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Li Po
李白, Lǐ Bái (701-762) ou Lǐ Bó, ou encore 李太白 Lǐ Táibó, son nom de plume, est un des plus grand poètes chinois de la dynastie Tang. Il passa la plus grande partie de sa vie à voyager à travers la Chine. Influencé par la pensée taoïste, il fut sensible aux aspects fantastiques de la nature sauvage. Son œuvre exprime sa personnalité, qui refusait les contraintes. Sa vie plus ou moins légendaire inspira pièces et récits.
Voici comment le Marquis Hervey Saint-Denys, dans sa traduction de poésies de la Dynastie Tang, le présentait:
Ce nom, qui passera pour la première fois peut-être sous les yeux de ceux qui voudront bien me lire, est depuis plus de mille ans si populaire à la Chine qu'on l'y trouve partout inscrit, dans le cabinet du lettré comme dans la maison du laboureur, sur les rayons des bibliothèques ou sur les panneaux des plus pauvres murailles, sur les bronzes, sur les porcelaines et jusque sur les poteries d'un usage journalier. Il n'est point de genre que n'ait abordé le génie fécond du poète que ce nom représente, et, tandis que l'étudiant relit ses vers, le paysan redit ses chansons.
Li Taibo, que l'on appelle aussi par abréviation Li Bo, est né dans le Sichuan, l'an 701 de l'ère chrétienne. Li était son nom de famille ; Taibo, littéralement grand éclat, un surnom que sa mère lui donna dès sa naissance, parce qu'elle avait cru remarquer, dans le temps même où elle le conçut, que l'étoile brillante qui précède le lever du soleil jetait un éclat extraordinaire.
Il fit des études très fortes, obtint le grade de docteur à vingt ans, et occupait déjà le premier rang parmi les érudits et les poètes de sa province, lorsqu'il résolut de se rendre à la capitale, où la protection que l'empereur Ming Huang accordait aux lettres attirait de toutes parts les hommes de talent. La première des années dénommées Tien-pao, c'est-à-dire l'an 742 de J.-C., il prit donc la route de Tchang-ngan, sans autre protection que l'éclat de sa verve et le bruit de son nom.
La cour du monarque chinois avait son Mécène, le ministre Ho-tchi-tchang, à qui Li Taibo se fit d'abord présenter. C'était un de ces esprits heureusement doués, qui partagent leur temps entre la science et le plaisir. Exerçant auprès de l'empereur de graves fonctions qui exigeaient une assiduité constante, il aimait à trouver chez lui, au retour de l'audience, des hommes d'une conversation fine et variée, dont il sentait le charme en homme de goût. Les improvisations brillantes du nouveau venu lui inspirèrent une admiration très vive : il voulut qu'il logeât dans son propre palais, et ne tarda pas à en faire son meilleur ami. Saisissant bientôt l'occasion de vanter à l'empereur les mérites de son hôte, il lui inspira l'envie de le connaître. Ming Huang ne fut pas moins charmé que ne l'avait été son ministre, il vit dans le jeune poète une des principales gloires de son règne, et Li Taibo sut acquérir une faveur telle, que l'histoire chinoise n'en a guère de semblable à enregistrer.
Le Père Amiot consacre une assez longue notice à Li Taibo, parmi ses portraits des Chinois célèbres ; il donne plusieurs détails tirés de ses biographies qu'il me semble intéressant de lui emprunter.
« «J'ai, dans ma maison, avait dit Ho-tchi-tchang à l'empereur chinois, le plus grand poète peut-être qui ait jamais existé : Je n'ai pas osé en parler encore à Votre Majesté, à cause d'un défaut dont il paraît difficile qu'il se corrige : il aime le vin, et en boit quelquefois avec excès. Mais que ses poésies sont belles ! Jugez-en vous-même, seigneur», continua-t-il en lui mettant entre les mains quelques vers de Li Taibo.
« L'empereur lut ces vers et en fut enthousiasmé. «Je sais, dit-il, condescendre aux faiblesses de l'humanité. Amenez-moi l'auteur de ces poésies ; je veux qu'il demeure à ma Cour, dussé-je ne pas réussir dans les efforts que je tenterai pour le corriger.» »
Li Taibo fut donc présenté le jour même. Le souverain lui assigna une place parmi les lettrés de sa Cour, et prit tant de plaisir à sa conversation qu'il ne fut pas longtemps sans l'honorer de sa plus intime familiarité. Il lui donna un appartement dans celui de ses jardins nommé Theng-hiang-ting, où il allait se délasser après avoir terminé les affaires de l'Empire. Là, délivré de la gêne du cérémonial, il s'entretenait avec son sujet comme avec son égal ; il lui faisait faire des vers et surtout des couplets de chansons qu'ils chantaient ensuite ensemble ; car l'empereur aimait la musique, et Li Taibo joignait à ses autres talents celui de chanter avec grâce. Tandis que le poète composait, l'empereur poussait parfois la complaisance jusqu'à lui servir de secrétaire. Quelques courtisans voulant représenter à ce prince qu'il en faisait trop, qu'une pareille conduite pourrait l'abaisser aux yeux de ses sujets : « Tout ce que je fais pour un homme d'un aussi beau talent, leur répondit-il, ne peut que m'honorer auprès de ceux qui pensent bien ; quant aux autres, je méprise le jugement qu'ils peuvent faire de moi. »
Une infinité d'anecdotes, recueillies par la tradition, témoignent de cette faveur insigne dont Li Taibo fut en possession durant plusieurs années. L'empereur pensait même à lui conférer une charge considérable, lorsqu'il en fut empêché par des intrigues de palais, que le père Amiot raconte ainsi :
« Il y avait à la cour un eunuque appelé Kao-li-ché, qui jouissait d'une autorité très grande ; il recevait les hommages de tous les courtisans ; les ministres même étaient pour lui pleins de déférence. Le seul Li Taibo semblait ne pas s'apercevoir de son crédit, il arriva même que ce poète étant avec l'empereur dans le jardin de Theng-hiang-ting, et paraissant ne pouvoir marcher qu'avec peine, parce qu'une chaussure neuve lui tenait le pied trop à l'étroit, l'empereur lui dit de se mettre à l'aise, et ordonna à l'eunuque Kao-li-ché de le déchausser. Li Taibo se laissa faire, et l'orgueilleux eunuque en conserva la rage dans le cœur.
« L'occasion de se venger lui parut favorable, quand il apprit que Ming-hoang songeait à combler d'honneurs celui qu'il haïssait. Li Taibo avait composé quelques stances qu'on pouvait interpréter en satires contre la célèbre Yang-feï, plus connue sous son titre de Taï-tsun, et pour laquelle l'empereur avait une tendresse aveugle. L'eunuque sut exciter la colère de cette favorite et s'en faire une arme contre son ennemi. Li Taibo, de son côté, plus choqué d'être soupçonné d'avoir voulu insulter son maître que d'avoir manqué une fortune qu'il n'ambitionnait point, prit peu à peu un tel dégoût de la Cour, qu'il résolut de rompre entièrement tous les liens qui l'y attachaient. Il pria l'empereur avec tant d'instance de lui permettre de se retirer, et revint si souvent à la charge, que ce prince lui accorda enfin sa demande. Voulant toutefois lui donner des preuves de l'estime dont il l'honorait, Ming-hoang lui fit présent d'un assortiment complet de ses propres habits, faveur qu'il ne concédait que très rarement et seulement pour des services rendus à l'Empire. À ce présent honorable il joignit celui de mille onces d'or.
« Un traitement si magnifique, ajoute le père Amiot, aurait dû pénétrer celui qui le recevait de la plus vive reconnaissance ; mais Li Taibo ne prouva que trop, par la conduite qu'il tint ensuite, que les qualités du cœur, chez un grand poète, n'égalent pas toujours celles de l'esprit. À peine eut-il recouvré sa liberté qu'il se mit à parcourir au hasard toutes les provinces de l'Empire, ne s'arrêtant que dans les tavernes, et s'abandonnant sans réserve à sa passion pour le vin [Mémoires concernant les Chinois, t. V, pp. 399-403]. »
Etait-ce bien le vin qu'il aimait ? N'était-ce point plutôt l'étourdissement que procure l'ivresse ? L'oubli de cette vague inquiétude, de cette pensée de la mort qui l'obsédait sans cesse, et qu'on retrouve constamment dans ses vers ? Le mélange d'insouciance et de tristesse, qui fait le fond du caractère de Li Taibo, se rencontre très fréquemment parmi les membres de la grande famille chinoise. Il ne serait pas surprenant que cette disposition d'esprit du célèbre poète eût contribué beaucoup, pour sa part, à la vogue énorme de ses écrits.
Li Taibo menait depuis plusieurs années cette vie vagabonde, lorsqu'un grand seigneur, de ceux qu'il avait connus jadis à Tchang-ngan, parvint à le fixer près de lui. Ce seigneur devint l'un des chefs de la formidable révolte qui éclata durant les dernières années du règne de Ming-hoang, et le poète, bien que ses panégyristes l'en défendent, demeura fortement soupçonné d'avoir pris part à la conjuration, Il fut emprisonné ; sa complicité, apparente ou réelle, lui aurait peut-être coûté la vie, si le prestige de son nom ne l'eût mis à l'abri de tout danger. Les portes de sa prison s'ouvrirent ; on le rappela même à la Cour, et il se disposait à s'y rendre, quand la mort le surprit dans la soixante et unième année de son âge, l'an de l'ère chrétienne 763.
Comment finit le poète favori de la nation chinoise ? Les biographes sont loin de s'accorder à ce sujet. Les uns le font mourir d'une rapide maladie, dans la maison de l'un de ses neveux appelé Yang-ping, qui habitait le Kiang-nan ; ils disent qu'il fut enterré sur le versant d'une montagne, près de la ville de Thang-tou. D'autres veulent qu'il ait péri victime de l'ivresse, cette passion dont il ne sut jamais se guérir : ils racontent qu'il traversait la province de Kiang-nan, par la voie des canaux et des rivières, lorsque ayant essayé de se tenir debout sur l'un des côtés de sa barque, après avoir bu plus que de raison, il ne fut pas assez ferme sur ses pieds, tomba dans l'eau et se noya. Cette dernière version paraît avoir inspiré la légende qu'a traduite M. Th. Pavie et qui s'exprime ainsi :
« La lune, cette nuit-là, brillait comme en plein jour ; Li Taibo soupait sur le fleuve, lorsque tout à coup, au sein des airs, retentit un concert de voix harmonieuses qui peu à peu s'approchèrent du bateau. Il s'éleva aussitôt un grand tourbillon au milieu des eaux : c'était des baleines qui se dressaient, en agitant leurs nageoires ; et deux jeunes immortels, portant à la main des étendards pour indiquer la route, arrivèrent en face de Li Taibo. Ils venaient, de la part du Maître des cieux, l'inviter à retourner prendre sa place dans les régions supérieures. Les gens de l'équipage virent le poète s'éloigner assis sur le dos d'une baleine ; les voix harmonieuses guidaient le cortège... bientôt tout disparut à la fois dans les nues [Contes et Nouvelles, traduits du chinois par Th. Pavie]. »
L'admiration des Chinois a été jusqu'à élever un temple à celui qu'ils appellent le Grand Docteur, le Prince de la poésie, l'Immortel qui aimait à boire.
