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Avant-garde

Avant-garde

ja:アバンギャルド nb:Avant-garde Catégorie:Formation militaire Catégorie:Mouvement artistique Avant-garde est un terme militaire, qui désigne les troupes envoyées en avant de la progression d'une armée, pour explorer et assurer le terrain. L’Encyclopédie de d’Alembert et Diderot (1752) contient la définition suivante de « l’avant-garde » : :« terme de Guerre, est la première ligne ou division d’une armée rangée en bataille, etc. »

Sens dérivé

Par analogie, avant-garde est un nom que se donnent, depuis le , des personnes qui prétendent entreprendre des actions nouvelles ou expérimentales, en particulier dans les arts et la culture. Cette pratique s'inspire des idées de la révolution française et comme elle, n'exclut pas que s'en réclament des personnages installés au cœur du pouvoir politique et hostiles à la société civile. Voir l'article (discuté et discutable) l'avant-garde.

Claude Henri de Saint-Simon (1825)

Claude Henri de Rouvroy, comte de Saint-Simon (1760-1825), petit-cousin du duc de Saint-Simon (1675-1755), le célèbre mémorialiste, est un des inventeurs de l'idée socialiste, consistant à abolir la propriété naturelle au profit d'un despotisme des savants. C’est dans son ouvrage Opinions littéraires, philosophiques et industrielles publié à Paris en 1825 qu’il est le premier, semble-t-il, à avoir utilisé le terme d'"avant-garde" dans un sens dépassant la simple portée militaire pour lui donner un contenu plus large, surtout révolutionnaire. Dans une vision donnant la conduite du nouvel ordre social aux artistes, hommes de sciences et industriels, il imagine un dialogue entre un artiste et un scientifique et fait dire par le premier : :« C’est nous, artistes, qui vous servirons d’avant-garde : la puissance des arts est en effet la plus immédiate et la plus rapide. Nous avons des armes de toute espèce : quand nous voulons répandre des idées neuves parmi les hommes, nous les inscrivons sur le marbre ou sur la toile… Quelle plus belle destinée pour les arts, que d’exercer sur la société une puissance positive, un véritable sacerdoce et de s’élancer en avant de toutes les facultés intellectuelles, à l’époque de leur plus grand développement ! »

Gabriel Laverdant (1845)

Le même sens révolutionnaire sera repris un peu plus tard dans un texte du critique d’art Gabriel-Désiré Laverdant (1802-1884) De la mission de l’art et du rôle des artistes paru en 1845 : :« L’Art, expression de la Société, exprime, dans son essor le plus élevé, les tendances sociales les plus avancées ; il est le précurseur et le révélateur. Or, pour savoir si l’art remplit dignement son rôle d’initiateur, si l’artiste est bien à avant-garde, il est nécessaire de savoir où va l’Humanité, quelle est la destinée de l’Espèce. »
(À l'inverse, Platon était hostile aux artistes) À partir de cette époque, le terme avant-garde se charge d’un contenu sociologique et artistique. Il est repris par les tenants de la "dialectique" de Hegel (1770-1831), avec ses passages de thèse, vers antithèse et ensuite synthèse.
L’avant-garde y est donné pour la vision antithétique d’un groupe d’artistes à un moment donné de l’évolution artistique. Celle-ci est ensuite absorbée par le corps social dans son moment de synthèse, jusqu’à ce qu’un déséquilibre apparaisse à nouveau, qui sera également réduit par l’[http://www.fernand-verhaegen.be "évolution dialectique"].

Exemples de mouvements d'avant-garde


- Cobra
- Le Constructivisme
- Le Cubisme
- Dadaïsme
- L'Expressionnisme
- Le Futurisme
- L'Internationale situationniste
- Le Lettrisme
- Mouvements artistiques expérimentaux :
  - Cinéma
  - Littérature
  - Théâtre
- Le Nouveau roman Il est à noter qu'avec le temps, certains mouvements d'avant-garde sont devenus des styles presque classiques, de même que ce que nous considérons comme académique fut le plus souvent d'avant-garde, à son début... Catégorie:cinéma expérimental Catégorie:Théâtre expérimental

ART

Née le 5 janvier 1997 sous le nom d'autorité de régulation des télécommunications (ART), l'autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP) est un organisme français chargé de réguler les télécommunications. Initialement composé de cinq membres, il est maintenant, depuis 2005, composé d'un collège de sept membres ; ses activités vont de la délivrance de permis pour réseaux indépendants à la sanction en cas d'infraction. Son président actuel est Paul Champsaur. En 2005, l'ART a changé de nom et est devenue l'ARCEP, l'autorité de régulation des communications électroniques et des postes : en plus de la régulation des télécoms, l'organisme devra réglementer le secteur des postes, appelé à s'ouvrir à la concurrence d'ici à 2009. L'ARCEP est composée de 7 services, chacun spécialisé dans le traitement d'un certain type de questions. En comptant les sept "collégiens" qui sont l'Autorité à proprement parler, l'ARCEP compte environs 150 personnes.

Lien externe


- [http://www.arcep.fr/ Site officiel] catégorie:autorité administrative indépendante en France catégorie:Télécommunications en Europe

L'avant-garde

L'AVANT- GARDE

Voir aussi l'antonyme académisme. L'avant-garde se veut l'opposé exact de l'académisme. Selon elle, la valeur d'une œuvre se confond avec son caractère inouï, en avance sur son temps. Il n'y a pas un modèle éternel du Beau, l'artiste se doit de concentrer dans sa production l'essence de la modernité, encore en gestation, de rompre avec les conceptions artisanales de l'art, avec le culte de la nature et le réalisme de l'art figuratif. Sous une forme moins directement liée à l'idée d'une mission historique de l'artiste, l'avant-gardisme renvoie à une conception individualiste de la création. N'importe quoi peut devenir art, si l'artiste le décide. C'est que le véritable artiste est libéré de tout stéréotype social ou esthétique. «S'il faut en finir avec l'art figuratif, s'il faut cesser d'imiter la nature, c'est pour être enfin pleinement en mesure d'exprimer la subjectivité», écrit Luc Ferry à propos de Kandinsky. Ainsi, l'avant-garde semble osciller entre une conception, fonctionnelle ou ludique, de l'art comme partie prenante du monde industriel ou post-moderne, et une radicalité qui se veut provocante, choquante, et pas seulement à l'égard du passé. Cette ambiguïté est très sensible chez Andy Warhol, ou plutôt les divergences des interprètes. Alain Joufroy prend sa défense en montrant que le Pop Art «est signifiant: il fige le banal quotidien qui fuit autour de nous; usant d'une technique banale, il tend un miroir glacé dans lequel se reflète une civilisation de consommation». 1. L'avant-garde comme expérimentation. Selon Daniel Bell, pourtant, l'avant-garde, qui se veut subversive, ne serait en fin de compte que l'expression de la société libérale contemporaine, qui a su renoncer à l'éthique ascétique du premier capitalisme, et privilégie désormais les valeurs de spontanéité. Cependant, il y a encore dans l'art avant-gardiste une dimension, non pas spontanée, mais bien théorique et même expérimentale, de l'ordre de la déconstruction plutôt que de la provocation gratuite. Paul Valéry soulignait cette affinité de l'art nouveau et de la recherche expérimentale. Si «l'époque fait du neuf machinalement », «cherche à s'imposer par l'étonnement», « la recherche du fait a passé des sciences dans les arts ». L'avant-garde s'est efforcée de rendre explicites les a priori de la conception classique de l'œuvre ou de l'artiste, afin d'explorer de nouvelles propositions, symétriques de celles de l'esthétique constituée, ou de pousser à leurs limites, jusqu'à l'absurde, les propositions classiques. La sérialité met en question l'idée de l'unicité de l'œuvre, la musique tonale conteste la mélodie. La production mécanique conteste l'idée de création. On mettra encore à la torture l'idée d'une différence essentielle entre l'art et la trivialité, comme Duchamp et son célèbre urinoir. Un point extrême fut, peut-être, atteint en 1961 lorsque Piero Manzoni exposa une boîte fermée censée contenir de ses propres excréments. Paradoxalement, ces tentatives ont fini par donner à l'art contemporain un visage assez scolaire, à la fois analytique et potache. On constate même que s'est constituée une «tradition du nouveau» (Harold Rosenberg), c'est-à-dire un véritable académisme de la rupture, qui laisserait le public généralement assez indifférent. 2. Avant-garde et question de l'Etre. Luc Ferry souligne cependant qu'il est bien question de l'Etre dans l'avant-garde, ou du moins chez ses pionniers, et pas seulement de crispation moderniste ou narcissique sans profondeur ni enracinement, de l'ordre de la mode. La mise en cause de la représentation classique s'explique par le recherche de représentations moins faciles mais plus vraies de l'Etre, que Luc Ferry rapproche des recherches des mathématiciens sur l'hyperespace. Alain Jouffroy salue même la fin de la représentation, c'est-à-dire de l'apparence, à laquelle l'avant-garde aurait substitué «l'émotion de la réalité». Ainsi, la tache n'est pas l'apparence d'une tache, elle est seulement une tache. Au nom de la présence du réel, c'est bien l'art lui-même, comme interprétation, qui est contesté. Certains craignent pourtant que la plupart de ces tentatives vaillent davantage par la démarche intellectuelle qu'elles illustrent que par la présence sensible des productions. Alors, écrit Jean Clair, éloquent censeur des avant-gardes (et lui-même très critiqué), «plus l'œuvre se fera mince, plus savante son exégèse». 3.L'art a-t-il un avenir? Mais faut-il, comme Clair, faire le procès des artistes et de leurs responsabilités? Luc Ferry voit très bien que la véritable question est celle du sens de l'art dans une société qui en a fini avec le sacré, et où la banalité a triomphé de toute transcendance. A quoi bon en rajouter encore, à quoi bon profaner l'art, provoquer les valeurs, scandaliser, dans un monde où plus rien ne fait scandale, sinon la prétention à établir des règles? La véritable provocation serait de rompre avec un tel relativisme cynique, mais comment le faire sur un mode qui ne soit pas réactionnaire? Surtout, ne serait-elle pas morale et politique plutôt qu'esthétique? [(Castoriadis]) annonce ainsi le possible renouveau d'une authentique culture démocratique. Mais peut-on parler sérieusement de la fin de l'art? A première vue, nous sommes bien loin d'une exténuation du sensible et de l'image ! Cependant, le déferlement des images les banalise, entraîne aussi une exténuation du réel lui-même. Il est vrai que, dans cette production de masse, le sacré est partout, le star system n'a pas d'autre moteur. En ce sens, on peut même plutôt attendre de l'avant-garde qu'elle déconstruise cette sacralité du spectacle, ce qu'elle n'a d'ailleurs pas manqué de faire. L'art contemporain est peut-être moins nul, comme le diagnostique Castoriadis, que mise en scène du vide du monde contemporain, ou plutôt de la façon dont il s'accommode de significations inauthentiques. La mise en scène de la banalité n'est pas toujours banale. «Le tragique, écrit Houellebecq, intervient exactement à ce moment où le dérisoire ne parvient plus à être perçu comme fun». Houellebecq ajoute que « la peinture garde vocation à créer des objets permanents, et dotés d'un caractère propre; c'est cette nostalgie d'être qui lui donne son caractère douloureux, et qui en fait bon gré mal gré un reflet fidèle de la situation spirituelle de l'homme occidental ». De fait, l'art n'a jamais eu la pleine positivité que Clair accorde à celui d'autrefois. Même rattaché au cosmos ou à Dieu, il a toujours été fait d'apparences. Comme la conscience et le songe, il hésite entre la plénitude et le néant. On peut même dire que l'art est né de la dissociation de la vérité théologique et morale et du sentiment de plaisir esthétique. Il se doit donc d'échapper à l'esprit de sérieux, de demeurer un simple jeu.

