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SogdiensLes Sogdiens étaient un peuple de langue iranienne qui vivait autrefois dans une région recouvrant une partie de l'Ouzbékistan et englobant Samarcande et Boukhara, à laquelle ils ont donné leur nom: la Sogdiane. Leur langue était plus précisément du groupe est-iranien; elle était à peu près identique à celle des habitants de la Bactriane, qui se trouvait au sud de la Sogdiane. Elle a été supplantée par le tadjik, un autre dialecte iranien identique à l'actuel persan, mais elle n'a pas totalement disparu. Un dialecte provenant du sogdien est parlé dans un groupe de villages situé sur le long de la rivière Yaghnob. C'est un cours d'eau qui se jette dans le Zeravshan, rivière qui arrose Samarcande. Ce dialecte est appelé le yaghnobi. Par ailleurs, le sogdien a donné beaucoup de vocabulaire au persan moderne.
=Histoire=
Histoire des origines au début de l'ère chrétienne
Les Sogdiens vivaient dans l'actuel Ouzbékistan sans doute depuis le début du I millénaire av. J.-C.. L'Avesta, le texte sacré des zoroastriens, connaît Sughda- «les Sogdiens, la Sogdiane», mais il est malheureusement très difficile à dater. Il remonte en tout cas à une haute Antiquité. Les Sogdiens semblent avoir été des Scytho-Saces sédentarisés. Les Scythes et les Saces étaient des nomades iranophones occupant un territoire immense, qui allait de l'Ukraine au massif de l'Altaï, à l'ouest de la Mongolie.
La cité de Samarcande a été fondée par les Sogdiens. Elle existait déjà au IV siècle av. J.-C., puisqu'Alexandre le Grand a eu l'occasion de la conquérir. Auparavant, entre 546 et 540 av. J.-C., Cyrus avait peut-être intégré les Sogdiens, en même temps que d'autres peuples voisins, les Bactriens, les Parthes et les Chorasmiens (au Khwarezm), à l'empire perse. On sait que ces peuples étaient déjà soumis quand Darius est arrivé au pouvoir, en 522.
Une vingtaine d'années après la mort d'Alexandre, en 323, l'un de ses lieutenants, Seleucos, prit le contrôle de la Perse et de l'Asie centrale et y fonda une dynastie. A la mort de son descendant Antiochos II, en 246, le satrape grec de Bactriane et de Sogdiane, qui s'appelait Diodotos (ou Diodote), se proclama indépendant. Le royaume ainsi créé est qualifé de gréco-bactrien. Sous le règne d'Euthydemos, le deuxième successeur de Diodotos, le séleucide Antiochos III tenta de reprendre possession de la Bactriane, mais il échoua et dut reconnaître l'indépendance de ce royaume. Un important développement urbain caractérisa cette période. A Samarcande, que les Grecs appelaient Maracanda, un rempart grec fut superposé aux anciennes fortifications.
Le dernier souverain gréco-bactrien, Hélioclès, régna environ de 145 à 130 av. J.-C.. Son royaume fut victime de l'arrivée des Yuezhi, peuple tokharien nomade originaire de l'ouest du Gansu, qui avait été vaincu par les Xiongnu de Mongolie entre 174 et 161 et contraint à l'éparpillement. Ils arrivèrent en Bactriane peu avant 128 et y reconstituèrent un puissant Etat. Les Sogdiens leur furent très probablement soumis. Les Chinois envoyèrent chez les Yuezhi un ambassadeur, Zhang Qian, qui arriva à destination vers 128. Il effectua une description de ce qui est aujourd'hui l'Ouzbékistan, mais il semble que les Sogdiens n'y figurent pas. Il parle d'un pays appelé le Kangju. Certains auteurs ont voulu y voir la Sogdiane, mais ce n'est pas possible, puisque selon Zhang Qian, les gens du Kangju étaient «nomades et semblables aux Yuezhi par leurs coutumes», alors que les Sogdiens étaient sédentaires pratiquant une agriculture irriguée. Le territoire du Kangju se serait plutôt trouvé dans la région de Tashkent.
Au cours du I siècle de l'ère chrétienne, les Yuezhi furent remplacés par les Kushan, qui fondèrent un empire également centré sur la Bactriane. Bien que les Sogdiens aient été ses voisins septentrionaux, ils n'y furent pas intégrés. Les oasis de Samarcande et de Boukhara connurent un important développement, amplifié par le commerce avec les autres parties de l'Asie: elles se trouvaient sur la Route de la soie. Les pièces de monnaies qui étaient frappées à Samarcande portaient des légendes en sogdien et en grec, mais les secondes eurent tendance à se dégrader ou même à disparaître au profit des premières. Le remplacement du grec par le sogdien est aussi observé à Boukhara. Pour la première fois, des documents appelés «Lettres Anciennes» permettent de connaître la société sogdienne. Elle était composée de trois classes, les aristocrates (āzāt, āzātkār), les marchands (xvākar), puis les paysans libres et les artisans (kārikār). Il y avait aussi beaucoup d'esclaves, qui n'étaient pas considérés comme des membres de la cité (le nāf). Les āzāt étaient propriétaires des terres et des villages et les āzātkār étaient des personnes libres associées aux āzāt. Ces lettres n'ont pas été trouvées en Sogdiane, mais dans une tour de la frontière chinoise de cette époque, à Dunhuang. Elles témoignent de l'activité marchande des Sogdiens. Ces derniers ont aussi laissé quelques centaines de courtes inscriptions sur roche au nord de l'actuel Pakistan, sur une autre voie commerciale. Elles sont du genre: «Bōxsāk, fils de Vanxarak, citoyen de Paykand» (la ville de Paykand se trouvait près de Boukhara).
Histoire du début de l'ère chrétienne à l'invasion arabe
En 230, le Perse Ardashir, fondateur de la dynastie des Sassanides, annexa la partie occidentale de l'empire des Kushans. Les Sogdiens furent également attaqués, mais leur territoire ne fut pas occupé. Les évènements qui se produisirent ensuite ne sont pas clairs. On sait qu'entre 350 et 400, un peuple désigné par le nom de Hun (xwn en sogdien) tua le souverain de la Sogdiane. Mais qui étaient exactement ces Huns? Ce terme a désigné plusieurs peuples nomades en Asie centrale. Il s'agit peut-être d'un peuple appelé Kidarite Huns par les Grecs, Chionites les auteurs latins et Huna par les Indiens. Ils sont mentionnés pour la première fois vers 350, comme alliés des Sassanides, et leur nom grec provient apparemment d'un roi qui s'appelait Kidara. Il est certain que les Kidarites s'emparèrent de la Bactriane, qui avait alors pris le nom de Tokharistan. Leur présence en Sogdiane n'est qu'hypothétique. On y a trouvé sept pièces de monnaie portant l'inscription kydr (Kidara).
Les Sassanides, s'étant brouillés avec les Kidarites, les attaquèrent à partir de 442. Cette campagne s'acheva en 467 avec la prise par les Perses de la capitale des Kidarites (la ville de Balkh?), au Tokharistan. Les Perses avaient un nouvel allié, les Hephthalites, qui étaient de redoutables guerriers et qui s'illustrèrent plus tard par de terribles massacres, notamment en Inde du Nord. Eux aussi, étaient qualifiés de Huns. Partis du nord de Tourfan, dans l'actuelle province chinoise du Xinjiang, ils se constituèrent un empire et s'emparèrent de la Sogdiane vers 509. Les Chinois reçurent alors une «ambassade» envoyée par les Hephthalites, qui étaient en fait surtout constituée de marchands sogdiens. Ce fut à partir de la Sogdiane que les Hephthalites lancèrent leurs attaques contre leurs anciens alliés, les Sassanides. On se brouillait facilement.
Les Hephthalites furent balayés entre 557 et 561 par un nouvel empire nomade, fondé à partir de la Mongolie par les Turcs Bleus (Köktürks, Tujue en chinois). A cette époque, un tyran appelé Abrui régnait sur l'oasis de Boukhara. Il était originaire de la ville de Paykand, citée plus haut. Fuyant sa brutalité, des nobles et des marchands s'installèrent au sud-est de l'actuel Kazakhstan, sur le cours du fleuve Ili (dans une région que l'on appelle le Semiretchie). Les citoyens restants rèclamèrent l'aide des Turcs, qui renversèrent Abrui. Les émigrés avaient dû passer par la région de Tashkent, d'où les gens du Kangju étaient partis (vaincus par les Kidarites?) et qui était devenue sogdienne. Cette expansion aida les Sogdiens à contrôler les routes commerciales. Elle servait aussi les intérêts des Turcs, qui purent compter sur les diplomates sogdiens pour rendre les routes aussi sûres que possible. Ces derniers étaient alors alliés des Sassanides. Ils se partagèrent les territoires laissés par les Hephthalites. La Sogdiane revint aux Turcs, mais les Sogdiens eurent avec les Turcs une relation beaucoup plus d'amitié que de soumission. Le sogdien devint la langue officielle de l'administration turque. Au début du VII siècle, on signale un mariage entre le roi de Samarcande et la fille d'un empereur turc.
Les Turcs avaient créé leur empire en 552. Il fut partagé en une aile orientale, en Mongolie, et une aile occidentale, au nord de l'actuelle province chinoise du Xinjiang. Les Chinois détruisirent la première en 630 et la seconde en 657. Ils prirent, en théorie, possession de tous les territoires turcs, ce qui fit tomber la Sogdiane dans leur giron, mais elle se trouvait trop loin pour qu'ils pussent y exercer un contrôle effectif. L'empire turc fut reconstitué à partir des années 680, grâce notamment à un ministre exceptionnel, Tonyuquq. En 711, il vainquit un autre peuple turc, les Türgesh, et poursuivit les fuyards jusqu'en Sogdiane. Mais dans la région de Samarcande, il se heurta à des nouvaux venus: les Arabes.
La Sogdiane confrontée aux Arabes
En Perse, les Arabes avaient mis fin au règne des Sassanides, en 651. La Sogdiane se trouvait de l'autre côté du fleuve Amou-Daria, que les Grecs appelaient Oxus. Elle était donc la Transoxiane, nom que les Arabes ont traduit par Mavarannahr (Mā warā 'l-nahr) «ce qui est au-delà du fleuve». Ils traversèrent ce fleuve une première fois en 673 pour attaquer Boukhara, qui était alors gouvernée par une femme, la khatun Tughshada, mère d'un roi enfant. Elle obtint le retrait des envahisseurs contre le paiement d'une rançon. Ils revinrent à Boukhara en 676, puis se tournèrent vers Samarcande, mais ils échouèrent à prendre la ville. D'autres raids se produisirent, mais les Sogdiens ne prirent pas cette menace au sérieux. Bien plus, certains de leurs rois demandèrent aux Arabes leur soutien contre d'autres souverains sogdiens.
En 705, Qutaiba ibn Muslim devint le gouverneur du Khorassan, province du nord-est de la Perse. Il profita des querelles intestines des souverains de l'Asie centrale pour s'y introduire, mais il se heurta à une vive résistance à Paykand. La ville fut finalement détruite et ses défenseurs massacrés. Des Sogdiens coalisés et des Turcs lui barrèrent la route de Boukhara en 707 et 708, mais il put conquérir la cité en 709 grâce au soutien du roi sogdien Tarkhun. Ce dernier fut détrôné par ses sujets en 710. La cité de Samarcande dut se rendre en 712, après un mois de siège, et un an plus tard, ce fut au tour de la région de Tashkent de se soumettre. Ayant réussi à conquérir toute la Sogdiane, Qutaiba commença à y installer des Arabes et à y propager l'islam, mais il fut tué en 715 par une révolte de ses troupes.