Du Fu, le seul rival de Li Taibo, le regardait lui-même comme son maître. Un lettré fameux, qui a commenté les œuvres complètes de ces deux hommes célèbres, termine pourtant ainsi son appréciation de leurs mérites respectifs : « Il ne faut point discuter sur la question de savoir lequel de Li Taibo ou de Du Fu est supérieur à l'autre. Ils ont chacun leur manière. Quand deux aigles prennent leur essor vers les régions les plus élevées, et qu'ils volent chacun dans une direction différente, il serait impossible de dire lequel des deux s'est élevé le plus haut. »
Voir aussi
- [http://afpc.asso.fr/wengu/Tang/Li_Bai.php Poésies de Li Bai traduites en français]
Catégorie:Écrivain chinois
Catégorie:Poète chinois
ja:李白
th:หลี่ไป๋
Liste d'auteurs chinois Antiquité, dynasties Qin, Han et suiv.
- 屈原 Qu Yuan (340 ? -278 ? avant J.-C.)
- 宋玉 Song Yu (IIIe s. avant J.-C.)
- 司馬遷 Sima Qian (145- ? avant J.-C.)
- 司馬相如 Sima Xiangru (179-117 av. J.-C.)
- 班固 Ban Gu (32-92)
- 張衡 Zhang Heng (78-139)
- 曹操 Cao Cao (155-220)
- 曹丕 Cao Pi (187-226)
- 曹植 Cao Zhi (192-232)
- 嵇康 Xi Kang (223-262)
- 陸機 Lu Ji (261-303)
- 陶淵明 Tao Yuanming (365 ou 372-427)
- 謝靈運 Xie Lingyun (385-422)
- 劉勰 Liu Xie (? -520 ?)
Dynasties des Tang et suiv.
- 寒山 Hanshan (680 ?-793 ?)
- 孟浩然 Meng Haoran (689 ou 691-740)
- 王維 Wang Wei (701-761)
- 李白 Li Bai (701-762)
- 杜甫 Du Fu (712-770)
- 韓愈 Han Yu (768-824)
- 白居易 Bai Juyi (772-846)
- 柳宗元 Liu Zongyuan (773-819)
- 元稹 Yuan Zhen (779-831)
- 李賀 Li He (791-817)
- 杜牧 Du Mu (803-852)
- 李商隱 Li Shangyin (812-858)
- 李煜 Li Yu (937-978)
- Wang Bo, Yang Jiong, Chen Ziang, Luo Binwang, Song Zhiwen, Gao Shi, Chang Jien, Jiao Ran, Wei Yingwu, Wang Changlin, Cen Can, Zhang Ji.
Dynastie Song et suiv.
- 柳永 Liu Yong (XIe s.)
- 歐陽修 Ouyang Xiu (1007-1072)
- 王安石 Wang Anshi (1021-1086)
- 蘇軾 Su Shi (1036-1101)
- 黄庭堅 Huang Tingjian (1045-1105)
- 李清照 Li Qingzhao (1084-1151 ?)
- 陸游 Lu You (1125-1210)
- 辛棄疾 Xin Qiji (1140-1207)
- 文天祥 Wen Tianxiang (1236-1282)
- 漢卿 Guan Hanqing (XIIIe s.)
- 馬致遠 Ma Zhiyuan (1226 ?-1285 ?)
- 王實甫 Wang Shifu (fin XIIIe - début XIVe s.)
- 白朴 Bai Pu (XIIIe s.)
- 施耐庵 Shi Nai'an (1296 ?-1370 ?)
- 羅貫中 Luo Guanzhong (1330 ?-1400 ?)
Dynastie des Ming
- 承恩 Wu Cheng'en (1500 ?-1582 ?)
- 湯顯祖 Tang Xianzu (1550-1616)
- 袁宏道 Yuan Hongdao (1568-1610)
- 馮夢龍 Feng Menglong (1574-1645)
- 凌濛初 Ling Mengchu (1580-1644)
- 金聖嘆 Jin Shengtan (? -1661)
Dynastie des Qing
- 李笠翁 Li Liweng (1611-1679 ?)
- 蒲松齡 Pu Songling (1640-1715)
- 吳敬梓 Wu Jingzi (1698-1779)
- 袁枚 Yuan Mei (1716-1797)
- 曹雪芹 Cao Xueqin (? -1763 ?)
- 遵憲 Huang Zunxian (1848-1905)
- 林紓 Lin Shu (1852-1924)
Période moderne
- 嚴復 Yan Fu (1853-1924)
- 劉鶚 Liu E (1857-1909)
- 王國維 Wang Guowei (1877-1927)
- 蘇曼殊 Su Manshu (1894-1918)
- 魯迅 Lu Xun (1881-1936)
- 許地山 Xu Dishan (1893-1941)
- 茅盾 Mao Dun (1896-1981)
- 徐志摩 Xu Zhimo (1896-1936)
- 郁達夫 Yu Dafu (1896-1945)
- 郭沫若 Guo Moruo (1892-1978)
- 老舍 Lao She (1897-1966)
- 朱自清 Zhu Ziqing (1898-1948)
- 田漢 Tian Han (1898-1968)
- 聞一多 Wen Yiduo (1899-1946)
- 巴金 Ba Jin (1905- )
- 沈從文 Shen Congwen (1902-1988)
- 曹禺 Cao Yu (1905- )
- 穆時英 Mu Shiying (1912-1940)
- 王朔 Wang Shuo (1958- )
- 棉棉 Mian Mian (1970- )
- 周卫慧 Zhou Weihui (1973- )
- 木子美 Mu Zimei (1978- )
- 徐星 Xu Xing (1956- )
- 赵波 Zhao Bo (1971- )
- 朱文颖 Zhu Wenying (1970- )
- 魏微 Wei Wei (1970- )
- 周潔茹 Zhou Jieru (1976- )
- 林白 Linbai (1958- )
- 九丹 Jiudan (1968- )
- 格子 Gezi
- 朱冰 Zhu Bing (1964- )
- 王安忆 Wang Anyi (1954- )
- 刘震云 Liu Zhenyun (1958- )
Voir aussi
- Liste d'œuvres littéraires chinoises
-
Auteurs chinois, liste d'
Dynastie Tang
leftLa dynastie Tang (T'ang en transcription EFEO et Wade-Giles, Ten quelquefois) est la treizième dynastie chinoise, qui régna de 618 à 907.
Cette période inclut la brève dynastie Zhou de Wu Zetian (690-705).
=Introduction=
Treizième dynastie chinoise, les Tang (唐朝 Ten ou T'ang) ont régné de 618 à 907. Au lendemain d'une longue division entre le Nord et le Sud, cette dynastie fait retrouver à l'empire une taille et une unité qu'il avait perdu après les Han. Il brilla par son extension territoriale, sa civilisation pleine de vigueur et son large rayonnement.
Les deux grands bâtisseurs du Nouvel Empire, Wen-ti (Wendi) des Sui et Li Che-min (Li Shimin), des Tang, étaient tous deux originaires du Nord, longtemps dominé par les Barbares. Les populations nomades avaient été finalement assimilées; cependant, elles avaient transmis aux Chinois une part importante de leur civilisation, à commencer par les usages de la vie quotidienne, la musique, les divertissements. La chasse, le cheval, et l'escrime complétèrent désormais la vie du lettré, lequel avait partiellement oublié ses préjugés contre la caste militaire et les marchands. Les Tang se voulaient pourtant chinois, depuis le gouvernement, copié sur celui des Han, jusqu'à la culture, avec la réaction classiciste en littérature. Ils avaient conscience d'être le deuxième grand empire. Vainqueur des Sui, Li Che-min (Li Shimin) confia le pouvoir à son père Kao-tsou (Gaozu, 618-626). Les nouveaux maîtres de la Chine reprirent l'œuvre de Sui Wendi en procédant à une vaste réforme agraire, dont le principe de base était qu'aucune terre ne pouvait être donnée en fermage. Cependant, les cas d'exemption (fonctionnaires, monastères) étaient si nombreux que la loi ne put empêcher la «disparition des paysans».
= Principales périodes=
En 618, Gaozu, (nom d'orgine Li Yuan) prit donc le pouvoir et une nouvelle ère de prospérité commença. Le Bouddhisme, qui s'était lentement introduit en Chine au premier siècle, devint la religion prédominante et fut largement adopté par la famille royale. On estime que Chang'an (l'actuelle Xi'an), la capitale de l'époque, était alors la plus grande ville du monde.
Sur le plan administratif, une importante novation consista à confier les provinces à des gouverneurs militaires (ce sera, à longue échéance, la perte de la dynastie). Le gouvernement central, copié sur celui des Han, fut perfectionné par la création de sections techniques confiées à des experts plutôt qu'à des lettrés. Le bon fonctionnement du système permit une augmentation sans précédent du budget de l'État: la population atteignit le chiffre de cinquante millions d'habitants (dont deux millions pour la capitale)
Un conflit avait opposé Li Shimin à un de ses frères qui tenta de le tuer, mais finalement c'est Li Shimin qui le tua.
En 626, Li Shimin poussa son père à abdiquer et monta sur le trône sous le nom de Taizong. Son premier souci fut d'asseoir la puissance chinoise en Asie, tant par les armes que par la diplomatie. Il obtint en particulier l'alliance des Turcs Ouïgours. En 648, la domination chinoise fut de nouveau effective au Xinjiang.
Gaozong consacra son règne à consolider l'œuvre de son père. Grâce à ses frontières bien protégées, à son administration, à ses routes, à ses canaux, l'Empire connut alors une prospérité générale. De nombreux étrangers convergeaient par terre et par mer, apportant avec eux les produits du monde entier, tandis que la langue chinoise devenait un moyen de communication universel dans tous les milieux cultivés de l'Asie orientale. Dès les dernières années du règne se manifesta cependant un déclin que plus rien ne devait freiner, marqué par l'usurpation du pouvoir par l'impératrice Wu Zetian à qui Gaozong avait progressivement abandonné son pouvoir de décision politique.
Impératrice douairière à partir de 683, elle déposa son fils et se proclama "empereur" de la brève dynastie Zhou (690-705) en 690. Elle mena la politique de la gentilhommerie chinoise, son alliée, mécontente de la politique turcophile de la cour et inféodée au clergé bouddhiste. Économiquement tout-puissant, ce dernier transformait les monastères en banques de dépôt et faussait le jeu monétaire en fondant l'argent des offrandes pour le thésauriser sous forme de statues. La politique de Wu Zetian fut poursuivie par l'impératrice Wei.
En 705 Wu Zetian abdique en faveur d'un de ses fils, Zhongzong, auquel succéda son frère Ruizong.
Pour recouvrer un certain équilibre, la réaction le porta sur le trône. C'était un grand protecteur des arts, mais un souverain faible, bientôt manipulé par un entourage sans scrupule, dont l'âme était la belle concubine Yang Guifei.
Les guerres civiles
- Un des membres de l'entourage de Xuanzong, le général An Lushan, avait su exagérer les risques d'une invasion barbare pour se faire confier une armée considérable, avec laquelle il marcha sur la capitale.