Duc de Saint-Simon

] Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, plus connu sous le nom de Saint-Simon, est un écrivain né à Paris le 15 janvier 1675, mort en 1755. C'est le fils de Claude de Rouvroy, duc de Saint-Simon et de sa seconde femme, Charlotte de L'Aubespine. Claude Henri de Rouvroy, comte de Saint-Simon (1760-1825), philosophe et industriel français fondateur du saint-simonisme, est un parent éloigné du mémorialiste.

Biographie

Jeunesse

Titré vidame de Chartres, il reçoit une éducation soignée. Il devient à cet époque ami du duc de Chartres, le Régent. Autre personnage qui joue un grand rôle dans sa vie : Rancé, l'abbé de La Trappe, voisin percheron proche de son père et qui joue pour Saint-Simon le rôle de mentor en matière de religion. Il s'intéresse surtout à l'histoire et aime la lecture, en particulier celles de mémoires, qui lui donnent l'« envie d'écrire aussi [les mémoires] de ce qu'[il] verrai[t], dans le désir et l'espérance d'être de quelque chose, et de savoir le mieux qu'[il] pourrai[t] les affaires de [s]on temps. » Il commencera à écrire ses futurs Mémoires en juillet 1694. Il ne néglige pas pour autant les exercices physiques équitation et escrime et manifeste le désir de servir à l'armée. En 1691, alors qu'il a 16 ans, son père, déjà âgé (86 ans) intrigue pour le faire entrer dans les mousquetaires gris et il participe en 1692 au siège de Namur. Peu de temps après, Louis XIV lui donne la troisième compagnie de cavalerie du Royal-Roussillon. En avril 1693, son père meurt et il devient duc et pair à 18 ans. Peu de temps après, Louis achète le régiment Royal-Carabiniers et devient mestre de camp. Ses responsabilités militaires passent pourtant au second plan face aux responsabilités de la pairie. Saint-Simon prend son nouveau rang très à cœur, et s'engage rapidement dans un grand procès contre le maréchal-duc de Luxembourg, qui veut faire modifier son rang parmi les pairs. Il s'indigne aussi du « rang intermédiaire » accordé aux bâtards de Louis XIV (le duc du Maine et le comte de Toulouse), qui les fait passer au-dessus des pairs. En 1695, il épouse Marie-Gabrielle de Durfort de Lorge, fille aînée du maréchal-duc de Lorge, dont la mère, née Frémont, vient d'une famille roturière mais fournit une dot importante. Le mariage semble particulièrement heureux pour l'époque. Le 8 septembre 1696 naît sa première fille Charlotte. L'enfant est contrefaite et reste toute sa vie à la charge de ses parents. Cette naissance, suivie de celles des deux fils de Saint-Simon, aussi peu reluisants intellectuellement que physiquement, blesse cruellement Saint-Simon dans son orgueil de père et de duc. Dans ses Mémoires il n'évoque qu'à peine ses enfants. En 1697 il mène sous le maréchal de Choiseul une expédition en Alsace. C'est son dernier séjour aux armées : il supporte de plus en plus mal l'obligation qui lui est faite de passer deux mois par an à son régiment. D'ailleurs, le sien est réformé et il n'est plus que « mestre de camp à la suite », sous les ordres d'un simple gentilhomme. En jullet 1698 naît le premier fils de Saint-Simon, Jacques-Louis titré vidame de Chartres. Cet enfant, encore plus petit que son père, à tel point que l'on le surnomme « basset », est une des grandes peines de son père, dont il semble n'avoir hérité ni les qualités intellectuelles ni l'honnêteté. En 1699, préoccupé par l'ampleur que prennent ses Mémoires dont son premier projet avait été qu'ils soient brûlés à sa mort, il consulte Rancé pour savoir quelle règle adopter. Ce dernier ne l'incite sans doute pas à continuer un journal mais plutôt à collecter des documents sans donner libre cours à ses émotions sur le papier, signe d'orgueil envers Dieu. Il est alors possible qu'à partir de cette date Saint-Simon constitue des dossiers documentaires, complétés de notes personnelles. Ces dossiers auquel il ajoute les anecdotes dont il se souvient sont la base des Mémoires rédigés quarante ans après. Le 12 août naît son second fils Armand-Jean qu'il titre marquis de Ruffec. En 1702, alors qu'il néglige son régiment pour la vie de Cour, Louis se voit dépassé pour une promotion par des officiers plus récents que lui dans leur grade. Parmi eux, le comte d'Ayen, futur duc de Noailles, qui fut sa vie durant l'ennemi juré du duc (le serpent qui tenta Ève, qui renversa Adam par elle, et qui perdit le genre humain, est l'original dont le duc de Noailles est la copie la plus exacte et la plus fidèle déclare ce dernier dans les Mémoires). Devant ce qu'il considère comme une injustice flagrante, Saint-Simon quitte l'armée prétextant des raisons de santé. Louis XIV lui tiendra longtemps rigueur de cette défection.

À Versailles

En 1702, toujours, il obtient un appartement pour lui et sa femme au château de Versailles : c'est l'ancien appartement du maréchal de Lorge, dans l'aile nord. Il l'occupera jusqu'en 1709. Désormais, il est en plein cœur de la société de cour, qu'il observe et consigne avec passion dans ses Mémoires. En 1706, son nom est proposé pour celui de l'ambassadeur à Rome, en remplacement du cardinal de Janson. Mais au dernier moment, une promotion de cardinaux ayant été faite, Louis XIV décide d'envoyer plutôt le tout nouveau cardinal de La Trémoïlle. En 1709, il perd son logement. Pontchartrain lui en prête un autre, situé au 2e étage de l'aile droite des ministres, puis en 1710, Saint-Simon — ou plutôt sa femme, nommée femme d'honneur de la duchesse de Berry — obtient un grand appartement, attribué auparavant à la duchesse Sforza et à la duchesse d'Antin. Le nouvel appartement possède en outre des cuisines, ce qui permettra à Saint-Simon de donner fréquemment soupers et dîners, et d'enrichir encore ses Mémoires. En 1711, Monseigneur, fils de Louis XIV, meurt. Saint-Simon, ami du duc de Bourgogne, premier dans la ligne de succession, espère accéder au pouvoir par son intermédiaire, mais en 1712, le duc de Bourgogne meurt à son tour. Pour se consoler, Saint-Simon se lance dans l'écriture de projets de réforme dans la lignée du libéralisme aristocratique. Il rêve d'une monarchie moins absolue, mais n'est pas pour autant un chantre de l'égalitarisme : il veut redonner à la noblesse, strictement hiérarchisée, un rôle politique majeur, voire hégémonique. Ses écrits, signés ou non, se diffusent à la cour et il y devient une sorte de personnage. Parallèlement, il continue à se quereller pour des questions de préséance et à fulminer contre les bâtards, le duc du Maine au premier chef, surtout après l'édit de 1714 insérant les bâtards dans la ligne de succession. La réflexion politique de Saint-Simon est fondée sur le rôle qu'il accorde au groupe des pairs de France auquel il appartient. Pour lui, ce groupe, expression la plus haute de la noblesse et donc de la société française, a le rôle et la fonction naturelle de conseiller du roi. Le système ministérial, ébauché dès le règne de Henri IV mais mis en place avec force sous Louis XIV, est chargé de tous les maux, puisque substituant au « gouvernement de conseil » du roi et de ses nobles, d'ailleurs largement fantasmé par Saint-Simon, un « gouvernement d'exécution » où le roi décide seul et fait exécuter ses ordres par des ministres et secrétaires d'État, « gens de peu », roturiers ou de fraîche noblesse. Saint-Simon n'ose-t-il reprocher au roi, dans une lettre anonyme composée après la mort du duc de Bourgogne, d'avoir eu un règne « pour soi tout seul » ?

