s'intéressent à la culture semble aller de soi. Ce que Weber veut dire, c'est que les actions humaines, étant des actions subjectives, se constituent dans le cadre d'un univers de sens plus vaste, c'est-à-dire d'une culture. Or, une culture se caractérise tout d'abord par l'affirmation d'un ensemble de valeurs.
« Jugements de valeurs » et « rapports aux valeurs » : la neutralité axiologique
Ce dernier point pose un certain nombre de problèmes épistémologiques, sur lesquels Max Weber a apporté une réflexion décisive. Si les sciences sociales ont pour objet la culture, elles sont, par ailleurs, constituées elles-mêmes dans le cadre d'une culture, c'est-à-dire de valeurs. Dès lors, comment peuvent-elles échapper aux évaluations normatives, fondées sur des valeurs, sur leur objets et prétendre à l'objectivité ?
Pour surmonter ce problème, Weber opère la distinction entre « jugements de valeurs » et « rapports aux valeurs ». Alors que les premiers sont subjectifs et ne doivent pas avoir de place dans le travail scientifique (à l'exception du moment où le chercheur choisit son objet, en raison de la valeur qu'il lui accorde), le « rapport aux valeurs » signifie que l'analyse d'une réalité sociale doit tenir compte de la place occupée par les valeurs dans la société analysée, sans porter de jugement normatif sur celles-ci. L'activité scientifique n'est elle-même orientée par aucune valeur, à l'exception de celle de la vérité : c'est le concept de neutralité axiologique (Cf. cet article).
Le fait que les sciences sociales soient des sciences de la culture pose un autre problème fondamental : pour Max Weber, les sciences de la culture ont à faire face à l'infinité du flux historique ; le monde de la culture est constituée, pour lui, d'une infinité de faits et une multiplicité inextricable de causes. Toute analyse doit donc se fonder sur un travail préalable de purification du réel, par lequel le chercheur construit ses objets et ses catégories d'analyse en simplifiant et en systématisant les traits qui sont pour lui, en fonction de sa problématique, essentiels.
Max Weber introduit ainsi le concept d'idéal-type : par ce travail de grossissement et d'idélisation des traits qui lui semblent fondamentaux, le chercheur construit des idéaltypes, grâce auquel il pourra guider sa recherche. Ceux-ci forment des « tableaux de pensée homogène », où l'on a rassemblé, en une définition cohérente, l'ensemble des traits, pas nécessairement les plus courants, mais les plus spécifiques et les plus distinctifs pour caractériser l'objet. En ce sens, l'idéaltype est toujours une « utopie » comme l'indique Weber : mais c'est pour cela qu'il constitue un instrument d'intelligibilité fondamental. Son caractère utopique est ce qui permet de lire le réel, d'y repérer l'objet sous ses différentes formes empiriques, et de l'analyser en considérant son écart par rapport à son type-idéal.
La sociologie compréhensive
Définition de la sociologie
« Nous appelons sociologie une science qui se propose de comprendre par interprétation l'action sociale et par là d'expliquer causalement son déroulement et ses effets.»
Telle est la définition de la sociologie que Weber propose dans les premières pages dEconomie et société.
Par cette définition, il fait de la sociologie une science de laction sociale, en opposition à l'approche holiste de Durkheim, pour qui la sociologie est science des faits sociaux.
La compréhension comme méthode
Pour Weber, le monde social est ainsi constitué par l'aggrégation des actions produites par l'ensemble des agents qui le composent. L'unité de base de la sociologie est donc l'action sociale d'un agent. Cette approche individualiste se fonde sur la conviction que les sciences sociales (que Weber nomme « science de la culture ») diffèrent des sciences de la nature, en ce que l'homme est un être de conscience, qui agit en fonction de sa compréhension du monde, et des intentions qu'il a. Analyser le social, c'est donc partir de ces actions et des intentions qui les constituent. D'où la définition que Weber propose de l'action :
« Nous entendrons par « action » un comportement humain quand et pour autant que l'agent lui communique un sens subjectif.»
Dans l'ensemble des comportements des hommes, la sociologie ne s'intéresse ainsi qu'à ceux qui sont le produit d'un sens subjectif (et qui sont les seuls à être qualifiables d'action).
Weber ajoute une nouvelle restriction : parmi ces actions construites par un sens, la sociologie ne prend en compte que les actions proprement sociales, c'est à dire les actions dont le sens est orienté vers autrui (vers d'autres acteurs sociaux, quelqu'ils soient). Ainsi, pour Weber, la collision accidentelle de deux cyclistes n'est pas une action sociale.
La sociologie doit donc être compréhensive, en ce qu'elle doit rechercher le sens, les motifs, des comportements humains, puisque ceux-ci sont constitutifs des actions dont il s'agit de rendre compte.
La seconde partie de la définition de la sociologie par Weber est souvent mise de côté. Elle est pourtant essentielle, et fait la spécificité de la sociologie compréhensive weberienne. Pour Weber, la sociologie n'est pas qu'une science de la compréhension, elle vise aussi à « expliquer le déroulement et les effets » de l'action. Qu'est-ce que cela signifie ? Premièrement, cela veut dire que pour Weber, il faut vérifier, en faisant ressortir des régularités objectives, que l'interprétation du sens d'une action que l'on propose est la bonne. D'autre part, que le sens de l'action expliquée, il faut ensuite mener une analyse causale des conséquences qu'a cette action. Or ces conséquences sont, pour Weber, le plus souvent non voulues, non conformes aux intentions de l'acteur. Ainsi, la croyance religieuse calviniste, qui refuse la jouissance des biens matériels, a conduit à la production massive de biens matériels au sein du système de production capitaliste. (Ce dernier point a inspiré la théorie des effets pervers de Raymond Boudon).
Raymond Boudon]
Typologie des déterminants de l'action
Weber, dans son analyse des motifs des actions, propose sa célèbre typologie des déterminants de l'action. Pour Weber, les actions sociales ressortissent à quatre types fondamentaux : l'action peut être a) traditionnelle b) affectuelle c) rationnelle en valeur ou, enfin, d) rationnelle en finalité.
L'action traditionnelle correspond aux types d'actions quasi « reflexes », « mécaniques » qui sont le produit de l'habitude, et où le sens et les motifs constitutifs de l'action ont, pour ainsi dire, disparus par répétition. Paradoxalement, Weber, qui fait du sens, au moins relativement conscient, le déterminant de l'action, indique que ce type d'action, où le sens a disparu, est le plus courant. L'action affectuelle est le type d'acte commis sous le coup d'une émotion.
L'action rationnelle en valeur correspond aux actions par lesquelles un acteur cherche à accomplir une valeur. Cette valeur vaut, pour l'acteur, absolument : il ne se soucie pas des conséquences que peut avoir son action - seul lui importe l'accomplissement des exigences nées de la valeur qui est, pour lui, fondamentale. Un homme prêt à affronter un duel pour sauver son honneur, au prix possible de sa mort ; un capitaine de navire ne le quittant qu'en dernier lors d'un naufrage ; un chrétien prêt à se retirer de la vie dans un monastère ; sont autant d'exemples de ce type d'actions construites par la recherche de l'accomplissement d'une valeur. La spécificité de l'analyse de Weber est qu'il insiste sur le fait que si le but de ce type d'action (la valeur) est irrationnel, les moyens choisis par l'acteur ne le sont pas : c'est en cela que l'action est rationnelle en valeur.
