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Séleucie
Introduction
« D’un coup d’œil sur la carte, on jurerait que la fondation de Séleucie, en un lieu que la nature n’avait point prédestiné, ne put avoir d’autre cause que la fondation d’Antioche ». Ainsi s’exprime V. Chapot dans sa Description de Séleucie de Piérie.
Du site qui fut jadis le port d’Antioche il ne reste pas grand-chose. Pourtant ce port desservait une ville qui jadis était la rivale d’Alexandrie, la représentante de la puissance de Rome dans la région.
Son destin reflète bien celui des Séleucides, dignes héritèrs d’Alexandre le Grand mais aussi celui de Rome pour qui elle fût la base navale durant ses guerres aux portes orientales de son empire.
Pour décrire le site de Séleucie de Piérie dans son contexte historique, la démarche suivante est proposée:
- Situer de manière brève le cadre naturel de la Séleucie Syrienne;
- Situer de manière brève la situation urbaine juste avant la fondation de l’empire;
- Résumer les changements introduits par Seleucios I en essayant d’effleurer les raisons et conséquences de celles-ci;
- Entrer un peu plus en détail concernant les points cités plus haut en ce qui concerne la ville de Séleucie de Piérie;
- Faire un descriptif général du lieu en se basant sur le peu d’informations disponibles;
- Résumer le tout.
Cadre général
Cadre naturel de la Syrie séleucide
Les frontières physiques de la Syrie séleucide sont définies par sa géographie: la Mer Méditerranée à l’ouest, le désert s’étendant à l’infini vers l’est, le Taurus et l’Amanus au nord et l’Eleutheros au sud. La nature de ces frontières en a de tout temps fait des zones de transit plus que des limites infranchissables.
Eleutheros
Dans l’ordre: d’ouest en est se succèdent une bande côtière souvent rocheuse offrant peu de ports naturels, une succession de plaines arables séparées par des massifs montagneux plongeant dans la mer, les grands massifs montagneux — du Nord au Sud : l’Amanus, le Bargylos et les premiers contreforts du Liban et de l’Anti-Liban.
Sur l’autre versant, les plaines arrosées par l’Oronte cèdent le pas plus à l’est encore à des zones de plus en plus arides butant sur l’Euphrate.
Le passage à travers la chaîne montagneuse n’était pas aisé à l’époque et ne l’est toujours pas. Peu de passages naturels existent: celui au sud reliant l’actuelle Homs à Tartous passant par le magnifique Krak des Chevaliers des tourmentes qui ont secouées la Syrie du temps des Croisades ainsi que celui permettant à l’Oronte de se faufiler entre les massifs de l’Amanus et du Bargylos pour se jeter dans la mer. Outre ces passages naturels, très peu de cols permettent de traverser ces chaînes de montagnes.
Cette succession de barrières montagneuses n’avait pas qu’une influence sur la difficulté de transiter d’une partie de l’empire à l’autre, elle dictait (et dicte toujours) le régime des pluies et de par-là les possibilités de subsistance agricole. Celle-ci est tributaire de deux facteurs: les précipitations naturelles — abondantes le long des côtes et sur les versants ouest des chaînes montagneuses — et les cours d’eau.
L’agriculture s’est donc surtout concentrée sur les régions ou celle-ci est naturellement favorisée, à savoir la frange côtière et sur les cours d’eau dont l’Oronte marque de manière floue la limite orientale. Au delà, l’activité agricole passe au pastoral, avec une zone de transition agro-pastorale.
Peu a été écrit sur les variations climatiques à grande échelle de la région. Ceci aurait pu contribuer à élucider l’un des mystères qui semble toujours avoir touché la Syrie: le dépeuplement massif à différentes époques de son histoire. L’exemple le plus parlant est sans doute l’abandon relativement abrupt autour du VIème siècle des villes mortes du nord de la Syrie.
Loin de voir dans le paléoclimat l’unique raison de cette régression démographique — on s’accorde généralement aujourd’hui à dire qu’elle découle de facteurs historiques —, il serait quand même souhaitable que plus de recherches fassent la lumière sur ce sujet.
Cadre historique
Indéniablement, la Syrie a une histoire très ancienne. Il ne sera pas possible ici de passer en revue ses presque 10 000 ans, de sorte que nous nous « limiterons » aux 4 derniers millénaires.
Au IIème millénaire avant notre ère, la Syrie était au carrefour des civilisations, d’empires qui ont toujours tenté de la dominer: les Hittites au nord, les Akkadiens et Assyriens à l’est, au sud les Égyptiens qui tenteront toujours de contrôler le verrou qui leur aurait assuré leur sécurité. Beaucoup ont réussi à l’occuper, mais personne ne s’y établira dans la pérennité.
Le trait marquant de la Syrie de ces deux millénaires est son incapacité à engendrer un fort pouvoir centralisé. C’est plutôt un amas de villes se jalousant mutuellement dans leur autonomie — même si souvent il faudra se soumettre à une domination étrangère. Parmi ces villes-royaumes citons : Mari, Ebla, Byblos, Ougarit. C’est la que sera inventée l’écriture cunéiforme.
Au tournant du Ier millénaire, ce sont les Araméens qui entrent sur la scène syrienne : venu de Mésopotamie, ce peuple sémite a profité de la destruction des royaumes syriens par des Crétois et Égéens, vaguement définis par le terme « peuples de la mer ». Ces sémites pénétreront profondément la Syrie, lui imprégnant un tampon indélébile ; leur langue, l’araméen, deviendra vite la langue commune, s’imposant pas la suite même aux envahisseurs assyriens. Les Perses l’étendant même à tout leur empire. L’araméen développera aussi un alphabet qui s’imposera lui aussi.
Parallèlement émergent ceux que les Grecs appelleront les phéniciens : Tyr, Sidon, Arados. C’est aussi à cette époque que la Syrie change son orientation géographique : elle se tourne de plus en plus vers la Méditerranée, se détournant de l’Euphrate.
Cyrus le Grand intégrera la Syrie vers 550 a.J.-C. dans son empire sous la forme de satrapie d’Abr-Nahrain. Les Perses réorganisent militairement et administrativement le pays. Mais cette époque n’est pas une époque dorée pour la Syrie: exploitée de manière coloniale, elle connaîtra un relatif déclin.
Vers 333 a.J.-C. Alexandre le Grand chassera les Perses en une conquête qui s’apparente plus à la promenade militaire: les Syriens, habitués à voir les envahisseurs venir et partir, se sont plus laissé faire que de défendre les Perses.
On connaît tous la fin tragique du grand macédonien dont les généraux se sont partagé l’empire par la suite.
C’est Seleucios Ier qui unifiera et revivifiera la Syrie. Mais cette unité ne saura pas être maintenue par ses successeurs. Le conflit principal est lié à l’ambition des Ptoléméens de contrôler la Syrie. Cette ambition avait encore été étouffée du temps de Seleucios Ier et de Ptolémée Ier du fait qu’ils aient été frères d’armes, liés par une sorte d’éthique d’honneur. Les Lagides ne réussiront jamais à contrôler la Syrie, mais prendront pour des durées diverses certaines villes, entre autre Séleucie de Piérie. Ils tenteront surtout de déstabiliser la dynastie séleucide de l’intérieur en soutenant à tour de rôle des fractions dynastiques. Cette tactique mènera, surtout entre la moitié du IIème et du Ier siècle avant notre ère, à un vrai morcellement du pouvoir séleucide. Lasses, beaucoup de villes s’arrogeront leur propre autonomie, dans d’autres cas ce sont des états entiers qui se forment.
Cette situation dégénérera à partir de 80. Le désarroi face à l’incapacité des représentants de la dynastie officielle, les antiochiens feront appel à un arménien, Tigranes, pour les protéger. Ce dernier règnera bientôt sur la majeure partie de ce qui reste de la Syrie, à l’exception notoire de Séleucie de Piérie, mettant par là même fin à la dynastie séleucide.
L’expression « reste de la Syrie » s’applique au fait qu’entre-temps les Parthes ont commencé à grignoter la Séleucie. En 113 a.J.-C. les Parthes occupent Doura Europos sur l’Euphrate, faisant du fleuve la frontière entre le monde hellène et perse.
Avec la fin des séleucides, ce sont les Romains qui s’établissent en terre syrienne.
En 64, Pompée annexe officiellement la Syrie en faisant une nouvelle province romaine. Dans un premier temps, Rome laisse indépendants la majorité des états indigènes qui acceptent d’être ses alliés. Ce n’est qu’au Ier siècle de notre ère que ces états seront annexés.
Au IIIème siècle les romains seront aux prises avec les Parthes et les Perses, après 226 aussi avec les Sassanides. Séleucie de Piérie et Antioche — entre autres — deviennent les bases opérationnelles pour les perpétuelles guerres au delà de l’Euphrate, guerres durant lesquelles des empereurs romains ont été tués ou fait prisonniers, ce qui indique que ce ne furent pas que des conflits d’importance secondaire.
Sous Dioclétien la Syrie est réorganisée, subdivisée en unités plus petites. Antioche devient le siège du diocèse d’Orient. Avec la montée du Christianisme, elle joue un rôle important dans le domaine religieux. A cette époque, Antioche était presque l’égale de Rome, se mesurant à Alexandrie.
Il est légitime de se demander pourquoi les Byzantins n’en ont pas fait leur capitale. Il est improbable que ce soit le passé religieux de la ville, jugé trop païen, qui ait fait la différence entre Antioche et Constantinople. La raison de ce choix est plutôt à voir dans la proximité d’un front de plus en plus incertain: dès 529 les Perses sont aux portes d’Antioche et la pillent en 540. En fait, ça sera toute la Syrie qui sera occupée par ces derniers. Les Byzantins récupéreront leurs possessions... pour une durée de 5 ans!
La déferlante musulmane s’abat dès 635 sur la Syrie. Avec la bataille de Yarmouk en 636 et la prise d’Antioche en 638, la Syrie devient islamique... jusqu’à aujourd’hui!
Les Byzantins réussiront de manière sporadique à reprendre le contrôle de certaines villes syriennes, mais plus jamais dans la durée. Seules les croisades mettront une dernière fois en doute la présence arabe en Syrie, mais cela ne durera pas au-delà du XIIIème siècle.
Les turcs se substitueront aux arabes pour le contrôle de la Syrie jusqu’au XXème siècle, où après un court intermède colonial, elle redeviendra indépendante.
La région actuelle de l’ancienne Antioche et de Séleucie de Piérie a été pour un très court moment une république indépendante: le Sandjak d’Alexandrette et la République de Hatay rattachée administrativement à la Syrie.
En 1938, la France céda cette même région à la Turquie — en échange de sa non-participation aux côtés des Allemands, dans une éventuelle IIème Guerre Mondiale, comme le reprocheront les Syriens aux Français!
La Syrie en 301 avant notre ère
Les villes
Après la bataille d’Ipsos en 301 et la victoire des alliés Cassandros, Lysimachos et Seleucios, le dernier nommé fond la Mésopotamie et la Syrie dans son empire.
Ses nouvelles acquisitions ne sont certainement pas à la hauteur de ce qu’il espérait. Plus fâcheux, son ancien frère d’armes, PTOLOME — sans s’être lui même battu à Ipsos! — s’est adjugé la Phénicie et la Palestine. C’est de ce cadre que naîtra la Séleucie.
Seleucios Ier trouve une Syrie globalement dépeuplée. Les siècles précédents, avec les invasions successives d’Assyrie et de Babylone, ont — comme d’ailleurs plus au sud, en Palestine et en Jordanie — contribué à vider un pays. Peu d’exceptions à cette règle générale: certaines villes sur la côte phénicienne ont pu maintenir une activité urbaine.
La Syrie ayant été occupée dès 333 par ALEXANDRE LE GRAND, la question d’un peuplement grec se pose d’elle-même. Une population partiellement grecque est attestée dans des villages côtes déjà avant l’invasion macédonienne. Lors de la conquête d’Alexandre, la Syrie ne compte que cinq agglomérations méritant le nom de villes: Myriandros près d’Ipsos, Thapsakos sur l’Euphrate, Bambyke, Arados sur son île et Marathos juste en face. Alexandre fondera (ou pas?) quelques villes entre la mer et l’Euphrate. Les deux seules villes indiscutablement fondées par des hellènes sont Antigoneia dont on ne connaît pas le site exact et Larissa au sud d’Apamée.