Dans l'ombre du Régent

En septembre 1715, Louis XIV s'éteint. Le duc d'Orléans, ami d'enfance de Saint-Simon, devient régent. Pour Saint-Simon, c'est le moment de faire triompher ses théories politiques. Membre du conseil de régence, il est à l'origine du système de la polysynodie, instituant à la place des ministères des conseils où domine l'aristocratie. Pour Saint-Simon, ce rôle est le seul digne d'un pair de France, conseiller né du roi, mais non fonctionnaire, même de haut vol. Ainsi il refuse la présidence du conseil des Finances, qu'il confie même à un de ses ennemis jurés, le duc de Noailles. En revanche, il accepte les honneurs les plus prestigieux de la cour : le justaucorps à brevet et les grandes entrées chez le roi. Il se fait également attribuer une croix de Saint-Louis, normalement réservée aux militaires. L'honnêteté de Saint-Simon l'empêche aussi de profiter de ce passage au pouvoir pour résoudre sa difficile situation financière. En revanche, il répare son orgueil brisé en participant à l'éviction des bâtards de leur rang de princes du sang. Peu apte aux manœuvres politiques, il est de plus en plus supplanté par le cardinal Dubois, ancien précepteur du Régent et futur premier ministre. Philippe d'Orléans lui conserve son amitié et lui prête même en 1719 le château de Meudon, honneur considérable, suivi de plusieurs propositions de poste que Saint-Simon refuse sous des prétextes divers. En 1721, il accepte néanmoins l'ambassade en direction de l'Espagne, pays qu'il admire beaucoup, dans le but de marier Louis XV à une infante d'Espagne, mais cet épisode doré qui le voit revenir grand d'Espagne est son chant du cygne : quand il en rentre en 1722, c'est Dubois qui est nommé premier ministre. En 1723, la mort du Régent lui fait perdre tout accès au pouvoir et en le privant de son dernier ami, l'éloigne de la Cour. Saint-Simon se retire alors sur ses terres, où il mène une vie de gentilhomme campagnard, relativement soucieux des conditions de vie de ses paysans, et tentant de moderniser leurs techniques. Il se fera même maître de forges. Il se consacre également à la rédaction de traités historico-généalogiques. Il lit le Journal de Dangeau et, à partir de 1739, il rassemble ses notes et s'attelle à la rédaction proprement dite de ses Mémoires. En 1749, il achève leur rédaction, les faisant s'arrêter en 1723, à la mort du Régent. Il envisage un moment une suite, qui ne sera jamais écrite. Il meurt en 1755.

Œuvre

Œuvre majeure de Saint-Simon, les Mémoires ont longtemps attendu leur publication. Elle n'est pas le fait des héritiers directs, obérés par la succession. Le manuscrit sera gardé chez un notaire et il faudra attendre le neveu du petit duc, le général de Saint-Simon, pour commencer le grand travail de publication. La première grande édition est celle de Chéruel, à partir de 1858, suivie par celle de Boislile, de 1879 à 1930. Ce sont ces éditions qui feront la gloire de Saint-Simon, détrônant le cardinal de Retz au panthéon des mémorialistes et le consacrant comme source historique majeure pour le règne de Louis XIV.

Aspects littéraires

Mieux encore, Saint-Simon a gagné le titre de véritable écrivain. Les admirateurs de sa prose sont nombreux parmi les auteurs francophones, et c'est l'un des rares mémorialistes à être lu pour son style. Pourtant, Saint-Simon lui-même avoue : « Je ne me pique pas de bien écrire. » D'un point de vue académique, il dit vrai. Sa grammaire n'est pas toujours rigoureuse, et son vocabulaire est archaïque : celui-ci reste figé à la première partie du règne de Louis XIV. C'est cela même qui fait l'originalité du style de Saint-Simon : il ne se surveille pas, et chez lui la phrase se bouscule, hachée et fiévreuse, toute en ellipses, à tel point que Chateaubriand dira de lui : « Il écrit à la diable pour la postérité ». Sa phrase semble parfois, comme chez Proust, vouloir embrasser tous les aspects d'une question et ne s'éteindre que lorsque le sujet a été épuisé. Tantôt, au contraire, il supprime le verbe et accumule les notations rapides. C'est aussi un bon conteur, narrant avec clarté et minutie des histoires souvent embrouillées, sachant ménager ses effets et son suspense, transformant une anecdote mineure en véritable comédie. Enfin, Saint-Simon se distingue par la fougue de son discours. Il a l'indignation facile, l'insulte retorse et la plume bien aiguisée. Bien peu trouvent grâce à ses yeux, offrant ainsi au lecteur un panorama parfois injuste, mais souvent réjouissant, de la cour de Louis XIV. L'œuvre n'est pas homogène. À des passages d'anthologie (portrait des personnalités disparues, veillée funèbre de Louis XIV) s'opposent des « tunnels » auxquels le lecteur moderne est moins sensible : ainsi rédige-t-il de longues dissertations sur la hiérarchie relative des grands du royaume. C'est que Saint-Simon n'écrit pas seulement pour raconter son époque, mais aussi pour promouvoir ses idées politiques.

Postérité littéraire de Saint-Simon

De grands écrivains français ont été influencés par l’œuvre de Saint-Simon. On peut citer, à titre d’exemples, Stendhal et Proust. Le premier a pu connaître les Mémoires par les publications d’extraits réalisées entre 1781 et 1819, avant que les héritiers ne rentrent en possession des manuscrits à cette date et n’autorisent une première publication en 1829, complète mais très perfectible. Stendhal a été fasciné par les Mémoires, ce qu’il a résumé par la célèbre boutade : « j’ai deux passions, les épinards et Saint-Simon ! ». Il lui emprunte de nombreux procédés littéraires « modernes » qu’utilise le duc en dépit de sa réputation d’archaïsme, en particulier la description subjective, qui consiste à décrire une scène uniquement à travers les détails qu’en perçoit un personnage. Dans La Chartreuse de Parme de Stendhal, les descriptions des intrigues de cour et les portraits de nombreux personnages secondaires sont ouvertement inspirés de Saint-Simon, qui est d’ailleurs expressément cité. Marcel Proust a été un admirateur fervent du mémorialiste, dont il a d’ailleurs fait un long et savoureux pastiche (Pastiches et mélanges, 1919). L’évocation dans À la recherche du temps perdu des salons aristocratiques du début du doit autant aux souvenirs mondains de Proust lui-même qu’aux scènes de la Cour de Louis XIV qu’il avait lues dans Saint-Simon, très souvent cité dans le roman, notamment lors des passages où apparaît le personnage haut en couleurs du baron de Charlus. Proust a aussi cherché à recréer dans ces passages une certaine manière de parler que Saint-Simon appelait, mais sans donner d’exemples, l’« esprit Mortemart », du nom d’une grand famille noble à laquelle appartenait la marquise de Montespan : « (…) une éloquence naturelle, une justesse d’expression, une singularité dans le choix des termes qui coulait de source et qui surprenait toujours, avec ce tour particulier à M de Montespan et à ses sœurs, et qui n’a passé qu’aux personnes de sa familiarité ou qu’elle avait élevées. » (Mémoires, portrait de la duchesse d’Orléans.) Proust chercha à illustrer cet esprit à travers son personnage de la duchesse de Guermantes, sans d’ailleurs être pleinement satisfait du résultat. Mais de manière plus profonde, Proust a été fasciné par la réussite du projet littéraire de Saint-Simon, qui ressuscite par l’écriture un monde disparu depuis trente ans : comme le duc-mémorialiste, le Narrateur de la Recherche comprend sur le tard que les déceptions de la vie et la certitude de la mort peuvent être transcendées par la littérature.

Aspects historiques

L'histoire selon Saint-Simon

C'est un dessein historique que poursuit Saint-Simon. Il s'en justifie dans un avant-propos qui n'est pas sans rappeler la préface de lAb Urbe condita de Tite-Live. Il commence par rappeler que l'histoire est « étude recommandée », pratiquée par les saints et, mieux encore, par le Saint-Esprit (allusion aux livres dits historiques de la Bible). Insistant que la pertinence de lire et d'écrire l'histoire quand on est chrétien, Saint-Simon s'oppose vigoureusement à l'obscurantisme : il n'y a pas lieu de taire les défauts et les vices de ses prédécesseurs au nom de la charité. « Ne mettons point le salut que le Rédempteur nous a acquis au prix indigne de l'abrutissement absolu ». Il conclut que l'histoire, loin d'être contraire à la charité, peut la servir. Saint-Simon définit ensuite ce que doit être l'histoire, non pas la simple énumération des événements, mais aussi « leurs origines, leurs causes, leurs suites et leurs liaisons des uns aux autres ». Et pour lui, cela ne peut se faire sans raconter aussi l'histoire des acteurs, leur personnalité, ce qui les meut, leurs relations entre eux. Enfin, qui peut mieux dépeindre l'histoire, sinon quelqu'un qui l'a lui-même vécue ? :« Écrire l'histoire de son pays et de son temps, c'est repasser dans son esprit avec beaucoup de réflexion tout ce qu'on a vu, manié, ou su d'original sans reproche, qui s'est passé sur le théâtre du monde, les diverses machines, souvent les riens apparents, qui ont mû les ressorts des événements qui ont eu le plus de suite et qui en ont enfanté d'autres. » Tout cela montre, selon Saint-Simon, la vanité des existences et le néant des ambitions. L'histoire remplit donc un but moral, mieux que les livres de morale eux-mêmes, car l'histoire marque plus le lecteur : « ce sont des avis et des conseils que reçoivent [les lecteurs] de chaque coup de pinceau à l'égard des personnages, et de chaque événement par le récit des occasions et des mouvements qui l'ont produit. » Enfin, l'histoire parlant généralement de gens morts, elle peut se permettre d'être vraie tout en ne choquant personne.

Saint-Simon et l'historiographie

[à compléter]

Éditions


-
Mémoires. De nombreuses éditions existent. Celle de Boislile, en 43 volumes parus de 1879 à 1930, est l'édition de référence des historiens. Celle d'Yves Coirault, en 8 volumes parus à partir de 1983 (collection « La Pléiade », Gallimard) est la plus pratique et la plus utile à l'amateur. La première édition intégrale conforme au manuscrit original, l'édition Chéruel de 1856, est disponible ici [http://rouvroy.medusis.com/] en texte intégral cherchable.
-
Traités politiques et autres écrits, Gallimard, « Pléiade », 1996. Papiers épars de Saint-Simon sur divers sujets, le plus souvent des questions de cérémonial ou de généalogie.

Voir aussi

Bibliographie


- Jean de La Varende,
M. le duc de Saint-Simon et sa comédie humaine, Perrin, 2003 ;
- Emmanuel Le Roy Ladurie,
Saint-Simon ou le système de la Cour, Fayard, 1997 ;
- Georges Poisson :
  -
Monsieur de Saint-Simon, Mazarine, Paris, 1987 pour la première édition, réedité en 2000 chez Flammarion,
  - Georges Poisson,
Album Saint-Simon coll. la Pléiade, Gallimard (collection de documents divers autour de Saint-Simon et des Mémoires).

Lien interne

Pour comprendre les noms sous lesquels Saint-Simon désigne les principaux personnages de la Cour, voyez l'article Appellations des princes du sang. Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de


1845

Catégorie:1845 ---- Cette page concerne l'année 1845 du calendrier grégorien.