Enfin, laction rationnelle en finalité correspond aux types d'action où l'acteur détermine rationnellement à la fois les moyens et les buts de son action. Un chef d'entreprise efficace agit en fonction de ce type de rationalité, par exemple : il ne se soucie pas des conséquences morales de ses actes (licenciements, par exemple), seul lui importe l'efficacité, déterminée rationnellement, de ses actions. Pour Weber, ce type d'action est le seul véritablement compréhensible.
La rationalisation
Weber accorde une grande importance au processus de rationalisation du monde. Pour lui, les principales civilisations du monde ont connu un processus de rationalisation, par lequel les actions et les représentations des hommes sont devenues plus systématiques et méthodiques. Toutefois, il lui semble que ce processus a atteint un stade plus avancé en Occident et, surtout, que la rationalisation y a connu une direction spécifique.
Pour Weber, le monde occidental se caractérise, en effet, par une rationalisation orientée vers l'action pratique dans le monde, c'est-à-dire par une volonté de contrôle et de domination systématique de la nature et des hommes. Au cœur de ce rationalisme de l'action pratique, se trouve le capitalisme, c'est-à-dire le système économique apparu en Occident à la fin du Moyen-Age, qui constitue, pour Weber, l'organisation économique la plus puissante et la plus rationnelle dans la production de biens matériels.
Toutefois, si le rationalisme économique est la puissance dominante au sein de ce processus de rationalisation, celui-ci affecte l'ensemble des sphères de l'action, à commencer par les actions sociales élémentaires. En effet, pour Weber, la rationalisation a pour conséquence le développement des actions de type rationnelle en finalité, où buts et moyens sont sélectionnés en fonction de leur seule efficacité -et non de leur contenu moral, par exemple. Cela tend à rendre les relations sociales à la fois impersonnelles, instrumentales et utilitaires : dans leurs relations, les acteurs ne se considèrent que comme des moyens impersonnels dans la poursuite de fins.
Fortement lié à ce processus de rationalisation, est le phénomène de désenchantement du monde : pour Weber, le monde occidental se caractérise par la disparition de la croyance en la magie et, plus largement, par l'effacement de la croyance dans l'action de Dieu dans le monde. Les événements du monde sont considérés comme le pur produit de forces physiques, dont la compréhension est, en principe, toujours accessible à l'homme. Le monde en vient ainsi à être considéré comme dépourvu de sens, étant un pur mécanisme physique sans intention. Le désenchantement du monde a comme effet une vacance du sens : la signification fondamentale du monde, de l'existence, a disparu pour l'homme moderne.
Dans son analyse du processus de rationalisation de l'Occident moderne, Weber insiste sur le fait que la transformation des dispositions mentales, ou ethos, des acteurs a joué un rôle crucial. La rationalisation de l'action naît avant tout de la modification des principes d'action (notamment éthiques) gouvernant la conduite de vie des hommes (comme le rappelle la citation de l'« Avant-propos » supra). Ainsi, dans son analyse de la naissance du capitalisme, Weber fait peu de place à la modification des moyens de production (ce qui constitue l'analyse de Marx) : pour lui, le capitalisme est principalement né de l'apparition d'une nouvelle éthique économique, trouvant son origine dans la religion protestante.
Le capitalisme
Raymond Boudon]
Article détaillé : L'émergence du capitalisme selon Max Weber
Pour Max Weber, le capitalisme moderne, c'est-à-dire le capitalisme d'entreprises fondées sur l'utilisation rationnelle du travail libre (du salariat), est apparu en Occident grâce à un ensemble de préconditions structurelles : en particulier, la présence d'une classe rationnelle que représente la bourgeoisie libre de la ville médiévale a occupé une place essentielle. Toutefois, pour Weber (en cela il s'oppose à Marx), les principales causes de l'émergence du capitalisme sont davantage éthiques et psychologiques que techniques ou économiques. Il estime ainsi que ce qui a été décisif dans la diffusion du capitalisme fut l'apparition d'une nouvelle morale économique, que Weber nomme « esprit du capitalisme ». Dans ce nouvel ethos économique, la conduite de vie des acteurs est dirigée par le principe selon lequel la finalité de l'existence est le travail dans le cadre d'une profession : le travail devient une fin en soi. C'est une fois que les acteurs eurent incorporés cet habitus, ou « esprit », nouveau que le capitalisme a trouvé sa force d'expansion fondamentale.
:« Le problème majeur de l'expansion du capitalisme moderne n'est pas celui de l'origine du capital, c'est celui du développement de l'esprit du capitalisme » (in L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme)
Weber pense que l'origine de cet esprit se trouve dans lascèse du travail dans le monde qui a été au centre du protestantisme calviniste, et plus largement puritain. En effet, dans le puritanisme, le travail est la plus haute tâche que peut accomplir l'homme pour la gloire de Dieu et, surtout, le fidèle peut trouver dans sa réussite professionelle la confirmation de son statut d'élu de Dieu. Weber estime que c'est dans la sécularisation de cette ascèse, en affinité élective avec l'« esprit du capitalisme », que le capitalisme a trouvé la force de vaincre le « monde de forces hostiles » qui s'opposait à lui.
Bibliographie
- Le savant et le politique (1919) (préface de R. Aron et traduction par J. Freund, Plon, 1959).
- L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme (1904-1905) (traduction par J. Chavy, Plon, 1964 ; nouvelle traduction par J.-P. Grossein, Gallimard 2003).
- Essai sur la théorie de la science (1904-1917) (traduction partielle par Julien Freund, Plon, 1965).
- Le judaisme antique (1920) (traduction par Freddy Raphaël, Plon, 1970)
- Économie et société (posthume 1921) (traduction du tome 1 Plon, 1971).
- La ville (extrait du tome 2 d'Économie et société, traduction par Ph. Fritsch, Aubier, 1982).
- Sociologie des religions (choix de textes et traduction par J.-P. Grossein), Gallimard, 1996.
- Confusianisme et Taoïsme (1920) (traduction par C. Colliot-Thélène et J.-P. Grossein, Gallimard, 2000).
- Hindouisme et Bouddhisme (1921) (traduction par I. Kalinowski et R. Lardinois, Flammarion, 2003).
Études sur Max Weber
Les études de qualité sur Max Weber sont rares en langue française. On retiendra :
- Raymond Aron, Les étapes de la pensée sociologique, Gallimard, 1967 (le chapitre sur Weber a veilli, mais demeure une référence historique).
- Catherine Colliot-Thélène, Max Weber et l'histoire, PUF, 1990 (Une lecture philosophique de Weber).
- Julien Freund, Sociologie de Max Weber, PUF, 1966.
- Dirk Kaesler, Max Weber. Sa vie, son oeuvre, son influence, Fayard, 1996 (Assez faible, mais offre un résumé systématique des oeuvres de Weber, ainsi qu'une bibliographie complète).
Liens externes
- J. P. Noreck, [http://www.ac-versailles.fr/PEDAGOGI/ses/themes/ecoflash/eco111.htm/ Max Weber et la rationalisation des activités sociales] (une introduction pédagogique à la thématique de la rationalisation. Quelques inexactitudes).
- M. Pollack, La place de Max Weber dans le champ intellectuel français (www.reds.msh-paris.fr/publications/revue/pdf/ds09/009-02.pdf) (une étude désormais classique).
Voir aussi
- Les contemporains : Émile Durkheim et Georg Simmel
- Les passeurs : Talcott Parsons, C. Wright Mills, Reinhard Bendix (aux Etats-Unis) ; Julien Freund et Raymond Aron (en France) ; Wolfgang Schluchter, Wilhem Hennis (en Allemagne).