Réorganisation de l’espace urbain
L’une des premières mesures entreprises par Seleucios Ier après sa prise en mains de ses nouvelles provinces fut de rayer de la carte la toute jeune ville d’Antigoneia. Il faut voir dans ce geste la volonté de faire table rase pour mieux asseoir une identité dynastique. Parallèlement, presque simultanément, dans une chronologie qui nous échappe encore dans tous ses détails, il réorganisa l’espace urbain syrien.
Seleucios Ier entreprit donc la fondation d’Antioche et la dota d’un port : Séleucie de Piérie. Immédiatement après, il fonda Laodekeia et Apameia. Ces quatre villes furent de toute évidence planifiées pour former un ensemble, une tetrapolis. Cette volonté n’est pas uniquement marquée par la proximité dans le temps des fondations, mais aussi par des indices d’ordre architectural: ainsi la taille des insulæ à Antioche était de 112 mètres par 58 mètres, presque identique à celle de Laodekeia où elle fait 112 mètres par 57 mètres.
Ces quatre villes, qui devinrent les capitales de quatre satrapes homonymes, reçurent toutes un nom lié à la dynastie qui allait se mettre en place: Séleucie pour lui-même, Antioche et Laodekeia pour ses parents et Apameia pour sa femme.
France
Par la suite, d’autres villes furent fondées, mais dans le cadre de cette présentation de Séleucie de Piérie. Nous ne nous attarderons pas sur ce point, préférant approfondir quelques aspects symptomatiques concernant la tetrapolis sus-citée:
- L’emplacement — tant au niveau macro-géographique que micro-géographique — des villes nouvellement créées semble avoir répondu en premier lieu à des considérations purement stratégiques, délaissant bien souvent le bon sens économique. L’exemple le plus frappant étant certainement Apameia. Pensée en termes militaires pour servir de verrou sud à l’empire, fermant l’accès de la vallée du Bekaa, elle fut construite sur un plateau relativement ardu d’accès et assez loin de ses ressources naturelles pour lui permettre une croissance naturelle et autonome.
- L’architecture est caractérisée par l’enceinte englobant toute la ville. L’acropole est toujours désaxée, construite sur l’enceinte, tranchant avec le modèle athénien. Cette configuration — permettant la défense de la ville vis-à-vis d’ennemis extérieurs tout comme le repli en cas de troubles internes — laisse planer le doute quant à l’évaluation de Seleucios Ier sur la stabilité interne.
- Comment qualifier la ville séleucide ? D’inspiration grecque de part l’origine de leur fondateur, peut-on en déduire qu’elles fussent de simples copies de leurs sœurs hellènes ? Rien n’est moins sûr. S’il est certain que l’afflux successif de colons macédoniens et grecs a certainement poussé les villes vers plus d’autonomie, cela n’a probablement pas été l’objectif primaire de Seleucios Ier. Ce dernier a en effet instauré assez tôt la fonction d’Epistat comme représentant dans ses villes. On ne sait pas beaucoup des prérogatives liées à cette fonction, elle ne semble pas correspondre à celle d’un gouverneur au sens moderne. On imagine mal ce genre de situation dans une polis grecque jalouse de son indépendance. Mais peut-on parler de poleis au sens classique s’agissant des villes séleucides ? Les avis sont partagés. D’un coté Seleucios Ier a pris soin de doter ses villes de certains attributs d’une polis : magistrats, enceinte, acropole, assemblée etc., mais un Pausanias s’attendrait aussi à trouver des bâtiments administratifs, un gymnase, un théâtre, l’agora et une fontaine. Sans entrer plus dans ces détails, relevons qu’aucune cité séleucide ne pourrait se targuer du titre de polis tel défini par Pausanias.
Seleucios Ier a de toute évidence plus suivi le modèle alexandrin correspondant visiblement plus à la situation de ville coloniale à la frontière d’un empire pas encore stabilisé.
Au-delà, la logique semble avoir été de hiérarchiser urbainement la Syrie avec des villes de première importance (formant la tetrapolis) suivie d’un réseau de villes de seconde importance.
Ces choix se répercuteront sur l’évolution naturelle. Deux siècles plus tard déjà, d’autres villes supplanteront la tetrapolis, seule Antioche échappera — pour un moment, du fait de sa position de capitale formelle de l’entité séleucide — à une logique qui leur a été dictée par des considérations purement militaires. Il est assez frappant qu’on n’entendra plus parler de ces villes après le passage des romains que lors des croisades ou leurs avantages stratégiques trouveront de nouveau une application qui leur semble prédestinée. Cette situation contraste singulièrement avec celle de villes à l’évolution plus naturelle comme c’est le cas pour Arados, toujours prospère à l’heure actuelle sous son nom arabe d’Arwad.
Questions sur les motivations
Le commerce entre l’orient mésopotamien et l’occident méditerranéen peut, s’il s’agit de passer par le nord de la Syrie, suivre trois voies. Les deux premières reliaient Alep à deux ports d’origine phénicienne : Ugarit et Myriandrus près d’Issus. La troisième est celle qui passe par le site d’Antioche aboutissant au port de Séleucie de Piérie.
- La première route, celle d’Ugarit, est attestée par des inscriptions cunéiformes. La ville fut détruite vers 1200 par les peuples de la mer. Pour une raison à priori inconnue, elle ne fut jamais reconstruite. Plusieurs hypothèses peuvent être envisagées : le port d’Ugarit n’était peut-être pas adapté à recevoir les bateaux de plus en plus grands ou la concurrence du port d’Aradus s’est faite de plus en plus sentir, ne rendant plus intéressant de le reconstruire.
- La deuxième route, celle qui passe au nord d’Antioche par Myriandrus mène aux ancrages les plus sûrs de cette partie de la Méditerranée. Elle a été citée par XENOPHONE dans son Anabase. La route passe par un col de l’Anamus, la rendant ardue.
- La troisième route, celle qui intéresse directement ce cadre, est peu documentée. Des fouilles incitent à croire qu’il y a eu sur l’estuaire de l’Oronte un établissement grec. Ce comptoir ne semble toutefois pas avoir été d’importance comparable à Arados. Le commerce généré par celle-ci semble avoir été de peu d’importance en comparaison à celui sur les deux autres routes.
On peut se demander pourquoi les sites d’Ugarit et de la future Séleucie de Piérie n’ont pas eu la faveur des Phéniciens, pourtant toujours à l’affût de sites ou faire prospérer leur commerce. La réponse semble être le fait que ces deux sites sont très mal situés d’un point de vue maritime : l’estuaire de l’Oronte s’ouvre très largement sur la mer n’offrant que peu de protection aux coups de vents, à Laodecia ce n’est guère mieux ! Les phéniciens, habiles marins mais moins doués dans le génie civil, semblaient de ce fait privilégier des ports naturels.
Alors pourquoi le fondateur de la dynastie séleucide a-t-il choisi de créer deux de ses villes de sa tetrapolis sur des sites que les Phéniciens n’ont pas retenu ? C’est que les Macédoniens ramènent avec eux un savoir-faire en termes d’aménagement portuaire. Ils ne se contentent pas d’utiliser des abris naturels, mais construisent des ports là où les Phéniciens ne le pouvaient pas.
On pourrait aussi se poser la question pourquoi les Séleucides se donnent autant de mal à construire ces deux ports artificiels avec tous les investissements que cela nécessite, au lieu de tout simplement occuper ceux existants. Plusieurs facteurs y sont certainement pour quelque chose :
- La Syrie séleucide est prise en tenaille entre les Lagides au sud (avec toute la flopée de ports phéniciens comme Sidon, Tyr etc. déjà « pris ») et les empires rivaux en Cilicie, ne lui laissant qu’une mince frange côtière pour établir des ports sûrs, réduisant du même coup le nombre de possibilités ;
- Seleucios Ier n’avait pas vraiment la main libre dans son empire fraîchement instauré. Il devait composer avec les rares villes possédant des ports, en général des fondations phéniciennes habituées à une autonomie politique respectée par plusieurs envahisseurs précédents et seuls dépositaires d’une compétence mercantile qu’il ne voulait pas voir émigrer chez ses « concurrents ».
Description de Séleucie de Piérie
Des artéfacts découverts découverts dans des grottes surplombant la mer et décrits par Senyürek et Bostanci vers la fin des années 1950 indiquent que la région des bouches de l'Oronte aurait été habité au moustérien.
Il semblerait aussi que le site ait été habité autour de l'an 700 a.J.C., Pausanias cite en effet une colonie grèque (sous domination assyrienne), Malalas cite aussi des bâtiments sur les pentes des collines qui seraient antérieures à la fondation de Séleucie de Piérie par Séleucios.
Bref historique
Séleucie de Piérie aurait été fondée avec Antioche aux alentours de l’an 300, son mythe fondateur, avec emplacement de la ville choisi par un aigle, est décrit par Libanios.
Différents indices laissent à penser qu’elle fut initialement la capitale de l’empire, tout du moins tels semblent avoir été les plans initiaux de Seleucios Ier.
Un comptoir grec semble avoir existé avant Séleucie de Piérie, mais pas sur le site même. Il ne semble pas avoir joui d’une grande importance. Globalement on peut donc considérer le site comme urbainement vierge. Sa fonction primaire étant de servir de port à Antioche, il n’est pas inintéressant de rappeler que, selon Libanios, l’Oronte aurait été navigable entre Antioche et la mer.
Très peu est connu sur le développement de la ville durant ses premières cinquantes années. Le noyau de la ville s’est probablement installé un peu sur les hauteurs, à l’abri des attaques venant de la mer. L’extension se sera dès lors faite en direction de la mer. Il est fort improbable que la situation initiale du port soit celle que l’on a aujourd’hui, mais je propose de traiter la question de l’évolution progressive — et ainsi sa situation initiale — dans un chapitre à part.
Si Seleucios Ier avait vraiment transféré sa capitale de Séleucie de Piérie à Antioche, son choix s’avérera judicieux, car la ville portuaire passera au contrôle des lagides pour quelques années suite à la IIIeme guerre syrienne, en 241. La ville réapparaît en 219 dans les annales sous la plume de Polybe. Il décrit des querelles intestinales autour d’ACHAIOS, d’Antiochos et de la reprise de la ville des mains des Ptoléméens. Le port semble avoir entre sa fondation et la date qui nous intéresse pris une importance militaire immense Polybe cite APOLLOPHANES, conseiller d’Antiochos : « Si elle restait au pouvoir de l’ennemi, elle constituerait un obstacle de première grandeur à toutes les entreprises d’Antiochos. Dès que le roi s’en serait emparé (...) elle lui serait d’un grand secours pour tous ses autres projets et entreprises sur terre comme sur mer ».]. La ville est décrite dans le cadre du récit relatant les faits militaires; les passages importants concernant la description seront proposés plus tard dans ce texte.
De nouveau Séleucie de Piérie disparaît. Aucun texte ne nous donne une indication sur ce qu’est devenue la ville.
La ville passa en 64 a.J.-C. sous contrôle romain. La aussi, rares sont les témoignages relatant des faits intérieurs, de la situation économique ou de ses relations avec son entourage.
On sait — par des inscriptions décrites plus loin dans le texte — que les Flaviens ont entrepris la construction d’un ouvrage d’art impressionnant pour l’époque: le tunnel qui sera décrit plus loin.
La mise en œuvre d’une telle construction souligne, s’il le fallait, l’importance capitale de ce port pour les Romains. Au vu de certaines informations indirectes — encore des inscriptions — il semblerait que cette importance ait été avant tout d’ordre militaire.
Le port était devenu avec le temps le point de débarquement des troupes romaines lors des campagnes contre les Parthes, Sassanides et Perses à partir des années 200. Au IVeme siècle de notre ère d’importants travaux y seront effectués, entraînant des investissements qui ne se justifieraient pas sans l’extrème importance stratégique de celui-ci.