Événements

Afrique

Amériques

États-Unis


- Début de la Guerre entre le Mexique et les États-Unis (fin en 1848).
- Début de la présidence démocrate de James K. Polk aux États-Unis (fin en 1849).
- La Floride devient le vingt-septième état de l'Union américaine.
- Le Texas devient le vingt-huitième état de l'Union américaine.

Asie & monde indien


- Le première guerre anglo-sikh donne le contrôle du Panjâb indien aux Anglais (fin en 1846).

Europe


- Début de la Grande famine en Irlande. Émigration massive vers l'Amérique (fin en 1848).

Chronologies thématiques


- Art & culture :
  - L'écrivain français Alfred de Vigny entre à l'Académie française.
  - Le compositeur allemand Richard Wagner écrit son opéra Tannhauser.
  - Le compositeur allemand Robert Schumann écrit son Concerto pour piano en la mineur.
  - Le savant allemand Alexandre de Humboldt commence la publication de son Kosmos (fin en 1862).
  - Le socialiste allemand Friedrich Engels publie La condition ouvrière en Angleterre.
- Science et techniques :
  - L'inventeur américain Elias Howe fait la démonstration d'une machine à coudre produisant 300 points par minute.
  - L'inventeur écossais Robert W. Thomson dépose le brevet des pneumatiques.
  - Le savant allemand Christian Schonbein invente le coton-poudre.
- Sports :
  - Le Sussex est sacré champion de cricket en Angleterre.
  - Tournoi de joutes nautiques à Toulon. Le vainqueur reçoit une montre en or.

Naissances en 1845


- 13 janvier : Félix Tisserand, astronome français († 1896).
- 3 mars : Georg Cantor, mathématicien allemand († 1918).
- 10 mars : Alexandre III, empereur de Russie († 1894).
- 27 mars : Wilhelm Röntgen, physicien allemand, prix Nobel en 1901 († 1923).
- 12 mai : Gabriel Fauré : compositeur français († 1924).
- 25 août : Louis II de Bavière Prince de Bavière († 1886).
- 11 septembre : Émile Baudot, ingénieur en télégraphie français († 1903)
- 21 novembre : Benoît XV, pape catholique († 1922).
- 24 décembre : Fernand Cormon (Fernand Anne Piestre), peintre naturaliste français († 1924).
- Edmond de Rothschild : banquier français († 1934).

Décès en 1845


- 17 février : Joseph Lakanal, homme politique français (° 1762).
- 8 juin : Andrew Jackson, ancien Président des États-Unis1767).
- 2 juillet : Ange François Blein, général d'Empire.
- 11 juillet : Johann Wilhelm Meigen, entomologiste allemand1764).
- János Batsányi, écrivain hongrois (° 1763). __NOTOC__ ko:1845년 ms:1845 simple:1845

Georg Wilhelm Friedrich Hegel

ko:게오르크 빌헬름 프리드리히 헤겔 ja:ゲオルク・ヴィルヘルム・フリードリヒ・ヘーゲル Hegel, Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Georg Hegel, Georg Hegel, Georg Georg Wilhelm Friedrich Hegel (27 août 1770 - 14 novembre 1831) est un philosophe allemand dont l'œuvre est considérée comme le sommet de l’idéalisme de cette époque.

Biographie

Hegel est né à Stuttgart, en 1770, fils d’un fonctionnaire à la Cour des comptes du duc de Wurtemberg. Il fit ses études au Gymnasium de sa ville natale. À 18 ans, il entre au séminaire de Tübingen et étudie la philosophie, l’histoire, la théologie, le latin, le grec. Il fait la connaissance de Hölderlin et de Schelling, avec qui il partage une passion pour la Grèce. À cette époque, l’essentiel de ses pensées semble s’orienter vers la religion, puis de plus en plus vers la politique. Il obtient son magister de philosophie en 1790 ; en 1793, il passe les examens de théologie, mais devient ensuite précepteur à Berne. En 1797, il est précepteur à Francfort-sur-le-Main. Il traverse alors une crise philosophique en concevant l’impossibilité de retrouver l’harmonie politique grecque dans la civilisation européenne moderne. Il devient privat-dozent à l’université de Iéna en 1801 et enseigne la pensée de Schelling : il écrit la Différence entre les systèmes de Fichte et de Schelling, qui est une prise de position pour le deuxième contre le premier. Avec Schelling, il fonde le Journal critique de philosophie. Mais l’époque de Iena est avant tout celle d’un tournant : Hegel se sépare de la philosophie schellingienne, rupture consacrée par la préface de la Phénoménologie de l'esprit qui paraît en 1807. L’arrivée de Napoléon à Iéna interrompt les activités universitaires ; Hegel part à Bamberg et devient le directeur d’un petit journal de cette ville. En 1808, il est recteur du lycée de Nuremberg ; il rédige et publie alors La Science de la logique. En 1816, il accepte la chaire de l’université d'Heidelberg. En 1818, il occupe la chaire de Fichte à Berlin et enseigne sa propre philosophie, en approfondissant plusieurs parties de son Encyclopédie des sciences philosophiques : la philosophie du droit, de l’histoire, de la religion, l’histoire de la philosophie, etc. En 1831, une épidémie de choléra décime l’Europe : Hegel meurt le 14 novembre.

Doctrine

Introduction

La philosophie de Hegel est une philosophie de l’esprit absolu et de son déploiement dialectique qui constitue la réalité et son devenir. Cette dialectique a pu être considérée comme une théologie de l’histoire, mais elle a également donné lieu à de nombreuses interprétations contradictoires du fait de sa difficulté. Cette philosophie est essentiellement déterminée par la notion de dialectique, qui est tout à la fois un concept, un principe d’intelligibilité, et, selon Hegel, le mouvement réel qui gouverne les choses du monde. La pensée hégélienne est donc la compréhension de l’histoire de ce qu’il appelle l’Idée, Idée qui, après s’être extériorisée dans la nature, revient en elle-même en niant cette altérité pour s’intérioriser, s’approfondir et se réaliser dans des formes culturelles (suivant une hiérarchie formelle d’un contenu identique : art, religion et philosophie). D’un point de vue très général, c’est donc une pensée qui veut concilier les opposés qui apparaissent, par la conciliation des philosophies de l’Être et des philosophies du devenir. En effet, avec la dialectique, ces oppositions cessent d’être figées puisque le mouvement d’une chose est d’être posée, puis de passer dans son contraire, et ensuite de réconcilier ces deux états. Ainsi, l’être n’est-il pas le contraire du Néant ; l’être passe dans le néant, le néant dans l’être, et le devenir en est le résultat : « Le néant, en tant que ce néant immédiat, égal à soi-même, est de même, inversement, la même chose que l’être. La vérité de l’être, ainsi que du néant, est par suite l’unité des deux ; cette unité est le devenir. » (La Science de la logique) Cette histoire trouve alors son sommet dans l’État, où l’Idée s’accomplit dans une organisation juridique capable de réaliser la liberté qui est son essence, i.e. ce qu’elle était déjà en germe. L’État est ainsi l’Idée qui se concrétise dans une société humaine, dans un peuple dont l’Idée est l’esprit, et qui est menée à son terme par le grand homme. Mais cet achèvement étant atteint, c’est la philosophie qui réalise pleinement la liberté : parvenu au savoir absolu, à la liberté du concept, la philosophie reprend en effet la totalité du savoir, i.e. l’ensemble des moments du processus, et se constitue par ce moyen comme science, comme savoir absolu de l’être. On voit donc que, pour Hegel, l’histoire s’achève avec son époque : tout ce développement dialectique, réalisé dans l’État, dans l’art, la religion, la philosophie, dans l’ensemble des institutions humaines qui expriment le travail du concept, trouve sa vérité et son accomplissement à l’époque de Hegel et dans ses livres… Cette volonté de clôture de l’histoire a engendré de violentes critiques (voir par exemple Nietzsche). Étant donnée cette dialectique de la totalité, i.e. le fait que la philosophie comprend la totalité du réel, Hegel reprend en un système le savoir de son temps, système où tous les concepts sont liés dans un ensemble organique. L'œuvre capitale de Hegel est de ce point de vue l’Encyclopédie des sciences philosophiques, dont le plan est l’architecture du système de la philosophie. Il est composé de trois parties :
- La Science de la logique, science de l’idée en soi et pour soi dans l’élément abstrait de la pensée ;
- la philosophie de la nature, science de l’Idée dans ce qui constitue son devenir autre ;
- la Philosophie de l’esprit, science de l’Idée retournant à soi. Puisque tous les aspects de la réalité sont selon Hegel l’expression d’un mouvement dialectique, on ne doit pas séparer les domaines d’études : l’ensemble des chapitres de cet article n’est pas un découpage qui appartient à la pensée de Hegel, mais une présentation successive de quelques aspects que l’on doit comprendre ensemble : histoire, morale, droit, art, religion, philosophie.

Ses objectifs

Hegel s’est fixé pour but d’élever la philosophie au rang de science. Cette scientificité de la philosophie passe par la synthèse spéculative des opposés, individu/société, homme/nature, etc. et a donc des conséquences politiques et religieuses : Hegel aspire en effet à un état de l’individu proche de celui du Grec pour qui la religion imprégnait tous les domaines de l’action humaine ; le christianisme, au contraire, sépare l’homme et le divin.

Contexte historique


- Révolution française
- Guerres européennes

Influence

La pensée de Hegel est considérée comme le sommet de l’idéalisme allemand.
Il se démarque de Kant dont il veut dépasser le formalisme, et, avec le concept de dialectique historique, a une influence décisive sur toute la philosophie occidentale, malgré les critiques virulentes de Schopenhauer et les attaques de Nietzsche, et en particulier sur Karl Marx, Søren Kierkegaard, et à travers lui Martin Heidegger et l’existentialisme. Sa pensée a fait l’objet de nombreux débats : Hegel était-il panthéiste (spinoziste) ? Le hégélianisme s’est divisé en deux branches principales ; hégélianisme dit de droite (les « vieux hégéliens », certains historiens de la philosophie : Eduard Zeller, Kuno Fischer), et hégélianisme dit de gauche (les « jeunes hégéliens », David Strauss).