- les héritiers contemporains : Pierre Bourdieu, Raymond Boudon, Jurgen Habermas, etc.
- Liste des économistes célèbres
Weber, Max
Weber, Max
Weber, Max
Weber, Max
Weber, Max
ja:マックス・ヴェーバー
ko:막스 베버
th:มักซ์ เวเบอร์
Pierre ClastresPierre Clastres, (1934-1977), est un anthropologue et ethnologue français. Il est connu pour avoir été l'un des rares anarchistes de la discipline.
On retiendra sa thèse principale : les sociétés dites "primitives" ne sont pas des sociétés qui n'auraient pas encore découvert le pouvoir et l'État, mais au contraire des sociétés construites pour éviter que le pouvoir se matérialise.
Bibliographie
- « Liberté, malencontre, innommable » dans Étienne de La Boétie, Le Discours de la servitude volontaire
- Chronique des indiens Guayaki, 1972
- La Société contre l'État, 1974
- Le Grand Parler. Mythes et chants sacrés des Indiens Guarani, 1974
- Les marxistes et leur anthropologie, 1978
- Recherches d'anthropologie politique, 1980
- Archéologie de la violence. La guerre dans les sociétés primitives.
voir aussi
- pouvoir
- État
- guerre
liens externes
- [http://increvablesanarchistes.org/articles/1968_81/clastre_pouvoirprimitif.htm un article de Pierre Clastres]
- [http://www.lepeltier.fsnet.co.uk/rn/clastres.pdf commentaire de lecture de archéologie de la violence]
- [http://www.plusloin.org/textes/clastres.pdf un long entretien pour une revue anarchiste]
Clastres Pierre
Clastres Pierre
catégorie:anarchiste
Nation
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Philosophie
D'une manière générale, une nation est une communauté humaine identifiée dans des limites géographiques souvent fluctuantes au cours de l'histoire, et dont le trait commun supposé est la conscience d'une appartenance à un même groupe. Ce groupe peut avoir en commun distinctif :
- la culture, mais la culture ne définit pas toujours à elle seule une communauté de nation quand les mœurs diffèrent ;
- la langue, mais la langue ne peut toujours à elle seule définir une nation : la Suisse reconnaît quatre langues officielles, et l'Alsace manifeste depuis la Révolution un attachement à la France, bien que son dialecte local soit très proche de l'allemand. Les États-Unis se sont politiquement séparés comme État indépendant de la métropole britannique en dépit de leur langue commune ;
- la religion, foi ou culte, mais il est aussi fréquent de voir s'opposer des nations se réclamant de la même religion que de voir des guerres de religion dans une même nation ;
- l'histoire politique, culturelle et sociale : la majorité de la nation en question s'organisant en partis politiques et-ou en grandes organisations sociales, culturelles qui l'identifient par rapport à d'autres, composant un même État les articulant entre elles.
Une nation prend parfois ses racines dans un sentiment d'identité historique, dans un mythe fondateur tel celui de Romulus et Remus. Mais en fait, le fondement en est articulé la plupart du temps sur des questions que l'on appelle fréquemment valeurs, ces valeurs étant parfois illustrées dans une devise nationale. Les divergences dans une nation portent alors moins sur l'essence de cette devise que sur les modalités de sa mise en œuvre (voir droite et gauche). Ces valeurs peuvent reposer sur un contrat social entre les membres de la communauté nationale.
La nation ne se confond pas avec la citoyenneté, hormis en français (au moins en France) le cas d'emploi du terme au sens de juridique, notion de droit international. Voir la section Droit ci-dessous pour d'autres aspects juridiques.
Il existe différentes conceptions philosophiques de la citoyenneté, dont la présentation ici ne se justifie que par la conception francocentrée réunissant idéalement nationalité et citoyenneté :
- La conception francaise : elle repose à titre principal sur le "droit du sol". Selon Ernest Renan, notamment philosphe mais non juriste, la citoyenneté repose sur une volonté d'appartenance.
- Le conception allemande : elle repose à titre principal sur le "droit du sang". C'est la conception de Fichte, notamment philosophe mais non juriste. La citoyenneté est une réalité objective indépendante de la volonté des individus.
Historiquement, en Europe, peu d'États se sont organisées complètement sur le "modèle" français, politiquement, géographiquement et institutionnellement suivant l'idéal dÉtats-nations. Dans cette optique, chaque nation doit correspondre à un État, et réciproquement un État n'est constitué que d'une nation, le tout dans un territoire précisément défini. Cela a, par exemple, induit le glissement de sens du terme nationalité, désignant maintenant en français le ressortissant d'un État et non plus seulement le membre d'une nation en tant que groupe culturel, religieux ou linguistique. Par abus de langage, on a parfois parlé de nation pour désigner l'ensemble constitué d'un groupe humain, d'un territoire et d'un État, quelle que soit par ailleurs la fragilité de celui-ci, comme on l'a vu avec l'ex-Yougoslavie.
Dans le reste du monde, ce modèle, dans lequel la nation et l'État coïncident, a été largement copié, mais il reste des exemples de nations à cheval ou même à pied sur plusieurs États : par exemple la nation kurde, dont l'aire géographique s'étend sur le territoire de la Turquie, de l'Irak et de la Syrie. C'est même une nation sans État constitué.
Cette identification entre l'état et la nation se heurte en plus sur l'exemple de plusieurs nations constituées ou revendiquées comme les Basques, les Écossais, les Québécois, les Bretons, les Flamands et les Catalans, où une part éventuellement importante de la population se considère comme constituant des nations bien distinctes, mais qui n'ont pas d'états propres. L'évolution démocratique a fait que beaucoup de ces nations, dans des pays démocratiques en tout cas, se retrouve avec des institutions fédéralisés qui accordent une grande autonomie à ces nations. Un critère essentiel à retenir est la volonté de la population.
La dernière définiton — une nation qui se définit par l'existence des partis politiques et de grandes organisations sociales et/ou cultureles propres (comme des médias, des unversités, des organisations scientifiques, etc.) permet d'expliquer la presque totalité des nations en Europe. On voit effectivement que les Basques, les Écossais, les Québécois, les Flamands et les Catalans votent par exemple en grande majorité sur des partis politiques qui leurs sont propres et qui ne se présentent pas dans d'autres zones géographiques du pays ou ils vivent, tandis que les Suisses de toutes les langues votent sur des partis unitaire, c'est-à-dire qu'on ne parle pas (ou très peu) d'une nation suisse romande, et, en accord avec cette définition, il n'existe pas de partis politiques propres à la Suisse romande.
Dans la cas de la Bretagne et des parties françaises basques, catalanes ou flamandes, comme pour le cas de Suisse, il n'existe qu'une représentation faible (ou inexistante) de la population correspondant à un nationalisme revendiqué.
Droit
Partant de la considération qui précède, selon laquelle , le traitement de la question juridique relative à la nation suivra ici la logique de ce modèle, et ainsi également la chronologie qui a vu ce modèle être mis en œuvre en France ; des développements parallèles avec illustrations autres qu'appropriées au droit français seraient nécessaires.
