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FormeEn morphologie, branche de la linguistique, il convient de distinguer ─ au sein des langues flexionnelles ─ les multiples formes que peuvent prendre les lemmes au cours de la flexion. Toutes les formes d'un lemme donné forment son ou ses paradigmes.
Par exemple, étant donné le lemme aller, on dira que le paradigme de ce verbe au présent de l'indicatif est le suivant : vais, vas, va, allons, allez et vont. Le même lemme d'autres pardigmes, dont celui de l'imparfait du subjonctif, constitué de : allasse, allasses, allât, allassions, allassiez, alassent. Ainsi, vais ou allassions sont différentes formes du même lemme aller.
Voir : Morphologie - flexion, langue flexionnelle - lemme.
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En philosophie, on oppose la forme à la matière dans les cas généraux. Chez Aristote, c’est ce vers quoi tend tout changement : elle est à la fois l’acte, l’essence, la perfection, et le principe d’unité de chaque être.
Chez les scolastiques, la forme est le principe substantiel d’un être individuel défini par son essence spécifique.
Emmanuel Kant distingue plusieurs types de forme : « formes » de la connaissance, lois que la pensée impose à la matière de celle-ci, au donné pur de la sensation : les « formes pures a priori de la sensibilité » sont le temps et l’espace. Les « formes » de l’entendement sont les catégories.
Voir : Les 4 causes
catégorie:Linguistique
Catégorie:Philosophie
Morphologie
Biologie
La morphologie est une branche de la biologie qui traite de la structure externe des animaux et des plantes, et décrit leurs variétés, homologies et évolutions.
Géologie
Aussi appelée géomorphologie, c'est la branche de la géologie qui étudie les caractéristiques, la configuration et l'évolution de formes de terrains et de roches.
Cristallographie
La morphologie d’un cristal est l’ensemble de ses faces développées. Les dimensions relatives des faces d’une substance cristalline dépendent des conditions de croissance et peuvent varier d’un cristal à l’autre : le caractère constant est l’angle dièdre entre les faces.
Probabilités
On nomme morphologie mathématique l'étude de champs de probabilités sur un domaine spatial.
Linguistique
La morphologie est la branche de la linguistique qui étudie la façon dont les morphèmes se combinent pour former des lemmes (par dérivation, composition, flexion, redoublement et/ou affixation).
Catégorie:Linguistique
Catégorie:Sciences de la Vie
Linguistique -
Au sens large, la linguistique est l'étude du langage humain ; un linguiste est donc une personne qui étudie les langues. Dans un sens plus restreint, la linguistique s'oppose à la grammaire dite traditionnelle, en ce sens que celle-ci est normative tandis que celle-là est descriptive. Alors que la grammaire juge des énoncés quant à leur adéquation à une norme donnée, la linguistique se contente de décrire. L'étude de la linguistique peut se faire selon trois axes principaux, dont les tenants et aboutissants sont décrits ci-dessous :
- études en synchronie et diachronie : l'étude synchronique d'une langue s'intéresse seulement à cette langue à un moment donné de son histoire, à un seul de ses états. Par opposition, étudier une langue — ou une famille de langues — en diachronie revient à s'intéresser à son histoire et aux changements structurels qu'elle a subis ;
- études théoriques et appliquées : la linguistique théorique étudie la création de structures permettant la description individuelle de langues ainsi que les théories tentant de cerner leurs constantes universelles ;
- études contextuelles et indépendantes : bien que les termes désignant cette dichotomie ne soient pas clairement fixés, on peut la décrire comme suit ; l'étude contextuelle s'intéresse aux interactions entre le langage et le monde, tandis que l'étude indépendante considère le langage pour lui-même, indépendamment de ses conditions extérieures.
Les spécialistes sans qualifications précises qui se désignent comme des linguistes sont principalement intéressés par la linguistique indépendante, théorique et synchronique, que l'on considère souvent comme la branche principale de la discipline, et que l'on désignera ici sous le terme de linguistique théorique.
Domaines de la linguistique théorique
La linguistique théorique est souvent divisée en domaines séparés et plus ou moins indépendants :
- phonétique : étude des différents phones ou sons produits par l'appareil phonatoire humain ;
- phonologie : étude des sons pertinents, ou phonèmes, d'une langue donnée ;
- morphologie : étude de la structure interne des mots ;
- syntaxe : étude de la combinatoire des mots entre eux pour former des énoncés ;
- sémantique : étude du sens des mots et des énoncés ;
- stylistique : étude du style d'un énoncé littéraire ou non ; le style constitue-t-il un écart par rapport à une norme ?
- pragmatique : étude de l'utilisation (littérale, figurée ou autre) des énoncés dans les actes d'énonciation.
Le caractère séparé de chacun de ces domaines ne fait pas forcément l'unanimité. Les linguistes, cependant, reconnaissent le plus souvent qu'aucun domaine n'est entièrement indépendant d'un autre.
Linguistique diachronique
Alors que la linguistique théorique s'attache à décrire les langues à un moment donné de leur histoire (le plus souvent le présent), la linguistique diachronique examine comment les langues évoluent au cours du temps — que ces changements concernent la prononciation (on parle alors de phonétique historique), le sens et l'histoire des mots (c'est là l'étymologie qui est concernée), voire plusieurs aspects (et l'on touche là à la linguistique) — parfois à travers plusieurs siècles. La linguistique historique jouit d'une longue et riche histoire. C'est d'ailleurs de cette branche de la linguistique que sont nées les autres approches. Elle repose sur des postulats théoriques jugés solides (comme les lois phonétiques).
Une discipline comme la linguistique comparée repose principalement sur une optique historique.
Linguistique appliquée
Au contraire de la linguistique théorique, qui cherche à décrire de manière générale une langue donnée ou le langage humain, la linguistique appliquée se sert de ces recherches pour les appliquer à d'autres domaines comme l'enseignement des langues, la dictionnairique, la synthèse ou la reconnaissance vocale, ces deux dernières approches étant ensuite utilisées en informatique pour fournir des interfaces vocales, par exemple.
Linguistique contextuelle
La linguistique contextuelle est un domaine dans lequel la linguistique interagit avec d'autres disciplines. Elle étudie par exemple comment le langage interagit avec le reste du monde.
La sociolinguistique, la linguistique anthropologique et l'anthropologie linguistique sont des domaines ressortissant à la linguistique contextuelle dans lesquels on étudie les liens entre le langage et la société.
De même, l'analyse critique du discours est un point de rencontre entre la rhétorique, la philosophie et la linguistique. Il est ainsi possible de parler d'une philosophie du langage.
D'autre part, l'étude médicale du langage conduit à des approches psycholinguistique et neurolinguistique.
Enfin, appartiennent aussi à la linguistique contextuelle des domaines de recherches comme l'acquisition du langage, la linguistique évolutionniste, la linguistique stratificationnelle ainsi que les sciences cognitives.
Locuteur individuel, communautés linguistiques et caractéristiques universelles du langage
Plusieurs approches linguistiques sont possibles selon l'étendue de l'objet d'étude : certains analysent la langue d'un locuteur donné, d'autres des développements généraux sur la langue. On peut aussi étudier la langue d'une communauté bien précise, comme l'argot des banlieues ou bien rechercher les caractéristiques universelles du langage partagées par tous les hommes. C'est cette dernière approche, la linguistique générale, dont le pionnier a été Ferdinand de Saussure, qui a été élue par Noam Chomsky et qui trouve des échos en psycholinguistique et dans les sciences cognitives. On peut penser que ces caractéristiques universelles sont susceptibles de révéler des éléments importants concernant la pensée humaine en général. Voir par exemple les fonctions du langage.