Les Sogdiens qui acceptaient de se convertir à l'islam étaient exemptés d'impôts. Face à l'ampleur des conversions et la baisse concécutive des recettes fiscales, les Arabes décrétèrent que les nouveaux convertis devraient être circoncis et avoir une bonne connaissance du Coran. Cette mesure entraîna une vaste révolte. En 720 et 721, les Sogdiens détruisirent la garnison arabe de Samarcande avec l'aide des Turcs. Un nouveau gouverneur fut alors nommé au Khorassan, Said ibn Amr al-Harashi. Les rebelles sogdiens choisirent cette fois une stratégie de retraite. Sous la conduite de Divashtich, roi de la cité orientale de Panjikand, une partie d'entre eux se réfugièrent dans la forteresse d'Abargar, située sur le mont Mug. A cet endroit, sur la rive gauche du Zeravshan, les archéologues ont trouvé de nombreux documents riches en enseignements sur la société sogdienne. Les Arabes ayant assiégé la forteresse, Divashtich dut se rendre. Il fut exécuté à l'automne 722 par al-Harashi.
En 728, le gouverneur du Khorassan Ashras ibn Abdallah al-Sulami offrit une exemption d'impôts pour les nouveaux convertis, ce qui produisit exactement les mêmes effets que la première fois. Avec l'aide des Turcs, Boukhara devint le centre de la révolte sogdienne. Elle fut soumise durant l'été 729, après plusieurs mois de durs combats. Samarcande, dirigée par le roi Ghurak (successeur de Tarkhun), ne s'était pas soulevée. En dépit de la répression menée par les Arabes, la résistance des Sogdiens ne s'arrêta pas. Elle fut particulièrement vive en 733 et 734. Le gouverneur Nasr ibn Sayyar (738-748) décida de mener une politique plus conciliante avec les élites locales.
Vers la fin de la civilisation sogdienne
Les Arabes étaient alors gouvernés par la dynastie des Omeyyades. Elle avait des ennemis, parmi lesquels figuraient les Abbassides, des descendants d'Abbas, un oncle paternel de Mahomet. Leur leader au Khorassan et en Transoxiane fut Abu Muslim, un homme aux origines quelque peu obscures né en 718 ou 719. Il commença à rassembler des troupes en juin 747 et les mit en mouvement au début de l'année 748. Il entra dans Merv (actuel Turkménistan) en février. Nasr ibn Sayyar dut fuir cette cité pour se réfugier en Perse, à Nichapur. Abu Muslim envoya contre lui l'un de ses officiers, Qahtaba ibn Humayd, ce qui l'obligea à continuer sa fuite plus à l'ouest. Les Omeyyades réagirent alors en lui envoyant des renforts, mais ils furent défaits par Qahtaba et Nasr fut tué. Qahtaba garda le contrôle de la Perse, permettant aux Abbassides d'atteindre la ville de Kufa, en Irak, le 29 août 749. Un an plus tard, les Omeyyades furent renversés. Abu Muslim fut alors nommé gouverneur du Khorassan. Au printemps 751, il dut affronter un révolte d'un chiite, Sharik ibn Shaykh, à Boukhara. L'officier qu'il envoya, Ziyad ibn Salih, ne put venir à bout des insurgés qu'avec l'aide de l'aristocratie sogdienne.
La Sogdiane était toujours sous suzeraineté théorique de la Chine, mais les Chinois n'étaient pas intervenus. L'initiative vint d'un général chinois, Gao Xianzhi, qui était le gouverneur des «Pays d'Occident». Le souverain du Ferghana (à l'est de l'Ouzbékistan), demanda son aide contre le roi de Tashkent. Gao Xianzhi se rendit dans cette oasis, captura le roi en question et le fit exécuter, mais le fils du défunt souverain appela les Arabes à l'aide. En juillet 751, Ziyad ibn Salih affronta une armée chinoise de 30 000 hommes et l'écrasa avec le soutien d'un peuple turc, les Karluk, sur la rivière Talas, au nord-est de Tashkent. La Chine était définitivement éliminée de la Sogdiane.
Les Omeyyades s'inquiétèrent de la toute puissance d'Abu Muslim. Ils nommèrent son général Ziyad ibn Salih gouverneur de la Sogdiane. Celui-ci fut vaincu par Abu Muslim et fut tué par un chevalier sogdien chez lequel il s'était réfugié. Un calife des Abbassides arrivé au pouvoir en 754, Abu Jafar al-Mansur, convoqua perfidement Abu Muslim à la cour et le fit exécuter. Cela entraîna des révoltes de proches d'Abu Muslim, qui n'étaient pourtant pas des musulmans. Le zoroastrien Sunbādh souleva le Khorassan contre les Abbassides. Ceux-ci effectuèrent une répression très féroce, allant jusqu'à massacrer des femmes et des enfants. D'autres révoltes zoroastriennes se produisirent, la dernière et la plus importante ayant lieu entre 776 et 783. Elle fut menée par Hashim ibn Hakim. Bien que ce personnage ait eu un nom arabe, son mouvement était plutôt anti-musulman et ancré dans la paysannerie sogdienne. Il avait aussi un soutien dans la ville de Samarcande. La répression de cette révolte et le suicide de Hashim ibn Hakim marqua la victoire définitive de l'islam sur les religions locales.
Au cours du IX siècle, la Transoxiane tomba progressivement, de manière pacifique, entre les mains d'une famille originaire du village (bactrien?) de Saman, les Samanides. En 874, le calife Al-Mu'tamid nomma l'un de ses membres, Nasr ibn Ahmad, gouverneur la Transoxiane, avec Samarcande pour résidence. La même année, Nasr installa son petit frère Ismail ibn Ahmad à Boukhara, mais en 888, les deux hommes s'affrontèrent et Nasr fut vaincu. A la mort de ce dernier en 892, Ismail devint le seul maître d'un Etat de facto indépendant. En 900, il annexa le Khorassan. Les Samanides étaient de bons musulmans, mais ils entreprirent la désarabisation de la Transoxiane et du Khorassan. A partir de cette époque, le persan commença à supplanter le sogdien et le bactrien. Le terme Tāzīk (en moyen persan) était utilisé à l'ouest de la Perse pour désigner les Arabes. Il s'appliqua ensuite aux musulmans du Khorassan et de la Transoxiane. Aujourd'hui, prononcé tadjik, il désigne les populations de langue persane de l'Asie centrale, au Tadjikistan, au nord de l'Afghanistan, mais aussi en Ouzbékistan, où cette langue demeure très utilisée, notamment dans les grandes villes comme Samarcande ou Boukhara.
Avec l'arrivée de l'islam et du persan, c'était une nouvelle civilisation qui s'installait en Sogdiane.
=La civilisation=
La société
Selon les documents du mont Mug, elle ne semble pas avoir connu de grands changements depuis l'époque des Lettres Anciennes: on y distingue toujours trois classes. Le titre le plus élevé de l'aristocratie était celui du roi, le afshīn ou le ikhshid. Le souverain de Boukhara portait un titre spécial, Bukhār khudāt. Durant les VII et VIII siècles, les rois étaient de plus en plus élus par les nobles, ce qui limitait leur pouvoir. C'est de cette manière que le ikhshid Ghurak est monté sur le trône de Samarcande, après la chute de Tarkhan. Parmi les nobles (āzād), il y avait les dihqān. Cette classe était beaucoup plus ouverte qu'en Europe: dans la ville de Panjikand, elle ne représentait pas moins de quinze pour cent de la population. Elle comprenait les propriétaires fonciers, qui jouissaient parfois d'un pouvoir considérable et avaient des guerriers professionnels à leur disposition, les chakir. Ces derniers constituaient le noyau des armées sogdiennes.
L'historien perse Narshakhi a donné cette description de la cour de Tughshada, la reine de Boukhara. Sa coutume était chaque jour de:
«s'asseoir sur un trône, tandis que devant elle, se tenaient des esclaves, des maîtres du sérail, c'est-à-dire des eunuques, et des nobles. Elle avait fait une obligation pour la population que chaque jour, des dihqān aux princes, deux mille jeunes, ceints de ceintures d'or et portant des épées [à l'épaule], devraient apparaître pour le service et se tenir à distance. Quand la Khatun sortait, tout le monde lui faisait obéissance pendant qu'elle effectuait des recherches sur les affaires de l'Etat. Elle donnait des ordres et des interdictions; elle offrait un vêtement pour honorer qui elle voulait et punissait qui elle voulait... Au soir, elle sortait de la même manière et s'asseyait sur le trône. Quelques dihqān et princes se tenaient devant elle en deux rangs, à son service jusqu'au coucher du soleil.»
Les peintures sogdiennes montrent des dihqān en train de festoyer. Les hommes portaient des ceintures d'or, où étaient accrochés de superbes épées ou poignards. Des femmes leurs tenaient compagnie. Tous étaient assis ou étendus sur des tapis, avec leurs serviteurs en arrière-plan.
A l'époque dont nous parlons, les Turcs avaient exercé une influence sur les Sogdiens. Le titre de khatun «reine» était d'origine turque. C'était aussi le cas du plus haut titre administratif, le tudun (peut-être le chef du service civil). Il y avait aussi le farmandār, en charge de toutes les affaires financières et économiques, le commandant des forces armées et l'archiviste en chef, ainsi que des collecteurs de taxes. Cette adminstration fonctionnait de manière bureaucratique, mais efficacement et sans inégalité.
Aux yeux des étrangers, les Sogdiens étaient surtout des marchands. Leur activité commerciale était indéniable, mais leur économie reposait surtout sur la pratique de l'agriculture. Les conditions météorologiques les contraignaient à développer des réseaux d'irrigation. Le village sogdien paraît avoir coïncidé avec le groupe agnatique.
La fabrication de soie a débuté en Sogdiane aux alentours de l'an 700. Au cours de la bataille du Talas, des artisans chinois qui savaient fabriquer du papier ont été capturés. Cela valut à Samarcande de devenir un important centre de production de papier. Les artisans et les petits commerçants vivaient dans des maisons à un étage et plusieurs pièces. Certains devaient louer des ateliers ou des boutiques.
Les esclaves étaient nombreux. Il s'agissait de personnes capturées lors des guerres, prises comme otages, vendues par leur famille ou qui s'étaient elles-mêmes placées sous la protection d'un maître.
Témoignages chinois
Les annales de la dynastie chinoise des Tang donne la description suivante des coutumes sogdiennes:
«Les habitants de ces principautés aiment le vin. Ils se plaisent à danser et à chanter dans les rues. Le roi a un chapeau de feutre qu'il orne d'or et de divers joyaux. Les femmes se font un chignon: elles portent un bonnet noir auquel elles cousent des fleurs d'or. Quand elles ont accouché d'un enfant, elles lui font manger du sucre candi et elles lui mettent de la colle sur la main, dans le désir que lorsqu'il sera grand, il ait des paroles douces et tienne les objets précieux comme s'ils étaient adhérents à ses mains. Ces gens sont habitués à écrire en lignes horizontales. Ils excellent au commerce et aiment le gain. Dès qu'un homme a vingt ans, il s'en va dans les royaumes voisins. Partout où on peut gagner, ils sont allés.»
A la même époque, le pèlerin chinois Xuanzang a laissé ce témoignage sur Samarcande:
«Sa capitale a plus de 20 li de tour (environ 10 km), excessivement forte avec une importante population. Le pays a un grand entrepôt commercial, est très fertile, abondant en fleurs et en arbres et fournit beaucoup de beaux chevaux. Ses habitants sont des artisans habiles et énergiques. Tous les pays Hu (iraniens) considèrent ce royaume comme leur centre et se font un modèle de ses institutions. Le roi est un homme d'esprit et de courage auquel les Etats voisins obéissent. Il a une superbe armée où la plupart des soldats sont des chakir. Ce sont des hommes de grande valeur, qui voient en la mort un retour vers leurs parents, et contre lesquels aucun ennemi ne peut tenir au combat.»