En considération du “modèle” français, une confusion doit d'abord être écartée : contrairement à ce qui est souvent cru en France, en droit, la nation n'est pas une personne juridique. La personne morale de droit public international est l'"État". En droit international le nombre de nations dont un État peut être composé est indifférent, ou plutôt il s'agit d'une question purement politique. On le voit bien dans la dénomination de l'ancienne Société des Nations à laquelle a succédé lOrganisation des Nations unies : si les membres juridiques de plein exercice en étaient et sont les États adhérents, ces organisations internationales ont pour objet les nations ; la distinction de notion ne fait de doute pour personne, et l'ONU n'a nullement pour objectif, ni officiel, ni officieux, que les nations constituent chacune des États distincts.
Parmi les États européens, seuls quelques-uns ont adopté au cours de l'histoire le "modèle" politique français de superposition plus ou moins forcée de peuple, nation, État, en tout cas de manière aussi poussée dans les termes de leurs lois fondamentales dites le cas échéant lois constitutionnelles.
S'agissant de la France, la dénomination de la personne morale de droit public est "l'État français" — expression à ne pas confondre avec l'utilisation juridiquement confusionnelle qui en a été faite à la période dite "Régime de Vichy" — : lorsqu'il s'agit par exemple de condamner à verser des indemnités, que ce soit en droit international ou en droit interne par exemple à un particulier, c'est l'expression "l'État français" que l'on trouve dans les décisions juridictionnelles.
La république (par exemple) est le régime de gouvernement : toujours en prenant la France en illustration pour le motif historique précité, la "République française" est le régime de gouvernement de "l'État français".
Quant au "peuple", dans l'organisation des pouvoirs c'est (en France) la notion qui désigne au nom de quoi la justice est rendue ("Au nom du peuple français") ; le pouvoir juridictionnel ne s'exerce pas au nom de l'État personne morale, mais directement au nom de la collectivité de fait des individus qui en sont ressortissants.
Et quant à la nation, c'est au sens constitutionnel en France la notion juridique désignant au nom de quoi est exercé le pouvoir législatif — d'où la dénomination actuelle de l'Assemblée nationale, anciennement Chambre des députés. Car selon la perspective politique à la française, en tant que mise en œuvre à titre juridique notamment par la Constitution actuelle de la République française, la nation est un ensemble de citoyens détenant la puissance politique.
Mais en France même, le sens du mot "nation" sera différent dans d'autres législations que celle constitutionnelle : par exemple, au sens de la législation relative à la "diffamation raciale", la notion de diffamation de "nation" ne repose strictement en rien sur le sens que présente ce terme dans la Constitution, et même entre en contradiction complète avec celui-ci.
La nation selon Linteau-Durocher-Robert
« Il en découle que la nation peut recevoir des significations très diverses selon ceux qui la définissent et selon les circonstances et le milieu où s'élabore cette définition. Pour démontrer qu'un groupe constitue une nation, on invoque l'existence d'un ou plusieurs des facteurs suivants : le groupe a une histoire commune, il a une identité propre qui le distingue des groupes voisins, il est concentré sur un territoire, il possède une langue, une religion ou des traditions communes, etc.
Il n'est pas nécessaire cependant qu'une société ait toutes ces caractéristiques pour se voir attribuer le titre de nation. Chaque cas en est un d'espèce. Certains sociologues vont même jusqu'à soutenir que le seul critère déterminant est subjectif : il y aurait nation lorsque les membres d'une société sont convaincus qu'ils participent d'une même appartenance nationale. Il ne faut pas confondre la nation et l'État, car ce sont deux réalités distinctes, l'une relevant du domaine sociologique, l'autre du politique. Il arrive que des groupes aient avantage à associer les deux termes, soit pour domnier un groupe plus faible, soit pour donner plus de prestige à l'État. Si la nation n'est pas imaginaire, il importe de se rappeler que le nationalisme est une idéologie, donc une doctrine formulée par des individus et des groupes. C'est pourquoi il n'y a pas un nationalisme, mais des nationalismes qui évoluent avec le temps. » Linteau-Durocher-Robert, Histoire du Québec contemporain tome I, Boréal Compact, 1989.
Citations
La nation pour quelques-uns, sans doute, association transitoire ou permanente d'intérêts matériels est surtout, pour nous, une personnalité morale qui s'est constituée à travers les siècles grâce au travail et à la solidarité de générations successives, liées par des affinités de sang et l'esprit, et à laquelle, nous n'hésitons pas à le croire, est attribuée, sur le plan providentiel, une action spécifique dans l'ensemble de l'humanité. Seul le poids de ces sacrifices sans nombre, de cette coopération d'efforts, de cette identité d'origine, seul ce patrimoine collectif, seule cette communion spirituelle peuvent moralement fonder le devoir de la servir et de donner notre vie pour elle. Oliveira Salazar - Discursos e Notas polticas
Voir aussi
- État
- Pays
- Société des Nations
- Organisation des Nations unies
- nationalisme
- Internationalisme
Liens externes
- L'usage du mot nation défini dans un dictionnaire de l'époque de la Révolution française numérisé par la BNF : [http://visualiseur.bnf.fr/Visualiseur?Destination=Gallica&O=NUMM-48832 Dictionnaire national et anecdotique] (NUMM-48832), pages 130-132 ;
- Autre définition dans un document de la BNF : [http://visualiseur.bnf.fr/Visualiseur?Destination=Gallica&O=NUMM-24294 Dictionnaire politique : encyclopédie du langage et de la science politiques] (NUMM-24294), pages 623-626.
- Dictionnaire de philosophie Jacqueline Russ - Clothilde Badal-Leguil
- Site Internet des Nations sans État (Eurominority) : [http://www.eurominority.orgwww.eurominority.org]
- Site anarchiste : [http://calle-luna.org/article.php3?id_article=77 Qu'est-ce que la nation ?] (Valéry RASPLUS) sur [http://calle-luna.org/ calle-luna.org]
Catégorie:Géographie politique
Catégorie:Droit constitutionnel
Catégorie:Nationalisme
ja:国民
simple:Nation
État-nationL'état-nation est un État qui coïncide avec une nation. Il est constitué des différentes caractéristiques de l'État, à savoir la délimitation précise d'un territoire par des frontières, la souveraineté et une identité nationale, qui est le sentiment d'appartenance et une culture proche.
Il existe deux possibilités de création d'un État-Nation:
- Soit l'État préexiste à la Nation, et l'on cherche ensuite à y intégrer un sentiment national. Ceci a été le cas en France, pour la création d'un sentiment d'appartenance à une Nation républicaine. Plusieurs faits ont contribué à la création de ce sentiment d'appartenance : tout d'abord la création d'une école gratuite laïque et obligatoire par Jules Ferry à la fin du XIXe siècle, l'instauration du service militaire, celle des divers symboles de la République, comme Marianne, l'hymne national, la devise...
- Soit les individus qui se reconnaissent d'une même Nation manifestent leur volonté de vivre ensemble, en se dotant d'un État. Ceci a été le cas aux États-Unis.
Cependant, toutes les nations ne sont pas dotées d'un État, comme par exemple la nation juive.
De même, tous les États ne répondent pas aux critères de la nation. Ceci est le cas en Belgique où les Flamands et les Wallons ont une culture et une langue complètement différentes, et peu de points communs, et également dans certains pays d'Afrique, où les ethnies ne correspondent pas aux frontières.
Etat-nation
Etat-nation
Etat-nation
ja:国民国家
Max Weber
Max Weber (21 avril 1864-14 juin 1920), sociologue et économiste allemand, est, avec Karl Marx, Emile Durkheim et Georg Simmel, l'un des fondateurs de la sociologie moderne.