- En fuite, l'empereur abdiqua au profit de son fils Suzong (756-762), qui défit l'usurpateur avec l'aide de la cavalerie ouïgoure, mais la Chine ne devait pas se remettre de cette guerre civile qui coûta la vie à un tiers de la population. Quant aux alliés turcs, conscients d'être indispensables, ils se conduisaient en maîtres dans la capitale, où ils exigeaient de leurs chevaux un prix exorbitant. Dans les provinces, les gouverneurs cessèrent d'acheminer l'impôt et transmirent leur charge à leurs fils. Pour sauver la situation, le gouvernement décida en 845 d'interdire les religions étrangères. Il ne s'agissait pas de prendre une mesure antireligieuse, mais de récupérer l'argent des étrangers, placé dans les monastères bouddhiques, dans les temples mazdéens, les mosquées, etc. Cette manœuvre audacieuse n'intervint d'ailleurs qu'après l'écrasement des dangereux alliés ouïgours par les Turcs Chat'o.
Fin de la dynastie
La dynastie vivait ses derniers jours: le fut jalonné de révoltes paysannes réprimées dans le sang; au cours de la plus importante, qui dura six ans (874-880), eut lieu la prise de Canton, avec le massacre de cent vingt mille étrangers. La capitale fut sauvée in extremis grâce à l'aide des Turcs, mais la dynastie des Tang devait néanmoins sombrer en 907 dans le désordre général. La Chine allait connaître alors un nouveau morcellement (période des Cinq Dynasties) jusqu'à l'arrivée des Song.
=Art et culture=
La dynastie Tang a consacré l'age d'or de l'art et la littérature chinoise
Rayonnement culturel
A l'instar de l'économie prospère des Tang, la culture Tang était une des plus brillantes de son époque, et entretint de nombreuses relations avec d'autres pays. De nombreux étudiants en provenance de Corée et du Japon sont venus en Chine durant cette période, ou la pensée chinoise s'est fortement ancrée dans ces pays considérés par la suite "de culture confucéenne". Etant donné les bonnes relations entretenues avec le monde arabe, le jade, le poivre et l'Islam ont pénétré en Chine. Pres de la moitié des fresques et sculptures de Dunhuang ont été réalisés sous la dynastie Tang.
Etant donné la relative tolérance de l'empereur Taizong, le bouddhisme et le taoïsme connurent sous les Tang un grand essor. Une entreprise de traduction des classiques bouddhiques de grande envergure commença alors, et popularisa ou approfondit les nombreuses écoles bouddhiques en provenance d'Inde, dont l'école chan, plus connue sous le nom d'école zen qui fut transmise au Japon durant cette période. L'Islam et le christianisme nestorien pénétrèrent en Chine à cette époque.
L'age d'or de la littérature chinoise
La partie la plus fascinante de la littérature Tang se trouve dans sa poésie : a l'aube des Tang, Li Bai, Du Bo, Wang Wei, puis Li Jia, Han Yu, Bai Juyi au milieu de la dynastie, et enfin Li Shangwen et Du Mu vers la fin sont quelques-uns des poètes les plus connus. Aux styles riches et variés, la poésie Tang a puisé dans le vaste répertoire de légendes chinoises, tout en gardant un sens des détails de la vie quotidienne. Le respect de la métrique et des références a la poésie antique donnent a la poésie Tang une envergure jamais égalée par les Song, les Ming ou les Qing qui leur firent suite.
Les Tang poursuivirent et enrichirent la tradition du roman fantastique hérité des Six Dynasties, tout en donnant au roman une intégrité narrative et un ancrage dans les réalités sociales de la vie. Ces œuvres donnerent par la suite leurs fondements au conte sous les Song et au roman sous les Qing.
Peinture
La peinture de paysages (山水 shanshui, "montagne et eau" en chinois) commença sous les Tang et constitua le thème majeur de la peinture, où la pensée bouddhiste affère visiblement. Wu Daozi (Wu Tao-Tzu, 680-740), est connu pour la légende qui le voit entrer et disparaître dans sa propre peinture. Dérivé des techniques de calligraphie chinoise, la peinture de paysages chinoises, support de riches réminiscences philosophiques et cosmologiques, est un des accomplissements picturaux chinois les plus originaux.
Musique
Le premier corpus musicologique chinois richement documenté concerne le qin de la dynastie Tang, quoique son usage remonte aussi loin que les Han.
Des fouilles de la fin du ont révélé, dans une tombe intacte, un grand nombre d'instrument de musique (dont un ensemble spectaculaire de cloches de concert), mais aussi des tablettes avec instructions de jeu et des partitions pour orchestres.
Opéra
L'apparition de l'opéra chinois est généralement attribuée à l'empereur Xuanzong (712-755), qui a fondé le "jardin des Poires" (梨园 li yuan), la première troupe d'opéra connue en Chine.
=Repères=
Chronologie de la période Tang (618-907)
630-700 Expansion en Asie centrale, Mongolie, Corée
692 Développement du système des examens
751 Victoire des Arabes à Talas (près d'Alma-Ata)
764 Premiers impôts sur les récoltes
806-820 Premiers billets à ordre
868 Premier livre imprimé
902-960 Morcellement de l'Empire : les Cinq Dynasties (Liang postérieurs, Tang postérieurs, Jin postérieurs, Han postérieurs, Zhou postérieurs) et les Dix Royaumes (907-979) vont succéder aux Tang.
Empereurs de la dynastie Tang
La dynastie Tang compta 20 empereurs, dont la succession s'interrompt brièvement en 690 pour faire place à Wu Zetian de la dynastie Zhou, la seule femme de l'histoire chinoise à s'être proclamée "empereur" au lieu de se contenter du titre d'impératrice douairière.
Empereurs de la première période Tang
1. Gaozu (Li Yuan) (618-626)
2. Taizong (Li Shimin) (626-649)
3. Gaozong (Li Zhi) (649-683)
Impératrice de la Dynastie Zhou
# Wu Zetian (Shengshen) (690-705)
Empereurs de la seconde période Tang
4. Zhongzong (Li Xian) (684-684) et (705-710)
5. Ruizong (Li Dan) (684-690) et (710-712)
6. Xuanzong (Li Longji) (712-756)
7. Suzong (Li Heng) (756-762)
8. Daizong (Li Yu) (762-779)
9. Dezong (Li Kuo) (779-805)
10. Shunzong (Li Song) (805-805)
11. Xianzong (Li Chun) (805-820)
12. Muzong (Li Heng) (820-824)
13. Jingzong (Li Zhan) (824-826)
14. Wenzong (Li Ang) (826-840)
15. Wuzong (Li Yan) (840-846)
16. Xuanzong (Li Zhen) (846-859)
17. Yizong (Li Cui) (859-873)
18. Xizong (Li Yan) (873-888)
19. Zhaozong (Li Ye) (888-904)
20. Aizong (Li Zhu) (904-907), abdique
Tang
ja:唐
ko:당나라
Livres ayant pour cadre la dynastie Tang
Les enquêtes du juge Ti, du Hollandais Robert van Gulik (1910-1967), font revivre l'époque glorieuse des Tang à l'occasion d'intrigues policières dont le héros, le juge Ti (630-700), a réellement existé et termina sa carrière comme ministre de l'impératrice Wu.
Le type du roman policier chinois a été repris par Frédéric Lenormand, qui a publié plusieurs "nouvelles enquêtes du juge Ti" très documentées sur la société chinoise des Tang.
Taoïste
Le taoïsme (道教 pinyin : dào jiào, littéralement : la religion, ou l'école, de la voie) est à la fois une philosophie et une religion chinoise.
Plongeant ses racines dans les profondeurs de la culture chinoise ancienne, ce courant de pensée multiforme a imprégné l'art, la philosophie et la spiritualité de l'Extrême-Orient. On en trouve des avatars bouddhiques dans le Chan (Zen en japonais), des variantes médicales, politiques, esthétiques, on le retrouve dans les arts martiaux et il résonne encore aujourd'hui jusqu'en Occident, en particulier avec des thèmes comme l'écologie et le développement personnel.
Origine
Son noyau le plus sûr est constitué par le « Canon taoïste », ensemble de trois livres écrits ou compilés peu de siècles avant Jésus-Christ :
- Le Dao De Jing (ou Tao Te Ching, Livre de la Voie et de sa Vertu), attribué au père fondateur du courant : Lao Zi (Lao-tseu). Ce court recueil d'aphorismes obscurs et poétiques est reconnu comme l'un des textes spirituels majeurs de l'humanité.Ses très nombreuses traductions et interprétations, parfois fort divergentes, illustrent la richesse et la fluidité insaisissable de la pensée taoïste. Bien qu'il soit délicat d'énoncer avec clarté et objectivité l'enseignement de Lao Zi, la lecture du Dao De Jing permet de découvrir les principaux thèmes du taoïsme et offre une riche matière à la méditation.
- Le livre de Zhuang Zi (Tchouang-tseu), plus développé, est en grande partie l'œuvre directe d'un des auteurs les plus révérés de la Chine. Sous forme de fables, d'envolées métaphysiques ou de dialogues philosophiques, il propose un individualisme raisonné et une vie détachée d'esthète. Ce fut le livre de chevet de nombreux artistes et sa lecture devint souvent un refuge pour des générations de fonctionnaires-lettrés (les mandarins) en butte aux difficultés de la vie sociale.
- Le Vrai Classique du vide parfait, attribué à Lie Zi, est une collection d'anecdotes et de fables dont la plupart sont inspirées par le taoïsme de Zhuang Zi. On y retrouve l'intensité des débats philosophiques de l'époque.
À l'époque durant laquelle ces deux philosophes auraient vécu (si tant est qu'ils aient effectivement existé), existait une catégorie d'hommes de savoir aussi mentionnés par Zhuangzi, trop vite oubliés mais qui ont pourtant joué un rôle essentiel dans la formation du taoïsme et de ses pratiques. Ce sont les êtres « aux pouvoirs extraordinaires » qui pratiquaient des exercices gymniques et respiratoires qui sont sans aucun doute à l'origine des exercices de Daoyin tels qu'ils sont encore pratiqués aujourd'hui (sous une forme altérée).
C'est la période des « spécialistes » (Fangshi), provenant d'un chamanisme très ancien, et des « immortels » (Xian), figures de légende qui ont enflammé l'imagination d'adeptes et d'empereurs durant des siècles. Ce sont ces mêmes personnages dont on sait si peu (l'écriture ne sera généralisée que bien plus tard) qui sont aussi à l'origine des ermites chinois, qu'ils soient taoïstes ou bouddhistes, souvent en marge de toutes les doctrines, et qui ont joué un rôle essentiel dans le développement des techniques de longévité.