De Séleucie, les deux [apôtres|apôres] Paul et Barnabé partirent pour leur premier voyage pour prêcher. De même, certains des premiers conseils ecclésiastiques y prirent lieu. Le premier archevêque connu de Séleucie de Piérie était ZENOBIUS, présent au concile de Nicée en 325. La « Notitia episcopatuum » d’Antioche, déclara Séleucie de Piérie archevêché autonome au cours du VIeme siècle. Cet archevêché perdurera jusqu’au Xeme ou XIeme siècle.
De récentes recherches (voir Erol, O., Pirazzoli, P.A., 1992) ont démontré qu’un tremblement de terre en 562 (accompagné d'un Tsunami) suivi d'un autre en 528 (qui a fini de détruire de ce qui restait de la ville) ont entraîné une élevation du niveau de la terre (d'environ 1.5m) suivi d’un ensablement accéléré qui a pu finir par rendre le port inutilisable.
Les historiens s’accordent généralement à dire que la présence arabe, à partir du VIeme siècle, a entraîné un déclin général d’Antioche. Même si certains indices permettent de le croire le doute est quand même permis. Il est en effet fortement improbable que des villes comme Damas ou Alep florissent alors qu’en même temps Antioche et Séleucie de Piérie croupiraient dans un déclin total.
Si déclin relatif de Séleucie de Piérie il y avait, il sera probablement plus dû à une sorte de réaction en chaîne: déclin des « villes mortes » au VIeme siècle déclin d’Antioche déclin de Séleucie de Piérie. Il se peut aussi que ce soit le déclin de la navigation dans cette partie de la Méditerranée qui ait plus affecté Séleucie de Piérie que d’autres villes.
Séleucie de Piérie a pu être reprise par les Byzantins vers 970 — Antioche en 969.
Du temps des Croisades, entre les XIeme et le XIIIeme siècles, le port d’Antioche, appelé St. Syméon, dont il n’est pas sur qu’il s’agisse encore de Séleucie de Piérie, à — avec les autres ports de la façade méditerranéenne comme Lattaquia , Tartous et Tripolis — été utilisé par les marchands d’Antioche et d’Alep pour exporter les produits locaux comme l’indigo, la vannerie de Damas ou d’Alep et servait de terminal aux caravanes d’Arabie. Un comptoir génois est attesté. Mais dans l’ensemble, dus aux incessants troubles, St. Syméon ne semble pas avoir été d’une grande importance économique.
St. Syméon, a par contre, joué un rôle militaire important lors de la prise d’Antioche par les croisés le 3 juin 1098. Il servait de port de ravitaillement et de débarquement.
Pendant un certain temps, St. Syméon faisait partie de la principauté de BOHEMUND, dont Antioche était la capitale. BOHEMUND III s’est même indirectement vu confirmer cette mainmise par SALADIN en 1188.
Durant l’été 1262, BAYBARS fît une incursion sur la principauté d’Antioche durant laquelle St. Syméon fut pillée. Six ans plus tard, le 18 mai 1268 Antioche tomba entre ses mains dans un bain de sang effroyable.
IBN-BATTUTA parle de l’Antioche du premier quart du XIVème siècle en ces termes: « Je me rendis à Antâiyya, grande et vieille ville. Elle était entourée d’un rempart solide qui n’avait son pareil en Syrie. Lorsque le roi AZ-ZAHIR [le Mamelouk Baybars] conquit la ville, il le détruisit. Antioche est très peuplée, ses demeures sont joliment construites, la ville a beaucoup d’arbres et d’eau. » - Antioche semble donc avoir gardé sa vitalité après le passage du terrible BAYBARS, que les chroniqueurs chrétiens avaient pourtant crédité de la mise à mort de la ville.
Présentation du site par Chapot, en 1907
Faute de mieux et de plus actuel, nous nous réfererons au plan de V. Chapot de 1907.
Alep
Dès le départ de sa description, après avoir situé le cadre géographique, il parle de ce qui fut probablement la raison de sa rapide décadence : l’ensablement. En effet, Chapot écrit qu’au « pied des pentes abruptes, le fleuve a charrié des alluvions étalées segment de cercle ; la plus grande partie s’étant déposée du côté nord », en supposant tout de suite que cet ensablement n’a fait, depuis l’antiquité, qu’empirer. L’enceinte englobe aujourd’hui [c’est-à-dire en 1907] une série d’habitations et d’exploitations agricoles. La ville antique était ceinturée d’une enceinte dessinée « de façon à profiter des deux principaux torrents comme d’un fossé naturel ». La ville semble avoir été divisée en deux parties — trois si l’on compte l’acropole comme élément distinct — séparées par un « ressaut très accentué ». Cette séparation, suivant une idée développée par Chapot, semble avoir été tellement nette que la communication entre ces deux parties se faisait plus aisément par l’extérieur (en passant par les portes notées A et B sur le plan de Chapot) que par l’intérieur de la cité. Une telle interprétation ne peut que surprendre vu la vulnérabilité en cas d’attaque ou tout simplement l’inconfort généré.
L’entrée principale de la ville doit avoir été la porte A — Bab-el-Kils [porte de la chaux en arabe] aujourd’hui, car l’Oronte se trouve au sud-ouest. Bab-el-Kils, qui n’est qu’une « grande arche s’ouvrant dans le mur d’enceinte », pourvue d’entailles qui incitaient Chapot à y voir un dispositif de fermeture, ce qui semble logique pour la porte d’une ville. En longeant le mur vers le nord, on passe à côté d’une deuxième porte : Bab-el-Mina’ [porte du port en arabe]. Faut-il donner un sens à ce nom, est-elle vraiment la porte du port ? A priori, non ! Cette porte étant flanquée de deux tours, on serait tenté d’y voir la porte principale, mais sa situation juste au dessus d’un torrent n’aurait certainement pas rendu aisée la circulation en temps de paix. Plus au nord encore, au point C de son plan, Chapot décrit des restes d’un bâtiment que les habitants nommaient El-Kanissa [église en arabe]. Notre guide doute du fondement de cette dénomination, préférant y voir un autre élément défensif de la porte B, qui du coup deviendrait l’élément le plus fortifié de l’ensemble, ce qui au vu des défenses naturelles qu’offre la topographie, semble exagéré. Détail secondaire, mais digne d’être mentionné, à partir de ce point et vers le nord, la qualité du travail de maçonnerie décline: le mur est fait de gros blocs polygonaux irréguliers à l’extérieur servant de parement à un semblant d’opus caementicum à l’intérieur. Peut-on y voir une réparation ultérieure ? Chapot ne s’y hasarde pas et ne fait que décrire ce fait.
Sur près de 300 m, l’enceinte s’éloigne du ravin qui la longeait, et ce n’est qu’a l’endroit ou le ravin rejoint l’enceinte, au point noté D, qu’une autre construction défensive s’élevait : une tour aujourd’hui probablement encore plus ruinée qu’à l’époque de Chapot. Au nord-ouest de D on reconnaît sur le plan l’ensemble ruiné noté E auquel Chapot attribue une fonction stratégique. Là aussi, le doute est permi pour les mêmes raisons qu’au points B/C. La muraille se prolonge ensuite sur une bonne longueur — environ 1 500 m si le plan est vraiment à l’échelle — pour laisser un passage nommé Bab-el-Haoua’ [Porte du vent]. La aussi Chapot note un changement dans la qualité du travail de maçonnerie qui le laissent penser à des travaux de réfection. Légèrement plus au nord se situe, au point nommé G, un petit plateau « pour partie artificiellement nivelé » sur lequel s’élevait une construction de « forme circulaire, sur soubassement » carré. Il est tentant d’y voir l’endroit ou s’élevait l’église décrite plus loin dans ce texte.
Plus haut encore, au point noté H, Chapot situe les restes de l’acropole nommée El-Qal’a [forteresse en arabe] preuve pour lui que « les restes ont été jadis beaucoup plus considérables » qu’en 1907. L’endroit semble en tout cas adapté; toutefois peu de restes subsistent : « un pan de mur, de forte épaisseur » et des « débris d’un bâtiment rectangulaire ». Associée à l’acropole, Chapot croit reconnaître une redoute au point J. Mais si l’acropole se situait au point H, qu’y aurait-il eu sur les plateaux notés K et L ? Il est possible que l’ensemble de la partie haute ait formé un complexe fortifié.
En redescendant, Chapot avait du mal à suivre le tracé de l’enceinte, se plaignant que les habitants aient réutilisés des pans entiers pour la construction de leurs habitations, notant par la même que des descriptions antérieures aient fait mention de — beaucoup — plus de restes. À certains étroits, l’enceinte aurait été taillée dans la roche même, profitant de la topographie pour défendre la cité. Un ancien torrent, celui même dont il sera question lors de la description du tunnel, interrompt l’enceinte — preuve que celle-ci est antérieure à la construction du même tunnel sous les flaviens ?
Chapot croit avoir trouvé le passage de la ville haute à la ville basse en décrivant une voie taillée de main d’homme Polybe utilise la même expression, mais elle prend peut-être un autre sens: On ne peut y accéder, du côté de la mer, que par une seule voie, une rampe taillée à main d’homme, qui ne cesse de tourner, formant ainsi d’innombrables lacets.] et estime que les ouvrages en P et R servaient à fortifier ce sentier fort sinueux.
Non loin de l’ancien bassin du port Chapot note « un vaste ensemble de décombres » duquel on aurait « une grande quantité de débris d’œuvres d’art: des statues, des bas-reliefs et des colonnes de grande dimension », auquel il est tenté d’associer la classique rue à colonnades à la syrienne.
Chapot cite aussi des nécropoles creusées dans la roche. Ces « tombeaux des rois », comme les paraphe Chapot, se situeraient au nord du bassin portuaire, au point noté . C’est près de aussi que débouche une large canalisation souterraine, après avoir enjambé le canal de déviation à l’aide d’un large aqueduc.
A l’est de la cité, à environ 2 km de l’enceinte, existe une dépression à l’endroit marqué d’un q qu’il est tenté de rapprocher à l’hippodrome que Polybe cite au chapitre 59 de son Veme livre.
Cet hippodrome est cité par Eusebe de Salle [voir bibliographie] en ces termes: « Après une heure et demie de marche, je rencontrai une vaste fabrique composée d’arceaux et de galeries qui paraissaient avoir appartenu à des amphithéâtres ».
Chapot décrit aussi le port et le tunnel, mais nous réserverons ces descriptions aux parties dédiées plus loin dans ce document.
Description de Séleucie de Piérie par Polybe — vers 140 a.J.C.
Outre la description du cadre général, Polybe, auteur du milieu du IIeme siècle, parle de Séleucie de Piérie comme s’étendant « sur un terrain accidenté descendant jusqu’à la mer » et « entourée presque de tout les côtés par des falaises ou des éboulis rocheux ». Toujours selon Polybe, « Au pied de la pente, sur le terrain plat qui forme le rivage » se trouvaient les docks, « ainsi qu’un faubourg puissamment fortifié ». La ville possèderait « une magnifique parure de temples et autres édifices ».
Description de Séleucie de Piérie par PROCKOCKE — vers 1770
« On entre dans la ville du côté du nord-est, du nord-ouest et de l’est, il y a hors des murailles, du côté du levant, une descente rapide d’environ cinquante à soixante pieds de hauteur, au bas de laquelle est un fossé naturel; mais comme la ville était extrêmement faible de ce côté-ci, on la fortifia d’une double muraille, dont celle à l’extérieur était bâtie de grosses pierres et avait dix pieds d’épaisseur, l’intérieur de pierres de taille, avec des tours carrées, espacées d’environ cinquante pas. »
« La porte de la ville était du côté du midi; elle était ornée de pilastres et flanquée de deux tours rondes. Elle existe encore presque en entier et on la nomme la porte d’Antioche. »
« On avait pratiqué à quelque distance des murailles des égouts voûtés qui allaient en s’élargissant. »
« Il y avait dans la plaine, au sud-ouest, un très beau bassin revêtu tout autour, qui servait de port et [qui] communiquait avec la mer par le moyen d’un canal. »
« Deux tours servaient probablement à défendre le port. Il y en avait une autre au midi, taillée sur le roc, au bas duquel était un souterrain de ving-quatre pieds de long sur dix de large. La commençait un môle d’environ soixante-sept pas de long sur dix-huit de large, bâti de grosses pierres (...) qui étaient liées avec des crampons de fer. Il y a tout lieu de croire que les vaisseaux mouillaient entre deux pendant l’été et que l’on les remorquait dans le bassin à l’arrivée de l’hiver. »
« On exécuta l’ouvrage extraordinaire dont parle Polybe pour établir une communication entre la ville et la mer; il dit qu’il était taillé dans le rocher en forme d’escalier. (...) il aboutissait à la mer. »
« [Le bassin] est actuellement comblé et ne forme qu’une mare. L’eau se rend dans la mer par deux petits canaux, par le canal du bassin et par un autre qui est au sud-ouest. »
« Je me transportai à l’embouchure de l’Oronte pour voir si je ne découvris point quelques vestiges de l’ancien port d’Antioche. Le bassin est extrêmement vaste, mais tellement comblé que je ne pus m’assurer s’il formait un polygone ou un cercle. Il y avait tout lieu de croire qu’on avait ménagé des écluses que l’on fermait lors des grandes crues. ».