La religion
D'une manière générale, en ce qui concerne la religion, les Sogdiens ont été assez imperméables aux influences extérieures. Dans leurs textes, on trouve les noms de vieilles divinités iraniennes. Leurs noms sont donnés en transcription gréco-latine de l'écriture sogdienne, qui ignorait les voyelles:
- Verethragna (wsγn), dieu guerrier semblable à Indra. L'un des principaux dieux iraniens. Il est appelé Orlagno par les Bactriens, Varlagn par les Saces, Arlagn par les Chorasmiens (au Khwarezm).
- Druvāspa (δrw'sp), la «Maîtresse des chevaux bien portants». Présente dans l'Avesta, elle est appelée Lrooaspo par les Bactriens.
- Haoma (γwm). C'est la plante d'immortalité des Iraniens, qui est divinisée.
- Khvarnah (prn), entité multiforme, lumineuse, assimilée à un feu, que tout roi iranien devait posséder.
La plus importante divinité féminine était Nanai, qui possédait quatre bras et s'asseyait sur un lion. Ahura Mazdā (Xwrmzt'βγ), le dieu théoriquement unique du zoroastrisme, était très rarement mentionné, mais les Sogdiens connaissaient son fondateur, Zarathoustra (Zrwsc). Ils adhéraient à un courant de cette religion qui plaçait Zurvan (zrw), le Temps, en tête du panthéon. Il était considéré comme le père d'Ahura Mazdā (ou Ohrmazd) et de son ennemi Angra Mainyu (ou Ahriman), l'Esprit du Mal. Les noms des six Amesha Spenta, divinités auxiliaires d'Ahura Mazdā selon la philosophie de Zarathoustra, étaient utilisés comme noms personnels.
De même que les Sogdiens n'ont jamais créé d'Etat unifié, ils n'ont jamais donné d'autorité centrale à leur religion. C'est une différence essentielle avec le zoroastrisme tel qu'il était pratiqué dans la Perse des Sassanides. La religion sogdienne était une affaire individuelle. Chaque famille et chaque communauté avait ses propres patrons. Des autels étaient aménagés dans chaque maison. Les Arabes ont mentionné des «temples du feu» très richement décorés et des «idôles» en or et en argent, parfois de grande taille. La pratique zoroastrienne de décharnement des cadavres est attestée au moins jusqu'au cinquième siècle.
Etant en contact avec tous les pays de l'Asie, les Sogdiens connaissaient bien sûr les divinités indiennes. Ils s'inspiraient de l'iconographie indienne pour représenter leurs propres dieux. Zurvan était ainsi représenté sous la forme de Brahma.
Le bouddhisme est arrivé en Chine en passant par la Sogdiane, mais s'il est resté présent sur ce territoire, il y a toujours occupé une place marginale. On connaît un Sogdien qui s'est converti au bouddhisme au Vietnam, alors appelé le Giao-Chi, au . Il était le fils de négociants qui s'étaient installés dans ce pays. Il arriva à Nankin en 247 afin de convertir le roi Sun Quan et il y mourut en 280 après avoir traduit de nombreux livres sanskrits en chinois. Son nom, prononcé à la manière chinoise, est Kangsenghui.
Peuple d'Asie
Ouzbékistan
L'Ouzbékistan est un pays d'Asie Centrale, entouré par l'Afghanistan, le Kazakhstan, le Kirghizstan, le Tadjikistan et le Turkménistan. Sa capitale est Tachkent.
Histoire
Article détaillé : Histoire de l'Ouzbékistan
Subdivisions
Article détaillé : Subdivisions de l'Ouzbékistan
L'Ouzbékistan est divisé en 12 régions (viloyat, pluriel viloyatlar), une ville (shahri) et une région autonome (respublikasi) :
Subdivisions de l'Ouzbékistan
# Toshkent Shahri (Tashkent)
# Andijon Viloyati (Andijon)
# Buxoro Viloyati (Buxoro)
# Farg‘ona Viloyati (Farg'ona)
# Jizzakh Viloyati (Jizzakh)
# Namangan Viloyati (Namangan)
# Navoiy Viloyati (Navoiy)
# Qashqadaryo Viloyati (Qarshi)
# Samarqand Viloyati (Samarqand)
# Sirdaryo Viloyati (Guliston)
# Surxondaryo Viloyati (Termiz)
# Toshkent Viloyati (Tashkent)
# Xorazm Viloyati (Urganch)
# Qoraqalpog‘iston Respublikasi (Nukus), c'est-à-dire la république des Karakalpaks, appelée aussi Karalpakistan.
Note : le centre administratif est placé entre parenthèses après le nom de la région.
La capitale nationale, Tachkent, en plus d'être le siège de son viloyat, est également, administrativement, une ville.
Géographie
Nukus
Nukus
Article détaillé : Géographie de l'Ouzbékistan
Politique
Article détaillé : Politique de l'Ouzbékistan
Économie
Article détaillé : Économie de l'Ouzbékistan
Démographie
Article détaillé : Démographie de l'Ouzbékistan
Démographie de l'Ouzbékistan
Culture
Démographie de l'Ouzbékistan
Article détaillé : Culture de l'Ouzbékistan
|+ Fêtes et jours fériés
! Date !! !! !! Remarques
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| 1 septembre|| Jour de l'Indépendance|| Mustakilliq Kuni|| 1991
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Samarcande
Samarcande ou Samarkand (Samarqand ou Самарқанд en Ouzbek) (population 400 000) est une ville d'Ouzbékistan, capitale de la Région de Samarcande (Samarqand Viloyati). Son nom signifie probablement "lieu de la rencontre" ou "lieu du conflit" (samara : rencontre, conflit en sanskrit, kand, kent : ville, terme centre-asiatique) et illustre bien sa position à la limite des mondes turc et persan.
Histoire
L'occupation du site de la ville de Samarkand date du paléolithique inférieur elle est l'un des berceaux de la civilisation des peuples de l'Asie centrale. Le musée de Samarkand offre quelques exemples de silex taillés trouvés sur place. Le site archéologique est appelé Afrosiab.
Samarkand, connue alors sous le nom de Marakanda, a vu Alexandre le Grand (329 av. J.-C.). C'est le point ultime atteint par ce grand conquérant. Il y amena de la vigne : le cabernet local ne vaut pas le voyage.
Elle fut conquise par les Arabes en 712 et brilla particulièrement sous le règne des samanides.
Le mathématicien, astronome et poète persan Omar Khayyam (1048-1131) y séjourna de 1072 à 1074, avant de s'installer à Ispahan en Iran à l'invitation du sultan seldjoukide Malik Shah I.
Elle fut ruinée par Gengis Khan en 1220.
Marco Polo (vers 1272) n'est pas passé à Samarkand, son itinéraire vers la Chine est plus au sud en Afghanistan. Mais son père et son oncle sont allés jusqu'à Boukhara par la route traditionnelle de la soie dont le prolongement naturel est Samarkand avant de traverser le Pamir vers Kachgar en Chine.
:Samarkand est une très noble et grandissime cité, où se trouvent de très beaux jardins et tous les fruits qu'homme puisse souhaiter. Les gens y sont chrétiens et sarrasins. Ils sont au neveu du Grand Khan, qui n'est point son ami, mais bien souvent a été en querelle avec lui
::Marco Polo (1255-1324) Le devisement du monde, Le livre des merveilles (Tome I), éditions FM/La Découverte
Chine
Ibn Khaldûn raconte la poussée vers la Chine par les Omeyyades :
:En l'an 96 (715) Qutayba prit la décision de faire la conquête de Kachgar, la ville chinoise la plus proche. Il commença donc son expédition, emmena avec lui les familles des soldats qu'il laissa à Samarkand, traversa le fleuve Syr Daria et disposa un contingent pour garder le passage et empêcher les troupes de revenir en arrière sans son autorisation. Ensuite, il envoya son avant-garde à Kachgar, où elle recueillit du butin et fit des prisonniers. On mit à ceux-ci le collier des tributaires et on poussa l'expédition plus loin à l'intérieur de la Chine.
:Le roi de Chine écrivit à Qutayba en lui demandant de lui envoyer un noble arabe pour le renseigner sur les arabes et leur religion. Qutayba choisit dix arabes parmi lesquels il y avait Huhayra ibn Mushamraj al-Kilâbî, et donna l'ordre de les doter d'un bon équipement, d'habits en soie et en étoffe à ramage, et de quatre chevaux. Il leur dit : « Faites-lui savoir que je ne partirai pas avant d'avoir foulé le sol des Chinois, enchaîné leurs princes et reçu leurs butins. »
::Ibn Khaldûn (1332-1406) Peuples et Nations du monde, édition SindBad
En fait des négociations s'engagent et les arabes n'iront pas plus loin.
Ibn Battûta séjourne à Samarkand (vers 1335). À cette époque Samarkand avait été détruite par les mongols de Gengis Khan en 1220, et n'était pas encore reconstruite (vers 1370) par Tamerlan qui naquit quelques années après le passage d'Ibn Battûta. Il décrit des monuments qui n'existent plus.
:Je me dirigeai vers la ville de Samarkand, une des plus grandes, des plus belles et des plus magnifiques cités du monde. Elle est bâtie sur le bord d'une rivière nommée rivière des Foulons, et couverte de machines hydrauliques, qui arrosent des jardins. C'est près de cette rivière que se rassemblent les habitants de la ville, après la prière de quatre heures du soir, pour se divertir et se promener. Ils y ont des estrades et des sièges pour s'asseoir, et des boutiques où l'on vend des fruits et d'autres aliments. Il y avait aussi sur le bord du fleuve des palais considérables et des monuments qui annonçaient l'élévation de l'esprit des habitants de Samarkand. La plupart sont ruinés, et une grande partie de la ville a été aussi dévastée. Elle n'a ni muraille ni portes. Des jardins se trouvent compris dans l'intérieur de la ville. Les habitants de Samarkand possèdent des qualités généreuses, et ont de l'amitié pour les étrangers; ils valent mieux que ceux de Boukhara
::Ibn Battûta (1304-1368) Voyages (Tome II), édition FM / La Découverte
Elle devint la capitale de Tamerlan en 1369. Les monuments édifiés par les Timurides, font la gloire de la cité.
Timurides
En 1868, elle passe sous domination russe, avant de devenir, en 1925, la capitale de l'Ouzbékistan soviétique. Elle perdra cette place au profit de Tachkent en 1930.
Monuments
Ce n'est qu'une liste partielle, citant les principaux monuments :
- Site archéologique d'Afrosiab (XIII au VII siècle avant J.-C.)
- Observatoire d'Ulugh Beg (1428-1429)
- La nécropole Shah e Zindeh.
- Mosquée Hazrat-Hizr (milieu du )
- Mosquée Bibi-Khanym (1399-1404).
- Le Régistan (les trois madrasas)
: - Madrasa d'Ulugh Beg (1417-1420)
: - Madrasa Sher-Dor (de la porte des Lions) (1619-1635/36).
: - Madrasa Tilla-Qari (Couverte d'or) (1647-1659/60).
- Mausolée de Gur-Emir (Enfants et petits enfants de Tamerlan) (1404).
Samarcande a été inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO en 2001.
Voir aussi
- Samarcande est la ville où est emprisonné Raspoutine dans dans un film de la série Corto Maltese
Homonymie
- [http://aminmaalouf.ifrance.com/aminmaalouf/samarcande.htm Samarcande] est le titre d'un roman d'Amin Maalouf mettant en scène Omar Khayyam, Hasan Sabbah et Nizam al-Mulk.