La philosophie de Lao Zi (Dao De Jing) et de Zhuangzi (Nanhua Zhenjing) des Royaumes Combattants s'est progressivement mêlée aux idées cosmogoniques des écoles du Yin-Yang et des Cinq Eléments pour donner un mouvement « d'idées taoïstes » qui mettaient en avant la pensée de Lao Zi et l'idéal de Huáng Dì le souverain Jaune légendaire. Ce courant fut connu sous les Han sous le nom de Huanglao, formé du début du nom des deux personnages centraux et déifiés : Huáng Dì et Lao Zi. Plutôt que le premier mouvement à caractère religieux, comme il a parfois été présenté, Huanglao est un trait de culture qui est aujourd'hui assimilée à la culture taoïste, alors seulement en formation.
souverain Jaune
Durant la même période, le premier vrai mouvement religieux du nom de Taiping Dao (la Voie de la Grande Paix) fut créé par Zhang Jue à partir de la culture Huanglao. Il fut suivi par l'école Wudoumi Dao (des Cinq Boisseaux de Riz) fondé par Zhang Daoling, figure aujourd'hui légendaire. Ce dernier courant était organisé autour d'un personnage central « céleste » qui, comme l'empereur, régnait sur une cohorte d'adeptes en suivant le modèle de Laozi. Ces derniers devaient payer un tribut (cinq boisseaux de riz) pour faire partie de la communauté dont les pratiques étaient centrées autour des démons et des maladies dont les adeptes devaient se guérir à l'aide de rituels et de talismans. Cette école sera plus tard appelée Tianshi Dao (l'école des Maîtres Célestes) et chaque « maître céleste » sera issu (mais pas toujours) de la même famille Zhang, jusqu'à nos jours dont le représentant actuel se trouve à Taïwan. Parallèlement à cette école, religieuse selon nos critères occidentaux, se développa à partir des Fangshi les pratiques alchimiques qui marquèrent un tournant dans la vie des premiers adeptes taoïstes. Il s'agissait d'obtenir l'immortalité physique par l'ascèse d'une part et par l'ingestion de produits minéraux et végétaux hautement toxiques, pour former dans le corps un « élixir » (Tian) ou une « pilule d'immortalité » faite d'or à partir de cinabre. Ce courant, très en vue sous les Tang, fut appelé Jindan (Pilule d'Or ou Elixir d'Or) et il constitua les premisses de la chimie. Peu de temps après, sous les Song, ce nom désigna des pratiques aussi bien "externes" (ingestion de minéraux), qu'internes (gymniques, méditatives, respiratoires) ou sexuelles. Il fut progressivement remplacé sous les Song par des techniques presqu'exclusivement internes et fut connu sous le nom de Neidan (Elixir Interne), pour se différencier du précédent, et dont est issue l'appellation « d'alchimie interne ». On y développa les centres énergétiques appelés « Champs de Cinabre » (Dantian) de la libre circulation du Qi (énergie vitale / souffle vital) dans le corps et des techniques méditatives.
Il y eu plusieurs écoles taoïstes au fil du temps, mais les deux prépondérantes dès les dynasties Jin et Yuan ( et s) furent l'école des Maîtres Célestes (appelée aussi Zhengyi, Unité Orthodoxe) et l'école de la Complétude de l'Authentique (Quanzhen Dao). Cette dernière est la fusion de deux courants alchimiques (comprendre ascétiques) : l'école du nord qui fut fondée dans le Shaanxi sous les Jin par l'excentrique Wang Chongyang sur les bases de la tradition alchimique (interne, Neidan) de la tradition dite de Zhonglü (du nom des deux patriarches « immortels » Zhong Liquan et Lü Dongbin), du bouddhisme Chan et de la bienveillance confucéenne ; l'école du sud de Zhang Boduan des Song fondée dans le Sichuan mais très active au sud du Changjiang. Il existe donc aujourd'hui deux courants, l'un plutôt ritualiste et séculier, l'autre plutôt ascétique centré autour de communautés de type bouddhique.
Dans la Chine impériale, deux courants principaux se partagent l'héritage de ces écrits. Le taoïsme populaire est une forme de religion, avec ses prêtres, ses rites, son aspiration à l'immortalité de l'âme ou du corps, son bestiaire fabuleux, ses saints et ses sectes. Concurrencé par l'arrivée du bouddhisme, il s'est renouvelé pour survivre en lui empruntant, tout comme le bouddhisme s'est fortement teinté de taoïsme en s'introduisant en Chine. Le syncrétisme chinois a permis aux « trois religions » (confucianisme, taoïsme, bouddhisme) de cohabiter, d'échanger, et aussi d'éviter la plupart du temps les guerres de religions, transformées en luttes d'influence auprès de l'empereur. Parallèlement à la religion taoïste, un courant nommé en Occident « Taoïsme philosophique » a cherché à contre-balancer dans le cœur des lettrés l'hégémonie du confucianisme, qui fut promu très tôt orthodoxie officielle et qui a dominé la pensée chinoise jusqu'à nos jours, presque sans interruptions, parfois au détriment de la diversité.
Principaux traits
S'étant souvent défini par rapport à son rival confucianiste, le courant de pensée taoïste peut s'éclairer par comparaison avec ce dernier. Cependant, ces deux courants de pensée partagent l'héritage du fond culturel chinois, qui est beaucoup plus important que ce qui les sépare, et sont ainsi plus complémentaires qu'antagonistes. Les lettrés chinois les ont le plus souvent perçus comme deux moyens différents d'arriver au même but : la sagesse. Chacun est efficace dans son domaine, et on peut très bien, comme le dit l'adage, être « confucianiste le jour et taoïste la nuit ».
Suivre la Voie
confucianisme
La recherche de la sagesse en Chine se fonde principalement sur l'harmonie. L'harmonie, pour les taoïstes, se trouve en plaçant son cœur (et son esprit, le caractère chinois du cœur désigne les deux entités) dans la Voie (le Tao), c'est-à-dire dans la même voie que la nature. En retournant à l'authenticité primordiale et naturelle, en imitant la passivité féconde de la nature qui produit spontanément les « dix mille êtres », l'homme peut se libérer des contraintes et son esprit peut « chevaucher les nuages ». Pronant une sorte de quiétisme naturaliste (Granet), le taoïsme est un idéal d'insouciance, de spontanéïté, de liberté individuelle, de refus des rigueurs de la vie sociale et de communion extatique avec les forces cosmiques. Ce taoïsme des grandes chevauchées mystiques a servi de refuge aux lettrés marginaux, ou marginalisés par un bannissement aux marches de l'Empire, aux poètes oubliés, aux peintres reclus... et fascine aujourd'hui bien des Occidentaux.
Pour se libérer des contraintes sociales, le taoïste peut fuir la ville et se retirer dans les montagnes, ou vivre en paysan. Dans les Entretiens de Confucius, on trouve déjà cette opposition très chinoise entre d'une part ceux qui assument la vie en société et cherchent à l'améliorer (les confucianistes) et, d'autre part, ceux qui considèrent qu'il est impossible et dangereux d'améliorer la société, qui n'est qu'un cadre artificiel empêchant le naturel de s'exprimer (les taoïstes). Cette dialectique est celle de lengagement, qui divise encore les milieux littéraires dans le monde. Quelques images de Zhuang Zi l'éclairent commodément : un arbre tordu, dont le menuisier ne peut faire de planches, vivra de sa belle vie au bord du chemin, tandis qu'un arbre bien droit sera coupé en planches puis vendu par le bûcheron. L'inutilité est garante de sérénité, de longue vie. De même l'occupant d'une barque se fera insulter copieusement s'il vient gêner un gros bateau, mais, si la barque est vide, le gros bateau s'arrangera simplement pour l'éviter. Il convient donc d'être inutile, vide, sans qualités, transparent, de « vomir son intelligence », de n'avoir pas d'idée préconçues et le moins d'opinions possible. Ayant fait le vide en soi, le sage est entièrement disponible et se laisse emporter comme une feuille morte dans le courant de la vie, c'est-à-dire : librement « s'ébattre dans la Voie ».
Plénitude du vide et autres paradoxes
Entretiens de Confucius
C'est le vide du moyeu, le vide dans la jarre, le vide des portes et fenêtres qui donnent leur utilité à la roue, aux récipients, aux maisons, nous explique Lao Zi (DDJ XI). C'est la partie Yin, le fond obscur des vallées, le sexe féminin qui ont le pouvoir de créer, de multiplier les êtres (DDJ VI). Dans ce vide qui n'est pas le vide théorique des physiciens, se trouvent en germe toutes les possibilités de l'existence. En faisant le vide en soi, les pensées limpides peuvent circuler. C'est grâce au « blanc » du papier que les traits du pinceau peuvent recréer avec grâce et sincérité des montagnes, des rivières, des arbres ou des bambous. Cette fécondité du vide est au cœur du Dao De Jing et de toute la pensée taoïste.
L'inutilité sociale, l'absence de qualités effectives qui est présence en puissance de toutes les qualités possibles, la vacuité d'un cœur libéré de tout soucis mondains, sont les aspirations les plus courantes de la voie taoïste. On peut se retirer du monde pour s'en approcher, mais ce n'est ni nécessaire ni suffisant. Pour réaliser cette libération, pour « trouver la Voie », un des moyens possible est l'utilisation des paradoxes. Ils sont très nombreux dans le Dao De Jing et frisent souvent la provocation : c'est sans sortir de chez soi qu'on connaît le monde, c'est en ne sachant pas qu'on sait, c'est quand on agit le moins que son action est la plus efficace, etc. Le but de ces paradoxes est de briser la pensée conventionnelle, de détacher des liens logiques, voire de casser les significations des mots et d'inverser leurs valeurs.
Il faut éviter de rapprocher le taoïsme philosophique du subjectivisme, car le sujet pensant (le je), loin d'être placés au centre de perspective du monde, est considéré comme une ultime contrainte faisant écran avec la Nature et la spontanéïté. Le taoïsme n'est pas non plus un relativisme intégral : seules les valeurs sociales sont rejetées comme artificielles et les valeurs propres à la vie sont recherchées, ainsi la souplesse, l'agilité, la disponibilité, la fertilité.
Prenant souvent à contre-pied une pensée confucianiste déjà instituée en doctrine rigide, les penseurs taoïstes se sont moqués allégrement de certains dogmes de leurs adversaires. Ils ont surtout cherché à dépasser des débats parfois trop terre-à-terre à leur goûts, et énoncent dans ce but un certain nombre de paradoxes qui inversent les priorités ou bien vont à l'encontre du sens commun, ainsi : la faiblesse est plus forte que la force, la stupidité marque l'intelligence suprême, ou la civilisation est une décadence.
La civilisation comme maladie
Alors que la plupart des personnages de la mythologie chinoise sont des héros civilisateurs, qui ont donné aux hommes des inventions telles que l'agriculture, l'irrigation, la médecine ou l'écriture, le taoïsme s'oppose radicalement à l'invention et à la technique, ce trait proprement humain. Pour l'illustrer, une parabole de Zhuang Zi met en scène un paysan taoïste qui, bien que connaissant l'usage du chadouf (qui lui économiserait beaucoup de temps et d'énergie pour arroser ses champs), aurait « honte de s'en servir » parce que cette technique artificielle va à l'encontre de la nature. Allant dans le même sens, un paragraphe du Dao De Jing (DDJ CXXX) propose un « retour aux cordes nouées » (ancêtres des systèmes d'écriture). Ce même texte va plus loin : des villageois ne rencontrent pas de toute leur vie les villageois du hameau qui est à portée de vue. Si l'on suit cet enseignement, la société proposée par Lao Zi comme idéal de simplicité est une constellation de villages autonomes sans liens entre eux et des humains sans curiosité ni pour les outils permettant de leur faciliter la vie, ni même pour le monde extérieur.
On oublie souvent que le Dao De Jing est aussi un livre écrit à l'usage du Prince, un recueil de maximes de gouvernement, dont la plupart sont radicalement incompatibles avec les idées de progrès social et de démocratie. Ainsi Lao Zi propose explicitement qu'on rende le peuple ignare, qu'on ne lui explique jamais les mécanismes du pouvoir auxquels il est soumis, qu'on le traite comme ces « chiens de paille » brûlés lors des sacrifices. Éduquer le peuple, c'est créer les conditions du chaos social, nous dit-il. En cela l'opposition avec les idées de Confucius, cet éducateur inlassable, cet activiste impénitent, est des plus marquées. Faute de contexte historique suffisant, on peut difficilement rendre compte de la doctrine politique de Lao Zi, ni même si elle existait vraiment, mais il ne faut pas oublier qu'on s'est parfois servi de quelques-uns de ses aphorismes pour justifier le totalitarisme en Chine et ailleurs.