Description de Séleucie de Piérie par VOLNEY — vers 1784
« Malgré la rudesse de ses habitans, Antioche était plus propre qu’Alep à servir d’entrepôt aux européens. En dégorgeant l’embouchure de l’Oronte, qui se trouve six lieues plus bas, l’on eût pu remonter cette rivière avec des bateaux à la traîne, mais non avec des voiles, comme l’a prétendu POCOKE : son cours est trop rapide. Les naturels, qui ne connoissent point le nom d’Oronte, l’appellent, à raison de sa rapidité, El Aâsi, c’est-à-dire le rebelle. Sa largeur, à Antioche, est d’environ quarante pas ; sept lieues plus haut, il passe par un lac très-riche en poissons, et sur-tout en anguilles. Chaque année l’on en sale une grande quantité, qui cependant ne suffit point aux carêmes multipliés des grecs. Du reste, il n’est plus question à Antioche ni du bois de Daphné, ni des scènes voluptueuses dont il était le théâtre. La plaine d’Antioche, quoique formée d’un sol excellent, est inerte et abandonnée aux turkmans ; mais les montagnes qui bordent l’Oronte, sur-tout en face de Serkin, sont couvertes de plantations de figuiers, d’oliviers, de vignes et de mûriers qui, par un cas rare en Turquie, sont alignées en quinconces, et forment un tableau digne de nos plus belles provinces.
Le roi macédonien, Séleucios Nicator, qui fonda Antioche, avait aussi bâti à l’embouchure de l’Oronte, sur la rive du nord, une ville très-forte qui portait son nom. Aujourd’hui il n’y reste pas une habitation : seulement l’on y voit des décombres et des travaux dans le rocher adjacent, qui prouvent que ce lieu fut jadis très-soigné. L’on aperçoit aussi dans la mer les traces de deux jetées, qui dessinent un ancien port désormais comblé. Les gens du pays y viennent faire la pêche, et appellent ce lieu Souaîdié. Délà, en remontant au nord, le rivage de la mer est serré par une chaîne de hautes montagnes que les anciens géographes désignent sous le nom de Rhosus : ce nom, qui a dû être emprunté du syriaque, subsiste encore dans celui de Râs-El-Kanzir, ou cap du sanglier, qui forme l’angle de ce rivage ».
Description de Séleucie de Piérie par LA SALLE — vers 1838
« Le port de mer [de Séleucie de Piérie] était un Cothon ou bassin artificiel dont l’enceinte en fer à cheval est encore très reconnaissable. La courbe touchait à la ville: la mer y communiquait par un chenal que l’on suit encore au nord-ouest.
Il est encore assez profond pour former un marais couvert de joncs. »
« Les pierres du quai ont bravé le temps par leur masse. »
« La ville arrivait en pente vers le port d’ou un grand faubourg s’étendait en plaine jusqu’à l’amphithéâtre. Un mur d’enceinte, un reste de tour qui aura été remanié à l’époque byzantine... »
« Ce débris est au niveau de l’hémicycle calcaire (...) que la main de l’homme orna pour en faire des tombeaux. »
« [En temps de pluie] la boue, le sable, le gravier, entraînés par les eaux pouvaient combler le Cothon. »
« En haut de la montagne et enceignant la ville antique règne un aqueduc gigantesque, tantôt creusé à ciel ouvert, tantôt foré sous le roc. Tout n’y a pas été fait de main d’homme: un gros mamelon calcaire était fendu profondément en plusieurs endroits. Les intervalles pleins furent percés; les fentes rendues plus profondes. Cet aqueduc se continuait jusqu’à la mer, un peu a droite du chenal. »
Eglise à Séleucie de Piérie
Eglise ronde d’environ 30 m de diamètre. Seules les fondations subsistaient, ces dernières étant actuellement enfouies pour les protéger. Situation : à l’intérieur des murailles, près de la porte du marché, à quelques pas de la rue à colonnades. Il ne reste pas grand chose hormis les restes de chapiteaux et la mosaïque du déambulatoire. La mosaïque retrouvée représente des animaux qu’on pourra à volonté interpréter comme des scènes de chasse ou de la genèse. Ce type d’église se retrouve assez souvent en Syrie, de sorte qu’il n’est pas facile de tirer des conclusions spécifiques à Séleucie de Piérie. La datation est imprécise, mais il semble que l’édifice ait subi des rénovations suite au tremblement de terre de 526.
Polybe
Le port
La raison d’être de Séleucie de Piérie semblant avoir été de servir de port à Antioche, il est naturel de s’y intéresser d’un peu plus près. Polybe
Peu se sont intéressés aux ports antiques en général, ceci malgré l’évidente importance de ceux-ci dans l’économie ou de la stratégie.
Le port hellénique et ses installations ne semblent pas avoir laissé de traces, ce qui reste est entièrement romain. Ce dernier se situait au sud de la ville (à l’endroit marqué d’un dans le plan de Chapot). Son emplacement est suggéré par une depression encore visible de nos jours.
L’entrée initiale du port semble avoir été au sud du port, signalé par les signes et ' dans le plan de Chapot. Ce dernier mentionne en effet deux murs pouvant entre interprétés comme encadrant un canal. De plus, deux tours en ruine semblent flanquer ce passage. Dus aux forts courants marins, les alluvions de l’Oronte auront vite fait d’ensabler cette entrée initiale.
L’ensablement n’étant pas uniquement dû aux alluvions charriés par la mer, mais pour une plus grande partie par les torrents de montagne, dont celui à l’ouest de l’enceinte semble avoir causé le plus de problèmes, on décida d’y remédier en déviant celui-ci par l’ouvrage d’art décrit dans le paragraphe suivant.
Polybe
Polybe
Sous DIOCLETIAN, un chenal coudé (visible en pointillés sur le plan) à été creusé. Long d’environ 800 m, barré au sud par une muraille, au nord taillé partiellement dans la roche, il se terminant en un avant-port flanqué de deux postes de garde (e et f sur le plan.)
Séleucie de Piérie comptait au moins deux cimetières de marins. Celui des officiers était situé sur la route d’Antioche, à l’entrée de la ville à la porte du marché ; celui des marins était entre l’aqueduc de VESPASIEN et le port.
Ce cimetière a livré 6 épitaphes d’officiers qui renseignent assez bien sur la composition de la flotte romaine mouillant au IIeme siècle à Séleucie de Piérie.
Le tunnel
Pour remédier à l’ensablement répété du port, on prît des mesures radicales: la déviation du torrent à l’ouest de la ville à l’aide d’un ouvrage d’art impressionnant dont les éléments les plus marquants sont deux tunnels creusés à même la roche.
Le torrent en question est marqué sur la carte de Chapot et y est désigné par les lettres M et M'.
L’ensemble, composé d’un barrage, de deux tunnels et d’une tranchée creusée à même la roche se développe sur une longueur totale d’environ 875 m. Les travaux ont été commencés sous Vespasien et terminés après la mort de Titus, comme l’atteste une inscription gravée:
DIVVS VESPANIANVS
ET DIVVS TITVS
FC
Le torrent était dévié à l’aide d’un barrage d’une longueur totale de 175 m. Partiellement imbriqué dans la roche naturelle, il mesurait quelque 16 m de haut, dont aujourd’hui seulement 4 m sont restés libres, suite à l’accumulation des alluvions.
Cette structure massive, avec une largeur respectable de 5 m, était composée de deux couches de murs en pierres taillées avec un noyau d’opus caementicum, le béton romain. Les ingénieurs romains ont su donner à ce mur la concavité qui lui a permis de survivre jusqu’à aujourd’hui.
Ne pouvant plus se déverser dans son lit naturel, l’eau devait passer le premier tunnel. Ce dernier à une section d’environ 6 m par 6 m, sur une longueur totale de 89 m. S’en suit la tranchée creusée longue de 64 m puis un autre tunnel creusé long de 31 m.
Le premier tunnel est légèrement incurvé, comme le montre le plan d’ensemble relevé par K. Grewe. A quelque dizaines de mètres du portail, on notera deux gravures singulières: un œil à une hauteur d’environ 5 m de haut ainsi qu’une ligne gravée qui semble être une sorte de ligne de mire horizontale (à environ 7 m de haut et longue d’environ 6 m de long.)
Au niveau du portail, on notera aussi la petite encoche, celle-ci est due au fait que pour creuser un tunnel, on avait recours à des tunnels pilotes précédant l’ouvrage complet. A cause des moyens limités de relevé de terrain, il y avait une grande imprécision dans ces travaux, obligeant l’ingénieur romain à procéder par tâtonnements. On retrouvera les traces de ces tunnels pilotes à l’intérieur même des tunnels.
Il est probable que les ingénieurs aient commencé à faire creuser en premier la tranchée pour s’attaquer ensuite aux deux tunnels simultanément des deux bouts. Ceci est indiqué par l’escalier se situant dans la tranchée. Il faut s’imaginer que ce dernier a été successivement creusé vers le bas pour permettre d’évacuer les débris vers l’extérieur. Une fois les tunnels creusés, il devenait plus facile d’évacuer ces derniers par les tunnels, rendant l’escalier obsolète, d’où l’état actuel. Un autre indice est donné par le fait que les tunnels pilotes nommés plus haut se trouvent aux deux portails du tunnel, ce qui ne s’explique que par le fait qu’on ait commencé à creuser simultanément des deux cotés.
Les murs de cette tranchée sont travaillés avec une qualité remarquable, on est tenté de penser que pour s’éviter de lourds échafaudages, ce travail ait été effectué en même temps que l’excavation.
La dernière portion du tunnel, longue de 31 m, est en principe similaire à la première portion. On y retrouve les mêmes traces de tunnels pilote, ce qui indique une même manière de faire.
L’érosion de 2000 ans ayant presque totalement effacé toute trace de dénivelé à l’intérieur du tunnel, on est obligé de déterminer celui-ci à partir d’indications secondaires. On l’estime à environ 2,0 % pour le premier tunnel et à environ 2,7 % pour le second. On a aussi calculé que le tunnel pouvait évacuer un débit maximum d’environ 70 m3/s.
Notons aussi au point m du plan de Chapot, là où le canal forme un coude prononcé vers l’ouest, la présence d’une brèche dans ce dernier. Cette brèche, à cet endroit, ne peut être d’origine naturelle. D’après Chapot, « lors de l’invasion arabe, dit-on, fut pratiquée » cette ouverture. C’est par celle-ci que s’échappe encore aujourd’hui, « une bonne partie, sinon la totalité des décombres ». Il serait fort intéressant d’en savoir plus sur l’origine et les motivations d’un tel acte de sape ou de sabotage.
Résumé
Rassemblons quelques faits sur la ville qui nous interesse dans le cadre de ce texte : Séleucie de Piérie.
- La ville a été fondée par Seleucios Ier au début de l’établissement de sa dynastie dans un geste global incluant une tetrapole. La ville porte la trace d’une certaine logique de fondation : dès le départ, c’était une ville plus orientée vers une vocation militaire.