Démarche descriptive, démarche prescriptive
La majorité des recherches accomplies en linguistique est purement descriptive : les linguistes cherchent à expliciter la nature du langage sans porter de jugements de valeur. Cependant, il existe un grand nombre de professionnels et d'amateurs qui ne se détachent pas d'un point de vue normatif, plus proche de celui de la grammaire. Alors que ceux-ci vont juger un énoncé selon qu'il respecte ou non le bon usage ou des règles, ceux qui suivent une démarche descriptive vont surtout chercher les origines de ces usages, des règles ou des erreurs qu'ils pourront simplement décrire comme des usages particuliers, voire comprendre que derrière une faute de langue se cache un besoin de rationalisation de la langue.
Parole et écriture
La plupart des travaux en linguistique, à l'heure actuelle, partent du principe que la langue parlée est première, et que la langue écrite n'en est qu'un reflet secondaire. Plusieurs raisons sont évoquées :
- alors que la parole est universelle, l'écriture ne l'est pas, loin de là ;
- l'apprentissage de la langue parlée est bien plus aisé et rapide que celui de la langue écrite ;
- nombre de scientifiques des sciences cognitives pensent qu'il existe dans le cerveau un module du langage qu'il n'est possible de connaître qu'à travers la langue parlée.
Bien sûr, les linguistes reconnaissent que l'étude de la langue écrite est loin d'être inutile. L'étude de corpus écrits, à cet égard, est primordiale en linguistique computationnelle, les corpus oraux étant difficiles à créer et à trouver. D'autre part, l'étude des systèmes d'écriture, ou grammatologie, ressortit pleinement à la linguistique. Enfin, les langues dotées d'une tradition écrite ancienne ne sont pas imperméables à des effets rétroactifs de l'écrit sur l'oral : le mot français legs, par exemple, dans lequel le g n'est pas étymologique, est le plus souvent prononcé /lεg/, par influence de la graphie, alors qu'à l'origine on disait /le/.
Domaines de recherches de la linguistique
Phonétique, phonologie, diglossie, syntaxe, sémantique, pragmatique, étymologie, lexicologie, lexicographie, linguistique théorique, linguistique comparée, dialectologie, linguistique descriptive, typologie des langues, linguistique computationnelle, sémiotique, écriture, etc., sont parmi les domaines les plus courants.
Recherches interdisciplinaires
Linguistique appliquée, linguistique cognitive, linguistique historique, orthographe, grammatologie, cryptanalyse, déchiffrage, sociolinguistique, anthropologie linguistique, linguistique anthropologique, analyse critique du discours, psycholinguistique, acquisition du langage, traitement automatique des langues, reconnaissance vocale, reconnaissance du locuteur, synthèse vocale et, plus généralement, traitement de la parole, sont de telles disciplines.
Linguistes importants et écoles de pensée
Parmi les premiers linguistes d'importance, il convient de compter Jacob Grimm, qui, en 1822, a compris et décrit la nature des modifications phonétiques touchant les consonnes dans les langues germaniques (modifications décrites dans la loi de Grimm). À sa suite, Karl Verner, inventeur de la loi portant son nom, August Schleicher, créateur de la Stammbaumtheorie et Johannes Schmidt, qui a développé la Wellentheorie (modèle par vagues) en 1872. Ferdinand de Saussure peut être considéré comme le fondateur de la linguistique structuraliste. Le modèle formel du langage développé par Noam Chomsky, ou grammaire générative et transformationnelle, s'est développé sous l'influence de son maître, Zellig Harris, lequel suivait déjà fortement les préceptes de Leonard Bloomfield. Ce modèle s'est imposé depuis les années 1960.
En France, les travaux du linguiste André Martinet, chef de file du fonctionnalisme, sont notables. La linguistique n'exclut pas forcément le grand public : témoins les ouvrages de vulgarisation d'Henriette Walter..
Représentation écrite de la parole
Il existe de nombreuses méthodes utilisées pour transcrire par écrit la parole, comme l'Alphabet phonétique international de l'Association phonétique internationale, ou API, méthode la plus commune actuellement. Celles-ci peuvent tendre à une extrême précision (on parle de transcription fine) et tenter de représenter les particularités phonétiques d'un locuteur précis, ou bien ne décrire que très généralement les oppositions fondamentales entre phonèmes d'une langue ; il s'agit là de transcription phonologique (ou phonétique large).
En France, d'autres systèmes existent, comme la notation de Bourciez, propre à la phonétique historique du français et, plus généralement, des langues romanes. Chaque pays doté d'une tradition linguistique a pu développer ses systèmes de transcription. C'est pourtant l'API qui, aujourd'hui, prédomine dans la recherche.
Lorsqu'il n'est pas possible d'utiliser l'API pour des raisons techniques, il existe plusieurs méthodes permettant de transcrire l'API dans un système n'utilisant que des caractères présents dans tous les jeux de caractères, comme le SAMPA.
Consulter aussi cette liste de méthodes de transcription.
Vers une conception plus étroite de la linguistique
Les termes de linguistique et linguiste ne sont pas toujours appliqués de manière aussi large que vu plus haut. Dans certains contextes, principalement universitaires, de meilleures définitions pourraient être, respectivement, « discipline que l'on étudie dans les départements relevant de la section 07 du Conseil National des Universités ([http://www.education.gouv.fr/personnel/enseignant_superieur/enseignant_chercheur/cnu.htm CNU]) » et « enseignant-chercheur d'un tel département ». La linguistique ainsi considérée ne renvoie pas à l'apprentissage des langues étrangères (à moins que cet apprentissage ne permette de créer des modèles formels de description des langues). Elle n'inclut pas non plus l'étude littéraire.
En règle générale, il convient de prendre conscience qu'un linguiste n'est pas forcément un polyglotte. En effet, la maîtrise complète d'une langue n'est pas une condition nécessaire (ni même suffisante) pour étudier et décrire certains aspects de son fonctionnement (c'est, par exemple, le cas en phonétique, où l'étude de la production des sons d'une langue n'implique pas la connaissance de sa syntaxe). Lorsqu'un linguiste s'intéresse à une langue dont il n'est pas particulièrement familier, il consulte généralement des locuteurs natifs, que l'on appelle des informateurs.
Articles connexes
- :catégorie:Linguistique
- liste des linguistes célèbres ;
- histoire de la linguistique ;
- notions fondamentales en linguistique ;
- liste des notions utilisées en linguistique ;
- philologie ;
- psycholinguistique ;
- structuralisme ;
- liste de langues par ordre alphabétique ;
- technesthésie.
Liens externes
- [http://www.ethnologue.com/web.asp Ethnologue: base de données sur les langues] du SIL
- [http://ocw.mit.edu/OcwWeb/Linguistics-and-Philosophy/index.htm Cours en ligne du MIT]
- [http://fr.groups.yahoo.com/group/parislinguists/ Liste de diffusion des informations sur la linguistique à Paris]
- [news:fr.sci.linguistique Forum Usenet francophone]
- [news:sci.lang Forum Usenet] et sa [http://www.zompist.com/langfaq.html FAQ]
- [http://groups.google.fr/groups?q=fr.lettres.langue Forums Usenet francophones sur les langues vivantes]
- [http://www.univ-ag.fr/gerec-f/points_de_depart_recherche/ Guide sur la recherche d'informations en sciences du langage]
- [http://www.linguistlist.org/ Listes de diffusion (en anglais)]
- [http://www.tlfq.ulaval.ca/axl Site québécois sur l'aménagement linguistique dans le monde (une mine d'informations)].