Divinités taoïstes
- Dieu taoïste ;
- Bei Di (北帝), l'empereur du Nord ;
- Nüwa (chinois traditionnel : 女媧; chinois simplifié : 女娲, Pinyin : nǚwā), créatrice de l'humanité ;
- Pangu (盤古;pinyin : pán gǔ) ;
- Yu Huang (玉皇 Pinyin: Yù Huáng or 玉帝 Yù Dì), l'Empereur de Jade.
Laissez-faire
Yu Huang]
Une autre idée politique souvent mise en avant dans le Dao De Jing est celle du « laissez-faire ». Si on « laisse faire » la nature et ses dix mille êtres, ils croissent et se multiplient. Si on ne cherche pas à gouverner les hommes, ils s'auto-organisent spontanément de la meilleure façon possible. Cette idée qui peut sembler libertaire doit être remise en contexte. D'un côté, elle se fonde sur l'antique croyance chamanique d'une action efficace du Prince par le jeu des correspondances entre les microcosmes et le macrocosme. Ainsi le simple fait pour celui qui dispose du Mandat du Ciel de décrire dans sa maison la suite des saisons en déménageant régulièrement d'une salle à l'autre, assure que la pluie viendra à son heure féconder les champs, que l'hiver durera le temps voulu, etc. L'inaction apparente n'empêche pas l'action effective. Si la circulation saisonnière dans sa maison assure la bonne marche de l'empire, c'est parce qu'il y a « résonance » et effet d'entraînement — ou d'engrenage — entre la maison du Prince et son empire. C'est-à-dire que la maison du Prince est conçue comme une représentation homothétique du monde. D'ailleurs, les éclipses, famines ou inondations sont interprétées aussitôt comme un dérèglement des mœurs dans la maison du Prince. D'autre part, cette idée d'une inaction efficace a pu être prônée par des penseur plus rationnels, quand ils souhaitaient contenir les caprices des princes et limiter leurs dégâts sur le peuple.
Le « laisser-faire » ou wu-wei, au sein de l'individu, a une grande portée et le taoïsme s'attache à cultiver l'efficacité particulière qui découle de l'absence d'intentions. L'activité de certains artisans est minutieusement décrite par Zhuang Zi. Il montre un boucher ou un charron qui ont acquis la plus grande maîtrise de leur art après des années d'apprentissage, mais surtout après ils peuvent oublier l'objet qu'ils travaillent. Ils laissent les gestes, donc leur corps, opérer seul, sans le moteur de la volonté. On rencontre tous les jours des situations qui montrent que le vouloir peut interférer avec l'action du corps et produire des œuvres ratées. Une part d'« inconscience » est souvent nécessaire pour peindre, écrire, sculpter, chanter. Qui veut bien faire n'arrive au mieux qu'au médiocre. Pour un créateur, aspirer au Beau ne conduit souvent qu'à des œuvres qui sentent la sueur et la colle. Voilà un des paradoxes humains des plus fertiles décelés par le taoïsme, et tout l'art chinois, ainsi que sa critique, s'en ressentent.
Influences
Outre son influence majeure sur l'art de l'extrême-orient (toujours redécouvert en occident et toujours à redécouvrir), le taoïsme a profondément influencé des domaines aussi variés que la médecine, la politique, la religion populaire, le bouddhisme chinois, l'art des jardins, la cuisine et la vie sexuelle (considérées souvent comme parties de la médecine), les arts martiaux, la philosophie, la littérature, etc. Aujourd'hui, après un demi-siècle de répression en Chine populaire parce que ses manifestations étaient considérées comme des superstitions féodales par les communistes, le taoïsme est à nouveau considéré comme un élément fondamental de sa culture dans son pays d'origine. Par ailleurs, son influence s'étend jusqu'en Occident et nourrit les discussions sur l'esthétique, l'écologie, devient même un ferment pour de nombreuses nouvelles formes de spiritualité.
Part constitutive avec son pendant confucianiste de la culture de la civilisation vivante la plus âgée, ayant contribué à façonner un peuple qui représente aujourd'hui un bon quart de l'humanité, mais ayant aussi été réprimé par les courants de pensée qui lui disputaient l'oreille du peuple ou des princes, le taoïsme suit ses propres préceptes : fluide comme l'eau, vieux comme la mer, difficile à fixer dans des mots, impossible à enfermer dans une catégorie, particulièrement rétif à la systématisation, il imprègne et fertilise tout ce qu'il touche et réapparait où on ne l'attendait pas.
Le taoïsme s'est construit au fil des siècles en s'adaptant aux courants de pensée et religions ultérieures. Il n'y a pas de doute par exemple que les pratiques taoïstes ont été façonnées en partie par les pratiques yoguiques hindoues (bien qu'il est difficile de savoir exactement le degré et la direction de cette influence) et que l'éthique taoïste, quoique toujours très imprégnée de la philosophie antique, s'est progressivement teintée de la pensée bouddhiste. Ce fut le cas dès lors que les idées bouddhistes pénétrèrent durablement la Chine (dynastie Sui et Tang pour le bouddhisme tantrique et Chan).
Voir aussi
Quelques taoïstes légendaires ou historiques
- l'Empereur Jaune (Huáng Dì)
- Kuo Hsiang
- Yang Hsiung
- Wang Pi
- Lie Zi
- Huainanzi
- Ho Yen
- Lao Zi (老子, Lao Tseu)
- Zhuang Zi (Tchouang Tseu)
- Zhang Daoling
- Ge Hong
- Wei Boyang
- Wei Huacun
- Tao Hongjing
- Sima Chengzhen
- Chen Nan
- Zhang Boduan
- Wang Chongyang
- Qiu Chuji
- Ma Danyang
- Zhang Sanfeng
- Wang Changyue
- Chen Yingning
Bibliographie
Étant si différent de nos schémas mentaux, le taoïsme sert parfois de véhicule ou de justification à des idées simplistes ou fumeuses, qui auraient sans doute bien fait rire ses fondateurs. Quelques livres permettent cependant de l'approcher sans trop se fourvoyer.
- Philosophes taoïstes (Lao Zi, Zhuang Zi et Lie Zi), Gallimard, présenté par Etiemble ;
- Marcel Granet, La Pensée Chinoise ;
- Feng Youlan, Précis d'histoire de la philosophie chinoise ;
- H.-G. Creel, La pensée chinoise de Confucius à Mao Tseu-tong ;
- Henri Maspéro, Le taoïsme et les religions chinoises, Gallimard, 1990 ;
- Max Kaltenmark, Lao Tseu et le taoïsme ;
- La Voie métaphysique, Matgioi, Éditions traditionnelles ;
- La Voie rationnelle, Matgioi, Éditions traditionnelles ;
- René Guénon, Aperçus sur l'ésotérisme islamique et le taoïsme, Gallimard ;
- François Jullien, Nourrir sa vie : À l'écart du bonheur, Seuil, 2005 ;
Liens externes
- [http://sanyuan.aftao.com/docs/intro.htm Le taoïsme] ;
- [http://www.onelittleangel.com/sagesse/religion/taoisme.asp Citations de saints, théologues, poètes et philosophes, notamment taoïstes] ;
- [http://atheisme.free.fr/Contributions/Taoisme.htm Le taoïsme philosophique] ;
- [http://www.tao-yin.com/ L'univers des Arts Classiques du Tao] ;
- [http://www.cect-sanyuan.org/docs/courants.htm Les courants taoïstes].
Dào Dé Jīng
- [http://taoteking.free.fr/ Dào Dé Jīng] ;
- [http://zhongwen.com/dao.htm Dào Dé Jīng en chinois (images)] ;
- [http://afpc.asso.fr/wengu/wg/wengu.php?l=Daodejing Le Dào Dé Jīng en chinois et en français] ;
- [http://un2sg4.unige.ch/athena/html/author_l.html Dào Dé Jīng].
-
Catégorie :Spiritualité
ja:道教
ko:도교
ms:Taoisme
zh-min-nan:Tō-kàu
Dynastie Tang
leftLa dynastie Tang (T'ang en transcription EFEO et Wade-Giles, Ten quelquefois) est la treizième dynastie chinoise, qui régna de 618 à 907.
Cette période inclut la brève dynastie Zhou de Wu Zetian (690-705).
=Introduction=
Treizième dynastie chinoise, les Tang (唐朝 Ten ou T'ang) ont régné de 618 à 907. Au lendemain d'une longue division entre le Nord et le Sud, cette dynastie fait retrouver à l'empire une taille et une unité qu'il avait perdu après les Han. Il brilla par son extension territoriale, sa civilisation pleine de vigueur et son large rayonnement.
Les deux grands bâtisseurs du Nouvel Empire, Wen-ti (Wendi) des Sui et Li Che-min (Li Shimin), des Tang, étaient tous deux originaires du Nord, longtemps dominé par les Barbares. Les populations nomades avaient été finalement assimilées; cependant, elles avaient transmis aux Chinois une part importante de leur civilisation, à commencer par les usages de la vie quotidienne, la musique, les divertissements. La chasse, le cheval, et l'escrime complétèrent désormais la vie du lettré, lequel avait partiellement oublié ses préjugés contre la caste militaire et les marchands. Les Tang se voulaient pourtant chinois, depuis le gouvernement, copié sur celui des Han, jusqu'à la culture, avec la réaction classiciste en littérature. Ils avaient conscience d'être le deuxième grand empire. Vainqueur des Sui, Li Che-min (Li Shimin) confia le pouvoir à son père Kao-tsou (Gaozu, 618-626). Les nouveaux maîtres de la Chine reprirent l'œuvre de Sui Wendi en procédant à une vaste réforme agraire, dont le principe de base était qu'aucune terre ne pouvait être donnée en fermage. Cependant, les cas d'exemption (fonctionnaires, monastères) étaient si nombreux que la loi ne put empêcher la «disparition des paysans».
= Principales périodes=
En 618, Gaozu, (nom d'orgine Li Yuan) prit donc le pouvoir et une nouvelle ère de prospérité commença. Le Bouddhisme, qui s'était lentement introduit en Chine au premier siècle, devint la religion prédominante et fut largement adopté par la famille royale. On estime que Chang'an (l'actuelle Xi'an), la capitale de l'époque, était alors la plus grande ville du monde.
Sur le plan administratif, une importante novation consista à confier les provinces à des gouverneurs militaires (ce sera, à longue échéance, la perte de la dynastie). Le gouvernement central, copié sur celui des Han, fut perfectionné par la création de sections techniques confiées à des experts plutôt qu'à des lettrés. Le bon fonctionnement du système permit une augmentation sans précédent du budget de l'État: la population atteignit le chiffre de cinquante millions d'habitants (dont deux millions pour la capitale)
Un conflit avait opposé Li Shimin à un de ses frères qui tenta de le tuer, mais finalement c'est Li Shimin qui le tua.
En 626, Li Shimin poussa son père à abdiquer et monta sur le trône sous le nom de Taizong. Son premier souci fut d'asseoir la puissance chinoise en Asie, tant par les armes que par la diplomatie. Il obtint en particulier l'alliance des Turcs Ouïgours. En 648, la domination chinoise fut de nouveau effective au Xinjiang.