- Seleucios Ier a fondé Séleucie de Piérie sur un site que les Phéniciens n’ont pas retenu pour la raison que le site est en fait inadapté. Il aurait pu simplement prendre un des rares ports existants, par exemple Arados. Pour des raisons de politique intérieure, il ne le fit pas, préférant mettre à profit les capacités des Grecs à aménager des ports artificiels, entre autres pour ménager les rares villes portuaires prospères.
- L’inadaptation du site de Séleucie de Piérie est surtout liée à l’ensablement. Cet ensablement est du à deux facteurs : la situation à proximité de l’embouchure de l’Oronte et les alluvions dévalant la montagne directement dans le port.
- C’est surtout à travers des faits liés directement ou indirectement à des activités militaires que nous avons connaissance de l’antique Séleucie de Piérie : reprise de la ville des lagides en 219, guerres contre les Parthes, Sassanides et les Perses.
- La construction du tunnel sous les Flaviens, les travaux de réfection et élargissement du port semblent indiquer que malgré la lourdeur de l’investissement, ceux qui tenaient la ville avaient de bonnes raisons de la garder. C’est donc probablement plus la situation géographique globale que le site qui intéressait ces derniers.
- En 526/528, le site à été victime d’une tremblement de terre qui a entraîné une élévation du niveau de la terra par rapport à la mer et un ensablement accéléré.
- Historiquement la ville « réapparaît » ensuite chaque fois que la situation militaire le demande. De sa fondation jusqu’au VIeme siècle une activité est attestée, ensuite plus rien jusqu’à la fin du Xème -début du XIIIème siècle dans le cadre de la brève reprise en main de la région par les Byzantins et les Croisés.
Me basant sur ces faits, j’ose le résumé suivant : Une ville côtière a été fondée dans la vision d’être complémentaire d’une autre : le binôme Séleucie de Piérie et Antioche. Elle n’a pas été fondée dans le meilleur des sites, des raisons spécifiques pourraient toutefois le justifier. Il fallait occuper ce site, et les Séleucides l’ont fait. Assez rapidement les problèmes liés au site apparaissent : l’ensablement. Il est probable que cet ensablement fut progressif. Les Romains, héritiers de la ville, investissent massivement dans une base navale qui leur devient de plus en plus indispensable.
Deux tremblements de terre (déstructions) associés à une élévation du niveau de la terre vers le premier quart du 6ème siècle ont affecté le port et la ville. Il semble que le déclin de la nécessité militaire induite par l’invasion arabe ait sonné le glas de la ville.
Significativement, son importance renaît vers le tournant du millénaire: renaissance (? ) liée à l’éphémère reprise en mains par les Byzantins suivie des croisades. Après les croisades, il semble que le site soit définitivement abandonné en tant que place forte militaire.
Une des difficultés majeures pour la vérification de telles hypothèses reste le peu de fouilles archéologiques éffectuées !
Evolution du port
L’ensablement progressif a profondément changé l’aspect du site. Partant du principe que cet ensablement ait été présent dés les premières années, il ne sera pas aberrant de croire que Seleucios Ier ait fondé le port de la ville directement sur le rivage. Polybe signale d’ailleurs des docks sur le rivage, qui n’est pas celui d’aujourd’hui.
Ce port se sera probablement, lentement mais sûrement ensablé, passant d’une anse encore largement ouverte à une baie de plus en plus fermée. Les alluvions auront vite fait de resserrer l’ouverture de cette baie, de sorte qu’il fallut à un moment ou un autre assurer l’ouverture de celle-ci par deux quais ou digues. Cette mesure permettra certainement de retarder l’effet de l’accumulation des alluvions de l’Oronte à l’intérieur du bassin. Toutefois une grande partie de l’ensablement était en fait dû aux actions des pluies charriant boues et roches dans ce dernier. La contre-mesure prise fut la construction de l’ouvrage d’art déviant les eaux plus à l’ouest. La combinaison de ces deux mesures à certainement permis de réduire le problème de l’ensablement à l’intérieur du bassin, mais pas celui lié à l’extérieur, de sorte que l’ouverture permettant d’entrer dans le port se vit de plus en plus restreinte — même avec les quais.
On aura certainement essayé de dégager l’entrée en la désensablant, mais à un certain moment on dut se résigner à l’abandonner pour creuser une seconde entrée : le canal coudé.
Il est clair que de telles mesures lourdes en investissements ne se justifient que par l’absolue nécessité des Romains d’avoir une base navale, de sorte qu’une fois ce besoin caduc (avec les invasions perses et arabes), l’effort de maintenir le site fut abandonné. Ceci ne veut pas dire qu’il fut abandonné — la part « civile » des activités de la villes a bien pu perdurer, mais la dégradation du site ne fut plus ralentie par la main de l’Homme.
Les catastrophes du 6ème siècle auront grandement réduit l'importance du site, si ce n'est l'avoir éradiqué complètement.
J’imagine donc, à partir du VIIeme siècle, une Séleucie de Piérie avec une population fortement réduite, réduite parce que tout le pays est passé sous contrôle arabe. Ce contrôle arabe en lui-même n’est pas forcément synonyme de décadence économique, mais la frontière entre les domaines d’influence arabe et byzantin passant à proximité de Séleucie de Piérie, les routes commerciales traditionnelles auront — pour un bon moment — cessé d’exister. La population restante aura continué d’occuper le site, exploitant le port pour des activités de pêche... La fonction militaire aura certainement cessée, les arabes en cette époque n’ayant pas encore développé de marine.
La ville ayant été réoccupée au Xeme siècle par les byzantins, ils y auront certainement basé au moins quelques navires, peut-être dans le port extérieur.
La même chose est certainement valable pour l’époque des Croisades: l’utilisation attesté de St. Syméon en tant que port de débarquement par les troupes franques laisse quand même supposer qu’une activité minimale ait eu lieu à Séleucie de Piérie.
La description du site de Séleucie de Piérie vers 1770 donne:« [Le bassin] est actuellement comblé et ne forme qu’une mare. L’eau se rend dans la mer par deux petits canaux, par le canal du bassin et par un autre qui est au sud-ouest. »
Quelques vingt ans après, on décrit le site comme suit: « L’on aperçoit aussi dans la mer les traces de deux jetées, qui dessinent un ancien port désormais comblé. Les gens du pays y viennent faire la pêche, et appellent ce lieu Souaîdié. »
Encore cinquante ans plus tard cela sonne comme ça: le bassin « est encore assez profond pour former un marais couvert de joncs. »
Chapot, en 1907, ne parle plus de bassin mais d’un terrain agricole, au mieux d’une dépression encore visible.
Tout cela laisse penser que l’ensablement total du port est relativement récente, si en 1770 le bassin était encore une mare et qu’en 1838 c’était encore un marais couvert de joncs, il semble fort peu réaliste de considérer cela comme la suite logique d’une évolution ayant pris son départ dans un abondon total du port vers l’an 1000.
Ma thèse, sans pouvoir la prouver, est la suivante: après que les Romains aient abondonnés le port vers la fin du VIIeme siècle, les dégradations subies par ce dernier ont pu s’accumuler sans que la main de l’Homme n’y remédie. Toutefois les améliorations apportées tout au long des 800 ans de son existence antérieure l’ont probablement rendu moins sensible à l’ensablement qu’avant. Les Byzantins ont donc probablement trouvé un port qu’ils auraient tout du moins partiellement utilisé dans leur brève reprise en main de la région. Il ne semble pas que la ville en elle même ait connu un repeuplement ni que ses fortifications aient été remise en état.
Les Croisés avaient effectué des débarquementy de troupes dans la zone, sans savoir si ces derniers avaient eu lieu sur le site de Séleucie de Piérie. Le site lui même ne semble pas avoir été occupé par les francs, peut-être que les fortifications ont déjà été dans un tel état de délabrement qu’il ne fut pas possible de les réutiliser directement. Il semble en effet étrange qu’ils n’aient pas assuré par une fortification l’accès maritime de l’Antioche croisée si un site pré-éxistant le leur aurait permit.
Comme beaucoup d’installation a caractère militaire ont été détruites lors de la « reconquista » mamelouke vers 1300, il y a fort à parier que c’est dans ce cadre que les mesures de déviation du torrent aient été sapées, précipitant du coup la déchéance du site.
C’est donc plus vers le XIVeme siècle qu’il faudra voir l’abondon définitif du site.
Bibliographie
- J. D. GRAINGER: The cities of Seleukid Syria — Oxford University Press 1990.
- IBN BATTUTA: Voyages et périples.
- V. Chapot: Séleucie de Piérie — Mémoires de la société nationale des Antiquaires de France - Tome 66, 1907.
- LIBANIOS: Antiochikos.
- POLYBE : Histoire.
- R. PROCKOCKE: Voyages de Richard Prockocke — Trouvé sur gallica.bnf.fr.
- Erol, O., Pirazzoli, P.A., 1992. Seleucia Pieria, an ancient harbour submitted to two successive uplifts. Int. J. Naut. Arch. 21 (4), 317-327.
- M. C.-F. VOLNEY: Voyage en Syrie et en Egypte, pendant les années 1783, 1874 et 1785 — Trouvé sur [http://gallica.bnf.fr].
- EUSEBE DE
Antioche ja:アンティオケイア
Antioche (en turc Antakya, en grec Αντιόχεια, en arabe انتاكيّة) est une ville de Turquie proche de la frontière syrienne, chef-lieu de la province de Hatay. Elle compte 139 000 habitants (2001), les Antiochiens.
Elle est située au bord du fleuve Oronte.
Histoire
Fondation
Fondée en -300 sur le site de la ville d'Épidaphné par Séleucos Ier Nicator après sa victoire d'Ipsos, il l'appela Antiocheia (Ἀντιόχεια) en souvenir de son père Antiochos. La ville connut un essor démographique rapide, car elle eut comme première population les habitants de la ville voisine d'Antigonéia fondée par le rival de Séleucos, Antigone le Borgne, et devint l'une des grandes villes de l'époque. Les immigrants y obtenaient les mêmes droits que les citoyens. Particulièrement bien située, à la confluence de plusieurs routes caravanières, à la charnière des voies conduisant vers l'Anatolie et des routes de Mésopotamie et de Palestine, et sur l'Oronte alors navigable, Antioche devint la capitale du royaume séleucide et l'un des principaux centres de diffusion de la culture hellénistique. La ville se pose très tôt en rivale d'Alexandrie.
La ville est dans la plaine fertile de l'Amuq, abritée par de petits massifs montagneux (le mont Staurin et le mont Silpion) qui défendent son approche et fournissent des piémonts aisés à fortifier. Sans cesse agrandie elle voit trois villes naître dans ses environs ce qui lui vaut le surnom de Tétrapolis par le géographe Strabon. Au milieu de l'Oronte il y avait une île aménagée sous Antiochos III avec la construction de palais. Au sud de cette île la cité fondée par Séleucos avec ses rues parallèles au fleuve. Plus au sud encore le faubourg d'Epiphaneia dont Antiochos IV voulut faire le centre politique de la cité. Il existait aussi des quartiers juifs, syriens, etc.
Antioche, fondée pour 10 000 colons macédoniens, prend un développement considérable et comptera de 300 000 à 400 000 habitants à la fin de la période hellénistique. Son urbanisme (rues à angle droit) et ses institutions (boulé et archontes) sont ceux d’une polis. Elle est peuplée de Grecs, de Syriens rapidement hellénisés et de Juifs groupés dans un ghetto. C’est une cité florissante et prospère (industrie textile, joaillerie, produits de luxe) mais qui ne peut rivaliser ni avec Alexandrie ni avec Pergame comme foyer littéraire et artistique.
Antioche romaine
Après la conquête romaine en -64 par Pompée, elle devint la capitale de la province de Syrie et, loin de s'affaiblir, elle conserva le surnom de Couronne de l'Orient. Sous le règne de Tibère, la ville est étendue vers le nord, reçoit une enceinte unique et comme cardo une avenue d'environ 30 mètres de largeur comportant 3 200 colonnades, presque parallèle à l'Oronte. La ville, qui compte alors environ 500 000 habitants, est la troisième ville de l'empire, derrière Rome et Alexandrie.