Bibliographie
- Vera Carvalho, Linguistique, Presses Universitaires France, 1980 (ISBN 2130363547) ;
- Ferdinand de Saussure (et al.) (1995), Cours de linguistique générale, Payot, 1995 (ISBN 2228889423) ;
- Sylvie Durrer (1998), Introduction à la linguistique de Charles Bally, Delachaux & Niestlé, 1998, (ISBN 2603010883) ;
- Catherine Fuchs, Pierre Le Goffic, Les linguistiques contemporaines, Hachette, 1992 (ISBN 2-01-016909-3) ;
- Nathalie Garric, Introduction à La Linguistique, Hachette, 2001 (ISBN 2011454603) ;
- Jacques Lerot, Précis de linguistique générale, Minuit, 1993 (ISBN 2707314587) ;
- Mortéza Mahmoudian, La linguistique, Seghers, 1981 (ISBN 2221008367) ;
- Dominique Maingueneau, Aborder la linguistique, Seuil, 1996 (ISBN 2020230313) ;
- André Martinet, Eléments de linguistique générale, 4 édition, Armand Colin, 1996 (ISBN 2200265735) ;
- Jacques Moeschler, Antoine Auchlin, Introduction à la linguistique contemporaine, 2 édition, Armand Colin, 2000 (ISBN 2200251246) ;
- Jean Perrot, Linguistique, Presses Universitaires de France, 1993 (ISBN 2130427723) ;
- Gilles Siouffi, Dan van Raemdonck, 100 fiches pour comprendre la linguistique, Breal, 1999 (ISBN 2842914538) ;
- Olivier Soutet, Linguistique , Presses Universitaires de France, 1997 (ISBN 2130471862) ;
- Joseph Vendryes, Le langage, Albin Michel, 1985 (ISBN 2226047441).
fiu-vro:Keeletiidüs
ja:言語学
ko:언어학
th:ภาษาศาสตร์
zh-min-nan:Gí-giân-ha̍k
Lemme (linguistique)catégorie:Lexicologie
Le lemme (ou encore lexie) est l'unité autonome constituante du lexique d'une langue. Dans le vocabulaire courant, on parlera plus souvent de mot, notion qui, cependant, manque de clarté. On construit des énoncés avec des lemmes, les lemmes sont faits de morphèmes.
Chaque lemme possède un signifiant et un signifié uniques en ce sens que l'ensemble de sa (ou ses) dénotation ─ sens propre ─ et de ses connotations ─ sens figurés ─ ajouté à ses possibilités d'emploi ne sont pas représentés par un autre lemme. Par exemple, les lemmes synonymes travailler et trimer ne sont pas identiques, outre la différence de signifiant. Bien qu'ils renvoient tous deux au même dénoté, celui de « fournir un effort en vue d'un résultat », l'un appartient au registre courant, l'autre au registre familier. Le premier possède une connotation neutre voire positive, le second est franchement péjoratif et décrit l'effort sous l'angle de la pénibilité. On dira que le champ sémantique de chaque lemme est unique : le lexique ne souffre pas la redondance.
Constitution des lemmes
Dans les langues indo-européennes (comme le français ou l'anglais), les lemmes sont constitués de phonèmes assemblés en morphèmes. Un lemme comme anticonstitutionnellement, par exemple, s'analyse ainsi :
- il possède dix-neuf ou dix-huit phonèmes (selon que l'on prononce ou non le e caduc : [ɑ̃tikɔ̃stitysjɔnɛl(ə)mɑ̃] ;
- il possède en diachronie un radical d'origine latine, sta- / sti- ;
- il est constitué en synchronie de six morphèmes :
Dans d'autres types de langues comme les langues isolantes, le lemme se réduit à un lexème ou un assemblage de lemmes (mot composé), sans morphèmes, le plus souvent assez court. Ainsi, en mandarin le lemme pour « cœur » est 心 xīn, celui pour « ami » 朋友 péngyou (lemme composé). Dans ce type de langues, la syntaxe est souvent plus rigide que dans les langues dont les lemmes sont formés de morphèmes : en effet, rien (ou presque) ne permet de distinguer les classes lexicales. Ainsi, le verbe pour « manger » se dit 吃飯 chī=fàn quand il est employé sans complément d'objet (littéralement : « je mange de la nourriture ») mais 吃 chī quand le complément d'objet est exprimé : 我吃飯 wǒ chī=fàn « je mange (de la nourriture) » ~ 我吃肉 wǒ chī ròu « je mange (de la) viande ».
Forme des lemmes
Un lemme peut être :
- simple : un seul mot → tendre, amour, jamais ;
- composé : un mot composé (mot formé de plusieurs mots) → rouge gorge, (s')entre(-)tuer ;
- complexe :
- un syntagme (groupe de mots placés dans un sens précis et s'organisant autour d'un terme central) →: vert-de-gris, petit-bourgeois, grand-chose,
- une expression complète → je-ne-sais-quoi, je-m'en-foutiste.
Dans d'autres langues
En mandarin, par exemple, la notion de lemme apparaît différemment (on en a vu un exemple plus haut). On trouvera les explications voulues dans l'article Sinogramme.
Autonomie des lemmes
Chaque lemme possède une classe lexicale et un signifié indépendants de ses composants quand il n'est pas un mot simple (on parlera de lemme complexe). D'autre part, son autonomie se retrouve dans le fait qu'il n'a pas besoin d'être associé à un morphème ou à un autre lemme pour exister. Par exemple, garou, dans loup-garou n'est pas un lemme. En effet, garou ne peut se dire seul. De même, -ons, dans marchons n'est pas un lexème.
Sens du lemme composé ou complexe
Quand le lemme dépasse le mot simple, il est doté d'un signifiant indépendant de ses constituants : par exemple, le lemme chou-fleur doit être compris indépendamment de chou et fleur. Ce n'est pas un chou en fleur ni une fleur de chou mais un légume bien précis. De même, rouge gorge ne se dit pas de tout ce qui a la gorge rouge : seule une espèce de passereau particulière est concernée.
Classe lexicale du lemme composé ou complexe
Grippe-sou à beau être composé d'abord d'un verbe gripper puis de son régime, le nom sou, c'est un nom. De même, je-m'en-foutiste est une expression complète constituée de pronoms (je, me, en) et d'une forme adjectivale dérivée du verbe (s'en) foutre, c'est un simple adjectif.
On voit bien qu'un lemme perd le mode de fonctionnement de ses constituants : qu'en-dira-t-on est une expression lexicalisée (devenue un lemme) fonctionnant comme un nom mais pas comme un syntagme : on ne peut pas dire « le qu'en-disais-tu ».
Lemmes et dictionnaires
Un dictionnaire recense les lemmes d'une langue mais non les formes de ce lemme. Quand cette langue est flexionnelle ou agglutinante, l'entrée du dictionnaire se fait au moyen d'une forme dite canonique :
- pour les noms : au singulier en français (pour pommes, chercher à pomme), au nominatif en latin (solitudinibus → solitudo), grec (φλεϐῶν phlebỗn → φλέψ phléps), au nominatif ou sous la forme du thème morphologique en sanskrit (aśvasya → aśva-, forme sans désinence), à la forme absolue en turc (kaynağın → kaynak), etc ;
- pour les verbes : à l'infinitif en français (mourront → mourir), à la première personne du singulier du présent de l'indicatif en latin (amabimus → amo) et en grec (ἐλελύκεσαν elelúkesan → λύω lúô), à l'infinitif pour le turc (okuyordum → okumak), etc.
Les règles de classement des lemmes dans le dictionnaire d'une langue doivent donc s'apprendre et nécessitent une connaissance de la grammaire de la langue, d'autant plus quand cette langue est flexionnelle et, pire, quand le début du mot peut être modifié par la flexion (le classement alphabétique se faisant depuis le début du mot vers la fin). Les méthodes d'apprentissage des langues étrangères concernées ainsi que les grammaires expliquent souvent à un étudiant de cette langue comment chercher les mots dans le dictionnaire quand la recherche peut être complexe. De même, les dictionnaires recensent parfois les formes difficiles de certains lemmes en renvoyant vers le lemme canonique.