- Une des aventures de Corto Maltese, le héros de Hugo Pratt, s'intitule La maison dorée de Samarcande.
Catégorie:Site archéologique
Catégorie:Patrimoine mondial en Ouzbékistan
ja:サマルカンド
Sogdiane
La Sogdiane est une région historique recouvrant en partie l'Ouzbékistan et englobant Samarcande et Boukhara.
Son peuple de langue persane, les Sogdiens, joua au Moyen Âge un important rôle d'intermédiaire commercial le long de la Route de la soie.
Catégorie:Asie
ja:ソグディアナ
Bactriane
La Bactriane ou Bactrie (du grec ancien Βακτριανὴ / Baktrianê) est une région à cheval sur les États actuels d'Afghanistan, d'Ouzbékistan et le Tadjikistan, située entre les montagnes de l'Hindu Kush et la rivière Amu Darya.
Sa capitale était Bactres (actuel Balkh). Les Indiens lui donnaient le nom de Bahlikâ et les Chinois celui de Daxia.
De 545 à 540 av. J.-C., Cyrus II se lance à la conquête de l'Asie centrale, il intègre la Bactriane dans l'Empire achéménide. En 462, une révolte de la Bactriane est écrasée.
Dans sa conquête de la Perse, Alexandre le Grand s'empare de la Bactriane en 328.
En 250, la Bactraciane d'affranchit des Séleucides et devient un royaume indépendant: le Royaume gréco-bactrien, qui dura jusqu'au règne de Hélioclès I. Il fut envahi en 130 par les nomades Yuezhi venu du Nord.
La Bactriane a donné son nom à une espèce de chameaux, le chameau de Bactriane (camelus bactrianus).
De nombreuses fouilles sont effectuées en Bactriane du nord (vallée du Surkhan Darya) par des équipes franco-ouzbèques (http://ximebenj.club.fr/index.htm), japonaise-ouzbèque, en particulier sur le site de l'ancienne Termez.
Catégorie:Histoire du monde indien
ja:大夏
Zeravchan
Zeravchan ou Zeravshan ("fleuve d'or" dans une langue persane locale), fleuve du Tadjikistan et d'Ouzbékistan qui prend sa source dans les montagnes du nord du Tadjikistan et arrose les environs de Samarcande et de Boukhara avant de se perdre dans les sables du désert.
Un canal le relie à l'Amou-Daria.
Catégorie:Ouzbékistan
Catégorie:Tadjikistan
Sogdien
Le sogdien est une langue persane ancienne parlée au Moyen Âge par les Sogdiens, peuple commerçant qui résidait en Sogdiane, la région historique englobant Samarcande et Boukhara et recouvrant plus ou moins l'actuel Ouzbékistan.
L'alphabet sogdien, dérivé de l'alphabet araméen-syriaque, fut transmis et adapté par les Ouïgours, qui à leur tour le transmirent aux Mongols puis aux Mandchous.
AvestaL'Avesta (en avestique avestā) est l'ensemble des textes sacrés de la religion mazdéenne et forme le livre sacré, le code sacerdotal des zoroastriens. Il est rédigé en plusieurs états de l'iranien ancien, désignés sous le nom davestique. Les parties les plus anciennes, celles des gathas, sont dans une langue aussi archaïque que celle du Rig Veda (sanskrit védique), le « gathique », les autres en avestique tardif. Le tout est écrit dans l'alphabet avestique.
Du texte initial qui comptait 21 livres ou gathas (en avestique gāθā), des hymnes étant à la fois des traités et des poèmes, seul le quart, ce qui représente un millier de pages, a été transmis jusqu'à nous : les autres livres ont disparu ou ont été détruits à l'époque des conquêtes d'Alexandre lors de l'incendie de la bibliothèque de Persépolis et lors des invasions arabo-musulmanes au . À noter que certains versets du Coran, de style persan, seraient la traduction de gathas (ou gasses), Mahomet dictant en effet ses textes à son esclave, un lettré zoroastrien.
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Catégorie:Religion
ja:アヴェスター
ZoroastrismeCatégorie:Religion
Le zoroastrisme est la religion professée par Zarathoustra (comme dans Ainsi parlait Zarathoustra de Friedrich Nietzsche), dont le nom a été prononcé Zoroastre par les Grecs. Elle a été fondée au cours du dans l'actuel Turkestan occidental, au nord-est de la Perse, et elle est devenue la religion officielle des Perses sous la dynastie des Sassanides (224-651), jusqu'à ce que la conquête arabe importe l'islam.
Le zoroastrisme fut l'une des premières religions à proclamer l'hénothéisme, une forme de monothéisme, avec Ahura Mazdā pour dieu principal. Les zoroastristes vénèrent le feu éternel symbole de Dieu. Zoroastre préchait le dualisme et la bataille entre le Bien et le Mal, la Lumière et les Ténébres (ce dualisme présent dans l'islam chiite duodécimain). Le principe de Zoroastre est qu'il existe un esprit saint (Spenta Mainyu), tardivement identifié à Ahura Mazdā, et un esprit mauvais (Angra Mainyu ou Ahriman), opposés car représentant le jour et la nuit, la vie et la mort. Ces deux esprits coexistent dans chacun des êtres vivants.
Les origines
Le zoroastrisme se présente comme une réforme de la religion pratiquée par des tribus de langue iranienne qui se sont installées dans le Turkestan occidental entre le et le . Ces tribus étaient étroitement apparentées aux Indo-Aryens, lesquels ont apporté le sanskrit et toutes ses langues dérivées en Inde du Nord, à partir de l'an 1700 av. J.-C.. Ensemble, ces peuples constituent une famille dite indo-iranienne.
La comparaison du zoroastrisme avec la religion indienne est donc utile pour comprendre sa genèse. Ces deux religions avaient un dieu appelé Mitra par les Indiens et Mithra par les Iraniens (où th est prononcé comme en anglais). Il a évolué de manière très divergente chez ces deux peuples. Chez les Indiens, selon François Cornillot, le - Mitra originel s'est scindé en trois dieux, Mitra, Aryaman et Varuna. Chez les Iraniens, ce dieu a en revanche gardé son unité. Dieu souverain, il était le fils d'Ahura Mazdā, qui semble avoir été le Ciel. Les zorastriens se sont efforcés d'éliminer le culte de Mithra au profit de celui d'Ahura Mazdā, ce qui justifie le nom de mazdéisme qui est aussi donné à leur religion. La Perse antique, sous la dynastie des Achéménides, n'était pas vraiment mazdéenne: elle vénérait autant Mithra qu'Ahura Mazdā. Les Grecs considéraient ce dernier comme équivalent à Zeus, leur dieu céleste. Selon Hérodote (I, 131), la coutume des Perses «est de monter sur les plus hautes montagnes pour offrir des sacrifices à Zeus, dont ils donnent le nom à toute l'étendue du ciel». Quant à Mithra, il était étroitement apparenté au Soleil.
Il faut remarquer que le terme ahura était également connu des Indiens, qui le prononçaient asura. Ce sont les Iraniens qui ont transformé le s originel en un h. Dans les passages les plus anciens du Rig-Veda (texte indien), le mot asura représente l'Être suprême, comme chez les Iraniens. Plus tard, changeant de sens, il s'est appliqué aux anti-dieux, aux démons.
Les cultes du - sauma était également commun aux Indiens et aux Iraniens. Ce terme est devenu soma chez les premiers et haoma chez les seconds. Au sens propre, ce mot désignait une plante, l'éphédra, que l'on utilisait pour préparer une boisson hallucinogène. Pensant qu'elle permettait aux dieux de conserver leur immortalité, on la leur offrait lors de sacrifices. Les participants en buvaient eux-mêmes et accédaient au monde divin, à une «immortalité provisoire». Dans une langue iranienne parlée à l'est de l'Afghanistan, le wakhī, l'éphédra est appelé yimïk, terme provenant de - haumaka-. Selon le Rig-Veda, l'élément de base du soma est un champignon, substitution qui s'explique par le fait qu'en Inde, il n'y a pas d'éphédra.
Dans l'actuel Turkménistan méridional (ancienne Margiane), l'archéologue russe Viktor Sarianidi a fouillé les ruines d'un bâtiment dit de «Togolok-21». Il s'agissait d'un temple où l'on pratiquait le culte du feu et où l'on préparait le haoma. Ce bâtiment faisait partie d'une culture, dite bactro-margienne, datée de -2200 à -1700, qui s'étendait à l'est jusqu'à la Bactriane, le long du cours de l'Amou-Daria. Sur tout le territoire de cette culture, on a trouvé des amulettes avec des représentations de lutte entre des serpents et des dragons ayant une attitude nettement agressive, avec des yeux énormes et une gueule grande ouverte. C'était une représentation primitive de la lutte entre la lumière et les ténèbres, entre la vie et la mort, qui caractériserait plus tard le zoroastrisme. Ainsi, certains éléments de cette religion étaient déjà réunis au début du . Il semble que la culture bactro-margienne n'ait pas été strictement iranienne, mais, plus largement, indo-iranienne. Elle contenait également un «substrat» culturel non indo-européen difficile à cerner, comme le prouve le fait même de construire des temples: les vrais Indo-Iraniens ont longtemps préféré les sanctuaires en plein air.
Zarathoustra et l'Avesta
Amou-Daria
La partie la plus ancienne de l'Avesta, le texte sacré des zoroastriens, est constituée d'hymnes, les Gāthā, censés avoir été composés par Zarathushtra lui-même. Il y apparaît nettement comme un prêtre. Ahura Mazdā lui aurait donné la mission de rénover l'ancienne religion, s'affirmant comme le seul dieu du Bien, incarnation de la lumière, de la vie et de la vérité. Zarathushtra condamne le culte du haoma, Ahura Mazdā étant immortel par lui-même, ainsi que la pratique des sacrifices sanglants. Il enlève au Feu sa condition divine pour en faire un symbole concret de la Lumière. Ce n'est désormais plus en tant que dieu que le Feu est vénéré, mais en tant qu'aspect éminent d'Ahura Mazdā.
Les Gāthā parlent des relations entre Ahura Mazdā et six catégories divines appelées les Amesha Spenta, Immortels Bénéfiques. Ce sont:
- Vohu Manō: Bonne Pensée.
- Asha Vahishta: Meilleure Rectitude.
- Xshathra Varya: Empire Désirable.
- Spenta Armaiti: Bénéfique Pensée Parfaite.
- Haurvatāt: Intégrité.
- Ameretāt: Non-Mort.
Très proche de Vohu Manō, se trouve Spenta Mainyu, l'Esprit Bénéfique, lequel est opposé à Angra Mainyu, l'Esprit Mauvais, incarnation des ténèbres et de la mort. Bien qu'ennemis, ces deux Esprits sont jumeaux. A l'époque des Sassanides, Spenta Mainyu sera identifié à Ahura Mazdā. Angra Mainyu est aidé par des démons, les daēva. Leur nom provient de l'ancienne dénomination indo-européenne des dieux, prononcée deva en sanskrit, qui a acquis un sens négatif dans la totalité du monde iranien, donc à une époque assez reculée. N'ayant plus de mots pour désigner les (bons) dieux, les Iraniens ont dû en inventer un autre, qui a été yazata. Les six Amesha Spenta sont qualifiés de yazata.