Les sources de sa pensée


- Joachim de Flore (pour qui la trinité s’exprime dans des âges succesifs comparables à la dialectique hégélienne).
- Kant : Hegel reprend les catégories kantiennes en en critiquant le formalisme subjectif qui aboutit selon lui à une forme de scepticisme. Le chapitre « Concept préliminaire » de la Science de la logique expose cette critique où Hegel utilise entre autres ce raisonnement : la conscience et la critique du fini (déterminations de l’entendement) n’est possible que du point de vue de l’infini : « la désignation de quelque chose comme quelque chose de fini ou de borné contient la preuve de la réalité effective et de la présence actuelle de ce qui est infini, sans borne. » L’argument reprend Descartes : la conscience de la finitude ne peut être sans l’idée de l’absolu. En conséquence, selon Hegel, la philosophie kantienne ne peut atteindre le savoir absolu parce qu’elle se maintient dans cet inachèvement.
- piétisme.
- La Grèce et le christianisme : Lessing et Winckelmann avaient crée une vision de la Grèce faite d’harmonie et de sérénité. De même, pour Hegel, la cité réalise l’harmonie de l’État et de l’individu : l’individu s’identifie à la totalité, et les destins de la cité et de l’individu sont inséparables. Dans ce contexte politique, une religion de la transcendance est impossible : le divin est immanent, il n’y a pas de cité de Dieu, comme dans le christianisme (cf. Augustin) : :Notre religion (à la différence de la religion grecque) veut éduquer les hommes à être des citoyens du ciel qui ont le regard toujours en haut et cela les rend étrangers aux sentiments humains. Mais cela signifie que le modèle grec ne peut être réalisé tel quel par les peuples modernes et qu’il faut donc tenter de modifier le christianisme pour qu’il réalise une harmonie nouvelle unissant le particulier et l’universel ; à cette époque, pour Hegel, c’est l’amour chrétien qui doit permettre de fonder un sens de la collectivité. Hegel ne s’occupe pas de la religion privée, qui ne concerne que l’individu ; seule la religion publique doit faire l’objet d’une réflexion philosophique. Hegel retient trois caractéristiques de l’idéal grec :
- l’histoire est création, la cité ne la subit pas, mais elle est voulue ;
- l’État est fondé sur la liberté : l’idéal éthique de l’individu se réalise dans la collectivité (le bonheur est donc réalisé ici-bas) ;
- la religion inspire l’amour de la liberté, elle n’inspire pas la mauvaise conscience et rejette le péché. La religion grecque n’a pas de dogmes ni d’institutions, mais une mythologie qui inspire la moralité et la vertu.

La dialectique

La dialectique à trois moments (thèse, antithèse, synthèse) n’est pas une méthode : cela découle logiquement de l’idée même de dialectique, qui est le développement de la réalité. La dialectique est la nature des choses elles-mêmes. On peut récuser l’idée qu’il y aurait une doctrine hégélienne, car il s’agit en fait de dégager ce qu’il y a d’intelligible dans la réalité, et non d’en produire une nouvelle interprétation. La philosophie décrit la réalité et la reflète. Dans le domaine de l’esprit, la dialectique est l’histoire des contradictions de la pensée qu’elle surmonte en passant de l’affirmation à la négation et de cette négation à la négation de la négation. C’est le mot allemand aufheben qui désigne ce mouvement de suppression (négation) et de conservation de la chose supprimée (négation de la négation). Ce qui est supprimé est alors médié et constitue un moment déterminé intégré au processus dialectique dans sa totalité. Cette conception de la contradiction ne nie pas le principe de contradiction, mais suppose qu’il existe toujours des relations entre les opposés : ce qui exclut doit aussi inclure en tant qu’opposé. Or, la thèse fondamentale de Hegel est que cette dialectique n’est pas seulement constitutive du devenir de la pensée, mais aussi de la réalité ; être et pensée sont donc identiques. Tout se développe selon lui dans l’unité des contraires, et ce mouvement est la vie du tout. Toutes les réalités se développent donc par ce processus qui est un déploiement de l’esprit absolu dans la religion, dans l’art, la philosophie et l’histoire. Comprendre ce devenir, c’est le saisir conceptuellement de l’intérieur. Mais cette compréhension de la réalité ne peut venir qu’une fois les oppositions synthétisées et résolues, et c’est pourquoi la philosophie est la compréhension de l’histoire passée : « la chouette de Minerve ne prend son envol qu’au crépuscule. » Par exemple, Napoléon achève la Révolution française et Hegel le comprend.

La phénoménologie de l’esprit

Voir article Phénoménologie de l'esprit, pour un exposé détaillé. La phénoménologie est la « science de l’expérience de la conscience ». Elle introduit au système de la science (Hegel publie cette œuvre en 1807) et se présente comme la première partie de son système. Cette œuvre décrit l’évolution progressive et dialectique de la conscience (i.e. par le jeu des négations successives, la conscience commençant par nier ce qui se manifeste immédiatement à elle), depuis la première opposition immédiate entre elle et l’objet, puis la conscience de soi, la raison, l’esprit, la religion, jusqu’au savoir absolu dans lequel « le concept correspond à l’objet et l’objet au concept ». Ce dernier savoir est selon Hegel savoir de l’être dans sa totalité, intériorisation de l’objet, ou identité de l’objet de la pensée et de l’activité de connaissance dont le résultat est l’objet lui-même.

Finalité et structure de la phénoménologie

La phénoménologie commence donc par la description de la conscience en général, comme opposée à un objet. Mais cette description adopte aussi le point de vue de la conscience telle qu’elle s’apparaît à elle-même. Un moment de la dialectique de la conscience peut donc être vrai pour la conscience elle-même, et faux pour celui qui rassemble la totalité des moments en une seule totalité. Ou, autrement dit, toute conscience commence par l’erreur, et est dans l’erreur, mais se hisse à la vérité dans la totalité de son histoire. Cette histoire est une suite de prises de conscience (expériences vécues) et de créations actives (transformation du réel). Le but de la phénoménologie est donc de décrire en totalité l’essence intégrale de l’homme, i.e. ses possibilités cognitives et affectives. C’est en ce sens une anthropologie, bien que dans l’ensemble de son système, Hegel considère la phénoménologie de la conscience au sein de la totalité de l’histoire de l’esprit, donc au-delà de l’être humain. La phénoménologie est divisée en huit chapitres qui se regroupent en trois parties : la conscience, la conscience de soi, et la raison qui est la conscience intégrale unissant les deux premiers. La connaissance d’un objet ne peut se réduire à ce que nous savons de cet objet, bien qu’habituellement nous considérions un objet tel qu’en lui-même. En effet, dans la connaissance sont aussi contenus le je qui sait et la relation que nous entretenons avec lui, c’est-à-dire la conscience que nous en avons. Pourtant, lorsque nous ne sommes attentif qu’à l’objet, nous n’avons pas la conscience du savoir même qu’est cette conscience ; l’attitude naturelle chosifie, cela veut dire plus simplement qu’elle considère l’objet comme s’il était réellement extérieur à la relation que nous entretenons avec lui. Cela nous donne deux manières de concevoir un objet quelconque ; ces manières sont des perspectives philosophiques fondamentales (mais nous verrons qu’elles sont pour Hegel des moments du devenir de la conscience) :
- le réalisme voit l’objet comme une réalité étrangère, objet posé hors de nous simplement tel qu’il est ;
- l’idéalisme fait au contraire de la conscience un élément essentiel de la constitution du savoir : la conscience, par son activité, pose le monde et donc le détermine en partie ou intégralement. La philosophie étudiera ces déterminations subjectives de la connaissance, i. e. la relation même dont nous venons de parler. Cette relation a deux dimensions :
- quand la conscience est savoir d’un objet intérieur ;
- quand la conscience est savoir d’un objet extérieur, soit que l’objet soit simplement donné, soit qu’il soit produit par la conscience. L’étude ou science de la conscience est la phénoménologie de l’esprit. Elle étudie la manifestation phénoménale d’un sujet en tant qu’il se rapporte à un objet, i. e. en tant que conscience. Quand cette étude à pour objet le rapport interne de l’esprit à lui-même on l’appelle psychologie. L’étude de la diversité des affections de l’objet dans son rapport à une conscience comporte, selon Hegel, trois degrés (ou trois moments de la conscience) : #la conscience en général ; #la conscience de soi ; #la raison.

I. La Conscience

L’homme s’oppose au monde, c’est la conscience du monde extérieur. Considérant ce point, nous voyons que celle-ci passe elle-même par plusieurs moments. Il y a ainsi trois niveaux de conscience : 'La sensibilité', qui est la certitude immédiate d’un objet extérieur : l’objet est simplement, et il est un ceci, donné dans l’espace et le temps, ici et maintenant. Il est bien distinct et déterminé. Cette conscience est en apparence d'une richesse infinie : elle s’étend à tout ce qui est dans le temps et l’espace. Mais l’ici et le maintenant du ceci, de tel objet, disparaissent (l’objet change, et détruit, etc.), tandis qu’il y a toujours un ceci et un maintenant en général, s’appliquant à tous les ici et maintenant. L’ici et le maintenant, dans leur universalité (généralité) ne sont donc aucun ici et maintenant en particulier, mais une multiplicité de moments et de lieux. Ce qui est donné, la certitude de la sensibilité, ce n’est donc pas une détermination sensible, un ici et maintenant, mais une 'perception' universelle. L’objet devient donc l’inessentiel : la négation de la conscience sensible nous fait parvenir à l’universel, à la perception. 'La perception' nous élève donc à l’universel, qui est la vérité de la sensibilité ; c’est un mixte de déterminations sensibles et de déterminations réflexives. L’objet de la perception est la 'chose et ses déterminations.
Ces déterminations :
- sont immédiates dans la sensibilité (ici et maintenant) et pourtant médiatisées par notre relation avec elles ;
- appartiennent à la chose dans sa singularité, mais sont en même temps universelles car, d’une part, elles peuvent être attribuées à d’autres choses, et, d’autre part, elles sont indépendantes les unes des autres (par exemple : couleur, poids, étendue, etc.). La relation du sujet à l’objet est ainsi constitutive des propriétés de l’objet ; c’est pourquoi ces propriétés se modifient et sont ainsi des accidents de la chose. Mais puisque les choses ne sont rien d’autre que leurs propriétés, elles se transforment, deviennent, ou, autrement dit, disparaissent et surgissent sans cesse. Dans ces modifications, le modifiable est supprimé et ce qui reste est le devenir, la modification elle-même. 'L’entendement', s’il est aussi déterminé accidentellement, saisit également l’essentiel qui demeure dans le changement des choses : il est la conscience en tant qu’elle 'considère l’intérieur des choses', i.e. la force qui, identique à elle-même et se réalisant, s’extériorise et lie les déterminations universelles entre elles. Cet intérieur est la pensée ou 'concept' de l’objet, qui est le propre forme de la conscience, par laquelle elle se prend elle-même pour objet. La différence entre le sujet et l’objet s’est donc abolie, et elle laisse place à la conscience de soi.