En 387, un nouvel impôt déclencha la révolte des statues, durant laquelle la population renversa les statues de la famille impériale.
Antioche chrétienne
Antioche fut l'un des premiers appuis du christianisme naissant. Une communauté de fidèles du Christ s'y installa dès les premières années du christianisme et, selon les Actes des Apôtres (11:26), c'est là que les disciples de Jésus reçurent pour la première fois le nom de « chrétiens ».
Antioche fut, très tôt, le siège d'un des patriarcats chrétiens d'Orient se réclamant de l'apostolat de saint Pierre, dont la tradition en fait le premier évêque de la ville. Au début du , l'Église d'Antioche est déjà extrêmement organisée, avec saint Ignace pour évêque depuis l'an 69, et au , elle était considérée comme l'Église la plus importante de la chrétienté après Rome et Alexandrie. Elle est l'une des première ville de l'empire à construire une importante cathédrale (entre 327 et 341) avec coupole et mosaïques.
L'importance religieuse d'Antioche diminua progressivement avec la montée de Constantinople et l'érection de Jérusalem en patriarcat. De plus, l'Église d'Antioche fut affaiblie par les hérésies arienne (Concile d'Antioche de 324), puis nestorienne et monophysite.
Aux IV et V siècles, une brillante école exégétique participe aux controverses théologiques de l'époque en soutenant en particulier la nécessité d'une interprétation littérale des textes de la Bible. Ses principaux représentants sont Diodore de Tarse, Théodore de Mopsueste, Théodore de Cyr et surtout Jean Chrysostome. Ils s'opposent principalement à l'école allégorique d'Alexandrie.
allégorique
Brûlée par les Sassanides en 260, détruite en grande partie par un terrible tremblement de terre en 526, lequel aurait fait plus de 250 000 victimes, puis prise et pillée de nouveau par les Perses en 538 qui déportent une grande partie de sa population dans les environs d'Ecbatane, la ville fut reconstruite par Justinien, ce dernier éleva une nouvelle muraille, mais sur une superficie plus réduite et avec pour nouveau nom Théopolis.
Prise par les Arabes en 638, sous le califat d'Omar, elle redevint byzantine en 966 lors de la phase de reconquête entreprise par Nicéphore Phocas. Mais un siècle plus tard, en 1084, les Turcs seldjoukides s'en emparent. La ville est conquise par les croisés le 2 juin 1098, qui en firent la capitale d'une principauté au profit de Bohémond Ier de Tarente, fils aîné de Robert Guiscard. Cette principauté décline assez rapidement et se limite assez vite aux faubourgs d'Antioche. La ville est finalement reprise par les mamelouks en 1268. Sa chute annonce alors la fin de la domination chrétienne en Syrie.
Époque moderne
Les Turcs la prirent en 1517. En 1832, Ibrahim Pacha s'en empara au nom de son père Mehemet Ali, vice-roi d'Égypte, mais Antioche fut restituée à la paix de Koutayeh, le 14 mai 1833. Elle fut rattachée à la Syrie en 1920 et rétrocédée à la Turquie en 1939, ce qui n'a toujours pas été reconnu par la Syrie.
Monuments et autres lieux
- l'Église Saint-Pierre, creusée dans la roche, sans doute la première église chrétienne, elle comporte notamment un souterrain qui aurait permis aux premiers chrétiens de fuir en cas de poursuites
- la grotte Beshikli, qui abrite des tombeaux rupestres
- la colonne de Yunus
- le Musée de la Mosaïque
- la Mosquée Habib Neccar
- le bazar
- le pont romain
- la citadelle qui domine la ville
- Haghios Petros Paulos, un sanctuaire
Bibliographie
- Glanville Downey, A History of Antioch in Syria, 1974
- Sheila Campbell, The Mosaics of Antioch, 1988
Voir aussi
- Province de Hatay
- Nemrut Dağı
- Pertuis d'Antioche
Catégorie:Ville de Turquie
Liens externes
- [http://www.antakya.bel.tr/ Site officiel de la municipalité d’Antioche]
- [http://www.planet-turquie-guide.com/antakya.htm la Ville d'Antakya Antioche]
Catégorie:Ville de Turquie
Alexandrie ja:アレクサンドリア
Alexandrie est une ville d’Égypte fondée par Alexandre le Grand en 331 av. J.-C. Elle devint dans l’Antiquité le premier port d’Égypte et la capitale du pays. Elle sera à son époque l’un des plus grands foyers culturels de la Méditerranée, sa fameuse Bibliothèque étant sans conteste l’un des principaux fondements de sa notoriété.
La ville d’Alexandrie est située à l'ouest du delta du Nil, entre le lac Maréotis et l’île de Pharos. Elle est rattachée à cette île par l’Heptastade, qui est une sorte de digue servant aussi d’aqueduc et qui a permis non seulement l’extension de la ville mais aussi la création de deux ports maritimes.
Origine
La ville est fondée en 332 av. J.-C. par Alexandre le Grand. Elle ne fut pas la seule Alexandrie construite par le Macédonien, en effet, on en a dénombré trente-deux. Celle-ci était connue sous le nom dAlexandrea ad Aegyptum (« Alexandrie d'Égypte ») et est devenue aujourd'hui Iskanderia. Avant elle, une autre ville du Delta avait été occupée par les Grecs mais elle leur avait été offerte par Amasis, il s'agit de Naucratis, un emporion ou "port de commerce". Elle se situe à environ 70 km à l'intérieur des terres et elle n’a eu que peu d’importance en dehors de son rôle commercial. Alexandre le Grand voulu construire Alexandrie sur la côte, malgré la mauvaise qualité du terrain (Lac Mareotis) dans cette zone et la côte particulièrement dangereuse à cet endroit du delta. Le tombeau du conquérant devrait s'y trouver.
La ville moderne a été construite sur les ruines de la ville antique ce qui rend les fouilles difficiles.
Plutarque dans sa Vie d’Alexandre raconte comment une nuit, alors qu'Alexandre le Grand projetait de construire sa ville, il rêve d’Homère qui lui parle de l’île de Pharos. Au réveil, il serait partit voir cette île et commença à tracer les contours de la cité sur la côte qui lui faisait face.
Il existe plusieurs hypothèses la concernant. La ville d’Alexandrie aurait été construite sur l’ancienne cité de Rakhotis mais on a peu de documents à son sujet. Il existe trois hypothèses au sujet de Rakhotis :
# Pour certains, Rakhotis était un simple village de pêcheurs ;
# Pour d'autres, le terme rakhotis pourrait être traduit par « le bâtiment » qui se rapporterait aux premiers édifices dignes de ce nom construits par les Grecs près ou à la place de ce même village de pêcheurs ou d’un poste de garde ;
# D'autres pensent même que rakhotis signifierait « le chantier » et ne serait pas une ville mais le nom donné par les Égyptiens à la ville d’Alexandrie au moment de sa construction. En effet, une grande partie d’Alexandrie a été construite d’un bloc et a du avoir longtemps l’apparence d’un chantier.
Ce qu’on sait sur cette zone avant Alexandrie est cité par quelques auteurs grecs et romains qui font mention des populations établies sur les marécages entourant la région. Héliodore nous dit que les Égyptiens l’appelaient « le pays des bergers ». La région avait mauvaise réputation : « C’est là que tous les brigands d’Égypte ont leur cité ». La zone apparaît d’ailleurs dans de nombreuses légendes grecques.
Le port
Les dimensions de la ville sont bien plus importantes que celles de la plupart des autres villes de l’Antiquité. Selon certains auteurs, l’enceinte entourant la ville était longue d’une quinzaine de kilomètres. Cette enceinte a été modifiée depuis sa construction ce qui pose problème pour les reconstitutions. En effet les remparts d’origine ont été agrandis à l’époque romaine et une autre enceinte aurait été construite au par le sultan Ahmed Ibn Touloun. D’ailleurs plusieurs blocs du mur d’origine ont été réutilisés pour la construction du mur arabe.
L’Heptastade (en grec : sept stades, de longueur) qui relie la côte à Pharos a été construit par Deinocratès, le même qui a fait le plan de la ville. Grâce à l’Heptastade, la côte a été agencée de façon à ce qu'elle ait deux ports, l’un à l’est et l’autre à l’ouest. Cela est souvent le cas dans la civilisation grecque, pour faciliter l’arrivée des bateaux à voile, qui sont soumis aux aléas du vent.
La côte d’Alexandrie est une zone dangereuse et les bateaux en ont beaucoup souffert. Le port occidental (Port d’Eunostos) est large mais entouré d’une barrière de récifs mentionnée par Strabon et qui suit l’axe de l’île de Pharos. Il enfermait un autre port artificiel, le Kibôtos (grec : boîte, forme rectangulaire). Le port oriental (Grand-Port) est protégé par une presque île et par la pointe de l’île de Pharos où se trouvait le Phare mais son approche est dangereuse car son entrée est très étroite. De plus elle est soumise aux vents du Nord-Est et la mer y est complètement ouverte jusqu’à l’entrée du port. On a d’ailleurs découvert de nombreux bateaux grecs et romains (IV siècle av. J.-C. au VII siècle ap. J.-C.) échoués au large du port.
Monuments
Le ville est dessinée par le Rhodien Deinocratès selon des plans hippodamiens (en damier).
Ses monuments les plus importants sont le gymnase, le discatérion (tribunal), le Séma (tombeau d’Alexandre). Le palais couvre 1/4 de la ville : de construction légère, il forme Néapolis (Musée, Bibliothèque, théâtre). Le port est séparé en deux par une jetée (Heptasade) qui réunit la ville à l’île de Pharos ou se dresse le Phare, construit par Sostratos de Cnide (110m de haut). L’eau du Nil est distribuée par un réseau serré de canalisations branchées sur un canal.
Le célèbre phare d'Alexandrie sur l’île de Pharos, était comptée parmi les sept merveilles du monde antique. À plusieurs étages de formes différentes, le monument est englouti dans la mer proche de son emplacement d’origine.
sept merveilles du monde
La non moins célèbre bibliothèque d'Alexandrie qui fut construite à l'époque ptolémaïque et fut réputée pour la richesse et le grand nombre d'ouvrages qu'elle renfermait (estimée à 700 000 volumes). Les causes de sa destruction restent encore obscures et font débat. Dans le cadre d’un projet conduit conjointement entre l'Unesco et l'Égypte, la bibliothèque du monde méditerranéen a été construite sur les ruines de l’ancien édifice antique. Elle devrait pouvoir accueillir environ 5 000 000 de volumes.
Economie & société
A son apogée, la ville antique sera peuplée de plus d’un million d’habitants : Grecs, Egyptien, Syriens, plus tard Italiens. Les Juifs (cf. -319) forment les deux cinquièmes de la population. Leur rivalité avec les Grecs amène souvent des troubles graves.
La ville s’administre en apparence elle même (boulé, ecclésia organisé selon le modèle athénien). Le magistrat le plus important semble le gymnasiarque, qui apparaît comme le représentant des citoyens.
Elle est la seule véritable cité (polis) d’Egypte. Centre politique du royaume lagide, elle abrite l’énorme bureaucratie qui administre l’Egypte. Elle est le centre d’une activité économique intense (vases de terre cuite ou de métal, étoffes, papyrus, parfums, articles de luxes). Seul vrais port de l’Egypte sur la Méditerranée, elle importe du bois, des métaux, du marbre, du vin, de l’huile d’olive et exporte du blé, du papyrus, toiles et mousselines de lin, parfums, produits de luxe. Elle réexpédie des marchandises d’Afrique noire (ivoire, or, plumes d’autruche, esclaves, animaux sauvages), d’Arabie et d’Inde (épices, aromates, parfums, soie).
Personnages
- Ératosthène
- Euclide (mathématicien)
- Héron d'Alexandrie
- Hérophile d’Alexandrie
- Hypathie d'Alexandrie
- Philon d'Alexandrie
- Ptolémée
Voir aussi
Bibliographie
- P. M. Fraser, Ptolemaic Alexandria, Clarendon Press, Oxford, 1972.