Les autres parties de l'Avesta sont clairement postérieures aux Gāthā. C'est en particulier le cas d'hymnes appelés les Yasht, où l'on voit resurgir tout un panthéon que Zarathushtra avait voulu éliminer. Ils sont la plus importante source d'information sur la mythologie iranienne. Le dixième Yasht est tout entier dévoué à la glorification de Mithra. Que s'est-il donc passé? La tentation de Zarathushtra d'imposer une forme d'hénothéisme a-t-elle échoué? Malgré leur contradiction, les Gāthā et les textes de l'«Avesta récent» sont vénérés de la même manière par les zoroastriens.
Le pays où Zarathushtra aurait prêché est appelé airyānem vaējō «le domaine des Aryens» par l'Avesta. Ce n'est pas très riche enseignements, car Airya possède une vaste signification: c'est l'auto-ethnonyme de tous les Iraniens. Les spécialistes s'accordent à situer ce pays plus précisément dans le Turkestan occidental. Les Gāthā ont sûrement été composés à une époque pré-Achéménide, donc avant le . Ils dépeignent une société rurale d'éleveurs et de cultivateurs sédentaires conservant un système de relations claniques et tribales. On y trouve une protestation contre l'apparition d'une élite dominante. L'Avesta connaît le bronze, mais pas le fer. Il convient de remarquer la langue des Gāthā est si proche de celle du Rig-Veda que leurs locuteurs pouvaient sans doute se comprendre.
Il convient de signaler que d'après une école de spécialistes, il n'y a pas de différence fondamentale entre le Rig-Veda et les Gāthā, le culte d'Ahura Mazdā étant le résultat d'une lente évolution. Cela permet de nier l'existence de Zarathushtra. A ce sujet, Bernard Sergent a démontré que les épisodes de sa vie, tels qu'ils sont racontés dans les textes iraniens, sont mythiques: ce personnage ne serait rien d'autre que le «modèle» du prêtre indo-européen, modèle d'une telle ancienneté qu'on le retrouve chez les Celtes, en la personne de Merlin («Merlin et Zarathushtra», Bruxelles, Ollodagos, Actes de la société belge d'études celtiques, Vol. XIX, 2005, pp. 7-50). Dans ce cas, le terme de «mazdéisme» devrait être préféré à celui de «zoroastrisme».
Le zurvanisme
Les fondements de cette école sont contenus dans l'enseignement de Zarathushtra lui-même, puisqu'il affirme que le Bon et le Mauvais Esprit étaient jumeaux. Qui était alors leur père? Les Achéménides se sont interrogés sur cette question. Certains pensaient que c'était l'Espace (Thwasha en avestique), d'autres que c'était le Temps (Zrvan). La seconde opinion s'est imposée et les Sassanides l'ont adoptée dès le début de leur dynastie.
Le zurvanisme est une doctrine philosophique, mais elle s'est teintée de mythes. On raconte que Zurvān, le dieu primitif, faisait des sacrifices dans l'espoir d'obtenir un fils. Puisqu'il n'obtint rien durant un millier d'années, il eut des doutes sur l'utilité de ses sacrifices. Le fils tant espéré arriva enfin. Ce fut Ahura Mazdā, dont le nom était prononcé Ohrmazd à l'époque sassanide. Mais les doutes de Zurvān dotèrent Ohrmazd d'un jumeau qui était Ahriman (Angra Mainyu). Les Iraniens considèrent que soit que Zurvān a tout seul donné naissance aux jumeaux, soit que c'est sa femme Khvashīzagh qui les a mis au monde. Ahriman sortit le premier. Son père lui demanda: «Qui es-tu?». Ahriman lui répondit qu'il était son fils, mais Zurvān répliqua: «Mon fils est d'une odeur suave, et il est lumineux, et toi, tu es ténébreux et puant». Ohrmazd s'étant présenté et ayant une odeur suave, Zurvān le reconnut pour fils. Mais puisqu'Ahriman était sorti le premier, il put dominer le monde et Ohrmazd fut obligé de lutter contre lui. On pensait que sa victoire aurait lieu 9000 ans plus tard.
Les zurvanistes ont de la sorte une conception pessimiste du monde. Contrairement à Zarathushtra, ils attribuent une mauvaise nature aux femmes. Dès leur création par Ohrmazd, elles se rendirent auprès d'Ahriman. Celui-ci leur ayant permis de demander ce qu'elles voudraient, Ohrmazd craignit qu'elle ne voulussent avoir des rapports avec les «justes» et qu'il n'en résultât du mal pour eux. Il eut alors l'idée de créer le dieu Narsāï et le mit tout nu derrière Ahriman afin d'orienter vers lui le désir des femmes. Ce fut effectivement ce qui se produisit.
La théologie zurvaniste est connue par des textes comme le Bundahishn et par des témoignages d'Arabes. On sait ainsi que la Lumière a produit un certain nombre de personnes faites de lumière, d'une nature divine, et que Zurvān était la plus grande d'entre elles. Il fait également partie d'une tétrade: Ashōqār «celui qui rend viril», Frashōqār «celui qui rend éclatant», Zarōqār «celui qui rend vieux» et Zurvān, qui regroupe ces trois aspects puisqu'il comprend la puberté, la maturité et la vieillesse. Parfois aussi, on lui donne deux aspects, qui sont le Temps illimité (Zurvān akanāragh) et le Temps à la longue domination (Zurvān dērang-khvadhāy) correspondant à une période de 12 000 ans.
Le zoroastrisme sous les Sassanides
On peut dire qu'avec l'avènement de la dynastie des Sassanides en Perse, en 224, commence la période de gloire du zoroastrisme: il devient très officiellement religion d'Etat. Le grand-père d'Ardashēr I, le fondateur de cette dynastie, avait été préposé au temple la grande déesse iranienne Anāhitā, dans la ville de Stakhr (non loin de Persépolis). A son fils Shapur I, Ardashēr déclare:
«Ô mon fils, la religion et l'Etat sont sœurs. Elles ne peuvent pas survivre l'une sans l'autre. La religion est le contrefort de l'Etat et l'Etat est son protecteur. Et ce qui est privé de son support s'écroule et ce qui n'est pas défendu est perdu.»
Persépolis
Les prêtres de rang supérieur étaient alors appelés des mōbadh. La Perse était divisée en districts ecclésiastiques confiés à des mōbadh. Tous étaient placés sous l'autorité du mōbadhān mōbadh, qui était l'équivalent exact du shahanshah dans le domaine laïc, c'est-à-dire du «roi des rois», l'empereur des Perses. Cette unification fut surtout l'œuvre du mōbadh Kartir, dont la carrière commença sous le règne de Shapur I et qui devint mōbadhān mōbadh sous le règne de son successeur. A un rang inférieur, se trouvaient les mōgh, terme qui est devenu magus chez les auteurs gréco-latins, puis mage en français, et qui a servi à désigner tous les prêtres iraniens. Les mōghān mōgh étaient des préposés des grands temples.
Le zoroastrisme joua en Perse un rôle sans doute encore plus important que le catholicisme dans l'Europe du Moyen Âge, tant la religion imprégnait la vie des gens. C'était la religion des Iraniens, un aménagement de leur héritage culturel, tandis que le catholicisme est pour les Européens d'origine étrangère.
Le calendrier était zoroastrien. Chaque mois était divisé en deux périodes de 7 jours et deux périodes de 8 jours, donc en 30 jours qui portaient tous des noms de divinités. Ces quatre périodes commençaient respectivement par les jours d'Ohrmazd, d'Ādhur (le Feu), de Mihr (Mithra) et de Dēn, la religion mazdéenne personnifiée (Dēn mazdayasn, aussi appelée Bēdukht «fille de Dieu»). On voit que l'hénothéisme de Zarathushtra n'était pas plus vivant dans la Perse sassanide qu'aux époques antérieures, et cela d'autant plus que les rois des rois continuaient à vénérer Mithra. Cependant, six jours de la première période portaient les noms des Amesha Spenta. Elle s'achevait par le jour Dadhv «le Créateur» (Ohrmazd), qui clôturait également les deux périodes suivantes.
Le principe de ce découpage est décrit dans le chapitre III du Bundahishn «la Création Originelle», ouvrage probablement compilé à la fin de la dynastie des Sassanides (au ). C'est un traité qui parle de cosmologie, d'astronomie et d'eschatologie, et qui donne également des listes de rivières, de montagnes et de plantes.
Les douze mois portaient également des noms de divinités. On y reconnaît les noms des Amesha Spenta:
# Fravardīn (les fravarshi)
# Urdvahisht (Asha Vahishta)
# Khvardādh (Haurvatāt)
# Tīr (Tishtrya, le dieu des Pluies)
# Amurdādh (Ameretāt)
# Shahrēvar (Xshathra Vairya)
# Mihr
# Ābhān («les eaux», Anāhitā)
# Ādhur
# Dadhv
# Vahman (Vohu Manō)
# Spandarmadh (Spenta Armaiti)
Les fravarshi étaient des esprits tutélaires des morts, la partie protectrice de leurs âmes, qui revenaient durant les cinq derniers jours de l'année. C'était alors la fête de Fravardīghān, aussi appelée Hamaspathmaēdaya. Il s'agissait de cinq jours supplémentaires, nommés d'après les noms des cinq Gāthā, qui s'ajoutaient aux 12 mois de 30 jours. Cette fête, au caractère carnavalesque, était suivie par le Naurūz, le Nouvel An, le 1 Fravardīn. Malgré la convertion des Perses à l'islam et l'adoption du calendrier musulman, le Naurūz est toujours resté vivant. Il est célébré à l'équinoxe du printemps. Une autre grande fête était celle de Mihr, Mihrgān, au jour de Mihr (le 16) du mois de Mihr. Elle avait lieu à l'automne et coïncidait avec le début de l'année avant l'époque des Sassanides. On peut également mentionner six fêtes de cinq jours réparties sur toute l'année, le Hamaspathmaēdaya étant la dernière. On les appelait les Gāhanbār (phases de création).
Tout temple, quelque soit le dieu (ou les dieux) auxquels il était consacré, comprenait un autel du feu. Il était placé dans une pièce sombre, afin que le feu sacré ne fût pas touché par les rayons du soleil. Les prêtres l'entretenaient selon un rituel extrêmement strict. Trois temples jouaient un rôle majeur: celui du Feu de Farnbagh, qui se serait trouvé dans la ville de Kāriyān (région du Fars), celui du Feu de Gushnasp, à Gandjak dans l'actuel Azerbaïdjan, et celui du Feu de Burzēn-Mihr, au nord-ouest de Nishapur. Ces feux étaient respectivement celui des prêtres, celui des rois et celui des agriculteurs. Ils correspondent aux trois fonctions reconnues par Georges Dumézil chez tous les peuples indo-européens: la fonction cléricale, la fonction guerrière (à laquelle se rattachaient les rois) et la fonction de production. Ainsi, l'Avesta récent reconnaît trois états, celui des prêtres, celui des guerriers et celui des agriculteurs. Quand un empereur montait sur le trône, il effectuait une visite solennelle au Feu de Gushnasp. Il lui demandait également son aide pour vaincre ses ennemis.
Les Parsis
Les Arabes entreprirent la conquête de la Perse à partir de 636. La dynastie sassanide s'effondra en 651 à la mort de son dernier souverain, Yazdgird III. Les Perses abandonnèrent le culte zoroastrien au profit de l'islam; seules Yazd et Kerman, au centre du plateau iranien, demeurèrent des fiefs de leur ancienne religion. Les Arabes appelèrent ces zoroastriens des Gaur «Infidèles», terme qui est devenu Guèbres en France. Aujourd'hui, il en resterait environ 30 000, dont 6 000 à Yazd. Cependant, de nombreux pratiquants s'installèrent dans le nord de l'Inde actuelle où ils sont connus sous le nom de Pârsî. Ce terme n'est qu'une prononciation particulière du mot Persan. Aujourd'hui, les deux tiers de la communauté se trouvent à Mumbai. Grâce à eux, le zoroastrisme est resté une religion vivante.