II. La Conscience de soi

L’homme prend conscience de soi par sa conscience de son opposition au monde. La conscience de soi est donc l’intuition du « je » par lui-même : Je suis Je. C’est une proposition sans contenu : la conscience ne peut se donner à elle-même que dans les choses dont elle supprime l’altérité. Cette tendance essentielle de la conscience lui permet de se donner à elle-même comme objet, elle se produit comme objet et se donne ainsi une réalité. Continuant ainsi à suivre le développement dialectique de la conscience, Hegel distingue trois moments de la conscience de soi : Le 'désir' : la conscience s’oriente vers autre chose qui n’est pas un soi, et en nie l’altérité. En tant que telle, elle est conscience pratique. La tendance est la nécessité sentie de supprimer la contradiction ; le désir est destructeur
La satisfaction du désir est la suppression de l’objet, qui aboutit au sentiment que la conscience a d’elle-même, au sentiment de sa réalité singulière. La 'maîtrise et la servitude' : la conscience de soi se porte sur une autre conscience de soi et veut se faire reconnaître. C’est la lutte pour la reconnaissance : celui qui est vaincu (parce qu’il a peur de mourir) devient esclave, il n’est pas reconnu en tant que conscience de soi. L’'universalité de la conscience de soi'. L’esclave, lorsqu’il prend conscience de sa liberté (liberté qui reste cependant interne, mentale, mais qui est conscience de soi en tant qu’indépendant de la nature), passe par trois figures :
- le stoïcien : liberté de la pensée, indifférence au monde ;
- le sceptique : négation du monde, nihilisme ;
- la conscience malheureuse : imagination d’un maître transcendant, Dieu. La conscience malheureuse s’invente deux moi : le moi empirique, mortel et faible, le moi transcendant, idéal et au-delà de la nature. Ces trois formes de la liberté ont ceci de commun qu’elles ne parviennent pas à réaliser extérieurement ce qu’elles pensent, i.e. leur liberté d’action. L’esclave est donc toujours esclave (il cherche même un maître imaginaire pour justifier son état) ; la prise de conscience de cet état supprime Dieu. Il reste alors la pensée libre, la raison qui a pris la place de Dieu, l’athéisme.

III. La Raison

La raison est la conscience revenue de l’au-delà de la religion. C’est pourquoi, selon Hegel, la raison commence par trouver de l’intérêt aux choses d’ici-bas, i.e. à l’observation de la nature. En bref, la raison, c’est d’abord la science moderne, la volonté de décrire les phénomènes en les exprimant dans des lois.

Esprit objectif : morale, droit, et État

La conscience qui se réalise est appelée
esprit objectif. Cet esprit est incarné dans la vie humaine commune.

La morale


- moralité subjective ou responsabilité, intention, bien et devoir. Cette morale kantienne est selon Hegel purement formelle et subjective. Pour devenir concrète, la morale doit se réaliser dans une société.
- moralité objective :
  - La famille
  - La société civile : travail et production
  - L’État : universel et donc au-dessus des individus, il réalise la raison et la liberté en réglant les conflits.

Le droit

Le droit, en tant qu’esprit objectif :
- Le droit abstrait
- La morale
- L’éthique (famille, société civile et État).

Esprit absolu

L’art, l’esthétique

L’art exprime l’Idée sous une forme sensible, c’est l’absolu donné à l’intuition : le Beau est la manifestation sensible de l’Idée, mais sans en être une forme achevée.
L’art est une objectivation de la conscience par laquelle elle se manifeste à elle-même. Il constitue donc un moment important de son histoire. La réflexion sur l’art implique la fin de l’art, au sens où cette fin est un dépassement de l’élément sensible vers la pensée pure et libre. Ce dépassement doit se réaliser dans la religion et la philosophie. Pour Hegel la plus mauvaise des productions de l'homme sera toujours supérieures au plus beau des paysages, car l'oeuvre d'art est le moyen privilégié par lequel l'esprit humain se réalise. L’histoire de l’art se divise en trois, suivant la forme et le contenu de l’art :
- art symbolique, oriental, baroque, où la forme excède le contenu ;
- art classique, grec, qui est l’équilibre de la forme et du contenu ;
- art romantique, chrétien, où le contenu absorbe la forme.

La religion

Le savoir absolu

Le savoir absolu décrit la totalité du réel, c’est une vérité définitive. En effet, la philosophie, pour Hegel, doit être scientifique ; elle doit donc être nécessaire et complète. Mais un système nécessaire et complet est, selon lui, circulaire. L’absolu est circulaire, cela signifie que le système revient à son point de départ, et que ce point de départ peut être n’importe où.

Philosophie de l’histoire

La philosophie de l’histoire de Hegel est préparée par l’ensemble du XVIIIe siècle :
- Pour Kant, l’histoire voit le développement des facultés de l’homme aboutissant à l’État ;
- pour Schiller et Rousseau, l’homme est d’abord dans un état d’innocence, puis en est arraché par la culture, avant de concilier cette opposition dans sa conscience de lui-même où il se retrouve pleinement. Ces thèses classiques sont reprises par Hegel, du point de vue de la dialectique et de l’Idée, le principe étant :
la raison gouverne le monde et se réalise dans l’histoire. Ainsi, selon Hegel, l’Idée se réalise dans l’histoire et la fin de cette dernière, son but, c’est Dieu, l’Idée ou l’Esprit absolu. Ainsi, « Le but de l’histoire universelle est que l’esprit parvienne au savoir de ce qui est véritablement, et fasse de ce savoir un objet, le réalise en un monde présent concrètement, s’exprime en tant qu’objectif. » Cette rationalité intégrale de l’histoire implique que son développement réalise plus complètement la morale et la liberté. Quel est le sujet de cette histoire ? Ce ne sont pas les individus dans leur singularité, mais un peuple et son esprit (
Volkgeist). Le grand homme est le conducteur de ce peuple qui aspire à la réalisation de son but. La marche de l’esprit du monde aboutit finalement à l’État, où se trouvent réunis mœurs, art, et droit. La fin de l’histoire, c’est donc l’État et la liberté qu’il réalise. Philosophie de l’Histoire de Hegel La philosophie de l’histoire d’Hegel (1770-1831) est une philosophie de l’esprit des peuples, conception proche du « Volksgeit » romantique (réalité spirituelle et culturelle, unique et indivisible), à travers lesquels s’exprime l’Esprit Universel que Hegel nomme aussi Raison, Liberté, Absolu, parfois Dieu… fin annoncée de l’histoire. La dynamique qui sous-tend le déterminisme hégélien est la dialectique, système idéaliste où le progrès est synthèse entre les opinions contradictoires de la thèse et de l’antithèse (exemple : la loi s'affirme (affirmation), le crime la nie (négation), le châtiment nie le crime et rétablit le droit (négation de la négation)). Celle-ci sont les « moments du devenir d'une totalité, dont le dernier stade laisse chaque fois derrière lui les deux précédents, sans sacrifier leur signification propre. Dépasser, chez Hegel, c'est nier mais en conservant, sans anéantir. Chaque terme nié est intégré. Les termes opposés ne sont pas isolés mais en échange permanent l'un avec l'autre. » Le système hégélien confronte la raison « naturelle » et la positivité « historique » (religion naturelle-religion positive, droit naturel-droit positif), l’Histoire et la Vie. Hegel refuse l’idéalisme kantien et sa philosophie du droit abstraite, au profit d’une conception organique et vivante, expression de la totalité éthique : le peuple. La raison gouverne donc le monde. Elle se réalise dans l'histoire, le spectacle d’incohérence et de chaos qu’elle présente à ses acteurs n’est que l’histoire apparente, double distordu par les ruses de la raison (ce qui lui permet de critiquer également l’empirisme dogmatique marqué par l’opposition entre pratique et théorie, source de contradiction dialectique). Derrière cette histoire apparente vit l’histoire vraie, celle de l’Esprit Universel. Ce dualisme téléologique justifie la tyrannie, les guerres (en tant que moments nécessaires de la vie d’un peuple, expression de la liberté d’un peuple), les passions (« Rien de grand ne s'est accompli dans le monde sans passions. ») en vue de la réalisation d’un Absolu, fin déterminée. Les grands hommes (« historico-cosmiques ») seuls peuvent canaliser les désirs des peuples, guidés par leurs intérêts mais œuvrant presque malgré eux à la réalisation de l’État Universel, incarnation politique de l’Esprit Absolu. La tyrannie est nécessaire dans l’histoire car elle permet l’aliénation des volontés particulières centrifuges. Lorsque l’obéissance est obtenue, lorsque la volonté générale est traduite dans la loi, la tyrannie est renversée par les peuples, « sous prétexte qu’elle est abominable, en fait seulement parce qu’elle est devenue superflue. » (Hegel, Realphilosophie, 1805-1806, p247) Intérêt et désir sont donc les moyens dont se sert l'Esprit du monde pour parvenir à ses fins et s'élever à la conscience, le négatif n’est qu’un moment nécessaire à la transformation de la culture. La théodicée (néologisme formé par Leibniz dans ses Essais de théodicée sur la bonté de Dieu, la liberté de l'homme et l'origine du mal (1710) visant à « justifier » l’existence du Mal, celui-ci concourt chez Leibniz à l'harmonie et à la perfection du Tout, l’homme ne pouvant qu’entrevoir le dessein divin) hégélienne se réalise dans l’Etat, lieu de convergence des manifestations de l’esprit particulier à chaque peuple : art, droit, mœurs, commodités de l'existence… (« L’absolu totalité éthique n’est pas autre chose qu’un peuple ») Elle fait de l’Histoire le « Tribunal de dernière instance » de l’ensemble des faits humains. Cette Schöne Totalität étatique, Hegel croit la trouver (dans ses écrits de jeunesse) dans la Grèce classique où l’individu place son bonheur dans sa participation active comme citoyen à la chose publique permettant l’harmonie entre l'individu et l'Etat (notamment par la religion civique, liée à la vie de la communauté politique). L’harmonie est donc réalisée entre l’individu et le peuple offrant une liberté authentique. Elle a cependant été rompue (apparition de la distinction vie privée/vie publique) par le christianisme et ses corollaires : la conscience malheureuse (conscience de la contradiction entre la vie finie de l’homme et sa pensée de l’infini), la dissolution de l’Etat et l’individualisme (principe de subjectivité absolue : savoir que l’individu a de l’absolu en lui-même), une médiation du pouvoir est donc nécessaire (Hegel oppose la démocratie antique à la monarchie moderne qui permet de concilier les volontés particulières/subjectives et la volonté générale/objective. Les principaux caractères de l’Etat moderne hégélien sont : monarchie constitutionnelle, centralisation administrative, décentralisation économique, servie par un corps de fonctionnaires de métier, sans religion d’Etat, souverain à l’intérieur comme à l’extérieur). Hegel tente donc la synthèse entre la philosophie d’origine grecque et le christianisme, sources fondamentales de la civilisation occidentale. La totalité rationnelle hégélienne constitue la base philosophique du totalitarisme politique (thèse développée par K. POPPER, Misère de l'historicisme, Paris, Plon, 1956). Entre l’Etat et l’individu se trouve cependant la société civile (l’Etat du libéralisme économique), elle est le lieu de l’opposition la plus déchirante : celle de la pauvreté et de la richesse, conséquence de la division du travail (anticipation de l’analyse marxienne de l’aliénation symbolique du travailleur :celui-ci ne peut plus se reconnaître dans le produit de son travail) et des « incessantes variations du marché.» (J.Hyppolite) Seul le lien corporatif à travers des états (corporations, syndicats, communautés structurant la société civile) permet de compenser cette réalité des sociétés industrielles, de réconcilier le citoyen avec l’Etat (il joue un rôle de régulateur à travers une politique économique, ajustant les intérêts parfois conflictuels des producteurs et des consommateurs). L'Histoire est donc une prise de conscience progressive par l’Esprit de sa fin (une intériorisation remémorante (Er-innerung) de l'esprit) que Hegel nomme destin (il distingue des destins caractéristiques au judaïsme et au christianisme). Elle est passage de l'en-soi au pour-soi. La finalité de l'histoire existe d'abord sans être connue mais la prise de conscience s'opère progressivement.