Lien externe
- [http://www.cealex.org/ Centre d'Études Alexandrines]
Catégorie:Index égyptologique
Catégorie:Lagides
Catégorie:Mégapole
Catégorie:Ville d'Égypte
Alexandre le GrandAlexandre le Grand ou Alexandre III de Macédoine (en grec Ἀλέξανδρος Γ' ὁ Μακεδών / Alexandros III o Makedôn, Alexandros signifiant « protecteur de l'homme ») (21 juillet 356 av. J.-C.–13 juin 323) est sans aucun doute le souverain le plus célèbre de l'Antiquité. Fils de Philippe II de Macédoine, élève d'Aristote et roi de Macédoine en 336 av. J.-C. il est l'un des plus grands conquérants de l'Antiquité, fait de son petit royaume le maître de l'immense empire achéménide et s'avance jusqu'aux rives de l'Indus. Il fonde aussi de nombreuses cités et notamment Alexandrie en 331 av. J.-C..
Le mythe d'Alexandre s'explique principalement par ses prétentions à la conquête universelle (du monde entier). Cette aspiration, à la fois impossible et presque réalisée avant qu'il ne soit foudroyé à l'âge de 33 ans, eut comme conséquence — durant un temps très court — une unité politique jamais retrouvée ensuite entre l'Occident et l'Orient.
L'héritage d'Alexandre, également marqué par les cultures grecque, occidentale, et orientale, fut partagé entre ses généraux : il s'agit des différents royaumes et dynasties de la période hellénistique.
période hellénistique]
Alexandre est le fils de Philippe II de Macédoine et d'Olympias, princesse d'Épire, sa troisième femme. Par sa mère, il est le neveu d'Alexandre le Molosse, roi d'Épire, territoire qui se situe de nos jours entre la région grecque d'Épire et le Sud de l'actuelle Albanie.
La légende veut qu'Olympias n'ait pas conçu Alexandre avec Philippe, qui avait peur d'elle et de son habitude de dormir en compagnie de serpents, mais avec Zeus. Alexandre se servit de ces contes populaires à des fins politiques, faisant référence au dieu plutôt qu'à Philippe quand il évoquait son père. Une autre légende, d'origine égyptienne celle-là, (Roman d'Alexandre) veut qu'Alexandre soit le fils du dernier pharaon égyptien de la XXX dynastie, Nectanébo II.
Par son père Philippe II, Alexandre descendrait de Téménos d'Argos, lui-même descendant d'Héraclès, fils de Zeus — pour cette raison, la dynastie macédonienne s'appelle dynastie des Argéades ou des Téménides. Par sa mère, Olympias, de la dynastie des Éacides, Alexandre affirmait descendre de Néoptolème, fils d'Achille et de Déidamie.
Enfance et éducation
Située dans le Nord de la Grèce actuelle, la Macédoine est l'une des régions pélasgiques antiques. La langue parlée est alors l'un des nombreux dialectes grecs, cependant, dès l'époque du roi Archélaos (fin du ), la langue officielle de la cour et de la chancellerie macédonienne devient l'ionien-attique. Philippe, qui a séjourné à Thèbes comme otage (entre 369 et 367 av. J.-C.), le parle pour sa part couramment.
Après avoir été éduqué par Léonidas et Lysimaque d'Acarnanie, Alexandre reçoit pour précepteur le philosophe Aristote de 343 à 340 av. J.-C. Ce dernier est le fils de Nicomaque, médecin d'Amyntas III, le grand-père d'Alexandre. Il rédige une édition annotée de lIliade pour son élève. Alexandre lit également Hérodote et Xénophon, auteurs qu'il sut exploiter lors de ses conquêtes.
Plusieurs compagnons d'enfance d'Alexandre se retrouveront à ses côtés lors de la conquête de l'Asie.
Le roi de Macédoine
Un prince associé au pouvoir
Asie
Bien que considéré comme barbare par les Athéniens, le royaume de Macédoine a, sous le règne de Philippe, étendu son hégémonie sur la Grèce classique. Il vainc Athènes aux Thermopyles en 352 av. J.-C., intervient dans un conflit entre Thèbes et les Phocidiens, triomphe d'une coalition d'Athènes et de Thèbes à la bataille de Chéronée, en 338 av. J.-C.. Alexandre y fait ses preuves en commandant la cavalerie et en taillant en pièces le bataillon sacré des Thébains.
Philippe est également l'initiateur de la ligue de Corinthe, rassemblant toutes les cités grecques, à l'exception de Sparte, sous son commandement. La ligue doit porter la guerre contre l'Empire perse. En 340 av. J.-C., en l'absence de son père parti assiéger Byzance, Alexandre devint régent de Macédoine.
En 337 av. J.-C. cependant une violente dispute oppose le père et le fils quand Alexandre prend le parti de sa mère Olympias à laquelle Philippe souhaite imposer Cléopâtre, sœur ou nièce d'un général de Philippe, Attale, comme seconde épouse légitime et dont il a bientôt un fils. Alexandre doit se réfugier dans la famille de sa mère en Épire. Cependant la brouille ne dure guère et bientôt pardonné Alexandre sauve la vie de son père lors d'une expédition contre les Triballes.
L'élimination de tout rival potentiel
En 336 av. J.-C. Philippe est assassiné lors du mariage de sa fille Cléopâtre avec le roi Alexandre le Molosse d'Épire, le frère d'Olympias. L'assassin supposé est un ancien officier du roi, le jeune noble Pausanias, qui gardait une dent contre Philippe, le dernier ayant ignoré une demande qu'il lui aurait faite. Les historiens de l'Antiquité ont longtemps cru que le meurtre de Philippe avait été une machination impliquant Olympias et peut-être Alexandre. Une autre hypothèse nie l'implication d'Alexandre et met en cause Darius III, le nouveau roi de Perse. Plutarque mentionne une lettre virulente d'Alexandre à Darius, où le Macédonien blâme Darius (et Bagoas, son grand vizir, dont Darius III se débarrasse rapidement), pour le meurtre de son père, soutenant que c'est Darius qui s'était vanté auprès des differentes cités grecques de la façon dont il avait fait assassiner Philippe.
Après la mort de Philippe, l'armée proclame Alexandre, alors âgé de 20 ans, nouveau roi de Macédoine. Les villes grecques comme Athènes et Thèbes, qui avaient prêté allégeance à Philippe, ne sont pas si pressées de faire de même vis-à-vis du jeune homme. Alexandre ordonne immédiatement l'exécution de tous ses rivaux potentiels. Ainsi, pour ne pas avoir de concurrent au trône, il fait assassiner son cousin Amyntas IV, roi de Macédoine vers 360 av. J.-C./359 av. J.-C. que Philippe II avait renversé alors qu'il n'était qu'un enfant. Quant à Olympias, profitant d'une absence de son fils parti guerroyer au nord, elle fait tuer le fils de Philippe II et de Cléopâtre et contraint cette dernière à se pendre. L'oncle de cette dernière, Attale, qui se trouve en campagne en Asie avec Parménion, est également assassiné. Impossible de savoir si elle agit avec l'assentiment d'Alexandre ou non ; toujours est-il que le nouveau roi de Macédoine n'a plus de rival capable de lui contester le trône.
La consolidation du pouvoir
Il n'est pas seulement roi des Macédoniens, mais aussi, comme son père, archonte à vie des Thessaliens et hégémon (ἡγεμών, « commandant en chef ») et stratège autoproclamé de la ligue de Corinthe. De fait, la politique de la Ligue est entièrement dictée par les macédoniens Philippe puis Alexandre. Cependant, avant de reprendre le projet de son père de porter la guerre en Asie, il assure la sécurité de son royaume par deux expéditions au nord de la Macédoine; l'une jusqu'au Danube, l'autre en Illyrie révoltée (fin de l'année 336 av. J.-C. et début de l'année 335 av. J.-C.). Suivant Strabon et Arrien, des émissaires celtes — les ancêtres des Scordisques du milieu du — rencontrèrent Alexandre sur le Danube, à cette occasion en 335 av. J.-C. L'anecdote suivante est rapportée :
:« Quand Alexandre eut vaincu les Gètes et rasé leur ville, sur le Danube, il lui vint des ambassades de tous côtés et entre autres des Gaulois, qui sont (dit-il) de grands hommes. Alexandre leur demanda alors ce qu'il craignaient le plus au monde, en s'attendant à ce que ces gens disent qu'ils ne craignaient rien plus que lui : mais il fut détrompé car il avait affaire à des gens qui ne s'estimaient pas moins que lui ; ils lui dirent que la chose de ce monde qu'ils craignaient le plus était que le ciel ne tombât sur eux, ce qui signifiait qu'ils ne craignaient rien. »
C'est alors que, profitant du fait que le nouveau roi de Macédoine est occupé au nord, les cités grecques se révoltent.
La réponse d'Alexandre est à la fois foudroyante, impitoyable et paradoxale. Impitoyable, car la ville de Thèbes est entièrement rasée (335 av. J.-C.), à l'exception de la citadelle de la Cadmée, de la maison natale de Pindare et de sa population, réduite en esclavage. Paradoxale, car Alexandre épargne Athènes, trop heureuse de se soumettre. Sans doute faut-il voir dans cette générosité la volonté de ne pas détruire le principal centre artistique, philosophique de la Grèce, ou bien l'influence de son ancien maître Aristote qui s'installe cette même année 335 av. J.-C. à Athènes et y fonde le Lycée. Cela dit, les accès de fureur chez Alexandre alternent fréquemment avec des gestes de grande générosité, la destruction de Thèbes et le pardon d'Athènes n'étant que les premiers d'une longue liste.
Au final, Alexandre est assez peu présent comme souverain dans son royaume. Quand il quitte l'Europe au printemps 334 av. J.-C. pour son expédition en Asie, c'est pour ne jamais y revenir.
Le Conquérant
Voir aussi : Comparaison entre les armées d'Alexandre le Grand et de Darius.
Comparaison entre les armées d'Alexandre le Grand et de Darius
Durant l'hiver 338-337, Philippe de Macédoine constitue la ligue de Corinthe, ayant déclaré la guerre à la Perse. Alexandre est le continuateur de l'œuvre de son père.
En 334, Alexandre passe en Asie avec environ 32 000 fantassins et 5000 cavaliers. Il part de sa capitale Pella et, en 20 jours, atteint Sestos en Chersonèse. Tandis que Parménion est chargé par le roi de transporter l'armée à Abydos, tête de pont crée par Philippe II sur l'Hellespont, Alexandre se dirige vers Éléonte où il rend sacrifice au premier héros tombé lors de la guerre de Troie, Protésilas. Ce geste est le premier d'une longue liste qui illustre la volonté du roi de frapper les imaginations en se faisant passer pour le nouvel Achille, sans qu'il soit d'ailleurs possible de savoir s'il est sincèrement pénétré de la fierté d'appartenir à la race du héros ou s'il s'agit d'une simple gestuelle théatrale à destination de ses soldats et des peuples d'Asie mineure et de Grèce. C'est ainsi qu'il débarque en Asie près de l'emplacement supposé de Troie, dresse des autels dans le temple d'Athéna à Ilion, puis va mettre une couronne sur le tombeau d'Achille, tandis Héphaestion fait de même sur celui de Patrocle. Ce n'est qu'après qu'Alexandre rejoint son armée à Arisbé. En quatre jours, en contournant par le nord le massif du Pityos
Le principal chef mercenaire grec de Darius III, Memnon de Rhodes, est partisan de la politique de la terre brulée face aux Macédoniens, dont il estime à juste titre la valeur. Que l'armée entraîne vers l'intérieur du pays sans combattre les troupes d'Alexandre tandis que la flotte perse porte la guerre jusqu'en Macédoine. Memnon pouvait légitimement espérer une révolte des cités grecques, s'appuyant sur l'or de Darius et sur le légitime ressentiment contre Alexandre à la suite du saccage de Thèbes. Mais les satrapes perses se méfient des conseils d'un étranger et ne tiennent aucunement compte de son avis. Arsitès, le satrape de Phrygie déclare qu'il ne laissera pas brûler une seule maison de sa satrapie.
Voir aussi : Bataille du Granique.