Mumbai]
Les dogmes et rites
Curieusement, la naissance d'un Parsi n'est pas vraiment accompagnée de rites religieux. Durant son premier anniversaire, il peut effectuer sa Présentation au Temple, où le prêtre le marque au front avec de la cendre du Feu sacré et récite des bénédictions. Ce n'est pas une cérémonie obligatoire, tout au contraire du naojote, qui doit être effectué au maximum à l'âge de 15 ans, tant pour les garçons que pour les filles. C'est l'initiation, qui marque l'arrivée du Parsi à l'âge adulte. Chez lui, et non dans un temple, le Parsi reçoit une tunique blanche, le sudreh, nouée à la taille par un cordon de laine, le kūsti. Un Parsi pieux ne devrait jamais rester sans tunique, et lorsqu'il faut la changer, il devrait réciter des prières appropriées. Sans cette initiation, son âme resterait dans un état en quelque sorte virtuel et il vivrait comme un paria.
Chez les Parsis, le mariage est obligatoire et la stérilité est conçue comme une malédiction. Certains rites remontent au plus lointain passé indo-européen, comme le bain de la mariée. Les Parsis ne se marient qu'entre eux. Ce n'est pas une coutume nouvelle: dans la Perse sassanide, il était interdit d'épouser un non-zoroastrien. Bien plus, le contact avec des «infidèles» est source de souillures. Si l'on a mangé de la nourriture préparée par un non-zoroastrien ou si l'on a effectué un voyage, il est nécessaire d'effectuer des rites de purification.
La vie étant conçue comme un don d'Ahura Mazdā, la mort ne peut être qu'être considérée avec horreur. On pense que la décomposition du corps est l'œuvre d'un démon. Des Parsis formant une sorte de caste, les Nasālāsar sont chargés d'emmener les morts dans des «Tours du Silence», appelées dakhmā par les Parsis. Les défunts y sont déposés, dénudés, afin d'y être dévorés par les vautours, de façon à ne pas souiller la terre, par inhumation, et le feu, par crémation. Leurs parents les accompagnent jusqu'à la Tour mais n'y entrent pas. Ils se rassemblent dans une petite chapelle bâtie à proximité de la Tour et y récitent des prières.
L'âme du mort reste trois jours dans la Tour. Le quatrième jour, elle la quitte, mais elle doit alors franchir un pont. Il se produit une sorte de jugement: l'âme du juste franchit le pont et accède à la Maison des chants, tandis que celle du méchant tombre dans les Enfers . Cependant, toutes les âmes jouiront de l'instauration d'un Paradis terrestre consécutive à la victoire d'Ahura Mazdā sur l'Esprit du Mal. Il s'agit d'une résurrection qui diffère de celle des chrétiens par le fait qu'il n'y a pas de Jugement Dernier. L'enfer des zoroastriens est donc plutôt un purgatoire où l'on attend sa résurrection.
La pratique du décharnement des corps remonte à un lointain passé et se retrouve dans les hauts villages du Tibet.
Voir aussi
Articles connexes et Zoroastriens célèbres
- Pârsî
- le chef d'orchestre Zubin Mehta
- le chanteur de rock Freddie Mercury
- un professeur du bauhaus Johannes Itten
- cf. le livre de Éloi Crubbecq, "La Grande Arche Cosmique, ou l'enseignement révélé des derniers maîtres du zoroastrisme" (Bruxelles - 1957)
Lien externe
- http://www.systerofnight.net/religion/html/iran.html
- [http://www.louisg.net/C_zoroastrien.htm Le calendrier zoroastrien]
- [http://minorites.org/article.php?IDA=2276 Le temple du feu zoroastrien à Chak Chak]
ja:ゾロアスター教
ko:조로아스터교
simple:Zoroastrianism
Scythes ko:스키타이 ja:スキタイ
catégorie:Peuple d'Asie
Les Scythes - du grec Skùthai - sont un ensemble de peuples nomades, ayant vécu entre le VII siècle et le III siècle avant J.-C. dans les steppes eurasiennes. C'est une très vaste zone allant de l'Ukraine à l'Altaï, en passant par le Kazakhstan. Les Perses désignaient ces mêmes peuples par le nom de Saka, qui a été francisé en Saces. Les sources assyriennes mentionnent les Saces dès 641 ou 640 avant l'ère chrétienne. Les scientifiques admettent aujourd'hui que les Scythes parlaient une langue iranienne, mais certaines personnes, qui sont turques, continuent à soutenir une ancienne thèse selon laquelle les Scythes étaient turcophones (voir Peuples scythiques).
La culture scythe est essentiellement connue grâce aux récits d'Hérodote. Ils constituent véritablement une source d'information très riche, mais ce «coup de projecteur» jeté sur les Scythes d'Ukraine pourrait faire penser que le phénomène scythe était essentiellement européen. Il n'en était rien. Les Scythes ont joué un rôle aussi important en Asie centrale qu'en Europe. Le problème est que pour les étudier, on ne dispose guère que de vestiges archéologiques. Puisqu'ils étaient nomades, les Scythes n'ont pas laissé d'autres monuments que leurs tombes, ainsi que des «pierres à cerfs», roches gravées de motifs animaliers.
Les origines
Archéologie
Durant le , une prestigieuse culture dite d'Andronovo (du nom d'une nécropole située sur l'Ienisseï) se développa au Kazakhstan et en Sibérie médionale. Elle était limitée par l'Oural à l'ouest, par le lac Baïkal à l'est, et elle s'étendait presque jusqu'au Syr-Daria au sud. La culture d'Andronovo était la première à avoir disposé du char de guerre à deux roues, tiré par deux chevaux, ce qui a sûrement beaucoup contribué à l'expansion de ses porteurs. Ces gens vivaient dans des villages, cultivaient la terre et élevaient des animaux. Ils fabriquaient des armes et des outils en bronze. Au cours des XIII et XII siècles avant l'ère chrétienne, afin de faciliter la transhumance, les éleveurs construisirent des habitations démontables aux murs en claie, dont le toit comportait une ouverture centrale. Ce fut le prototype de la yourte, utilisée aujourd'hui par tous les nomades de l'Asie centrale.
Pour la plupart des spécialistes, la culture des Scythes est issue de celle d'Andronovo, avec quelques changements importants. Le plus marquant est l'abandon de l'agriculture au profit du nomadisme pastoral au cours du . Les hommes d'Andronovo étaient de type européen. Entre le VII et V siècle, les Saces vivant aux alentours de la mer d'Aral étaient aussi de type européen, pour la plupart semblable à celui d'Andronovo, mais on remarque déjà l'apparition d'éléments mongoloïdes. Le même métissage s'est produit au Kazakhstan oriental.
Il y a un stade intermédiaire entre la culture d'Andronovo est celle des Scythes: la culture dite de Karassouk. Elle est datée du XIII au VIII siècle avant l'ère chrétienne et elle s'étendait sur la Sibérie méridionale, à l'ouest de l'Ienisseï, et une large partie du Kazakhstan et de la Mongolie. C'est dans le cadre de cette culture, durant sa phase finale, que les mutations se sont produites: le passage au nomadisme, mais aussi l'introduction de la métallurgie du fer. Les selles de chevaux, ainsi qu'un harnachement permettant le développement de la cavalerie montée, font leur apparition. Les hommes de Karassouk ont surtout laissé des tombes. Leurs techniques de construction des sépultures et leur poterie étaient issues de celles d'Andronovo, ainsi que certains de leurs bijoux, comme leur pendentifs tubulaires ou en forme de palme.
Mythologie
Selon les Yasht, qui constituent la partie mythologique de l'Avesta, le texte sacré des zoroastriens, un héros nommé Thraetaona partagea son royaume entre ses trois fils, Iradj, Salm et Tour. Iradj reçut la Perse, Salm la partie occidentale de son royaume et Tour la partie orientale. Tous ces territoires étaient iraniens. Le Yasht XVII (prière à la déesse Ashi, 55-56) parle des «Tours aux chevaux rapides». Selon les écrivains de l'Antiquité et du Moyen Âge, le Touran s'étendait dans les steppes du nord de la Perse et du Turkestan occidental (domaine des Sogdiens). Ceci permet de les identifier aux Scythes. Le roi Fraransyan du Touran agressa les Perses mais fut vaincu. Cette lutte est relatée dans le Yasht XIX. Si Thraetaona est purement mythique, il n'y a pas de raison de douter de la confrontation entre les Perses et les Touraniens, les nomades ayant toujours eu un comportement agressif. Avec l'arrivée des tribus turques au Turkestan, les Touraniens (et par conséquent les Scythes) furent considérés comme Turcs.
Le nom de Tour vient d'un terme indo-iranien, tura, qui signifie «puissant». D'après les travaux de François Cornillot, spécialiste du Rig-Veda et de l'Avesta, les plus anciens textes indo-iraniens, on le retrouve dans le nom de Targitaos, l'ancêtre des Scythes selon une légende racontée par Hérodote, avec une transformation du u et un a propre aux Scythes septentrionaux: ce nom était auparavant prononcé - Tar-γwitaw, titre provenant lui-même de - Tur-hwatawah «Souverain Puissant». Hérodote (IV, 5-6) rapporte que Targitaos eut trois fils, Lipoxaïs, Arpoxaïs et Coloxaïs. Sous leur règne, trois objets en or tombèrent du ciel, une charrue et un joug, une hache-sagaris et une coupe. Les deux premiers frères voulurent prendre ces objets, mais ils s'enflammèrent. Ils revinrent à Coloxaïs, qui eut alors le titre de roi. Ces trois objets représentent les trois fonctions reconnues par Georges Dumézil chez tous les peuples indo-européens: la fonction cléricale (le bol), la fonction guerrière (la hache) et la fonction de production (la charrue et le joug). Etant rentré en possession de ces trois objets, Coloxaïs acquit un caractère trifonctionnel, comme tous les rois indo-européens. Par ailleurs, les linguistes considèrent unanimement que le suffixe -xaïs reproduit le nom iranien du roi, qui était xshaya- en avestique.
Les peuples scythiques et l'histoire
En Europe
Georges Dumézil
Selon Hérodote (IV, 11-12), les Scythes habitaient originellement de l'autre côté de l'Araxe. Ce fleuve serait la Volga. Ils délogèrent les Cimmériens, peuple qui a laissé son nom à la Crimée, du nord de la mer Noire, les forçant à se diriger vers l'Anatolie. Les ayant poursuivis, les Scythes atteignirent l'Assyrie, où ils s'allièrent au roi Assurbanipal contre les Mèdes (-669 à -626). Les textes assyriens ont donné les noms de deux chefs scythes: Iskpakāy et Partatûa. Changeant ensuite d'alliance, les Scythes contribuèrent à la chute des Assyriens, puis ils pillèrent la Mésopotamie et la Palestine pendant 28 ans. Ils retournèrent ensuite chez eux, mais durent affronter selon Hérodote les enfants de leurs femmes et d'esclaves avec lesquels elles avaient couché. L'archéologie montre que les Scythes se sont établis en Ukraine au début du VI siècle avant l'ère chrétienne.
Toujours selon Hérodote, les Scythes repoussèrent en -513 les Perses de Darius. A cette époque, les Grecs fondaient des colonies au nord de la mer Noire, ce qui les mettait en contact direct avec les Scythes. Leurs relations commerciales et artistiques furent très intenses. Au IV siècle, un roi des Scythes, Atéas, effectua une tentative d'expansion vers l'ouest qui fut peut-être liée à une pression exercée à l'est par les Sauromates, un autre peuple du Kazakhstan occidental. En -339, à l'âge de 90 ans, il fut tué par les Macédoniens lors d'une bataille sur le Danube. Au III siècle, les Sarmates repoussèrent les Scythes en Crimée. Sédentarisés, ils constituèrent une ethnie distincte jusqu'au III siècle de l'ère chrétienne.