Voici quelques exemples :
- l'étudiant latiniste rencontrant la forme poposcerunt doit, en absolu, chercher à posco, qui en est la forme canonique. Un dictionnaire de la langue latine comme le Gaffiot (Dictionnaire latin français abrégé de Félix Gaffiot, Livre de poche, par exemple) recense cependant poposci en indiquant qu'il s'agit du parfait de posco. L'étudiant connaissant la grammaire de cette langue saura que poposcerunt est la troisième personne du parfait indicatif actif du verbe posco, « réclamer ». Une personne qui, sans aucune connaissance du latin, chercherait cette forme ne pourrait savoir que poposci et poposcerunt sont deux formes d'un même temps d'un même verbe et ne pourrait relier poposcerunt à posco ; pire, si le dictionnaire ne marque pas le renvoi de poposci à posco, on ne peut établir aucun lien puisque les deux formes ne sont pas classées à la même page, l'initiale du mot étant modifiée au parfait ;
- toujours en latin, la forme milites ne sera dans aucun dictionnaire reliée à sa forme canonique, miles, « soldat ». En effet, savoir qu'un mot terminé par -ites de ce type peut être dérivé d'un nom fini par -es et débutant par les mêmes lettres fait partie des compétences fondamentales du latiniste. Un profane n'aura aucune chance de déchiffrer même grossièrement un texte latin car chercher le sens des mots, indépendamment de la syntaxe, n'est pas toujours possible ;
- le cas est très fréquent en grec : cette langue utilisant un augment et le redoublement (consulter Conjugaisons du grec ancien), l'initiale des verbes est souvent très altérée. Même si les dictionnaires de grec usuels fournissent des pistes de recherches, il faut déjà connaître la grammaire de la langue pour savoir que la forme ᾤμωξα ốimôksa dépend du lemme οἰμώζω oimốzô, « se lamenter ». Même si le squelette des deux formes est identiques, les seules lettres en commun forment la syllabe -μω- au centre du mot ;
- dans les langues celtes, le phénomène des mutations consonantiques initiales est notable : en gallois, par exemple, il faut chercher garreg, charreg ou ngharreg à carreg, « pierre ». Toutes ces formes résultent en effet des mutations consonantiques qu'entraînent des mots-outils comme les déterminants.
Lexicalisation
Quand un mot simple, mot composé, etc., entre dans le lexique d'une langue, on parle de lexicalisation : on dira que je-ne-sais-quoi est lexicalisé, par opposition à je ne comprends rien. Je-ne-sais-quoi, en effet, est doté d'une classe lexicale unique (ici le nom, qu'on peut faire précéder d'un article) et renvoie à un signifié précis. On ne peut en changer le signifiant.
Terminologie
Les notions de lemme et de lexème sont employées de manière très variable selon les linguistes et leur école de pensée. Pour certains, ce qu'on nomme ici lemme est un lexème et le mot lemme n'est pas employé. Dans cette encyclopédie, même si ce choix est contestable, on utilisera lexème et lemme de cette manière :
- le lemme est l'unité autonome du lexique ;
- le lexème est le constituant lexical, autonome ou nom, d'un lemme.
Articles connexes
- Lexique, lexème ;
- lexicalisation ;
- lexème ;
- mot ;
- lexicologie.
Paradigmecatégorie:épistémologie
Un paradigme est une représentation du monde, une manière de voir les choses.
Étymologie
Le mot paradigme tient son origine du mot grec παράδειγμα (paradeigma) qui signifie « modèle » ou « exemple ». Ce mot lui-même vient de παραδεικνύναι (paradeiknunai) qui signifie « démontrer ».
Paradigme épistémologique
Au début du , le mot paradigme était employé comme terme épistémologique pour désigner un modèle de pensée dans des disciplines scientifiques.
Dans ce contexte, l'emploi le plus répandu se trouve chez le philosophe Thomas Kuhn qui l'utilisait pour désigner un ensemble de pratiques en science. Le terme est cependant souvent inapproprié et Kuhn lui-même préférait utiliser les termes de science exemplaire et de science normale qui lui semblaient contenir un sens philosophique plus exact. Cependant, dans son livre la Structure des révolutions scientifiques, Kuhn définit un paradigme scientifique comme suit :
- un ensemble d'observations et de faits avérés,
- un ensemble de questions en relation avec le sujet qui se posent et doivent être résolues,
- des indications méthodologiques (comment ces questions doivent être posées),
- comment les résultats de la recherche scientifique doivent être interprétés.
Pour Kuhn, l'adhésion à un paradigme est un phénomène sociologique, qui implique la genèse d'une communauté de pensée, de méthodes et d'objectifs, autour d'outils communs (journaux, conférences).
D'autres termes comme concept ou système de pensée sont très proches de celui de paradigme. Ils se différencient sur des détails et pour bien comprendre leur signification, on doit prendre en considération le contexte du thème traité.
Imre Lakatos a tenté de développer le concept d'une façon dialectique sous le nom de programme de recherche.
Paradigme linguistique
En linguistique, le paradigme est l'ensemble des formes différentes que peut prendre un mot.
On l'oppose communément à syntagme (axe paradigmatique / syntagmatique).
Utilisations plus générales du mot
Hors de la science, le mot paradigme s'emploie le plus fréquemment dans le sens de Weltanschauung (perception du monde). Par exemple, dans les sciences sociales, le terme est employé pour décrire l'ensemble d'expériences, de croyances et de valeurs qui influencent la façon dont un individu perçoit la réalité et réagit à cette perception. Ce système de représentation lui permet de définir l'environnement, de communiquer à propos de cet environnement, voire d'essayer de le comprendre ou de le prévoir.
L'autre fonction du paradigme, est utile pour un observateur tiers (qui observe celui qui utilise ce paradigme). Cet observateur pourra faire des remarques et se faire une opinion sur la façon dont l'observé est venu à utiliser ce paradigme : nous définissons ce qui va vite ou lentement par rapport à notre propre vitesse de déplacement, l'homme qui a vécu dans la nature peut définir les objets modernes comme inutiles ou maléfiques…
Le mot a été utilisé de façon surabondante de la fin des années 1980 à la fin des années 1990 pour motiver les salariés des entreprises à accepter d'importants changements pas toujours en leur faveur. Pour cette raison, on le retrouve souvent dans les pastiches de discours managériaux (par exemple dans Dilbert).
Le paradigme comme représentation commune
Le paradigme au sens collectif est un système de représentations largement accepté dans un domaine particulier. Cela dit, les paradigmes tendent à différer selon les groupes sociaux et à changer dans le temps en fonction de l'évolution des connaissances (cas notamment des paradigmes scientifiques).
Voir aussi
heuristique, mème, doxa
Nouveau Paradigme (Concept New Age)
Catégorie:Linguistique
ja:パラダイム
Indicatif
Un indicatif peut être :
- un mode de conjugaison : indicatif (conjugaison).
- un code unique permettant d'identifier un opérateur de radio (radioamateur) ou une station de radio : indicatif (radio).
- une bande son utilisée pour identifier une émission de radio ou de télévision (l'indicatif ou jingle d'une émission) ou une séquence de programme radio ou télévisé (publicité...).
Utilisé comme adjectif :
- au sens d'informatif : envoyer une lettre à titre indicatif.
Morphologie
Biologie
La morphologie est une branche de la biologie qui traite de la structure externe des animaux et des plantes, et décrit leurs variétés, homologies et évolutions.