Introduction
Max Weber est considéré comme le fondateur de la sociologie compréhensive, c'est-à-dire d'une approche sociologique qui fait du sens subjectif des conduites des acteurs le fondement de l'action sociale.
Son œuvre est dominée par une recherche sur la rationalité, et, plus spécifiquement, sur le processus de rationalisation de l'action pratique dans le monde qui lui semble être la spécificité de l'Occident moderne — processus marqué, en particulier, par la naissance et le développement du capitalisme. Il travailla aussi sur de nombreux objets, souvent liés à sa réflexion sur la rationalité, comme la domination, l'État, la bureaucratie, le droit, la musique etc.
Toutefois, la part la plus importante de son œuvre de sociologue est constitué par une sociologie des religions : il considérait, en effet, que les religions ont apporté une contribution décisive à la rationalisation du monde.
« Ce qui importe donc, en premier lieu, c'est de reconnaître et d'expliquer dans sa genèse la particularité du rationnalisme occidental [...]. L'apparition du rationnalisme économique [...] dépend de la capacité et de la disposition des hommes à adopter des formes déterminées d'une conduite de vie caractérisée par un rationalisme pratique. Là où une telle conduite de vie a rencontré des entraves d'ordre psychique, le développement d'une conduite de vie rationnelle dans le domaine économique a rencontré, lui aussi, de fortes résistances intérieures. Or, parmi les éléments les plus importants qui ont façonné la conduite de vie, on trouve toujours, dans le passé, les puissances magiques et religieuses ainsi que les idées éthiques de devoir qui sont ancrées dans la croyance en ces puissances » (« Avant-propos » du Recueil d'études de sociologie des religions (1920)).
Réception de son œuvre
La réception de l'œuvre de Max Weber n'a été que progressive, particulièrement en France. Sa stature ne s'impose, en Allemagne, qu'une dizaine d'années après sa mort, de même qu'aux États-Unis, notamment grâce au grand sociologue Talcott Parsons qui s'inspire de Weber dans sa théorisation de l'action sociale et qui traduit L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme en anglais.
En France, la domination de l'école durkheimienne avant guerre, puis la prégnance de la pensée marxiste après guerre permettent d'expliquer la lenteur de la réception d'une œuvre qui était, pour une large part, en opposition avec ces deux courants de pensée. C'est essentiellement à Raymond Aron que l'on doit (notamment grâce à son ouvrage Les Étapes de la pensée sociologique paru en 1967) la découverte, en France, de Max Weber. Depuis, l'œuvre weberienne n'a cessé d'exercer son influence sur l'ensemble de la sociologie française : ainsi, des figures aussi opposées que celle de Raymond Boudon et de Pierre Bourdieu s'en réclament. Les traductions françaises, longtemps lacunaires et de mauvaise qualité, ont connu, depuis une dizaine d'années, un fort développement, notamment sous l'impulsion du traducteur Jean-Pierre Grossein qui a proposé, en 2003, une nouvelle traduction de L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme. On peut voir, dans cette activité éditoriale, l'importance toujours croissante et l'actualité jamais démentie d'une pensée sociologique de premier plan.
Influences philosophiques
La philosophie contemporaine, notamment l'École de Francfort, a été marquée par sa caractérisation de la modernité comme rationalisation de la vie.
Sa sociologie politique, en particulier sa définition de l'État moderne comme groupement politique détenant le monopole de la violence physique légitime, exerce toujours une influence considérable sur la pensée politique moderne.
Biographie
Max (Emil Maximilian pour l'état-civil) Weber naquit le 21 avril 1864 à Erfurt et était l’aîné de huit enfants élevés dans une famille protestante. Le père (également Max) de ce grand sociologue était un homme politique qui fit ses débuts en tant que juriste et qui par la suite devint député du parti national libéral au Reichstag lors de l’unification allemande. Il recevait à la maison nombreux intellectuels et dirigeants du parti national. Sa mère (Hélène, née Fallenstein) quant à elle, était une femme relativement cultivée, puritaine et qui ne vivait que pour le calvinisme. Ce n’est qu’en 1869 que la famille s’installa a Berlin.
Max Weber fut un enfant assez précoce et intelligent malgré une méningite qui le frappa lorsqu’il était âgé de deux ans. S’ennuyant a l’école et ayant peu de contacts avec des enfants de son âge, Weber préférait lire. Ses lectures démontraient assurément un esprit curieux et précoce puisque à l’âge de douze ans Weber avait déjà lu Machiavel. Après l’obtention de son Abitur (équivalent du baccalauréat), il s’inscrit en droit à la faculté d’Heidelberg. Non seulement il suivait des cours de droit mais aussi des cours d’économie politique, de philosophie, d’histoire et de théologie. C’est à cette même période que Weber perdit sa timidité, il découvrit alors la vie universitaire dans tous ses états : bataille en duel, endettement et surtout absorption d’une énorme quantité de bière.
En 1883 (à 19 ans) il partit pour Strasbourg afin de commencer son service militaire. Il trouvera dans cette ville une seconde famille. En effet, Weber était hébergé par sa tante (sœur de sa mère), et par son mari l’historien Hermann Baumgarten avec qui il aura d’abondants échanges politiques et intellectuels. En 1884, il retourne a Berlin afin de poursuivre ses études et obtiendra sa licence en droit en 1886 à la faculté de Göttingen. Par la suite, Weber soumettra une thèse qui s’intitule « Le développement du principe de solidarité et du bien propre de la société commerciale ouverte » sous la direction du professeur Jakob Goldschmitt. Cette thèse deviendra peu après l’un des chapitres d’un ouvrage publié dans la même année et qui a pour titre « Contribution a l’histoire des sociétés commerciales au Moyen Age ». En 1891, il remet « L’importance de l’histoire agraire romaine pour le droit public et privé » qui est sa thèse d’habilitation. Un an plus tard, soit en 1892, l’Association pour la politique sociale reçoit de la part de Max Weber un épais rapport contenant l’enquête qu’a fait Weber sur la situation des travailleurs agricoles de l’est de l’Elbe : grace à cet ouvrage, Weber acquière une utile réputation de spécialiste des problèmes agricoles. Il accède au poste de professeur de l’histoire du droit romain et du droit commerciale a la faculté de Berlin en 1893 et se marie dans la même année avec une parente de sa mère, Marianne Schnittger (qui l'accompagnera toute sa vie et se chargera de publier son travail après sa mort ; elle produira également une biographie de Max et restera active jusqu'à sa propre mort en 1954).
En 1894 il se déplace à Fribourg où il est nommé à une chaire d’économie politique et où il prononça en mai 1894 un discours sur « L’État national et la politique économique » dans lequel il affirme que l’économie est une science politique et doit prendre en considération primordiale l’intérêt de l’État. C’est durant l’automne de 1897 qu’il est atteint d’une grave maladie nerveuse qu’il l’oblige à s’arrêter quelques temps et part donc se reposer aux abords du lac de Genève sous les conseils du médecin. Il reprend ses cours un an plus tard mais fait une rechute en 1899. Il repartira donc une seconde fois en voyage durant lequel il visitera la Corse, l’Italie et la Suisse. C’est en 1903 qu’il décide de démissionner de son poste pour réorienter ses activités intellectuelles. En 1903, il fonde La Société allemande de sociologie avec Ferdinand Tönnies et Georg Simmel (il en démissionnera en 1912).