La conquête de l'Asie Mineure
La prise de Milet
La victoire d'Alexandre a une conséquence importante : jusqu'à la bataille d'Issos, il n'a que de simples garnisons laissées dans les villes pour s'y opposer. Dans la foulée du Granique, Sardes, la capitale de Phrygie, se rend sans résistance, tandis que Parménion s'empare de Dascylion. La ville d'Éphèse, en proie à des luttes de factions et où Memnon s'était réfugié après la bataille, voit le parti démocratique favorable à Alexandre l'emporter. Celui-ci habilement s'attire la sympathie des habitants de la ville en confiant au temple d'Artémis le tribut que la ville payait jusqu'alors à Darius et en rappellant les bannis.
Les adversaires d'Alexandre se sont réfugiés à Milet, où Memnon reprend les choses en main après les velléitées de trahison à la cause perse par Hégésistrate, le chef des mercenaires grecs au service de Darius. La ville est prise en juillet 334 av. J.-C. après qu'Alexandre interdit à la flotte perse de mouiller sur la côte en prenant le cap Mycale.
Le siège d'Halicarnasse
Cependant Memnon s'est réfugié à Halicarnasse dont le roi Pixodaros, le frère du célèbre Mausole, s'est rangé du côté des Perses. Alexandre fait de Ada la sœur de Pixodaros, que celui-ci avait renversé, la satrape de Carie. Celle-ci l'adopte alors comme son fils. Reste à s'emparer de la ville qui comporte deux citadelles dont l'une sur une île. Alexandre après la prise de Milet vient de commettre une erreur, celle de licencier sa flotte. Aussi ne peut-il s'emparer que de la ville basse tandis que les deux acropoles restent aux mains des mercenaires grecs de Darius. Aussi Alexandre poursuit-il sa route en laissant sous le commandement de Ptolémée une troupe de 3000 fantassins et 200 cavaliers poursuivre le siège.
Alexandre s'empare de la Pamphylie et de la Pisidie
Alexandre se dirige alors vers la Lycie et s'en empare sans grande résistance. Puis à la fin de l'année 334 av. J.-C. et au début de 333 av. J.-C. il pénètre en Pamphylie puis en Pisidie. Ces régions n'appartiennent que très nominalement à l'empire achéménide. Le plus souvent ces villes sont autonomes et rivales entre elles. De ces rivalités, Alexandre va jouer et reçoit la soumission d'Aspendos (à l'est de la ville actuelle d'Antalya), de Sidé (aujourd'hui le port de Selimye à environ 60 kilomètres à l'est d'Antalya). Puis il remonte vers la Phrygie et combat les habitants de la ville de Termessos (34 km au nord-ouest d'Antalya) sans réussir à prendre la ville, traite avec bienveillance leurs ennemis de la cité de Selge, s'empare de Sagalassos et parvient enfin à Gordion (village actuel de Yassihöyük). Il y trouve des renforts venus à la fois de Macédoine et de Grèce ainsi que Parménion qui venait en partie d'hiverner à Sardes. Le gouvernement de la Pamphilie et de la Pisidie est confié à Néarque.
La contre-offensive de Memnon de Rhodes
La première partie de la campagne d'Alexandre est terminée. La situation est indécise car certes le roi de Macédoine vient de remporter de glorieux succès mais il doit faire face à plusieurs incertitudes. Pour certains membres de son entourage, dont Parménion est semble t-il le représentant, l'objectif de Philippe II, théorisé par Isocrate à savoir la conquète de l'Asie jusqu'aux rives de l'Halys, est atteint. Un vaste territoire est conquis par la Macédoine et ouvert à la colonisation et l'influence hellènique. Mais Isocrate, dans les projets qu'il avait présenté à Philippe envisageait une seconde solution : l'anéantissement de l'empire perse. C'est cet objectif que souhaite atteindre Alexandre. Cela explique d'ailleurs pourquoi, bien qu'il proclame sa volonté d'agir en qualité de chef des Hellènes, il s'appuie avant tout, du moins au départ, sur les Macédoniens considérés comme plus fiables et attachés à sa personne par la fidélité dynastique. C'est pourquoi il ne reste qu'assez peu de temps à Gordion, où l'épisode du nœud gordien, s'il est authentique, lui promet l'empire d'Asie (Alexandre se voit présenter le nœud gordien : il est dit que la personne qui arrivera à dénouer ce nœud acquerra l'empire de l'Asie. Alexandre, d'un coup de son épée, tranche le fameux nœud), et cela alors que la situation n'est pas totalement sans risque sur ses arrières.
En effet lors de l'hiver 334 av .J.-C. Darius donne le commandement de sa flotte à Memnon de Rhodes. Celui-ci envisage de porter la guerre en Macédoine en débarquant en Grèce (on parle de l'Eubée) et en organisant une révolte générale. Le sentiment anti-macédonien demeure vivace dans de nombreuses cités. L'idée d'une guerre de revanche contre les Perses, par rapport aux guerres médiques, idée développée par Alexandre et ses partisans en Grèce ne rend pas acceptable à leurs adversaires l'hégémonie macédonienne. N'oublions pas que des soldats grecs combattent dans les deux camps. Menmon reprend Chios, qui lui est livrée par le parti oligarchique (cette tendance politique sera globalement toujours hostile à Alexandre dans les citès grecques contrairement au parti démocratique) puis il rétablit le tyran Aristonicos à Méthymne et met le siège devant Mytilène. C'est alors que Memnon meurt (probablement au début de l'année 333 av .J.-C.) et que son plan est abandonné par Darius III. Il est en effet décidé que Darius lui-même marchera à la tête de son armée contre Alexandre. Autophradatès et Pharnabaze remplace Memnon à la tête de l'armée et de la flotte. Pharnabaze reprend Milet et Halicarnasse mais doit se séparer de ses mercenaires grecs qui vont rejoindre, sans doute par mer, l'armée que Darius rassemble.
Cependant il est clair qu'Alexandre estime avoir fait une erreur en licenciant sa flotte. C'est pourquoi il charge deux officiers, Hégélochos et Amphotéros (le frère de Cratère) d'en reconstituer une de nouveau. Il s'en faut de peu qu'un conflit éclate avec Athènes dont les vaisseaux venus du Pont-Euxin sont interceptés par Hégélochos. Celui-ci doit faire face à une menace d'intervention de la flotte d'Athènes et relache les vaisseaux. Cet épisode illustre la nécessité pour Alexandre d'une victoire en Asie pour empécher toute tentative de révolte en Grèce. C'est pourquoi quand au début de l'été 333 av. J.-C. il apprend que Darius III marche sur la Cilicie Alexandre quitte Gordion.
D'Issos à Arbèles
Gordion
En quittant Gordion, Alexandre se rend dans un premier temps à Ancyre et reçoit la soumission de la Paphlagonie puis celle de la Cappadoce jusqu'à l'Halys. Il pousse ensuite vers le sud, pénètre en Cilicie par le passage gardé par le satrape Arsamès des « portes ciliciennes » (passes de Gulek Boghas). Il fait étape à Tarse et y tombe malade. Cependant Parménion, véritable second du roi lors de l'expédition, occupe les passes qui permettent le passage de la Cilicie à la plaine d'Issos (col de Karanluk-Kapu) puis celles qui au-delà contrôlent le passage vers la Syrie (passes de Merkès et de Baïlan). Alexandre, une fois sur pied, soumet, en 7 jours selon Arrien, les populations montagnardes de Cilicie et s'empare de Soles où il rétablit, en théorie du moins, la démocratie. Il apprend à ce moment la pacification de ses arrières avec les victoires de Ptolémée en Carie sur le satrape Orontobatès et la chute d'Halicarnasse, de Myndos et la soumission de Cos. Cependant, peu de temps après (333 av .J.-C.), le satrape Pharnabaze, à la tête de la flotte perse soumet Ténédos et Sigeion et s'entend avec le roi de Sparte, Agis III, qui tente de soulever la Grèce en lui donnant de l'argent et quelques navires.
C'est alors que l'arrivée imminente de Darius III devient certaine. Le souverain achéménide s'est installé dans la plaine d'Issos, abandonnant curieusement la position plus favorable à sa cavalerie de Soches, peut-être la volonté de couper Alexandre de ses arrières et de le contraindre à la bataille. Alexandre est en Syrie mais il fait demi-tour, ayant besoin pour les raisons invoquées plus haut d'une victoire, et, reprenant le chemin des passes syriennes déjà emprunté, il s'aventure lentement dans la plaine d'Issos organisant sa ligne de bataille devant l'armée perse.
Voir aussi : Bataille d'Issos.
La conquête de la Phénicie
La déroute des Perses après la défaite d'Issos est totale. Darius avec quelques milliers d'hommes à peine s'enfuit vers Thapsaque (ville de Syrie sur l'Euphrate) tandis que d'autres fuyards sont dispersés par les divers officiers d'Alexandre. De nombreux fugitifs se refugient en Phénicie puis de là gagnent l'Égypte où Chypre. Le résultat le plus net de la victoire c'est, paradoxalement, la soumission totale du monde grec qui ne songe plus à se révolter. Démosthène, à Athènes, avait prédit (et espéré?) la défaite du roi de Macédoine. La victoire d'Issos fait cesser, provisoirement en tout cas, les velléités d'indépendance des cités grecques si l'on excepte le roi de Sparte qui tente (fin 333 av .J.-C.?) de soulever la Crète. La flotte perse représente donc le seul danger et la maîtrise de la côte phénicienne, pouvant lui servir de base arrière, est donc indispensable. C'est pourquoi, délaissant la poursuite de Darius III, Alexandre prend la route du sud vers Arados (au nord de la Phénicie) tandis que Parménion est envoyé sur Damas où il s'empare des bagages de Darius.
La période de l'empire achéménide pour les Phéniciens avait été une période prospère car en leur laissant une véritable autonomie les rois perses avaient permis aux cités phéniciennes de reprendre en partie la maîtrise de nombreuses routes commerciales face à leur adversaires traditionnels les Grecs. Les Phéniciens constituaient une grande part des marins de la flotte perse à la bataille de Salamine par exemple. Mais divisée entre elles ces cités n'adoptent pas une attitude commune face à l'arrivée des Macédoniens. Le roi d'Arastos, Gérostrate, estime qu'il n'a pas les moyens de résister et surtout que sa cité, plus riche de son commerce terrestre (avec la Perse et la Médie surtout) que de son commerce maritime, n'a aucun intérêt à un siège destructeur. La ville se rend ainsi que les citès de Marathos, Sigôn et Byblos. Quand à Sidon, elle se soumet d'autant plus facilement que ses habitants n'ont pas oubliés les représailles d'Artaxerxès II lorsque la ville avait participé à la révolte des satrapes sous le règne de ce prince.
Le siège de Tyr
A la fin de l'année 333 av. J.-C., alors qu'Alexandre est à Sidon, des négociations s'engagent avec le roi de Tyr, Azemilcos, lequel souhaite rester neutre dans le conflit. Refus d'Alexandre qui par contre désire offrir un sacrifice dans le temple de Melqart à Tyr. Refus des Tyriens qui décèlent le piège. Faire entrer Alexandre en vainqueur dans le temple c'est lui donner pouvoir sur la cité. Quand à Alexandre, il ne lui sert à rien de tenir la côte phénicienne si la ville de Tyr, avec ses deux ports, reste en dehors de son contrôle. C'est pourquoi commence en janvier 332 av. J.-C. le long siège de Tyr (jusqu'en août 332 av. J.-C.). La ville neuve est sur une île qu'Alexandre compte atteindre en construisant une digue avec les débris de la vieille ville (la ville continentale) d'environ 60 m de long. Mais les difficultés s'accroissent quand la digue atteint des eaux plus profondes, d'autant que les Tyriens effectuent des raids meurtriers avec leurs navires.
Alexandre cependant a un atout. En tenant les autres cités phéniciennes, il disperse la flotte perse (début 332 av .J.-C.) dont les équipages phéniciens rentrent progressivement dans leurs ports d'attache. Les rois de Sidon, d'Aratos, de Chypre offrent ces navires à Alexandre qui ainsi peut constituer une flotte suffisante pour le siège de la ville (sans doute une centaine de navires). Après un raid d'une dizaine de jours pour soumettre les populations des montagnes du Liban actuel, il constate que sa nouv | | |