Géologie
Aussi appelée géomorphologie, c'est la branche de la géologie qui étudie les caractéristiques, la configuration et l'évolution de formes de terrains et de roches.
Cristallographie
La morphologie d’un cristal est l’ensemble de ses faces développées. Les dimensions relatives des faces d’une substance cristalline dépendent des conditions de croissance et peuvent varier d’un cristal à l’autre : le caractère constant est l’angle dièdre entre les faces.
Probabilités
On nomme morphologie mathématique l'étude de champs de probabilités sur un domaine spatial.
Linguistique
La morphologie est la branche de la linguistique qui étudie la façon dont les morphèmes se combinent pour former des lemmes (par dérivation, composition, flexion, redoublement et/ou affixation).
Catégorie:Linguistique
Catégorie:Sciences de la Vie
Langue flexionnelle
En typologie des langues, domaine de la linguistique, on appelle langue flexionnelle une langue dans laquelle les lemmes (« mots ») changent de forme selon leur rapport grammatical aux autres lemmes. Dans ces langues, tous les mots ne sont pas « invariables » (ce qui est le cas dans une langue isolante) : certains modifient leur forme (sonore et ou visuelle). On dit d'eux qu'ils subissent le jeu de la flexion et que l'ensemble des formes différentes d'un même mot fléchi forment son paradigme. Chaque forme d'un même paradigme peut transmettre un ou plusieurs types de traits grammaticaux (genre, nombre, fonction syntaxique, classe lexicale, temps, mode, etc.) pouvant s'opposer (singulier contre pluriel, masculin contre neutre, première personne du singulier contre première personne du pluriel, etc.). Les formes d'un même paradigme, cependant, ne changent pas de sens global : seuls les traits grammaticaux s'opposent. La flexion nominale est souvent nommée déclinaison tandis que celle du verbe est la conjugaison.
Il existe plusieurs possibilités de modifications du signifiant (forme sensible, le plus souvent auditive) d'un mot selon son rapport grammatical à d'autres mots de l'énoncé, c'est-à-dire plusieurs types de flexion.
On distingue souvent les langues flexionnelles des langues agglutinantes au moyen de critères internes. Dans les faits, le terme de langue flexionnelle englobe souvent les langues agglutinantes. Il faut dans ce cas considérer que flexionnel signifie : « dont certains lemmes changent de forme selon des critères grammaticaux ».
Flexion externe
Ce type de flexion consiste à ajouter un affixe (désinence, affixe de classe) à signifiant variable à une base (radical, thème) le plus souvent invariable.
Radical et désinences
Les affixes flexionnels, dits le plus souvent désinences, s'ajoutent à un radical (ou un thème quand le radical est déjà modifié). Par exemple, dans le mot dansons /dãsõ/, on reconnaît un radical dans- /dãs/ et une désinence -ons /õ/ ; ce qui permet de distinguer le radical de la désinence, c'est que ce même radical peut être retrouvé dans d'autres mots : dans-er /dãse/, danse /dãs/, dansions /dãsjõ/, etc. De même pour la désinence : mangeons /mãʒõ/, lançons /lãsõ/, citons /sitõ/, etc.
Le radical n'est parfois pas utilisé nu dans la langue, c'est-à-dire sans au moins un des morphèmes grammaticaux ajouté : il n'est donc pas forcément autonome (même, dans les langues bantoues d'Afrique, par exemple, le radical nu ne se rencontre jamais). S'il est souvent invariable, certaines évolutions phonétiques peuvent donner des formes dans lesquelles le radical est modifié au contact de la désinence.
Exemple :
- en latin, dans la forme adjectivale bon-i « bons », la désinence -i exprime à la fois le genre (masculin), le nombre (pluriel) et le cas (nominatif) ;
- en castillan, dans la forme verbale habl-ó « il parla », le suffixe -ó exprime à la fois le mode (indicatif), la personne (grammaire) (3), le nombre (singulier), le temps (passé), et l'aspect (perfectif) ;
- dans le nom arabe رَجُلٌ raǧul-un, la désinence -un indique que le nom est indéfini et au nominatif.
Affixes de classe
Parfois, la désinence n'indique pas seulement un rapport grammatical mais aussi l'appartenance du radical à un ensemble d'éléments liés à un même champ lexical, dit « classe » (ainsi la classe des humains, la classe des langues, des émotions, des couleurs, etc.). Dans les langues bantoues, ces morphèmes sont dits préfixes de classes.
Enfin, si l'information transmise par la désinence peut se résumer à un seul trait souvent pour des raisons explicables par la phonétique historique) : l'ajout d'un e caduc en fin de mot dans plat-e n'indique que le féminin de plat. À l'oral, la forme pourrait être singulière ou plurielle : plate et plates se prononcent maintenant à l'identique.
Flexion interne (ou introflexion)
Dans d'autres cas, la flexion ne fonctionne pas par ajout ou changement d'un morphème mais par changement phonétique du radical lui-même (pour certains linguistes, il s'agit de l'effet d'un affixe nommé « simulfixe »). Le plus souvent, c'est le timbre des voyelles du radical qui varie ; en arabe, par exemple, le pluriel interne suit ce procédé : « livre » au singulier se dit كِتَاب kitāb mais كُتُب kutub au pluriel (dit brisé). Parfois, la répartition des voyelles par rapport aux consonnes du radical change aussi : فَرَسُن farasun « cheval », أَفْرَاسُن afrāsun « chevaux » ; on passe d'une structure syllabique CVCVCVC à VCCVCVC. Le nombre total de phonèmes, cependant, n'a pas changé. Ce procédé est fréquent dans les langues sémitiques et fournit, outre des paradigmes flexionels (dont les « pluriels brisés »), un procédé important de dérivation.
Les langues indo-européennes anciennes (et parfois modernes) utilisent fréquemment ce procédé, désigné pour le coup sous le nom d'alternance vocalique. Cette alternance vocalique (qui concerne aussi des suffixes de dérivation et qui sert, comme dans les langues sémitiques, de procédé dérivationnel) explique nombre dirrégularités dans les langues modernes. Ainsi, les verbes irréguliers anglais cachent d'anciennes alternances vocaliques : c'est le cas pour to sing, « chanter », dont le prétérit est sang et le participe passé sung. En grec ancien ou en sanskrit, le procédé est encore plus visible. Par exemple, si le verbe grec pour « laisser » est λείπ-ω leíp-ô (le radical est en gras), son aoriste fait ἔ-λιπον é-lip-on et son parfait λέ-λοιπ-α lé-loip-a (avec redoublement). Le radical indo-européen est - likʷ-, qui se vocalise ainsi selon le thème morphologique voulu :
- degré plein (avec une voyelle) timbre e au présent : - leykʷ- ;
- degré zéro (sans voyelle) à l'aoriste : - likʷ- ;
- degré plein timbre o au parfait : - loykʷ.
De plus, dans des langues indo-européennes modernes comme le français (rarement), l'anglais ou l'allemand, des évolutions phonétiques ont pu conduire certains mots à adopter un type proche du pluriel interne : l'anglais man fait au pluriel men (par métatonie), le français cheval devient chevaux (opposer [ʃǝval] à [ʃǝvo] ; la modification phonétique est ici une ancienne vocalisation suivie d'une monophtongaison). En allemand, de nombreux substantifs subissent une inflexion (ou umlaut) faisant varier le timbre d'une voyelle en plus de l'adjonction d'une désinence : Buch, « livre » fait Bücher, « livres », au pluriel. C'est, historiquement, le même procédé qui fait passer l'anglais foot, « pied », à feet, « pieds » (ainsi que man / men, woman / women, mouse / mice, etc., termes qui constituent une liste fermée et de peu d'éléments). Ces alternances introflexionnelles sont plus récentes que l'alternance vocalique et toujours secondaires car résultant d'évolutions postérieures (en anglais et en allemand, c'est une métatonie, en français une vocalisation puis une monophtongaison).