Lorsque la première guerre mondiale éclate, Weber a 50 ans, il demande à être rappelé comme officier de réserve. Il s’occupera alors, mais seulement durant une courte période, de la gestion de huit hôpitaux de la région d’Heidelberg. Il se concentre sur son travail : c'est durant la guerre que Weber étudie confucianisme, taoïsme, hindouisme, bouddhisme et judaïsme, et synthétise son travail sur les religions.
En 1918, la révolution éclate et on assiste à la naissance de la République de Weimar. Max Weber sera alors l’un des membres fondateurs du parti démocratique allemand et pendant cette même période, le Frankfurter Zeitung publiera une série d’articles de Weber sur la politique allemande regroupés sous le titre « Le parlement et le gouvernement dans une Allemagne réorganisée ».
En 1918, il part pour Vienne où un poste temporaire d’enseignement d’économie l’attend. Il revient à Munich en 1919 pour prendre un poste d’économiste dans la chaire de sociologie que l’université de Munich a créée spécialement pour lui. Deux importantes conférences auront été prononcées par Weber dans cette ville à l’intention de l’Association libre des étudiants : l’une a pour titre « La vocation du savant » prononcée en 1917 et l’autre « La vocation du politique » en 1919.
Max Weber meurt subitement en 1920, à l’âge de 56 ans, suite à une pneumonie mal soignée. Avec lui s'éteint la première génération de sociologues, puisque Émile Durkheim et Georg Simmel l'ont précédé de peu dans la tombe (respectivement en 1917 et 1918).
Éléments d'épistémologie
L'épistémologie (c'est-à-dire la réflexion sur la science) de Max Weber est d'une très grande sophistication et complexité. On ne rendra compte ici que de quelques uns de ses éléments.
Les « sciences de la culture »
Alors que pour Durkheim la sociologie doit s'établir sur des méthodes propres, mais fondées sur les sciences de la nature, Weber pense que la sociologie, tout comme l'histoire ou l'économie politique, fait partie des « sciences de la culture ». Pour Weber, ces sciences sont trop éloignées des sciences de la nature pour qu'elles puissent s'inspirer de leurs méthodes.
Comme le note Raymond Aron dans Les Étapes de la pensée sociologique (Gallimard, 1967), « les caractères originaux de ces sciences sont [pour Max Weber] au nombre de trois : elles sont compréhensives, elles sont historiques et elles portent sur la culture».
- Les sciences de la culture sont compréhensives parce que les actions humaines sont constituées par les processus par lesquels les hommes donnent un sens subjectif au monde, et orientent leur activité en fonction de celui-ci. Pour rendre compte des actions humaines, il faut donc comprendre les intentions et les motifs subjectifs qui sont à leur origine (cf. infra, la compréhension comme méthode)
- Les sciences de la culture sont, d'autre part, nécessairement historiques parce que le sens subjectif qui constitue les actions humaines est toujours structuré à partir d'une situation historique donnée.
- Le fait que les sciences de la culture s'intéressent à la culture semble aller de soi. Ce que Weber veut dire, c'est que les actions humaines, étant des actions subjectives, se constituent dans le cadre d'un univers de sens plus vaste, c'est-à-dire d'une culture. Or, une culture se caractérise tout d'abord par l'affirmation d'un ensemble de valeurs.
« Jugements de valeurs » et « rapports aux valeurs » : la neutralité axiologique
Ce dernier point pose un certain nombre de problèmes épistémologiques, sur lesquels Max Weber a apporté une réflexion décisive. Si les sciences sociales ont pour objet la culture, elles sont, par ailleurs, constituées elles-mêmes dans le cadre d'une culture, c'est-à-dire de valeurs. Dès lors, comment peuvent-elles échapper aux évaluations normatives, fondées sur des valeurs, sur leur objets et prétendre à l'objectivité ?
Pour surmonter ce problème, Weber opère la distinction entre « jugements de valeurs » et « rapports aux valeurs ». Alors que les premiers sont subjectifs et ne doivent pas avoir de place dans le travail scientifique (à l'exception du moment où le chercheur choisit son objet, en raison de la valeur qu'il lui accorde), le « rapport aux valeurs » signifie que l'analyse d'une réalité sociale doit tenir compte de la place occupée par les valeurs dans la société analysée, sans porter de jugement normatif sur celles-ci. L'activité scientifique n'est elle-même orientée par aucune valeur, à l'exception de celle de la vérité : c'est le concept de neutralité axiologique (Cf. cet article).
Le fait que les sciences sociales soient des sciences de la culture pose un autre problème fondamental : pour Max Weber, les sciences de la culture ont à faire face à l'infinité du flux historique ; le monde de la culture est constituée, pour lui, d'une infinité de faits et une multiplicité inextricable de causes. Toute analyse doit donc se fonder sur un travail préalable de purification du réel, par lequel le chercheur construit ses objets et ses catégories d'analyse en simplifiant et en systématisant les traits qui sont pour lui, en fonction de sa problématique, essentiels.
Max Weber introduit ainsi le concept d'idéal-type : par ce travail de grossissement et d'idélisation des traits qui lui semblent fondamentaux, le chercheur construit des idéaltypes, grâce auquel il pourra guider sa recherche. Ceux-ci forment des « tableaux de pensée homogène », où l'on a rassemblé, en une définition cohérente, l'ensemble des traits, pas nécessairement les plus courants, mais les plus spécifiques et les plus distinctifs pour caractériser l'objet. En ce sens, l'idéaltype est toujours une « utopie » comme l'indique Weber : mais c'est pour cela qu'il constitue un instrument d'intelligibilité fondamental. Son caractère utopique est ce qui permet de lire le réel, d'y repérer l'objet sous ses différentes formes empiriques, et de l'analyser en considérant son écart par rapport à son type-idéal.
La sociologie compréhensive
Définition de la sociologie
« Nous appelons sociologie une science qui se propose de comprendre par interprétation l'action sociale et par là d'expliquer causalement son déroulement et ses effets.»
Telle est la définition de la sociologie que Weber propose dans les premières pages dEconomie et société.
Par cette définition, il fait de la sociologie une science de laction sociale, en opposition à l'approche holiste de Durkheim, pour qui la sociologie est science des faits sociaux.
La compréhension comme méthode
Pour Weber, le monde social est ainsi constitué par l'aggrégation des actions produites par l'ensemble des agents qui le composent. L'unité de base de la sociologie est donc l'action sociale d'un agent. Cette approche individualiste se fonde sur la conviction que les sciences sociales (que Weber nomme « science de la culture ») diffèrent des sciences de la nature, en ce que l'homme est un être de conscience, qui agit en fonction de sa compréhension du monde, et des intentions qu'il a. Analyser le social, c'est donc partir de ces actions et des intentions qui les constituent. D'où la définition que Weber propose de l'action :
« Nous entendrons par « action » un comportement humain quand et pour autant que l'agent lui communique un sens subjectif.»
Dans l'ensemble des comportements des hommes, la sociologie ne s'intéresse ainsi qu'à ceux qui sont le produit d'un sens subjectif (et qui sont les seuls à être qualifiables d'action).
Weber ajoute une nouvelle restriction : parmi ces actions construites par un sens, la sociologie ne prend en compte que les actions proprement sociales, c'est à dire les actions dont le sens est orienté vers autrui (vers d'autres acteurs sociaux, quelqu'ils soient). Ainsi, pour Weber, la collision accidentelle de deux cyclistes n'est pas une action sociale.
La sociologie doit donc être compréhensive, en ce qu'elle doit rechercher le sens, les motifs, des comportements humains, puisque ceux-ci sont constitutifs des actions dont il s'agit de rendre compte.