Gaozong consacra son règne à consolider l'œuvre de son père. Grâce à ses frontières bien protégées, à son administration, à ses routes, à ses canaux, l'Empire connut alors une prospérité générale. De nombreux étrangers convergeaient par terre et par mer, apportant avec eux les produits du monde entier, tandis que la langue chinoise devenait un moyen de communication universel dans tous les milieux cultivés de l'Asie orientale. Dès les dernières années du règne se manifesta cependant un déclin que plus rien ne devait freiner, marqué par l'usurpation du pouvoir par l'impératrice Wu Zetian à qui Gaozong avait progressivement abandonné son pouvoir de décision politique.
Impératrice douairière à partir de 683, elle déposa son fils et se proclama "empereur" de la brève dynastie Zhou (690-705) en 690. Elle mena la politique de la gentilhommerie chinoise, son alliée, mécontente de la politique turcophile de la cour et inféodée au clergé bouddhiste. Économiquement tout-puissant, ce dernier transformait les monastères en banques de dépôt et faussait le jeu monétaire en fondant l'argent des offrandes pour le thésauriser sous forme de statues. La politique de Wu Zetian fut poursuivie par l'impératrice Wei.
En 705 Wu Zetian abdique en faveur d'un de ses fils, Zhongzong, auquel succéda son frère Ruizong.
Pour recouvrer un certain équilibre, la réaction le porta sur le trône. C'était un grand protecteur des arts, mais un souverain faible, bientôt manipulé par un entourage sans scrupule, dont l'âme était la belle concubine Yang Guifei.
Les guerres civiles
- Un des membres de l'entourage de Xuanzong, le général An Lushan, avait su exagérer les risques d'une invasion barbare pour se faire confier une armée considérable, avec laquelle il marcha sur la capitale.
- En fuite, l'empereur abdiqua au profit de son fils Suzong (756-762), qui défit l'usurpateur avec l'aide de la cavalerie ouïgoure, mais la Chine ne devait pas se remettre de cette guerre civile qui coûta la vie à un tiers de la population. Quant aux alliés turcs, conscients d'être indispensables, ils se conduisaient en maîtres dans la capitale, où ils exigeaient de leurs chevaux un prix exorbitant. Dans les provinces, les gouverneurs cessèrent d'acheminer l'impôt et transmirent leur charge à leurs fils. Pour sauver la situation, le gouvernement décida en 845 d'interdire les religions étrangères. Il ne s'agissait pas de prendre une mesure antireligieuse, mais de récupérer l'argent des étrangers, placé dans les monastères bouddhiques, dans les temples mazdéens, les mosquées, etc. Cette manœuvre audacieuse n'intervint d'ailleurs qu'après l'écrasement des dangereux alliés ouïgours par les Turcs Chat'o.
Fin de la dynastie
La dynastie vivait ses derniers jours: le fut jalonné de révoltes paysannes réprimées dans le sang; au cours de la plus importante, qui dura six ans (874-880), eut lieu la prise de Canton, avec le massacre de cent vingt mille étrangers. La capitale fut sauvée in extremis grâce à l'aide des Turcs, mais la dynastie des Tang devait néanmoins sombrer en 907 dans le désordre général. La Chine allait connaître alors un nouveau morcellement (période des Cinq Dynasties) jusqu'à l'arrivée des Song.
=Art et culture=
La dynastie Tang a consacré l'age d'or de l'art et la littérature chinoise
Rayonnement culturel
A l'instar de l'économie prospère des Tang, la culture Tang était une des plus brillantes de son époque, et entretint de nombreuses relations avec d'autres pays. De nombreux étudiants en provenance de Corée et du Japon sont venus en Chine durant cette période, ou la pensée chinoise s'est fortement ancrée dans ces pays considérés par la suite "de culture confucéenne". Etant donné les bonnes relations entretenues avec le monde arabe, le jade, le poivre et l'Islam ont pénétré en Chine. Pres de la moitié des fresques et sculptures de Dunhuang ont été réalisés sous la dynastie Tang.
Etant donné la relative tolérance de l'empereur Taizong, le bouddhisme et le taoïsme connurent sous les Tang un grand essor. Une entreprise de traduction des classiques bouddhiques de grande envergure commença alors, et popularisa ou approfondit les nombreuses écoles bouddhiques en provenance d'Inde, dont l'école chan, plus connue sous le nom d'école zen qui fut transmise au Japon durant cette période. L'Islam et le christianisme nestorien pénétrèrent en Chine à cette époque.
L'age d'or de la littérature chinoise
La partie la plus fascinante de la littérature Tang se trouve dans sa poésie : a l'aube des Tang, Li Bai, Du Bo, Wang Wei, puis Li Jia, Han Yu, Bai Juyi au milieu de la dynastie, et enfin Li Shangwen et Du Mu vers la fin sont quelques-uns des poètes les plus connus. Aux styles riches et variés, la poésie Tang a puisé dans le vaste répertoire de légendes chinoises, tout en gardant un sens des détails de la vie quotidienne. Le respect de la métrique et des références a la poésie antique donnent a la poésie Tang une envergure jamais égalée par les Song, les Ming ou les Qing qui leur firent suite.
Les Tang poursuivirent et enrichirent la tradition du roman fantastique hérité des Six Dynasties, tout en donnant au roman une intégrité narrative et un ancrage dans les réalités sociales de la vie. Ces œuvres donnerent par la suite leurs fondements au conte sous les Song et au roman sous les Qing.
Peinture
La peinture de paysages (山水 shanshui, "montagne et eau" en chinois) commença sous les Tang et constitua le thème majeur de la peinture, où la pensée bouddhiste affère visiblement. Wu Daozi (Wu Tao-Tzu, 680-740), est connu pour la légende qui le voit entrer et disparaître dans sa propre peinture. Dérivé des techniques de calligraphie chinoise, la peinture de paysages chinoises, support de riches réminiscences philosophiques et cosmologiques, est un des accomplissements picturaux chinois les plus originaux.
Musique
Le premier corpus musicologique chinois richement documenté concerne le qin de la dynastie Tang, quoique son usage remonte aussi loin que les Han.
Des fouilles de la fin du ont révélé, dans une tombe intacte, un grand nombre d'instrument de musique (dont un ensemble spectaculaire de cloches de concert), mais aussi des tablettes avec instructions de jeu et des partitions pour orchestres.
Opéra
L'apparition de l'opéra chinois est généralement attribuée à l'empereur Xuanzong (712-755), qui a fondé le "jardin des Poires" (梨园 li yuan), la première troupe d'opéra connue en Chine.
=Repères=
Chronologie de la période Tang (618-907)
630-700 Expansion en Asie centrale, Mongolie, Corée
692 Développement du système des examens
751 Victoire des Arabes à Talas (près d'Alma-Ata)
764 Premiers impôts sur les récoltes
806-820 Premiers billets à ordre
868 Premier livre imprimé
902-960 Morcellement de l'Empire : les Cinq Dynasties (Liang postérieurs, Tang postérieurs, Jin postérieurs, Han postérieurs, Zhou postérieurs) et les Dix Royaumes (907-979) vont succéder aux Tang.
Empereurs de la dynastie Tang
La dynastie Tang compta 20 empereurs, dont la succession s'interrompt brièvement en 690 pour faire place à Wu Zetian de la dynastie Zhou, la seule femme de l'histoire chinoise à s'être proclamée "empereur" au lieu de se contenter du titre d'impératrice douairière.
Empereurs de la première période Tang
1. Gaozu (Li Yuan) (618-626)
2. Taizong (Li Shimin) (626-649)
3. Gaozong (Li Zhi) (649-683)
Impératrice de la Dynastie Zhou
# Wu Zetian (Shengshen) (690-705)
Empereurs de la seconde période Tang
4. Zhongzong (Li Xian) (684-684) et (705-710)
5. Ruizong (Li Dan) (684-690) et (710-712)
6. Xuanzong (Li Longji) (712-756)
7. Suzong (Li Heng) (756-762)
8. Daizong (Li Yu) (762-779)
9. Dezong (Li Kuo) (779-805)
10. Shunzong (Li Song) (805-805)
11. Xianzong (Li Chun) (805-820)
12. Muzong (Li Heng) (820-824)
13. Jingzong (Li Zhan) (824-826)
14. Wenzong (Li Ang) (826-840)
15. Wuzong (Li Yan) (840-846)
16. Xuanzong (Li Zhen) (846-859)
17. Yizong (Li Cui) (859-873)
18. Xizong (Li Yan) (873-888)
19. Zhaozong (Li Ye) (888-904)
20. Aizong (Li Zhu) (904-907), abdique
Tang
ja:唐
ko:당나라
Livres ayant pour cadre la dynastie Tang
Les enquêtes du juge Ti, du Hollandais Robert van Gulik (1910-1967), font revivre l'époque glorieuse des Tang à l'occasion d'intrigues policières dont le héros, le juge Ti (630-700), a réellement existé et termina sa carrière comme ministre de l'impératrice Wu.
Le type du roman policier chinois a été repris par Frédéric Lenormand, qui a publié plusieurs "nouvelles enquêtes du juge Ti" très documentées sur la société chinoise des Tang.
BronzeLe bronze est le nom générique des alliages de cuivre et d'étain.
Les bronzes sont normalement composés de plus de 60% de cuivre et contiennent en outre des proportions variables d'aluminium, plomb, béryllium, manganèse et tungstène, accessoirement du silicium et du phosphore, mais pas de zinc en quantité notable (ne pas confondre avec le laiton).
Leurs caractéristiques principales sont une bonne résistance à l'usure et à la corrosion et une bonne conductivité électrique. On les utilise souvent comme matériau de frottement en face de l'acier.
Ces alliages ont été pour la première fois utilisés pendant l'Âge du bronze pour fabriquer des outils, des armes et des armures plus robustes et résistants que leurs prédécesseurs en cuivre ou en pierre. Pendant l'âge de bronze, de l'arsenic était souvent ajouté au bronze (principalement sous forme d'impuretés) ce qui en augmentait la dureté.
Les alliages
A part quelques exception, les bronzes contiennent entre trois et vingt pour cent d'étain.
Les bronzes binaires cuivre-étain
Les alliages de cette famille ne contiennent que du cuivre et de l'étain. On distingue deux types basés sur les phases :
- les bronzes ne contenant que de la phase alpha (α) : jusqu'à environ 16% d'étain
- les bronzes contenant de la phase alpha (α) et delta (δ).
Les premiers sont des alliages pour corroyage. Leurs caractéristiques mécaniques augmentent avec le taux de corroyage et avec la teneur en étain. Les deuxièmes sont des alliages de fonderie.
Les bronzes utilisés pour la fabrication des cloches contiennent entre 20 et 25 % d'étain. C'est la phase delta qui donne la sonorité. Cette phase est dure.
Les bronzes à miroir sont composés de 30 à 35% d'étain.
Les bronzes avec éléments d'addition
Dans certains alliages on ajoute : du phosphore, du zinc, du plomb.
Le phosphore permet d'augmenter les caractéristiques mécaniques. Le zinc augmente la coulabilité ainsi que la malléabilité de l'alliage. Le plomb (jusqu' 6%) permet une meilleure usinabilité. Les bronzes utilisés pour les pièces de frottement peuvent contenir jusqu'à 30% de plomb.
Symbolique
Les noces de bronze symbolisent les 22 ans de mariage dans le folklore français.
Voir aussi
- Âge du bronze
- Bronze d'art
- Matériau
- Bronze, rivière de la Haute-Savoie, affluent de l'Arve.