Si ce sont le plus souvent les voyelles (qualité, quantité ou placement) qui varient dans la flexion interne, dans une langue comme le basque, la flexion interne peut être consonantique : on palatalise certaines consonnes pour obtenir un terme dérivé hypocoristique ; ainsi : sagu [s̺agu] « souris » mais xagu [ʃagu] « petite souris », tanta [tanta] « goutte » / ttantta [tʲantʲa] « petite goutte ».
D'autres modifications, de nature suprasegmentale, peuvent intervenir, comme des variations dans l'accentuation, le tonème, la quantité vocalique, etc. :
- castillan canto « je chante » / cantó « il chanta » ;
- latin venit « il vient » / vēnit : « il vint » ;
- chinois 好 hǎo « être bon » / 好 hào « trouver bon ».
Supplétisme
Il arrive dans les langues flexionnelles que telle ou telle forme attendue n'existe pas, auquel cas on lui substitue une autre forme tirée souvent d'un autre radical. On nomme ce procédé supplétisme.
Par exemple, en latin, le pronom indéfini nihil « rien », n'a pas de génitif : on lui supplée le génitif d'une périphrase, soit nulius rei « aucune chose ». En grec, le verbe τρέχ-ω /trekhô/ « je cours » n'utilise le radical τρεχ- /trekh/ qu'au thème de présent. Aux autres thèmes (futur, aoriste et parfait), on le remplace par le radical δραμ- /dram/, comme dans l'aoriste ἔ-δραμ-ον /e-dram-on/ « j'ai couru ». Enfin, en français, les différentes formes que prennent les verbes irréguliers sont parfois dues à d'anciens supplétismes : le fait que la première personne du singulier daller est (je) vais et celle du futur (j')irai, s'explique si l'on sait que les formes en all- sont bâties sur le radical latin vulgaire alare (classique ambulare), que celles en va- proviennent de vadere tandis que celles en ir- viennent du verbe ire. C'est exactement le même principe pour l'anglais be, am, is et was. Dans le cas du supplétisme, la flexion ne consiste donc plus seulement en une modification du signifiant mais en son remplacement par un autre.
Distinguer une langue flexionnelle d'une langue agglutinante
Il faut distinguer, tâche parfois difficile, une langue flexionnelle d'une langue agglutinante. Dans les langues agglutinantes, les morphèmes s'ajoutent à un radical qui peut exister à la forme nue. Ces morphèmes s'adjoignent aussi les uns aux autres et n'apportent généralement qu'un seul trait grammatical chacun. Ce sont plutôt des affixes que des désinences : alors que ceux-ci sont invariants et toujours discernables du radical, les désinences ont tendance à être bien plus nombreuses et de formes variées pour un même indice grammatical ; il n'est parfois pas possible de distinguer les limites entre le radical et la désinence ; enfin, une même forme ne peut recevoir qu'une seule désinence à la fois. C'est pourquoi les langues flexionelles peuvent posséder des paradigmes nombreux — voire être riches en irrégularités — pour une même nature de mots, tandis que les langues agglutinantes offrent plutôt un jeu universel d'affixes toujours identiques quel que soit le mot.
Ainsi, en turc, langue très agglutinante, le mot ev, « maison », peut être complété, entre autres nombreuses possibilités, par les suffixes suivants, qui ne s'excluent que si les informations dénotées sont incompatibles (un mot ne peut être à la fois singulier et pluriel) et se placent, le cas échéant, dans un ordre précis :
- -im ;
- -ler ;
- -de ;
permettent de construire :
- ev-im « ma maison », ev-ler « maisons », ev-de « dans la maison » ;
- ev-ler-im « mes maisons », ev-ler-de « dans les maisons », ev-im-de « dans ma maison » ;
- ev-ler-im-de « dans mes maisons » ;
mais pas - ev-im-lerde, ev-de-ler, etc. Le radical nu, ev, reste autonome.
Si l'on compare au latin, langue hautement flexionnelle, et toujours dans le domaine nominal, les faits sont bien différents :
- les morphèmes grammaticaux ne sont pas forcément identiques d'un mot à l'autre : le nominatif Cæsar (radical nu) fait son génitif en Cæsar-is mais pour bon-us (le radical nu n'étant pas autonome : - bon n'existe pas), le génitif est bon-i (autre désinence pour un même cas). Le pluriel au même cas ne se construit pas par l'ajout d'un autre affixe mais par l'utilisation d'une autre désinence qui dénote « génitif » et « pluriel » : ici Cæsar-um et bon-orum. Une langue flexionnelle n'agglutine pas les affixes les uns à la suite des autres : ceci explique aussi la diversité des formes que prennent les désinences dénotant des mêmes traits grammaticaux ;
- l'on peut aussi constater des cas où le radical et la désinence ne sont plus identifiables : dans le nominatif civitas, « cité », le radical est civitat-, la désinence -s (sachant que /ts/ donne ici /s/ par simplification). Le radical se retrouve à d'autres cas : civitat-is au génitif.
Différents degrés de types flexionnels
Enfin, il faut noter que les langues flexionnelles le sont à différents degrés.
Premièrement, de manière interne, les langues flexionnelles peuvent rendre les mots d'une même nature plus ou moins variables. Le français, dans sa flexion nominale, par exemple, n'indique par le jeu flexionnel que les différences de genre et, rarement (si ce n'est à l'écrit) de nombre (grammaire) : alors que les deux formes cheval [ʃǝval] et chevaux [ʃǝvo] se distinguent bien, ce n'est pas le cas de rose / roses, qui se prononcent tous deux [roz]. La flexion verbale, quant à elle, confond sous un même signifiant plusieurs formes : (je) mange, (tu) manges (il) mange, (ils) mangent et mange (impératif) se prononcent tous de la même façon, soit [mɑ̃ʒ] (bien sûr, ce n'était pas le cas dans des états plus anciens de la langue, comme en ancien français. L'évolution phonétique, ici l'amuïssement des consonnes finales, explique ces homophonies. L'orthographe reste souvent bloquée sur un état ancien). Seul le contexte grammatical et la graphie permettent de lever l'ambiguïté. Parfois même, les mots restent invariables, ce que la graphie peut cacher. Un adjectif comme sage se prononce [saʒ] au singulier, pluriel, masculin et féminin. En français, tous les mots d'une même classe lexicale fléchissable ne subissent pas forcément la flexion, du moins oralement.
Deuxièmement, les langues, comparées les unes aux autres, offrent des possibilités flexionnelles très différentes : en règle générale, plus une langue flexionnelle vivante est écrite depuis longtemps, plus elle a simplifié ses différentes flexions au cours du temps. Ainsi, le grec ancien, le latin ou le sanskrit sont fortement fléchis, possèdent de nombreux paradigmes différents et de nombreux cas, tandis que le grec moderne, l'ancien français et l'hindi (langues issues des premières) sont plus limités en nombre de formes et plus réguliers. Le français actuel, descendant de l'ancien français, est encore plus limité : il n'a, si ce n'est dans certaines formes pronominales, plus de flexion nominale réelle et limite ses modifications au genre et au nombre. Le verbe, bien qu'encore fléchi, offre cependant nombre de formes ambiguës, comme on l'a vu.