La seconde partie de la définition de la sociologie par Weber est souvent mise de côté. Elle est pourtant essentielle, et fait la spécificité de la sociologie compréhensive weberienne. Pour Weber, la sociologie n'est pas qu'une science de la compréhension, elle vise aussi à « expliquer le déroulement et les effets » de l'action. Qu'est-ce que cela signifie ? Premièrement, cela veut dire que pour Weber, il faut vérifier, en faisant ressortir des régularités objectives, que l'interprétation du sens d'une action que l'on propose est la bonne. D'autre part, que le sens de l'action expliquée, il faut ensuite mener une analyse causale des conséquences qu'a cette action. Or ces conséquences sont, pour Weber, le plus souvent non voulues, non conformes aux intentions de l'acteur. Ainsi, la croyance religieuse calviniste, qui refuse la jouissance des biens matériels, a conduit à la production massive de biens matériels au sein du système de production capitaliste. (Ce dernier point a inspiré la théorie des effets pervers de Raymond Boudon).
Raymond Boudon]
Typologie des déterminants de l'action
Weber, dans son analyse des motifs des actions, propose sa célèbre typologie des déterminants de l'action. Pour Weber, les actions sociales ressortissent à quatre types fondamentaux : l'action peut être a) traditionnelle b) affectuelle c) rationnelle en valeur ou, enfin, d) rationnelle en finalité.
L'action traditionnelle correspond aux types d'actions quasi « reflexes », « mécaniques » qui sont le produit de l'habitude, et où le sens et les motifs constitutifs de l'action ont, pour ainsi dire, disparus par répétition. Paradoxalement, Weber, qui fait du sens, au moins relativement conscient, le déterminant de l'action, indique que ce type d'action, où le sens a disparu, est le plus courant. L'action affectuelle est le type d'acte commis sous le coup d'une émotion.
L'action rationnelle en valeur correspond aux actions par lesquelles un acteur cherche à accomplir une valeur. Cette valeur vaut, pour l'acteur, absolument : il ne se soucie pas des conséquences que peut avoir son action - seul lui importe l'accomplissement des exigences nées de la valeur qui est, pour lui, fondamentale. Un homme prêt à affronter un duel pour sauver son honneur, au prix possible de sa mort ; un capitaine de navire ne le quittant qu'en dernier lors d'un naufrage ; un chrétien prêt à se retirer de la vie dans un monastère ; sont autant d'exemples de ce type d'actions construites par la recherche de l'accomplissement d'une valeur. La spécificité de l'analyse de Weber est qu'il insiste sur le fait que si le but de ce type d'action (la valeur) est irrationnel, les moyens choisis par l'acteur ne le sont pas : c'est en cela que l'action est rationnelle en valeur.
Enfin, laction rationnelle en finalité correspond aux types d'action où l'acteur détermine rationnellement à la fois les moyens et les buts de son action. Un chef d'entreprise efficace agit en fonction de ce type de rationalité, par exemple : il ne se soucie pas des conséquences morales de ses actes (licenciements, par exemple), seul lui importe l'efficacité, déterminée rationnellement, de ses actions. Pour Weber, ce type d'action est le seul véritablement compréhensible.
La rationalisation
Weber accorde une grande importance au processus de rationalisation du monde. Pour lui, les principales civilisations du monde ont connu un processus de rationalisation, par lequel les actions et les représentations des hommes sont devenues plus systématiques et méthodiques. Toutefois, il lui semble que ce processus a atteint un stade plus avancé en Occident et, surtout, que la rationalisation y a connu une direction spécifique.
Pour Weber, le monde occidental se caractérise, en effet, par une rationalisation orientée vers l'action pratique dans le monde, c'est-à-dire par une volonté de contrôle et de domination systématique de la nature et des hommes. Au cœur de ce rationalisme de l'action pratique, se trouve le capitalisme, c'est-à-dire le système économique apparu en Occident à la fin du Moyen-Age, qui constitue, pour Weber, l'organisation économique la plus puissante et la plus rationnelle dans la production de biens matériels.
Toutefois, si le rationalisme économique est la puissance dominante au sein de ce processus de rationalisation, celui-ci affecte l'ensemble des sphères de l'action, à commencer par les actions sociales élémentaires. En effet, pour Weber, la rationalisation a pour conséquence le développement des actions de type rationnelle en finalité, où buts et moyens sont sélectionnés en fonction de leur seule efficacité -et non de leur contenu moral, par exemple. Cela tend à rendre les relations sociales à la fois impersonnelles, instrumentales et utilitaires : dans leurs relations, les acteurs ne se considèrent que comme des moyens impersonnels dans la poursuite de fins.
Fortement lié à ce processus de rationalisation, est le phénomène de désenchantement du monde : pour Weber, le monde occidental se caractérise par la disparition de la croyance en la magie et, plus largement, par l'effacement de la croyance dans l'action de Dieu dans le monde. Les événements du monde sont considérés comme le pur produit de forces physiques, dont la compréhension est, en principe, toujours accessible à l'homme. Le monde en vient ainsi à être considéré comme dépourvu de sens, étant un pur mécanisme physique sans intention. Le désenchantement du monde a comme effet une vacance du sens : la signification fondamentale du monde, de l'existence, a disparu pour l'homme moderne.
Dans son analyse du processus de rationalisation de l'Occident moderne, Weber insiste sur le fait que la transformation des dispositions mentales, ou ethos, des acteurs a joué un rôle crucial. La rationalisation de l'action naît avant tout de la modification des principes d'action (notamment éthiques) gouvernant la conduite de vie des hommes (comme le rappelle la citation de l'« Avant-propos » supra). Ainsi, dans son analyse de la naissance du capitalisme, Weber fait peu de place à la modification des moyens de production (ce qui constitue l'analyse de Marx) : pour lui, le capitalisme est principalement né de l'apparition d'une nouvelle éthique économique, trouvant son origine dans la religion protestante.
Le capitalisme
Raymond Boudon]
Article détaillé : L'émergence du capitalisme selon Max Weber
Pour Max Weber, le capitalisme moderne, c'est-à-dire le capitalisme d'entreprises fondées sur l'utilisation rationnelle du travail libre (du salariat), est apparu en Occident grâce à un ensemble de préconditions structurelles : en particulier, la présence d'une classe rationnelle que représente la bourgeoisie libre de la ville médiévale a occupé une place essentielle. Toutefois, pour Weber (en cela il s'oppose à Marx), les principales causes de l'émergence du capitalisme sont davantage éthiques et psychologiques que techniques ou économiques. Il estime ainsi que ce qui a été décisif dans la diffusion du capitalisme fut l'apparition d'une nouvelle morale économique, que Weber nomme « esprit du capitalisme ». Dans ce nouvel ethos économique, la conduite de vie des acteurs est dirigée par le principe selon lequel la finalité de l'existence est le travail dans le cadre d'une profession : le travail devient une fin en soi. C'est une fois que les acteurs eurent incorporés cet habitus, ou « esprit », nouveau que le capitalisme a trouvé sa force d'expansion fondamentale.