Le vocabulaire de Hegel

La philosophie de Hegel est réputée difficile ; comme Schopenhauer a pu le faire remarquer avec son habituelle diplomatie (« Hegel met les mots, le lecteur doit trouver le sens »), le principal obstacle est le vocabulaire hégélien qui n’est pas toujours clairement défini pour un lecteur non philosophe. Ce vocabulaire propose donc de clarifier le sens des mots, ce qui permettra une compréhension relativement plus facile de la pensée de Hegel.
- Concept (
Begriff)
- Esprit (
Geist)
- Négation (
Negation)
- Universel, particulier, singulier (
allgemein, besonder, einzeln)
- Savoir absolu (
absolutes Wissen)
- La logique : « La logique est la science de l’Idée pure, c’est-à-dire de l’Idée dans l’élément abstrait de la pensée » (
La Science de la logique, Concept préliminaire)
  - L’être : « L’être pur constitue le commencement, parce qu’il est aussi bien pensée pure que l’immédiat simple ; mais le premier commencement ne peut rien être de déterminé et de davantage déterminé. La définition véritablement première de l’absolu est par suite qu’il est l’être pur » (
La Science de la logique, La Théorie de l’être).
  - L’essence
  - Le concept : « Le concept est ce qui est libre, en tant qu’il est la pure négativité de la réflexion de l’essence en elle-même ou la puissance de la substance, -et, en tant qu’il est la totalité de cette négativité, ce qui est en et pour soi déterminé » (
La Science de la logique, La Théorie du concept).
- La philosophie de la nature
- La philosophie de l’esprit :
  - Esprit subjectif
  - Esprit objectif
  - Esprit absolu
- Conscience (
Bewusstsein) : c’est l’esprit dont le développement est décrit dans la Phénoménologie de l'esprit.
- Conscience de soi (ou auto conscience,
Selbstbewusstsein)
- Les moments de la conscience :
  - L’être en soi : c’est le point de départ de la phénoménologie, l’indistinction première et immédiate de l’esprit dans la sensation (pour Hegel : enfance et peuples primitifs). L’en-soi est la « disposition, le pouvoir, c’est ce qu’Aristote appelle
dunamis, c’est-à-dire la possibilité » (Leçons sur la philosophie de l’histoire). L’en-soi est un moment abstrait, la notion de la chose considérée : c’est, selon la métaphore hégélienne, le germe simple qui contient déjà la multiplicité. Tout ce qui se réalisera est donc contenu dans l’en-soi, le devenir n’ajoutant rien que l’effectivité, l’existence.
  - L’être pour soi : c’est le moment de la reconnaissance réciproque des consciences libres
  - L’être en soi et pour soi : moment de l’esprit réalisé
- Dialectique du Maître et du Serviteur

Critique de l’hégélianisme


- Stirner : Stirner centre sa pensée sur le moi, l’unique, qui a sa valeur en lui-même. Dans cette perspective, le système hégélien est une aliénation du particulier : Stirner refuse donc l’identification de l’individu à l’universel. Remarquons que ce point de vue individualiste avait déjà fait l’objet d’une critique de la part de Hegel : le particulier ne peut se réaliser seul ; il n’est pas indépendant. Sa valeur d’unique est donc illusoire, elle a un caractère romantique qui conduit à l’échec.
- Kierkegaard : Kierkegaard reproche à Hegel sa "Quantifizierung", de n'avoir pas su faire le "saut" (Sprung) qualitatif nécessaire à la compréhension de l'intériorité.
- Karl Marx : quoiqu'au fondement de sa propre dialectique, Hegel reste pour Marx un philosophe idéaliste qui décrit le monde au lieu de le changer. Il a le tort d'admettre comme Nature un état historique du monde.
- Nietzsche
- Karl Popper, notamment dans La société ouverte et ses ennemis

Bibliographie


-
La Positivité de la religion chrétienne (1796)
-
La Vie de Jésus (1796)
-
Fragment de système (1797)
-
L’Esprit du christianisme et son destin (1797)
-
Constitution de l’Empire allemand (1801)
-
Dissertatio philosophica de orbitis planetarum (1801)
-
Différence entre les systèmes de Fichte et Schelling (1801)
-
Foi et savoir
-
Sur les façons de traiter scientifiquement du droit naturel
-
Phénoménologie de l'Esprit (1807)
-
Propédeutique philosophique (cours de Bamberg)
-
La Science de la logique (la logique objective), premier livre du premier tome : L’Être (1812)
-
La Doctrine de l’essence, second livre du premier tome de la Science de la logique (1813)
-
Science de la logique subjective, ou doctrine du concept, second tome de la logique (1816)
-
Encyclopédie des sciences philosophiques en abrégé (1817)
-
Principes de la philosophie du droit ou droit naturel et science de l’État en abrégé (1821)
-
La Raison dans l'histoire (1821)
-
Encyclopédie des sciences philosophiques, forme plus étendue de la précédente (1827), composée de :
  - Tome I :
la Science de la logique
  - Tome II :
Philosophie de la nature (Première traduction française disponible sur [http://visualiseur.bnf.fr/Visualiseur?Destination=Gallica&O=NUMM-77035 Gallica])
  - Tome III :
Philosophie de l’esprit
- Cours publiés à titre posthume :
  -
Leçons sur la philosophie de l'histoire
  -
Leçons sur l'histoire de la philosophie
  -
Leçons sur l'esthétique
  -
Leçons sur la philosophie de la religion

Études


-
Introduction à la lecture de Hegel, Alexandre Kojève
-
Introduction à la philosophie de l’histoire de Hegel, J. Hyppolite
-
Hegel, François Châtelet, Seuil, collection "Les Ecrivains de toujours"

Citations


- « Quiconque étudierait ou possèderait une philosophie, si toutefois c’en est une, connaîtrait par suite la philosophie. »
- Jugement de Schopenhauer : Hegel est « un charlatan plat, sans esprit, répugnant, ignorant », dont la philosophie est une « colossale mystification » ; la philosophie de Hegel est « le verbiage le plus creux (...), le galimatias le plus stupide qui ait jamais été entendu, du moins en dehors de maisons de fous ».
- « Il est plus facile d'être inintelligible d'une façon sublime que d'être intelligible de façon simple » (lettre extraite de
Science de la logique, 1 livre, traduction de Pierre-Jean Labarrière et Gwendoline Jarczyk, Aubier, p. VII)
- « L’art exprime ce que le langage articulé ne parvient pas à traduire. »
- « L’art est la manifestation sensible du beau. »
- « Tout ce qui est réel est rationnel ; tout ce qui est rationnnel est réel. »
- « Quand l'art s'en tient au but formel de la stricte imitation, il ne nous donne, à la place du réel et du vivant, que la caricature de la vie. »

Liens


- [http://facdephilo.univ-lyon3.fr/hegel.htm De nombreux liens sur Facphilo (Lyon 3)]
- [http://hegel.net/fr/ Hegel.net français]
- [http://diaphora.juraver.net/Auteurs/Hegel/Phenomenologie-de-l-esprit Diaphora] - Etudes sur la
phénoménologie de l'esprit (1830), notes de lecture.
- [http://wikisource.org/wiki/Manifeste_du_parti_communiste Manifeste du parti communiste] sur le site Wikisource


Cobra (mouvement)

Cobra est un mouvement artistique né en 1948 et dissout en 1951.