Enfin, on ne doit pas perdre de vue qu'il n'existe pour ainsi dire aucune langue qui soit entièrement d'un seul type : le français est avant tout synthétique mais conserve des traces du type flexionnel latin dont il provient. Plus une langue est flexionnelle, plus sa syntaxe est souple : l'ordre des mots, en latin, grec ou sanskrit, n'a, pour ainsi dire, qu'une valeur stylistique ; que l'on écrive Petrum Paulus verberat, Paulus Petrum verberat ou verberat Paulus Petrum, etc., l'énoncé garde un sens global identique : « Paul frappe Pierre ».
Liste ouverte de langues flexionnelles
Toutes les langues indo-européennes sont flexionnelles, à des degrés divers (l'anglais, par exemple, est très faiblement fléchi par rapport à l'islandais, le français l'est bien plus à l'écrit qu'à l'oral, un grand nombre de désinences étant muettes). Toutes les langues anciennes de cette famille le sont (sanskrit, latin, grec ancien, hittite, etc.).
Hors de cette famille, les langues sémitiques sont flexionnelles, à des degrés divers elles aussi (l'arabe littéral se fléchissant plus que le dialectal, par exemple).
Articles connexes
- forme, paradigme, flexion ;
- langue agglutinante, langue isolante et langue synthétique ;
- typologie des langues.
- Latino sine flexione.
Flexionnelle
ja:屈折語
Lemme (linguistique)catégorie:Lexicologie
Le lemme (ou encore lexie) est l'unité autonome constituante du lexique d'une langue. Dans le vocabulaire courant, on parlera plus souvent de mot, notion qui, cependant, manque de clarté. On construit des énoncés avec des lemmes, les lemmes sont faits de morphèmes.
Chaque lemme possède un signifiant et un signifié uniques en ce sens que l'ensemble de sa (ou ses) dénotation ─ sens propre ─ et de ses connotations ─ sens figurés ─ ajouté à ses possibilités d'emploi ne sont pas représentés par un autre lemme. Par exemple, les lemmes synonymes travailler et trimer ne sont pas identiques, outre la différence de signifiant. Bien qu'ils renvoient tous deux au même dénoté, celui de « fournir un effort en vue d'un résultat », l'un appartient au registre courant, l'autre au registre familier. Le premier possède une connotation neutre voire positive, le second est franchement péjoratif et décrit l'effort sous l'angle de la pénibilité. On dira que le champ sémantique de chaque lemme est unique : le lexique ne souffre pas la redondance.
Constitution des lemmes
Dans les langues indo-européennes (comme le français ou l'anglais), les lemmes sont constitués de phonèmes assemblés en morphèmes. Un lemme comme anticonstitutionnellement, par exemple, s'analyse ainsi :
- il possède dix-neuf ou dix-huit phonèmes (selon que l'on prononce ou non le e caduc : [ɑ̃tikɔ̃stitysjɔnɛl(ə)mɑ̃] ;
- il possède en diachronie un radical d'origine latine, sta- / sti- ;
- il est constitué en synchronie de six morphèmes :
Dans d'autres types de langues comme les langues isolantes, le lemme se réduit à un lexème ou un assemblage de lemmes (mot composé), sans morphèmes, le plus souvent assez court. Ainsi, en mandarin le lemme pour « cœur » est 心 xīn, celui pour « ami » 朋友 péngyou (lemme composé). Dans ce type de langues, la syntaxe est souvent plus rigide que dans les langues dont les lemmes sont formés de morphèmes : en effet, rien (ou presque) ne permet de distinguer les classes lexicales. Ainsi, le verbe pour « manger » se dit 吃飯 chī=fàn quand il est employé sans complément d'objet (littéralement : « je mange de la nourriture ») mais 吃 chī quand le complément d'objet est exprimé : 我吃飯 wǒ chī=fàn « je mange (de la nourriture) » ~ 我吃肉 wǒ chī ròu « je mange (de la) viande ».
Forme des lemmes
Un lemme peut être :
- simple : un seul mot → tendre, amour, jamais ;
- composé : un mot composé (mot formé de plusieurs mots) → rouge gorge, (s')entre(-)tuer ;
- complexe :
- un syntagme (groupe de mots placés dans un sens précis et s'organisant autour d'un terme central) →: vert-de-gris, petit-bourgeois, grand-chose,
- une expression complète → je-ne-sais-quoi, je-m'en-foutiste.
Dans d'autres langues
En mandarin, par exemple, la notion de lemme apparaît différemment (on en a vu un exemple plus haut). On trouvera les explications voulues dans l'article Sinogramme.
Autonomie des lemmes
Chaque lemme possède une classe lexicale et un signifié indépendants de ses composants quand il n'est pas un mot simple (on parlera de lemme complexe). D'autre part, son autonomie se retrouve dans le fait qu'il n'a pas besoin d'être associé à un morphème ou à un autre lemme pour exister. Par exemple, garou, dans loup-garou n'est pas un lemme. En effet, garou ne peut se dire seul. De même, -ons, dans marchons n'est pas un lexème.
Sens du lemme composé ou complexe
Quand le lemme dépasse le mot simple, il est doté d'un signifiant indépendant de ses constituants : par exemple, le lemme chou-fleur doit être compris indépendamment de chou et fleur. Ce n'est pas un chou en fleur ni une fleur de chou mais un légume bien précis. De même, rouge gorge ne se dit pas de tout ce qui a la gorge rouge : seule une espèce de passereau particulière est concernée.
Classe lexicale du lemme composé ou complexe
Grippe-sou à beau être composé d'abord d'un verbe gripper puis de son régime, le nom sou, c'est un nom. De même, je-m'en-foutiste est une expression complète constituée de pronoms (je, me, en) et d'une forme adjectivale dérivée du verbe (s'en) foutre, c'est un simple adjectif.
On voit bien qu'un lemme perd le mode de fonctionnement de ses constituants : qu'en-dira-t-on est une expression lexicalisée (devenue un lemme) fonctionnant comme un nom mais pas comme un syntagme : on ne peut pas dire « le qu'en-disais-tu ».
Lemmes et dictionnaires
Un dictionnaire recense les lemmes d'une langue mais non les formes de ce lemme. Quand cette langue est flexionnelle ou agglutinante, l'entrée du dictionnaire se fait au moyen d'une forme dite canonique :
- pour les noms : au singulier en français (pour pommes, chercher à pomme), au nominatif en latin (solitudinibus → solitudo), grec (φλεϐῶν phlebỗn → φλέψ phléps), au nominatif ou sous la forme du thème morphologique en sanskrit (aśvasya → aśva-, forme sans désinence), à la forme absolue en turc (kaynağın → kaynak), etc ;
- pour les verbes : à l'infinitif en français (mourront → mourir), à la première personne du singulier du présent de l'indicatif en latin (amabimus → amo) et en grec (ἐλελύκεσαν elelúkesan → λύω lúô), à l'infinitif pour le turc (okuyordum → okumak), etc.
Les règles de classement des lemmes dans le dictionnaire d'une langue doivent donc s'apprendre et nécessitent une connaissance de la grammaire de la langue, d'autant plus quand cette langue est flexionnelle et, pire, quand le début du mot peut être modifié par la flexion (le classement alphabétique se faisant depuis le début du mot vers la fin). Les méthodes d'apprentissage des langues étrangères concernées ainsi que les grammaires expliquent souvent à un étudiant de cette langue comment chercher les mots dans le dictionnaire quand la recherche peut être complexe. De même, les dictionnaires recensent parfois les formes difficiles de certains lemmes en renvoyant vers le lemme canonique.