:« Le problème majeur de l'expansion du capitalisme moderne n'est pas celui de l'origine du capital, c'est celui du développement de l'esprit du capitalisme » (in L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme)
Weber pense que l'origine de cet esprit se trouve dans lascèse du travail dans le monde qui a été au centre du protestantisme calviniste, et plus largement puritain. En effet, dans le puritanisme, le travail est la plus haute tâche que peut accomplir l'homme pour la gloire de Dieu et, surtout, le fidèle peut trouver dans sa réussite professionelle la confirmation de son statut d'élu de Dieu. Weber estime que c'est dans la sécularisation de cette ascèse, en affinité élective avec l'« esprit du capitalisme », que le capitalisme a trouvé la force de vaincre le « monde de forces hostiles » qui s'opposait à lui.
Bibliographie
- Le savant et le politique (1919) (préface de R. Aron et traduction par J. Freund, Plon, 1959).
- L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme (1904-1905) (traduction par J. Chavy, Plon, 1964 ; nouvelle traduction par J.-P. Grossein, Gallimard 2003).
- Essai sur la théorie de la science (1904-1917) (traduction partielle par Julien Freund, Plon, 1965).
- Le judaisme antique (1920) (traduction par Freddy Raphaël, Plon, 1970)
- Économie et société (posthume 1921) (traduction du tome 1 Plon, 1971).
- La ville (extrait du tome 2 d'Économie et société, traduction par Ph. Fritsch, Aubier, 1982).
- Sociologie des religions (choix de textes et traduction par J.-P. Grossein), Gallimard, 1996.
- Confusianisme et Taoïsme (1920) (traduction par C. Colliot-Thélène et J.-P. Grossein, Gallimard, 2000).
- Hindouisme et Bouddhisme (1921) (traduction par I. Kalinowski et R. Lardinois, Flammarion, 2003).
Études sur Max Weber
Les études de qualité sur Max Weber sont rares en langue française. On retiendra :
- Raymond Aron, Les étapes de la pensée sociologique, Gallimard, 1967 (le chapitre sur Weber a veilli, mais demeure une référence historique).
- Catherine Colliot-Thélène, Max Weber et l'histoire, PUF, 1990 (Une lecture philosophique de Weber).
- Julien Freund, Sociologie de Max Weber, PUF, 1966.
- Dirk Kaesler, Max Weber. Sa vie, son oeuvre, son influence, Fayard, 1996 (Assez faible, mais offre un résumé systématique des oeuvres de Weber, ainsi qu'une bibliographie complète).
Liens externes
- J. P. Noreck, [http://www.ac-versailles.fr/PEDAGOGI/ses/themes/ecoflash/eco111.htm/ Max Weber et la rationalisation des activités sociales] (une introduction pédagogique à la thématique de la rationalisation. Quelques inexactitudes).
- M. Pollack, La place de Max Weber dans le champ intellectuel français (www.reds.msh-paris.fr/publications/revue/pdf/ds09/009-02.pdf) (une étude désormais classique).
Voir aussi
- Les contemporains : Émile Durkheim et Georg Simmel
- Les passeurs : Talcott Parsons, C. Wright Mills, Reinhard Bendix (aux Etats-Unis) ; Julien Freund et Raymond Aron (en France) ; Wolfgang Schluchter, Wilhem Hennis (en Allemagne).
- les héritiers contemporains : Pierre Bourdieu, Raymond Boudon, Jurgen Habermas, etc.
- Liste des économistes célèbres
Weber, Max
Weber, Max
Weber, Max
Weber, Max
Weber, Max
ja:マックス・ヴェーバー
ko:막스 베버
th:มักซ์ เวเบอร์
Pierre ClastresPierre Clastres, (1934-1977), est un anthropologue et ethnologue français. Il est connu pour avoir été l'un des rares anarchistes de la discipline.
On retiendra sa thèse principale : les sociétés dites "primitives" ne sont pas des sociétés qui n'auraient pas encore découvert le pouvoir et l'État, mais au contraire des sociétés construites pour éviter que le pouvoir se matérialise.
Bibliographie
- « Liberté, malencontre, innommable » dans Étienne de La Boétie, Le Discours de la servitude volontaire
- Chronique des indiens Guayaki, 1972
- La Société contre l'État, 1974
- Le Grand Parler. Mythes et chants sacrés des Indiens Guarani, 1974
- Les marxistes et leur anthropologie, 1978
- Recherches d'anthropologie politique, 1980
- Archéologie de la violence. La guerre dans les sociétés primitives.
voir aussi
- pouvoir
- État
- guerre
liens externes
- [http://increvablesanarchistes.org/articles/1968_81/clastre_pouvoirprimitif.htm un article de Pierre Clastres]
- [http://www.lepeltier.fsnet.co.uk/rn/clastres.pdf commentaire de lecture de archéologie de la violence]
- [http://www.plusloin.org/textes/clastres.pdf un long entretien pour une revue anarchiste]
Clastres Pierre
Clastres Pierre
catégorie:anarchiste
Georg Simmel
Georg Simmel, né le 1 mars 1858 à Berlin en Allemagne - mort le 28 septembre 1918 à Strasbourg, est un philosophe et sociologue.
Simmel a été une référence importante pour l'École de Chicago.
Simmel étudie la philosophie et l'histoire à l'Université Friedrich-Wilhelm de Berlin. En 1881 il devient docteur avec sa thèse « Das Wesen der Materie nach Kant's Monadologie ». Il devient Privatdozent à l'université de Berlin en 1885. Ses ouvrages ne lui attirent pas les faveurs de ses collègues de l'université de Berlin, mais suscitent l'intérêt de l'élite intellectuelle berlinoise.
Œuvres traduites en français
Aux P.U.F. :
- Sociologie et épistémologie, 1981
- Les Problèmes de la philosophie de l'histoire, 1984
- Philosophie de l'argent, 1987
- Les pauvres, 1998
- Sociologie : études sur les formes de la socialisation, 1999
Aux éditions Rivages :
- La tragédie de la culture, 1988
- Philosophie de l'amour, 1988
- Michel-Ange et Rodin, 1989
Aux éditions Circé :
- Secret et sociétés secrètes, 1991
- Le Conflit, 1992
- Rembrand, 1994
- La religion, 1998
- La philosophie du comédien, 2001
Chez d'autres éditeurs :
- Philosophie et société, Vrin, 1987
- Philosophie de la modernité 1 : la femme, la ville, l'individualisme, Payot, 1988
- Philosophie de la modernité 2 : esthétique et modernité, conflit et modernité, testament philosophique, Payot, 1990
- La parure, MSH, 1998
- Florence, Rome, Venise, Allia, 1998
- Philosophie de l'aventure, L'Arche, 2002
- Le cadre, Gallimard, 2003
- La forme de l'histoire, Gallimard, 2004
Études sur Georg Simmel
- Patrick Watier, Simmel sociologue, Circé, 2003
Simmel, Georg
Simmel, Georg
Simmel, Georg
Simmel, Georg
ja:ゲオルク・ジンメル
ko:게오르크 지멜
Nicolas Machiavel
Nicolas Machiavel (en italien Niccolò Machiavelli) est un penseur italien de la Renaissance, théoricien de la politique et de la guerre, (né le 3 mai 1469, mort le 21 juin 1527).
Le nom propre Machiavel a donné en français la naissance à deux termes : machiavélisme et ses dérivés, qui font référence à une interprétation politicienne de l’œuvre de Machiavel et machiavelien qui fait directement référence aux concepts développés par Machiavel.
Biographie
"Machiavel naquit les yeux ouverts" Q. Skinner, biographe.
Né à Florence, dans une famille noble, Nicolas Machiavel devient secrétaire de la deuxième chancellerie en 1498, et mène des missions diplomatiques, en Italie comme à l | | |