Catégorie:Alliage
ja:青銅
ko:청동
PorcelaineLa porcelaine est une céramique fine et translucide produite à partir du kaolin.
Le terme « porcelaine » vient du coquillage éponyme, nommé ainsi par sa ressemblance avec la vulve de la truie (porcella : truie en latin). Lorsque les italiens ramenèrent la porcelaine de chine au , ils crurent qu'elle était faite de ce type de coquillage broyé, et le nommèrent donc 'porcellana', porcelaine en italien. Un allemand, qui travaillait pour la manufacture de Meissen en Saxe, croyait avoir trouvé la façon de la faire, mais ce n'est qu'un demi-siècle plus tard, que l'on trouva du kaolin, dans la région de Limoges, en France, qui permettra enfin de créer en Europe la porcelaine chinoise.
Les techniques de fabrication de la porcelaine atteignent leur perfection en Chine au . Les Anglais, pour porcelaine, disent d'ailleurs China. La porcelaine de Limoges (France), mondialement connue depuis le , fait partie des porcelaines les plus fines et les plus réputées.
Fabrication
Limoges
La porcelaine n'est pas issue d'une argile naturelle. Elle est principalement composée d'un mélange de silex, de feldspath et de kaolins, additionnée de ball clay afin d'augmenter sa plasticité. Le silex et le feldspath sont réduits en poudre sous l'action de meules en granit, puis moulus dans un moulin spécial, constitué d'un cylindre en rotation contenant des galets et de l'eau. Le feldspath permet d'abaisser le point de vitrification de la porcelaine lors de la cuisson.
Les véritables porcelaines translucides sont cuites entre 1260° C et 1400° C et, mais certaines porcelaines spéciales, contenant plus de kaolin et moins de fondants, par exemple, ont besoin d'une température de cuisson bien supérieure.
Très forte, dense et dure, elle est moins poreuse que n'importe quelle autre céramique. Les glaçures spécialement conçues pour une porcelaine spécifique et appliquées sur une pièce biscuitée adhèrent très bien au tesson. La porcelaine véritable, blanche et translucide, est la plus raffinée de toutes les poteries.
Objets de luxe
- Porcelaine chinoise
- Porcelaine de Chelsea (Angleterre)
- Porcelaine de Delft (Hollande)
- Porcelaine d'Imari (Japon)
- Porcelaine de Limoges (France)
- Porcelaine de Saint-Amand-les-Eaux (France)
- Porcelaine de Saxe (Allemagne)
- Porcelaine de Sèvres (France)
Symbolique
Les noces de porcelaine symbolisent les 20 ans de mariage dans le folklore français.
Liens externes
- [http://www.musee-adriendubouche.fr/ Musée Adrien Dubouché à Limoges] France (Possède la plus importante collection mondiale de porcelaines et céramiques)
- [http://www.saint-amand-les-eaux.fr/decouvrir/patrimoine/musee_home.cfm Musée de Saint-Amand-les-Eaux] France (Dans la Tour Abbatiale, 300 faïences amandinoises du )
- Lomonosov musée de l'Hermitage Saint-Pétersbourg Russie
- Wedgewood Angleterre
Catégorie:Artisanat
Catégorie:Porcelaine
ja:陶磁器
SichuanCatégorie:Province de Chine
Le Sichuan (四川 Sìchuān — Seutchouan — « Quatre rivières », c'est-à-dire Mékong, Yang-tsé-kiang, Huang He, Salouen) est une province du centre-ouest de la Chine, dont la capitale est Chengdu.
Langues
Le Sichuan est une région riche en langues. Outre le sichuanais (dialecte chinois), on y parle tibétain, rGyalrong et Qiang dans l'ouest, dans les régions de dKar-mdzes et de rNga-ba et Nosu dans le sud-ouest.
Histoire
Les plus anciennes traces de civilisation en Chine viennent de la culture de Sanxingdui 三星堆, qui date de 1700-1000 av. JC. Par la suite, se développent le royaume de Ba巴 dans la région de Chongqing et le royaume du Shu蜀 dans la région de Chengdu.
Géographie
Le Sichuan est une région très montagneuse, et l'accès à cette province a toujours été difficile. Un proverbe chinois dit 蜀道难于上青天 « le chemin du Sichuan est plus difficile que de monter au ciel ».
Un second proverbe célèbre (蜀犬吠日) fait allusion au temps constamment nuageux de cette province ; la traduction littérale est :"Au pays de Shu, le chien aboit quand le soleil apparaît (le soleil est pareil à un étranger que le chien n'a jamais vu).
Régions du Sichuan (州 zhou):
Partie tibétaine :
- 阿坝 rNga-ba(Ābà)
- 甘孜 dKar-mdzes (Gānzī)
Partie chinoise :
- 成都 Chengdu (Chéngdū)
- 绵阳 Mianyang (Miányáng)
- 德阳 Deyang (Déyáng)
- 宜宾 Yibin (Yíbīn)
- 攀枝花 Panzhihua (Pānzhīhuā)
- 乐山 Leshan (Lèshān)
- 南充 Nanchong (Nánchōng)
- 自贡 Zigong (Zìgòng)
- 泸州 Luzhou (Lúzhōu)
- 内江 Neijiang (Nèijiāng)
- 广元 Guangyuan (Guǎngyuán)
- 遂宁 Suining (Suìníng)
- 资阳 Ziyang (Zīyáng)
- 广安 Guang'an (Guǎng'ān)
- 雅安 Ya'an (Yǎ'ān)
- 眉山 Meishan (Méishān)
- 达州 Dazhou (Dázhōu)
- 巴中 Bazhong (Bāzhōng)
Économie
Le Sichuan est une région très verte ou l'agriculture est énormément développée. On parle du « grenier à blé » de la Chine.
Démographie
Culture
L'art culinaire du Sichuan est réputé pour ses plats épicés.
Voir aussi : Nosu
Tourisme
Le site touristique le plus connu est le Mont Emei, non loin du lieu de naissance du célèbre poête de la dynastie Song Su Dongpo (alias Su Shi
Divers
On trouve des réserves de pandas.
Liens externes
ja:四川省
ko:쓰촨 성
Du Fu
杜甫, Dù Fǔ (712 - 770), ou 杜少陵 Dù Shàolíng, ou encore 杜工部 Dù Gōngbù, est est avec Li Bai le plus célèbre poète des Tang. Marqué par la pensée confucianiste, n'ayant pas réussi à faire une carrière stable de fonctionnaire et contemporain de la révolte d'An Lushan, sa poésie montre sa sensibilité aux malheurs de son époque.
Voici comment le Marquis Hervey Saint-Denys, dans sa traduction de poésies de la Dynastie Tang, le présentait:
Du Fu, également connu sous le surnom de Tseu-meï, qui, s'il pouvait se traduire, signifierait à peu près fleur d'élégance, était né dans un village des environs de Siang-yang, ville du troisième ordre de la province de Hou-kouang, la seconde des années kaï-youan du règne de l'empereur Ming Huangdi, c'est-à-dire l'an 714 ou 715 de notre ère. Il avait une complexion robuste, bien que frêle en apparence, une taille élevée, des traits fins et délicats ; ses manières étaient élégantes, autant que son extérieur était distingué.
« Du Fu, dit M. Abel Rémusat, dans ses Etudes biographiques [Abel Rémusat, Nouveaux Mélanges asiatiques, t. II.], annonça d'heureuses dispositions dès sa jeunesse, et toutefois il n'obtint pas de succès dans ces concours littéraires qui ouvrent, à la Chine, la route des emplois et de la fortune. Son esprit, récalcitrant et tant soit peu inconstant, ne put se plier à cette règle inflexible que les institutions imposent à tous les lettrés sans exception. Il renonça donc aux grades et aux avantages qu'il eût pu en espérer pour son avancement, et son goût l'entraînant vers la poésie, il devint poète. »
Ce que dit M. Abel Rémusat du caractère capricieux et indépendant de Du Fu me paraît tout à fait justifié par ce que nous savons de sa vie ; mais le célèbre orientaliste s'écarte un peu de la vérité historique quand il répète avec le Père Amiot que le poète chinois n'obtint aucun succès dans les concours littéraires. Il induirait en erreur le lecteur, s'il le préparait à voir en Du Fu ce qu'on appellerait chez nous un poète de la nature, ayant abandonné l'étude pour n'écouter que ses seules inspirations.
Ce fut en effet à la suite d'un échec subi dans ses examens que Du Fu se rendit à Tchang-ngan, où était la Cour, et où ses immenses succès comme poète lui firent oublier ceux qu'il avait brigués d'abord comme lettré ; mais cet examen dans lequel il avait échoué était celui des aspirants au grade de tsin-sse, titre que l'on assimile chez nous à celui de docteur, ce qui indique qu'il avait déjà pris les grades de bachelier (sieou-tsaï) et de licencié (kiu-jîn) [Ouèn siao thang hoa tchouàn (Galerie des hommes illustres) : Biographie de Thou-fou. Bibliothèque de M. Pauthier.]. Or, il est fort peu de Chinois, même des plus habiles, qui réussissent à obtenir le doctorat dès la première épreuve. Nombre d'entre eux n'y arrivent guère avant d'avoir des cheveux gris, et Thou-fou, lorsqu'il vint à Tchang-ngan, n'avait pas encore vingt-huit ans.
Si j'ai pu exposer avec quelque clarté, au commencement de ce volume, les idées des Chinois en matière poétique, et les principes mêmes qui régissent chez eux la versification, on jugera peut-être que ce détail, mentionné par Rémusat, n'est point sans quelque importance à rectifier ; c'est un trait caractéristique de la littérature chinoise que l'érudition n'y est pas moins indispensable au poète qu'à l'historien. Nul, s'il est illettré, ne saurait écrire avec distinction.
Quant aux fonctions élevées auxquelles de simples érudits ne pouvaient prétendre qu'en obtenant d'abord de hauts grades littéraires, elles étaient toutes accessibles à un homme de la réputation de Du Fu, et nous le verrons, sous le règne de Sou-tsoung, investi de l'une des plus hautes dignités de l'Empire.
Il jouissait déjà d'une véritable célébrité, lorsque l'attention de l'empereur Hiouan-tsoung [Le même que Ming-hoang-ti. On le désigne indifféremment sous ces deux noms.] fut attirée sur trois petits poèmes descriptifs dus à son pinceau, et qui faisaient alors grand bruit. Hiouan-tsoung complimenta lui-même le poète, et lui conféra sur-le-champ un titre honorifique qui le faisait marcher de pair avec de très grands seigneurs. Bientôt après Thou-fou se vit promu à des fonctions d'un rang plus élevé encore ; elles lui donnaient la facilité de voir chaque jour le souverain et de s'entretenir familièrement avec lui. Ces fonctions, qui consistaient principalement à dresser la liste des personnes admises aux audiences impériales et à régler entre elles l'ordre des préséances, mirent le poète en rapport journalier avec toutes les illustrations de l'Empire.
Telle fut la faveur dont il jouit que l'empereur lui offrit le gouvernement d'une province ; tel était le charme de Tchang-ngan que Thou-fou le refusa.
Ami de Li Bai, dont il avait la philosophie sans en avoir l'intempérance ; ami surtout de Tsin-tsan, poète moins célèbre, mais plus délicat ; fêté, recherché de tous, partageant ses heures entre l'étude et le plaisir, chantant les lacs et les montagnes, célébrant la jeunesse et le printemps, il atteignit insensiblement sa quarantième année, laissant, comme il le disait, partir les jours sans les compter.