Origines


- Hostilité à l'égard du parisianocentrisme culturel (intransigeance d'André Breton), cf. René Magritte, période « vache »
- Rejet du jdanovisme entretenu par le PCF : dispute avec « Les lettres françaises »
- Reproche au surréalisme : la peinture (Joan Miró excepté) n'a presque jamais pratiqué l'écriture automatique ; la spontanéité immédiate est demeurée souvent intellectuelle, rarement physique (voir équivalent américain à la même époque : Jackson Pollock)
- Effervescence de l'activité surréaliste en Belgique ; nombreux groupes divergents, dissidences, disputes… (cf. Le Surréalisme révolutionnaire, 1947)
- Rôles personnels de Christian Dotremont et d'Asger Jorn comme organisateurs et animateurs
- Intérêt pour les arts primitifs (art viking, calligraphie orientale, expressionnisme, art préhistorique, art médiéval), naïfs et populaires (créations d’enfants ou d’handicapés mentaux) ; et idée anti-élitiste que l’art doit être pratiqué par tout le monde, et non seulement par des « zârtistes ».
- Influence du philosophe français Gaston Bachelard : psychanalyse de l’imaginaire créatif et des éléments fondamentaux (la terre, l’eau, le feu) Travail impressionniste

Caractéristiques

(acronyme : COpenhague - BRuxelles - Amsterdam)
- Liberté et spontanéité (cf. action painting) : rejet des théories préétablies
- Anti-spécialisation (« pluridisciplinarité »! ) : musicien peint, peintre fait de la poésie, etc.
- Travaux souvent collectifs : œuvres réalisées par plusieurs artistes associés
- Volonté d’internationalisation : + Français, Tchèques, Africains,Russe Le mouvement se dissout dès 1951, à cause d'une part de dissensions et de rivalités, et d'autre part de la maladie des deux promoteurs, Jorn et Dotremont ; ainsi, Cobra, véritable laboratoire d'expériences artistiques, servira ensuite à l'éclosion des individualités.

Principaux artistes

Voir : :Catégorie:Mouvement Cobra
- Danemark : Asger Jorn, Henry Heerup, Bengt Lindström, Carl-Henning Pedersen, Ejler Bille, Egill Jacobsen, Else Alfelt, Sonja Ferlov, Erik Thommesen, Erik Ortvad, Mogens Balle, Svavar Gudnason.
- Pays-Bas : Karel Appel, Guillaume Corneille (Cornelis Van Beverloo, d'origine Belge), Lucebert (Lucebertus Swanswijck), Constant (Constant Van Nieuwenhuis), Anton Rooskens, Theo Wolvecamp, Eugene Brands, Lotti Van Der Gaag, Shinkichi Tajiri.
- Belgique : Christian Dotremont, Pierre Alechinsky, Reinhoud (Reinhoud d'Haese), Serge Vandercam, Raoul Ubac, Pol Bury, Jacques Calonne (aussi musicien), Hugo Claus, Jean Raine, Marcel Havrenne (poète)
- France : Jacques Doucet, Edouard Jaguer, Jean-Michel Atlan.
-


Constructivisme


- Le constructivisme, un courant des mathématiques ;
- Le constructivisme, un courant artistique ;
- Le constructivisme, un courant politique ;
- Le constructivisme, un courant de la psychologie ;
- Le constructivisme, un courant de l'épistémologie.

Dadaïsme

Le dadaïsme, dit aussi dada est un mouvement intellectuel, littéraire et esthétique d'avant-garde qui, entre 1916 et 1925, se caractérisa par une mise en cause de toutes les conventions et contraintes idéologiques, artistiques, cinématographiques, politiques.

Création du mouvement

Le mouvement a été fondé autour de Hugo Ball en 1916 à Zurich en Suisse, pendant la Première Guerre mondiale, dans les milieux intellectuels et artistiques occidentaux, et s'est traduit par une remise en question radicale des modes d'expression traditionnels, un questionnement foisonnant sur l'art.

Source de la dénomination

Usuellement, il est dit qu'il fut ainsi nommé par pur hasard ludique. À l'aide d'un coupe-papier, quelques artistes européens ouvrent au hasard un dictionnaire et tombent sur le mot «dada». En réaction à l'absurdité et à la tragédie de la Première Guerre mondiale, ils baptisent le mouvement qu'ils viennent de créer de ce nom. En fait, selon Giovanni Lista, il s'agissait plutôt d'une volonté délibérée d'ancrer le mouvement dans un retour aux valeurs de l'enfance :
- À la fin du , lors de la polémique sur la représentation exacte du cheval dans l'art, Gauguin avait déclaré : « Quant à moi, j'ai reculé dans mon enfance jusqu'à mon dada ».
- Hugo Ball, le fondateur du mouvement déclara aussi juste avant guerre qu'il devait « sauver le petit cheval de bois ». C'est ce qui l'incitera à donner ce nom au mouvement.

Le mouvement dada et l'humour

Après la première guerre mondiale, les jeunes ont besoin d'exprimer leur jubilation d'être en vie, la fin de la guerre et la paix retrouvée. La vie a vaincu la mort, la paix a vaincu la guerre, l'enfance et l'insouciance sont de retour et vont pouvoir s'exprimer. En 1963, Tristan Tzara a dit : « Dada n'était pas seulement l'absurde, pas seulement une blague, dada était l'expression d'une très forte douleur des adolescents, née pendant la guerre de 1914. Ce que nous voulions c'était faire table rase des valeurs en cours, mais, au profit, justement des valeurs humaines les plus hautes. »

Développement du mouvement

Un peu avant la fin de la guerre le mouvement dada s'installe en Allemagne, en particulier à Berlin, où il s'accompagna d'une révolte politique à tendance marxiste, à Hanovre et à Cologne. Succédant à des révoltes individuelles et solitaires contre la civilisation occidentale (Arthur Rimbaud), cristallisée par l'épreuve du conflit de 1914-1918, la contestation culturelle de Dada se manifeste par la truculence provocatrice et la dérision, souvent au cours de manifestations publiques. Hannah Höch qui dessinait des patrons de couturier pour une revue, les utilisait en découpage sauvage pour en faire des collages politiques. De façon générale et pour la première fois, les femmes sont acceptées comme artistes à part entière, comme camarades de jeu, comme complices, et complémentaires des hommes, « traitées comme des collègues », et non plus seulement comme des amantes, des « amatrices douées» ou des « objets de sublimation dans l'art ». Le mouvement dada s'est déployé dans le monde entier et son esprit s'est conservé dans le temps, influençant des artistes comme Ernst, Breton, Crevel, Desnos, Jacob, Soupault, Robert et Sonia Delaunay. En 1924, le «Manifeste du surréalisme», signe la fin historique du dadaïsme.

Le mouvement dada et l'érotisme

En 1920, Tristan Tzara nomme des « présidentes dada », les plus anticonformistes possibles et à l'originalité débridée. Les « jeunes filles dada », les « dada's girls » dansent en solo avec ou sans masque, comme Sophie Taeuber. Elles font tourner les têtes et suscitent l'enthousiasme, mais aussi les huées. Emmy Hennings, compagne de Hugo Ball, fonda avec lui, le cabaret Voltaire à Zurich, dont elle devint l'âme en animant ses soirées, par la danse, le chant et la poésie. L'américaine Clara Tice, peintre caricaturiste et poète, horrifie la prude société américaine avec ses dessins de femmes nues accompagnées d'animaux, illustrant de manière érotique les Fables de La Fontaine. Ses œuvres seront confisquées par la police. Une autre américaine, Beatrice Wood réalise aussi des œuvres à forte connotation érotique. Valeska Gert crée ses « danses surréalistes ». Bien loin du classique Lac des cygnes, elles ouvrent la voie à la libération du corps des femmes et au nudisme. Renée Dunan, élevée au couvent, mais grande admiratrice du marquis de Sade, se libère, se proclame « dadaïste de la première heure », et défraie la chronique, sous divers pseudonymes, dont « Marcelle La Pompe » et « M. de Steinthal », en hommage à Stendhal et à l'écrivain aventurier Casanova de Seingalt.

Principaux foyers


- Zurich (1915-1919), avec notamment Tristan Tzara, Jean Arp, les poètes allemands Hugo Ball et Richard Huelsenbeck, le peintre roumain Marcel Janco, le peintre et cinéaste allemand Hans Richter ;
- New York (1915-1921), avec Marcel Duchamp, Francis Picabia, Man Ray ;
- Berlin (1917-1923), avec Richard Huelsenbeck, George Grosz, Raoul Hausmann (l'un des créateurs du photomontage, suivi par John Heartfield) ;
- Cologne (1919-1921), avec Jean Arp, Max Ernst (aux collages inventifs), J.T. Baargeld ;
- Hanovre avec Kurt Schwitters ;
- Paris (1919-1923), où Dada connaît son apogée en tant que mouvement, avec Tristan Tzara, Francis Picabia, Man Ray, André Breton, Paul Eluard, Louis Aragon, Philippe Soupault, et sa fin avec la victoire de la dissidence surréaliste.

Artistes Dada


- Louis Aragon, Céline Arnauld, Maria d'Arezzo, Jean Arp
- Johannes Baader, Alfred Grünewald Baargeld, Matthias Grünewald Baargeld, Hugo Ball, Jacques Baron, André Breton, Gabrielle Buffet-Picabia
- Serge Charchoune, Paul Citroën, Jean Cocteau, Arthur Cravan, Jean Crotti
- Paul Dermée, Otto Dix, Theo van Doesburg, Arthur Dove, Katherine Dreier, Marcel Duchamp, Suzanne Duchamp, Raymond Duchamp-Villon
- Viking Eggeling, Gala Eluard, Paul Eluard, Max Ernst, Agnes Ernst Meyer, Germaine Everling, Julius Evola
- Wilhelm Fick, Otto Flake, Théodore Fraenkel, Otto Freunlich, Elsa von Freytag-Loringhoven, Salomon Friedländer (Mynona)
- William Glackens, Valeska Gert, Camille Goemans, Ivan Goll, Jeff Golyscheff, Max Goth, George Grosz
- Marguerite Hagenbach, Marsden Hartley, Raoul Hausmann, Paul Haviland, John Heartfield, Jean Van Heeckeren, Walter Helbig, Franck Hellens, Georges Herbiet, Wieland Herzfelde, Julius Heuberger, René Hilsum, Hannah Höch (Dadasophin), Jacob Van Hoddis, Angelica Hörle, Richard Huelsenbeck, Vicente Huidobro
- Marcel Janco, Paul Joostens
- Alfred Kreymborg
- Adon Lacroix, Mina Loy, Oscar Lüthy
- Vladimir Maiakowski, Émile Malespine, Casimir Malevitch, Rolph de Maré, John Marin, Pierre de Massot, Walter Mehring, E.L.T. Mesens, Robert Motherwell
- Katherine Nash Rhoades, Alan Norton
- Georgia O'Keeffe
- Ivo Pannagi, Francis Picabia
- Raymond Radiguet, Man Ray, Otto van Rees, Pierre Reverdy, Georges Ribemont-Dessaignes, Hans Richter,