Il s'agit là de l'histoire des Scythes d'Europe. Qu'en est-il des Scythes d'Asie, auxquels on donne plutôt le nom de Saces?
En Asie
Des inscriptions de Darius, à Naqsh-i Rustam, mentionnent trois confédérations tribales saces:
- Les Sakā Haumavargā, dans la vallée du Ferghana, à l'est de l'Ouzbékistan.
- Les Sakā Tigraxaudā, entre le Syr-Daria et le lac Balkash, au Kazakhstan oriental.
- Les Sakā tayaiy paradraya, qui vivaient en Europe (identifiables aux Scythes des auteurs grecs).
Selon Jacques Duchesne-Guillemin, les premiers sont littéralement les «Saces adorateurs du haoma», le haoma étant la plante d'immortalité des Iraniens (cf. Zoroastrisme). Ils se sont sédentarisés tandis que les deux autres confédérations restaient nomades. Un peuple sace a fondé au le royaume de Khotan, au sud-ouest du bassin du Tarim. Il a laissé de nombreux documents écrits, les seuls qui permettent de bien connaître une langue sace. Ces documents ne remontent pas plus loin que le de l'ère chrétienne, mais le vocabulaire des Tokhariens, leurs voisins orientaux, comprend des mots qui ont dû être empruntés aux Khotanais depuis le début de l'ère chrétienne. En vérité, tout l'ouest du bassin du Tarim était sace, en particulier l'oasis de Kashgar. L'archéologie indique que les Saces étaient présents dans cette région depuis le début du .
Au , des Yuezhi, un peuple originaire de la province actuellement chinoise du Gansu, sont contraints d'émigrer vers l'ouest. Ils poussent devant eux des Saces, qui arrivent en Bactriane, au nord de l'Afghanistan. Les Yuezhi les y ayant rejoints, ils doivent de se déplacer plus au sud, au Cachemire puis au sud de l'Afghanistan, où ils donneront leur nom à la province du Séistan ou Sistan: ce nom était autrefois prononcé - Sakastan «le Pays des Saces». De là, ils se dirigent vers la vallée de l'Indus. Leur roi, appelé Maues dans les inscriptions en langue grecque et Moga ou Moa dans les inscriptions en prakrit, y fonde une dynastie au début du . Ses successeurs deviennent des rois indiens mais conservent leur culture iranienne. Ils ont laissé du vocabulaire qui s'interprète principalement grâce au khotanais. Par exemple, le terme maja «ravissant» correspond au khotanais māja «ravissant». Le nom de Maues s'explique sans doute par le khotanais mauya ou muyi, qui signifie «tigre».
Ces Saces étaient appelés Sakaraukai par les Grecs et Sai-wang par les Chinois. Il y a une étonnante correspondance, puisque wang signifie «roi» et que raukai s'interprète par le khotanais rūkya-, prononcé - raukya- à un stade antérieur, qui signifie «commandant, chef». Le terme Sai, prononcé - Sek durant l'Antiquité, est la désignation chinoise des Saces. Ainsi, ces gens étaient les «Saces-Rois». Ils évoquent les «Scythes royaux» dont parle Hérodote.
Les Yuezhi appartenaient-ils eux-mêmes au monde iranien? Certains auteurs l'admettent, mais sans arguments solides. Il y a de très sérieuses raisons de penser qu'ils étaient plutôt tokhariens. On a également vu en les Wusun, autre peuple nomade mentionné par les Chinois, qui vivaient dans les montagnes de l'actuel Kirghizistan, des Iraniens. Pourtant, on trouve chez eux le mythe d'un roi bébé nourri par une louve, qui est inconnu du monde iranien et qui serait plus probablement tokharien. Les Saces se heurtaient donc, à l'est de leur domaine, aux Tokhariens.
On peut encore mentionner les Massagètes, peuple nomadisant entre la mer d'Aral et la mer Caspienne. Ils devaient être apparentés aux Saces, puisque les Anciens les ont parfois confondus. Le fondateur de l'empire perse, Cyrus, s'est battu contre les Massagètes selon Hérodote et contre les Saces selon Strabon. Leur culte du Soleil, mentionné par Hérodote, semble tout à fait iranien. En vérité, sur ces immenses territoires, il devait y avoir une nébuleuse de peuples apparentés, mais qui se donnaient des noms divers et dont les cultures variaient localement.
Les données de l'archéologie
Les peuples nomades ne laissent guère que des tombeaux derrière eux. Ceux des Scythes se distinguent par leurs tumulus (appelés kourganes par les Russes), qui peuvent atteindre des tailles monumentales. Ce phénomène n'est pas nouveau dans la steppe européenne. La culture de Maïkop, apparue durant la seconde moitié du au nord-ouest du Caucase, dans la région de la rivière Kouban, se caractérisait par des tumulus pouvant atteindre 10 mètres de hauteur. Certains chercheurs voient en les hommes de Maïkop des Proto-Indo-Iraniens. Les tailles des tumulus de la culture d'Andronovo allaient de 6 à 20 mètres de diamètre. Les différences de taille réflétaient bien sûr des différences de statut social: les plus grands tumulus étaient ceux de rois.
Le kourgane d'Arjan, en Sibérie méridionale, à 700 km à l'ouest de la pointe occidentale du lac Baïkal, était constitué d'un remblai en pierres de 120 mètres de diamètre et de 3 à 4 mètres de haut qui recouvrait une structure constituée de 70 cages en rondins rayonnant autour d'un double noyau central. Les restes de 300 autres chevaux devaient provenir d'un festin funéraire. L'archéologue M.P. Griaznov a estimé que 1500 hommes avaient dû travailler durant une semaine pour édifier cette structure. Un homme et une femme vêtus de fourrures richement ornées étaient enterrés au centre, dans des sarcophages. Ils étaient accompagnés par 15 hommes, ainsi que par 160 chevaux entièrement harnachés. Il y avait des tapis, les plus anciens du monde, rehaussés d'or et d'argent. Les armes et les sculptures qui ont été retrouvées sont de type scythe. Elles fournissent des exemples de l'art animalier caractéristique des Scythes.
L'ancienneté du kourgane d'Arjan, daté du , tend à prouver que les Scythes avaient une origine très orientale. Peut-être étaient-ils déjà assez puissants pour constituer un véritable empire. Il faut remarquer que, dans cette région (la Touva), des noms de rivière d'origine iranienne ont été trouvés. De grands kourganes, de 100 à 200 mètres de diamètre et d'une hauteur atteignant les 17 mètres, parsèment également l'Altaï, ainsi que, plus à l'ouest, le Kazakhstan.
Kazakhstan
Les kourganes de Pazyryk, en Sibérie Méridionale, à environ 500 km au sud-ouest du site d'Arjan, sont d'un intérêt exceptionnel. Ils sont datés du VI au IV siècle avant l'ère chrétienne. Les plafonds de leurs chambres funéraires s'étant effondrés, elles se sont remplies d'une eau qui a ensuite gelé, permettant une excellente préservation de leur contenu. On y a trouvé des objets en cuir et en bois, des tentures de feutre, des tapis et des coussins bourrés de poils d'animaux ou d'herbe, qui contribuaient au confort des nomades. Ils dormaient, semble-t-il, sur des tapis, la tête posée sur un oreiller en bois recouvert de cuir. Ils possèdaient des tables basses ou des plateaux. L'une de ces tables avait des pieds démontables. Le seul animal fantastique connu des gens de Pazyryk était le griffon. On le retrouve chez les Scythes d'Europe, ainsi que chez les Perses. Les hommes de Pazyryk étaient de type européen ou mongoloïde, mais l'un de ces derniers, à la pilosité moindre que celle des Européens, était pourvu d'une barbe postiche en crin de cheval, comme s'il valait mieux être barbu pour prétendre au titre de chef.
L'archéologie révèle certaines différences entre Scythes d'Europe et d'Asie. Ainsi, les premiers avaient un bestiaire fantastique beaucoup plus développé que les seconds. Les chaudrons avaient un pied en Europe et trois en Asie. Les Saces avaient de lourds plateaux surelevés en bronze qui servaient peut-être d'autels portatifs.
Les dieux Scythes
Hérodote donne une liste de divinités scythes avec leurs équivalents grecs. Pour certaines d'entre elles, il précise leur nom scythe, mais prononcé à la manière grecque:
- Tabiti, déesse équivalente à Hestia, la déesse grecque du feu et du foyer.
- Papaios, dieu équivalent à Zeus.
- Apia, la Terre, épouse de Papaios.
- Oitosuros, dieu équivalent à Apollon.
- Argimpasa, déesse considérée comme «Aphrodite céleste».
- Un dieu équivalent à Héraclès.
- Une dieu équivalent à Arès, le dieu de la Guerre des Grecs.
Il parle aussi d'un dieu considéré comme équivalent à Poséidon, Thagimasadas. L'Héraclès scythique devait être très proche de son homologue grec, puisque les Grecs de la mer Noire ont mélangé leurs mythes: ils lui ont attribué le dixième travail de leur propre héros, celui où il vole les bœufs de Géryon (lesquels se transforment en juments dans la suite de leur récit).
L'identification de ces dieux est problématique, mais ce travail a bénéficié de l'avancée des études indo-européennes. On sait ainsi que les Indo-Européens mettaient souvent un dieu du Feu en tête de leurs listes, ce qui est le cas ici. Tabiti correspond à une vieille déesse indienne dont le nom est lié au sanskrit tapati « brûler ». Georges Dumézil a retrouvé ses traces dans les légendes des Ossètes, peuple iranien du Caucase. Il a également reconnu en l'Arès scythique un héros ossète, Batraz. Ces deux personnages s'identifient notamment tous les deux à une épée.
Dans le nom d'Apia, les spécialistes s'accordent à reconnaître l'iranien āp- «eau». Il est vrai que selon Hérodote, c'est la Terre, mais l'analyse de la mythologie indo-européenne montre que la Terre était représentée sous la forme d'une montagne «secrétant» une rivière, c'est-à-dire d'une montagne-source. Les Indo-Iraniens ont accentué son aspect humide. Dans les textes grecs, le dieu iranien Mithra est identifié à Apollon, ce qui permet de considérer qu'Oitosuros est Mithra. Ce nom devait être un composé Oito-suros dont le deuxième membre provenait du vieil iranien sūra- «fort». Dans l'Avesta, ce qualificatif est en premier lieu, et de très loin, attribué à Mithra. Quant au terme oito, selon l'analyse de François Cornillot, il était la graphie grecque de - witāw, qui provenait de - hwatāwah «souverain». Ainsi, les Scythes surnommaient Mithra le «Souverain Fort».
Ce même auteur a proposé une autre lecture du nom des Sakā haumavargā: il fait dériver son deuxième membre de hauma warāgan, où le terme warāgan signifie «vainqueur de - Wāra» et aboutit à l'ossète Wœrgon. De la sorte, les Sakā haumavargā sont les «Saces adeptes du culte du Haoma vainqueur de - Wāra». Pour comprendre la signification de cet ethnonyme, il faut savoir que le Haoma est une plante divinisée et que son ennemi - Wāra, appelé Vritra dans les textes indiens, est un démon qui cherche à faire disparaître le soleil et à obstruer la rivière qui descend de la montagne-source. Comme - Wāra représente la mort, la victoire du Haoma (plante d'immortalité) est celle de la vie sur la mort.