Cependant ce fut toujours un séjour coûteux que celui de la capitale d'un grand empire, et les appointements du poète étaient, paraît-il, insuffisants pour ses besoins. Il adressa donc à l'empereur une requête en vers, dont il ne faudrait point prendre tous les termes au pied de la lettre, mais dont il n'est pas sans intérêt de connaître la rédaction :
« La littérature, disait-il, est le patrimoine de ceux de ma race ; je suis littérateur à la onzième génération. Depuis la septième année de mon âge, jusqu'à la quarantième où je suis entré, je n'ai fait autre chose qu'étudier, lire et composer. J'ai acquis quelque réputation, mais point de bien ; je suis dans la plus grande détresse. Quelques herbes salées avec un peu de riz sont toute ma nourriture ; tous mes vêtements consistent dans l'habit que j'ai sur le corps. Si Votre Majesté ne se hâte d'y mettre ordre, elle doit s'attendre au premier jour à entendre raconter que Thou-fou est mort de froid et de faim. Il ne tient qu'à elle de s'épargner ce triste récit, en me secourant si elle me croit utile à son service ; en me renvoyant, si je ne lui suis bon à rien [Mémoires concernant les Chinois, t. V, pp. 386-387]. »
Il serait difficile de ne point voir une hyperbole poétique dans ce dénuement si absolu, de la part d'un homme qui avait refusé de troquer contre le gouvernement d'une province les conditions d'existence qui lui étaient faites à la Cour. Toujours est-il que la requête fut très favorablement accueillie. Elle valut à Thou-fou une pension dont la première année lui fut délivrée d'avance ; mais de tels événements survinrent cette année même, que ce fut malheureusement pour lui la seule qu'il eût à toucher.
Un général tartare s'était révolté, avait battu les Impériaux et se posait lui-même comme prétendant à l'Empire. Hiouan-tsoung se retira dans une province inaccessible, et, fugitif de son côté, Thou-fou gagna les montagnes du Chen-si, tandis que les farouches Tartares faisaient brouter leurs chevaux dans ces beaux jardins de Tchang-ngan, dont il avait chanté tant de fois les allées coquettes et les parterres fleuris.
C'est à partir de cette phase de sa vie que j'ai fait surtout des emprunts aux œuvres de Thou-fou. Le Vieillard de Chao-ling, le Recruteur, Une Belle Jeune Femme, le Fugitif, offrent des tableaux de la société d'alors et des malheurs de l'Empire, qui m'ont paru présenter de l'intérêt, en dehors même de leur plus ou moins de mérite littéraire.
La rébellion ayant été vaincue, Sou-tsoung ayant succédé à son père qui avait abdiqué, Thou-fou revint à Tchang-ngan, où le nouveau souverain lui confia la charge la plus élevée qu'un sujet pût ambitionner. Il le fit censeur impérial [Voir n. 7 à la suite de la pièce de Thou-fou intitulée Chant d'automne, p. 242]. La Chine est peut-être le seul pays du monde où de semblables fonctions aient jamais existé ; fonctions d'autant plus dangereuses qu'elles sont prises au sérieux par ceux qui les remplissent. Toujours confiées aux lettrés les plus illustres, elles furent pour plusieurs d'entre eux l'occasion de sacrifier leur vie avec héroïsme ; elles attirèrent à Thou-fou un exil dans lequel il devait mourir.
Le poète s'était acquitté maintes fois des devoirs de sa charge en homme au-dessus de toute crainte, sans que l'empereur le trouvât mauvais. L'un des ministres d'État, San-kouan, ayant été cassé et disgracié, il prit hautement sa défense en termes énergiques, mais, il faut le reconnaître, assez peu mesurés. « Il est contre la bonne politique, dit-il à l'empereur, de disgracier un ministre pour de petites fautes. Si ceux qui vous servent sont toujours dans la crainte, vous ne serez environné que de flatteurs qui vous applaudiront jusque dans vos excès les plus criants. La faute dont San-kouan s'est rendu coupable envers vous n'étant pas de celles qui intéressent l'État, ne méritait de votre part qu'une réprimande. Vous l'avez cassé sans prendre conseil de personne ; de quel nom voulez-vous qu'on appelle cette façon d'agir ? Si on lui donne celui qui convient, on dira que c'est le caprice ou quelque passion indigne du maître de l'Empire [Mémoires concernant les Chinois, t. V p. 390]. » L'empereur s'offensa du ton de cette remontrance ; il nomma le censeur gouverneur d'une ville du Chen-si, ce qui équivalait naturellement à un ordre de quitter la Cour.
Thou-fou se rendit à son poste ; mais au jour fixé pour prendre publiquement possession de sa charge, quand tous les fonctionnaires furent assemblés, il se dépouilla des insignes qui le faisaient reconnaître pour ce qu'il était, les plaça sur une table, leur fit, en présence de tout le monde, une profonde révérence et s'éclipsa. Cette façon de s'excuser d'un emploi pour lequel on ne se sentait point propre avait été jadis en usage et, soit fierté dans sa disgrâce, soit qu'il eût soif de liberté, Thou-fou avait jugé à propos de s'en prévaloir.
Il s'enfuit vers le Sichuan, parcourant les vallées et les montagnes, menant une vie vagabonde et bientôt misérable, durant laquelle il vécut souvent de fruits sauvages, qu'il préparait lui-même au foyer des bûcherons et des paysans. Comme l'hiver approchait et qu'il prévoyait le moment où des ressources plus sérieuses lui deviendraient nécessaires, il imagina de se rendre à la ville de Tching-tou, afin de vendre à quelques lettrés opulents des pièces de vers inédites. Il eut bientôt trouvé ce qu'il cherchait ; mais, dit le père Amiot, il trouva aussi ce qu'il ne cherchait pas. Il fut reconnu par le principal mandarin du district, lequel écrivit à la Cour, demandant s'il devait l'arrêter. Pour toute réponse, il reçut fin brevet qui nommait Thou-fou commissaire général des greniers du district, avec ordre de lui dire que l'empereur le placerait ailleurs quand il serait ennuyé du séjour de Tching-tou. Le mandarin fit ce qu'on lui ordonnait ; il profita du premier jour où le poète se montra dans la ville pour lui remettre son brevet, mais celui-ci ne voulait plus d'emploi qui gênât sa liberté le moins du monde. « Vous vous trompez, dit-il au mandarin ; ce n'est pas à moi que ce brevet s'adresse ; je ne suis pas votre homme ; faites vos effort pour le trouver. » Le mandarin eut beau dire, il ne put en tirer d'autre discours.
Se voyant reconnu à Tching-tou, le poète abandonna les environs de cette ville et s'enfonça plus avant dans le Sse-tchouen, où cette fois il fut découvert par le gouverneur militaire de la province, appelé Hien-vou, homme libéral et ami des lettres, qui lui offrit d'abord une hospitalité somptueuse, et qui écrivit à son tour à Tchang-ngan, sollicitant pour son hôte la nomination de conseiller du ministère des ouvrages publics. De grands travaux de restauration allaient s'exécuter dans tous les monuments de la province, et il ne connaissait, écrivait-il, nul homme plus capable que Thou-fou d'y présider. La nomination ne se fit point attendre. Dès lors, investi de fonctions qui ne contrariaient en rien ses goûts, lié d'une amitié vive avec son protecteur, le poète chinois reprit cette vie de plaisir qu'il avait su sacrifier à son franc-parler, mais qui n'en était pas moins le fond de son ambition.
Cet état de choses dura six années, au bout desquelles le gouverneur étant mort et de grands troubles ayant éclaté de nouveau dans la province, le poète reprit sa vie errante, n'ayant plus, toutefois, à redouter la misère, car un testament de Hien-vou l'en avait mis à l'abri.
Il se fixa durant quelque temps près de Koueï-tcheou, à l'extrême frontière du Sse-tchouen, où il écrivit la pièce intitulée Chant d'automne, par laquelle j'ai terminé l'extrait que je donne de ses poésies. Il avait quitté Tchang-ngan à quarante-six ans ; il en avait alors cinquante-cinq. Si son exil était moins dur que ne fut celui d'Ovide, Thou-fou n'en tournait pas moins constamment ses regards vers Tchang-ngan, comme l'illustre exilé de Tomes avait tourné les siens vers la capitale du monde romain. Le même souci les dévora ; mais il est remarquable qu'on ne rencontre dans les derniers vers de Thou-fou, ni l'expression d'un regret pour l'action qui avait amené sa disgrâce, ni la moindre adulation servile, en vue d'effacer le passé.
Cur aliquid vidi ? cur conscia lumina feci ? s'écrie avec amertume le poète latin. « J'ai su remplir les devoirs de ma charge, dit Thou-fou ; je devais être récompensé. »
La neuvième des années ta-li, c'est-à-dire vers l'an 774 de notre ère, Thou-fou qui se trouvait alors à Loung-yang ; dans le Hou-kouang, voulut aller visiter les ruines d'un antique édifice, dont on attribuait la construction à l'un des plus anciens souverains de la Chine. S'étant hasardé seul dans une barque, sur un fleuve débordé, malgré toutes les représentations qui lui avaient été faites, il fut enveloppé par les grandes eaux et forcé de se réfugier dans un temple abandonné, au versant d'une montagne où, pendant dix jours entiers, il dut vivre uniquement des racines crues que lui fournissait le rocher. Le mandarin du lieu, ne le voyant point revenir, avait fait construire un radeau et s'était mis à sa recherche, aidé par de hardis bateliers ; il finit par le découvrir à demi mort de froid et de faim.
La joie qu'il eut d'avoir sauvé la vie à cet homme célèbre lui inspira la fatale idée de donner un grand festin à cette occasion. Thou-fou vint s'asseoir au milieu des conviés. L'abondance des mets et surtout le bon vin lui firent oublier que sa tête et son estomac étaient affaiblis par un long jeûne. Il mangea beaucoup, but davantage, et le lendemain on le trouva mort dans son lit. Il était âgé de cinquante neuf ans [Ouèn siao thang hoa tchouàn (Galerie des hommes illustres) : Biographie de Thou-fou. Bibliothèque de M. Pauthier].
Thou-fou est le seul poète que ses compatriotes mettent en parallèle avec Li-taï-pé. Si la majorité des lettrés ne lui accordent que la seconde place, il a cependant de nombreux partisans qui n'acceptent point ce jugement, et dont l'avis, je crois, sera partagé par le lecteur européen. C'est un sentiment auquel j'aurais cédé moi-même pour l'arrangement de ce recueil, si je n'avais cru devoir, en pareille matière, respecter l'ordre suivi par les éditeurs chinois.
Comme celles de son rival, les poésies de Thou-fou ne furent réunies et publiées en corps d'ouvrage que longtemps après sa mort. Les éditions qu'on en a faites sont innombrables et offrent parfois des variantes dont on ne peut s'étonner. Celle qui fut imprimée vers le milieu du XIe siècle, et qui est estimée, renferme quatorze cent cinq pièces, sans y comprendre les poésies que Thou-fou avaient composées durant ses courses dans le Sse-tchouen, lesquelles forment un volume supplémentaire.
Voir aussi
- [http://afpc.asso.fr/wengu/Tang/Du_Fu.php Poésie de Du Fu traduite en français]
Catégorie:Poète chinois
ja:杜甫
Catégorie:Poète chinoisChinois
Catégorie:Écrivain chinois Template:Spoken Wikipedia-4
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