Les Sogdiens, fondateurs de la cité de Samarcande, étaient peut-être d'anciens Sakā haumavargā, car le nom de cette cité pourrait s'expliquer de la manière suivante:
Saka-Haumawarga-kantha «ville des Saces Haumawarga» > - Sai-Maragkanda > - Sā-maragkanda
(la transformation de saka en sai est un phénomène attesté ailleurs).
Enfin, le hauma-wāragan est aussi connu sous le nom de xwarnah (ou khvarnah). C'est une entité multiforme, lumineuse, assimilée à un feu mais qui séjourne sous les eaux. Selon un texte iranien, le Bundahishn, il est gardé par la déesse Aredvi Sūrā Anāhitā. Celle-ci est donc la xwarnah-pāthrā, «[déesse] assurant la garde du hauma-wāragan» (ou th se prononce comme en anglais). En inversant les termes hauma et wāragan, puis par transformations successives, on obtient:
wārag[an]-hauma-pāthrā > - wārgumpāsā > - argempāsā
On reconnaît le nom de la déesse Argimpasa.
Culture
Les Scythes étaient des guerriers qui espéraient être tués au combat, mais non sans avoir, auparavant, tué autant d'ennemis que possible. Mourir de vieillesse était pour eux une suprême honte, ce qui explique qu'un roi comme Atéas ait guerroyé jusqu'à 90 ans. Ce comportement sera conservé par tous les nomades de l'Asie centrale, jusqu'aux Turcs et aux Mongols. L'arme principale des Scythes était l'arc. Il était composite, c'est-à-dire formé de plusieurs matériaux, ce qui lui donnait une souplesse et une résistance supérieures à celles des arcs en bois. Les Scythes utilisaient également la lance et l'épée, notamment du type akinakès (akināka- en sogdien).
Cet amour de la guerre ne les empêchait pas d'avoir une spiritualité. Les Grecs ont donné le nom d'un philosophe scythe, Anacharsis. Les récents travaux montrent que les Scythes baignaient dans une atmosphère religieuse. Pourtant, ils n'avaient pas de classe de prêtres, contrairement à leurs cousins perses (les mages) ou indiens (les brahmanes). Hérodote (IV, 67) mentionne des devins qui manipulaient des faisceaux de baguettes de saule et d'autres, les Enarées «hommes-femmes» (d'un composé iranien - a-narya «non-mâle»), qui se servaient de morceaux d'écorce de tilleul. Ces personnages n'avaient rien de sacré. Quand un roi tombait malade, ils pensaient généralement que quelqu'un avait juré un faux serment sur le feu royal. Si l'on arrivait à prouver qu'ils avaient faussement accusé cette personne, on les brûlait vif. Ceci montre par ailleurs que le roi était consubstantiel au feu. Ce que les Scythes avaient de plus sacré était sûrement leurs sépultures: ils les construisaient aussi loin que possible de leurs ennemis et étaient prêts à mourir pour les défendre.
Les Scythes sont connus pour leur art animalier. Il s'agit bel et bien d'un trait de culture original: les hommes d'Andronovo ne décoraient leurs céramiques qu'avec des motifs géométriques abstraits. Les Scythes couvraient leurs objets de représentations de cerfs, de félins ou de rapaces. Le loup était présent surtout en Sibérie méridionale. Les animaux domestiques brillaient par leur absence. Nous avons mentionné plus haut le griffon, commun à tous les Iraniens. Il y a des représentations très réalistes de combats d'animaux. On ignore ce qu'elles signifiaient.
Un peuple originaire de l'Asie centrale (sans doute plus précisément de l'actuelle Chine de l'Ouest) a migré vers le Yunnan durant la haute Antiquité. Il s'agissait de bons métallurgiques, qui ignoraient cependant l'usage du fer. Ceci montre qu'ils ont quitté l'Asie centrale avant l'apparition du fer dans cette région, donc avant le , or ils avaient un art animalier ressemblant étonnamment à celui des Scythes. Ils étaient cependant plus probablement tokhariens qu'Iraniens. Ainsi, l'art animalier n'aurait pas été purement scythe et aurait été antérieur aux premiers Scythes connus.
Les pierres à cerfs
Une manifestation archaïque de cet art se trouve sur les « pierres à cerfs » citées dans l'introduction. Elles ont une répartition très orientale: on les trouve à l'est du lac Baïkal et surtout en Mongolie. Plus à l'ouest, dans la Touva, elles sont placées près des sépultures. Le kourgane d'Arjan contient un fragment de pierre à cerfs. Il y en a aussi, mais en faible nombre, au Kazakhstan, jusqu'au sud de l'Oural. Il s'agit de stèles ou de pierres dressées représentant de manière très schématique un homme en armes. Leurs visages sont remplacés par deux ou trois traits obliques. On reconnaît un collier de perles et une ceinture où sont accrochés des objets (poignard, pic, arc, hache de combat, couteau et pierre à aiguiser) qui semblent provenir de la culture de Karassouk. De plus, mais seulement sur les pierres sibériennes ou mongoles, des animaux très stylisés sont gravés, surtout des cerfs. On trouve aussi des représentations de bouquetins, de sangliers, de chevaux ou de félins. La stylisation est comparable à celle de l'art animalier. En Mongolie orientale, dans l'Altaï et la Touva, ces pierres apparaissent dès le IX ou le VIII siècle avant l'ère chrétienne.
On remarque à ce sujet que les Chinois connaissaient un peuple appelé les Rong-Chiens, qui vivait dans l'actuel Xinjiang. Au cours du , le roi Mu de la dynastie Zhou les a attaqués et a capturé des hommes (des guerriers?) qui étaient assimilés à des loups et des cerfs blancs. Les pierres à cerfs établissent précisément une correspondance entre cerfs et guerriers. Cependant, tout ce que l'on sait des Rong-Chiens permet de les identifier, non pas comme des Iraniens, mais comme des Tokhariens.
Certains archéologues russes attribuent une signification funéraire aux pierres à cerfs. L'observation faite ci-dessus conforte cette hypothèse, les guerriers tokhariens ayant été assimilés à des fantômes. Les traits obliques figurant le visage étaient réellement dessinés sur des crânes. Ils pourraient être liés aux trois traits que les chamans mongols de la Touva dessinaient sur le sol à la fin des cérémonies funèbres et auraient donc une origine non indo-européenne. On voit toute la complexité du problème de l'origine des pierres à cerfs et de l'art animalier, ainsi que de toute la culture scythe. Nous sommes condamnés à ne presque rien savoir de l'histoire de ces peuples, qui s'est jouée «aux confins du monde connu».
Bibliographie
- Iaroslav Lebedynsky, Les Scythes. La civilisation nomade des steppes, VII-III av. J.-C., Errance, Paris, 2003.
- History of Civilizations of Central Asia, Volume II, The development of sedentary and nomadic civilizations: 700 B.C. to A.D. 250, UNESCO Publishing, Paris, 1996.
- François Cornillot, «L'aube scythique du monde slave», Slovo n° 14, 1994, pp. 77-259, «Le feu des Scythes et le prince des Slaves», Slovo n° 20/21, 1998, pp. 27-127, Paris, Centre d'Études Russes, Eurasiennes et Sibériennes.
Ukraine
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Alta
Alta est une ville norvégienne située dans le comté de Finnmark, sur les rives de l'Altafjord. Elle comptait 17 359 habitants au 2003, pour une superficie de 3845 km².
Alta possède un site d'art rupestre datant de la période comprise entre -4200 et -500. Celui-ci fait partie de la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1985. (Voir : Site d'art rupestre d'Alta)
Alta est un centre de communication au Finnmark. Ses activités principales sont le commerce, la petite industrie, l'éducation et les activités de service. C'est à Alta que se situe l'Institut Universitaire du Finnmark (Høgskolen i Finnmark) ainsi qu'un institut de recherche (Norut NIBR Finnmark).
Comme la plupart des villes du grand nord en Scandinavie, c'est une ville nouvelle. Le centre-ville date d'après la Seconde Guerre mondiale et ne présente ni architecture ni caractère particulier.
Voir aussi
Liens internes
Seconde Guerre mondiale
Seconde Guerre mondiale]
- Bataille du Cap Nord
Liens externes
- [http://www.alta.kommune.no Municipalité d'Alta] (norvégien)
- [http://www.alta.museum.no/ Musée d'Alta] (anglais)
- [http://whc.unesco.org/sites/352.htm Informations Unesco] (anglais)
- [http://www.hifm.no Institut Universitaire du Finnmark] (anglais)
Catégorie:Ville de Norvège
Samarcande
Samarcande ou Samarkand (Samarqand ou Самарқанд en Ouzbek) (population 400 000) est une ville d'Ouzbékistan, capitale de la Région de Samarcande (Samarqand Viloyati). Son nom signifie probablement "lieu de la rencontre" ou "lieu du conflit" (samara : rencontre, conflit en sanskrit, kand, kent : ville, terme centre-asiatique) et illustre bien sa position à la limite des mondes turc et persan.
Histoire
L'occupation du site de la ville de Samarkand date du paléolithique inférieur elle est l'un des berceaux de la civilisation des peuples de l'Asie centrale. Le musée de Samarkand offre quelques exemples de silex taillés trouvés sur place. Le site archéologique est appelé Afrosiab.
Samarkand, connue alors sous le nom de Marakanda, a vu Alexandre le Grand (329 av. J.-C.). C'est le point ultime atteint par ce grand conquérant. Il y amena de la vigne : le cabernet local ne vaut pas le voyage.
Elle fut conquise par les Arabes en 712 et brilla particulièrement sous le règne des samanides.
Le mathématicien, astronome et poète persan Omar Khayyam (1048-1131) y séjourna de 1072 à 1074, avant de s'installer à Ispahan en Iran à l'invitation du sultan seldjoukide Malik Shah I.
Elle fut ruinée par Gengis Khan en 1220.
Marco Polo (vers 1272) n'est pas passé à Samarkand, son itinéraire vers la Chine est plus au sud en Afghanistan. Mais son père et son oncle sont allés jusqu'à Boukhara par la route traditionnelle de la soie dont le prolongement naturel est Samarkand avant de traverser le Pamir vers Kachgar en Chine.
:Samarkand est une très noble et grandissime cité, où se trouvent de très beaux jardins et tous les fruits qu'homme puisse souhaiter. Les gens y sont chrétiens et sarrasins. Ils sont au neveu du Grand Khan, qui n'est point son ami, mais bien souvent a été en querelle avec lui
::Marco Polo (1255-1324) Le devisement du monde, Le livre des merveilles (Tome I), éditions FM/La Découverte
Chine
Ibn Khaldûn raconte la poussée vers la Chine par les Omeyyades :
:En l'an 96 (715) Qutayba prit la décision de faire la conquête de Kachgar, la ville chinoise la plus proche. Il commença donc son expédition, emmena avec lui les familles des soldats qu'il laissa à Samarkand, traversa le fleuve Syr Daria et disposa un contingent pour garder le passage et empêcher les troupes de revenir en arrière sans son autorisation. Ensuite, il envoya son avant-garde à Kachgar, où elle recueillit du butin et fit des prisonniers. On mit à ceux-ci le collier des tributaires et on poussa l'expédition plus loin à l'intérieur de la Chine.
:Le roi de Chine écrivit à Qutayba en lui demandant de lui envoyer un noble arabe pour le renseigner sur les arabes et leur religion. Qutayba choisit dix arabes parmi lesquels il y avait Huhayra ibn Mushamraj al-Kilâbî, et donna l'ordre de les doter d'un bon équipement, d'habits en soie et en étoffe à ramage, et de quatre chevaux. Il leur dit : « Faites-lui | | |