Voici quelques exemples :
- l'étudiant latiniste rencontrant la forme poposcerunt doit, en absolu, chercher à posco, qui en est la forme canonique. Un dictionnaire de la langue latine comme le Gaffiot (Dictionnaire latin français abrégé de Félix Gaffiot, Livre de poche, par exemple) recense cependant poposci en indiquant qu'il s'agit du parfait de posco. L'étudiant connaissant la grammaire de cette langue saura que poposcerunt est la troisième personne du parfait indicatif actif du verbe posco, « réclamer ». Une personne qui, sans aucune connaissance du latin, chercherait cette forme ne pourrait savoir que poposci et poposcerunt sont deux formes d'un même temps d'un même verbe et ne pourrait relier poposcerunt à posco ; pire, si le dictionnaire ne marque pas le renvoi de poposci à posco, on ne peut établir aucun lien puisque les deux formes ne sont pas classées à la même page, l'initiale du mot étant modifiée au parfait ;
- toujours en latin, la forme milites ne sera dans aucun dictionnaire reliée à sa forme canonique, miles, « soldat ». En effet, savoir qu'un mot terminé par -ites de ce type peut être dérivé d'un nom fini par -es et débutant par les mêmes lettres fait partie des compétences fondamentales du latiniste. Un profane n'aura aucune chance de déchiffrer même grossièrement un texte latin car chercher le sens des mots, indépendamment de la syntaxe, n'est pas toujours possible ;
- le cas est très fréquent en grec : cette langue utilisant un augment et le redoublement (consulter Conjugaisons du grec ancien), l'initiale des verbes est souvent très altérée. Même si les dictionnaires de grec usuels fournissent des pistes de recherches, il faut déjà connaître la grammaire de la langue pour savoir que la forme ᾤμωξα ốimôksa dépend du lemme οἰμώζω oimốzô, « se lamenter ». Même si le squelette des deux formes est identiques, les seules lettres en commun forment la syllabe -μω- au centre du mot ;
- dans les langues celtes, le phénomène des mutations consonantiques initiales est notable : en gallois, par exemple, il faut chercher garreg, charreg ou ngharreg à carreg, « pierre ». Toutes ces formes résultent en effet des mutations consonantiques qu'entraînent des mots-outils comme les déterminants.
Lexicalisation
Quand un mot simple, mot composé, etc., entre dans le lexique d'une langue, on parle de lexicalisation : on dira que je-ne-sais-quoi est lexicalisé, par opposition à je ne comprends rien. Je-ne-sais-quoi, en effet, est doté d'une classe lexicale unique (ici le nom, qu'on peut faire précéder d'un article) et renvoie à un signifié précis. On ne peut en changer le signifiant.
Terminologie
Les notions de lemme et de lexème sont employées de manière très variable selon les linguistes et leur école de pensée. Pour certains, ce qu'on nomme ici lemme est un lexème et le mot lemme n'est pas employé. Dans cette encyclopédie, même si ce choix est contestable, on utilisera lexème et lemme de cette manière :
- le lemme est l'unité autonome du lexique ;
- le lexème est le constituant lexical, autonome ou nom, d'un lemme.
Articles connexes
- Lexique, lexème ;
- lexicalisation ;
- lexème ;
- mot ;
- lexicologie.
AristoteAristote (en grec ancien Ἀριστοτέλης / Aristotélês) est un philosophe grec qui naquit à Stagire (actuelle Stavros) en Macédoine, (d’où le surnom de « Stagirite »), en 384 av. J.-C., et mourut à Chalcis, en Eubée, en 322 av J.-C.
322 av J.-C]
Biographie
Fils de Nicomaque, médecin d’Amyntas III de Macédoine, , et d'une sage femme, Aristote est quelqu'un qui veut apprendre encore et encore. Pour ces raison il part à Athènes suivre les cours d'Isocrate. Mais, il n'est pas satisfait et décide de rentrer à l’Académie de Platon à l’âge de 18 ans (vers 367). Il y est remarqué notamment pour son intelligence. Platon lui donnera même le droit d'enseigner. Il y rédige de nombreux récits.
Il y demeure jusqu’en 348, puis devient le précepteur d’Alexandre le Grand. À la cour du roi de Macédoine, Philippe, il acquiert de nombreuses amitiés.
En revenant à Athènes, après la mort de Platon, il n'est pas satisfait par son successeur à l'Académie et décide de fonder le Lycée, également appelé École péripatétique ("marcher en faisant cours"), à Athènes en 335. Menacé par le parti anti-macédonien à la mort d’Alexandre le Grand, il fuit Athènes et, sentant la mort arriver, rédige son testament où il lègue sont Lycée à Théophraste. Il meurt finalement à Chalcis en 323.
L'œuvre et son influence
(Voir La Métaphysique pour plus de détails sur l’histoire du corpus aristotélicien)
Son œuvre nous est parvenue sous forme de notes de cours, ce qui explique le caractère parfois inintelligible de certains de ses écrits. On sait cependant qu’il écrivit de son vivant des dialogues à la manière de Platon, dont il ne nous reste que de rares fragments (Eudème, Protreptique, La Philosophie, ou Du Bien). Cicéron parle « d’un fleuve d’or de son éloquence » et les juge mieux écrits que ceux de Platon. Ces dialogues représentent l'œuvre exotérique d’Aristote, destinée à un public vaste. Les notes de cours que nous possédons sont l'œuvre ésotérique d’Aristote, destiné au Lycée. On a parfois pu penser que l'œuvre d’Aristote contenait des enseignements secrets, du fait de ce qualificatif d’ésotérique. Or ésotérique a d’abord signifié les œuvres d’Aristote destinées au public du Lycée, et ensuite seulement un enseignement secret réservé à quelques initiés. Après sa mort, son œuvre perdure grâce à de nombreux continuateurs, comme Théophraste.
Ainsi, les ouvrages d’Aristote tels que nous les connaissons n’ont en fait pas été conçus par Aristote lui-même. Le classement de ces notes en volumes est dû à Andronicos de Rhodes, le premier éditeur d’Aristote, qui vécut vers le II siècle av. J.-C. Nous lui devons les titres des ouvrages d’Aristote, comme Éthique à Nicomaque ou La Métaphysique.
À la disparition du Lycée, certains travaux d’Aristote subirent une éclipse ; des ouvrages furent perdus (dont une partie, qui n’était vraisemblablement composée que de copies des originaux, lors de la destruction de la Bibliothèque d'Alexandrie), et La Métaphysique ne fut éditée que très tardivement. Au Moyen Âge, sa philosophie spéculative fut redécouverte, dans un contexte de rivalités d’écoles, grâce aux philosophes judéo-arabes (en particulier à Maïmonide et Averroès), et traduite mot à mot en latin par Albert le Grand et Guillaume de Moerbeke, proche de Thomas d'Aquin. La philosophie aristotélicienne, transformée par Thomas en doctrine officielle de l’Église catholique, devint alors la référence scientifique et philosophique de toute réflexion sérieuse, donnant ainsi naissance à la scolastique et au thomisme. Son succès fut si grand qu’on le nommait simplement « le Philosophe ».
thomisme]
Cette grande influence de l'œuvre s’explique sans doute en partie par son caractère encyclopédique, qui tente de totaliser le savoir. Platon l’appelait d’ailleurs « le lecteur ». Pourtant, si l’on a pu considérer Aristote comme la synthèse incarnée de toute la culture philosophique et scientifique grecque, on ne voit plus aujourd’hui sa philosophie comme un système ayant réponse à tout : au contraire, la lecture attentive de ses œuvres montrent qu’Aristote avait conscience de ce qu’il peut y avoir d’interminable dans la recherche de la vérité, et que certaines questions d’ordre métaphysique restent ouvertes. C’est la postérité d’Aristote qui en fera un dogmatique ayant réponse à tout, et c’est cette image qui sera combattue par Francis Bacon dans son Nouvel Organon.
Il faudra attendre Roger Bacon, puis Galileo Galilei et enfin Torricelli et Blaise Pascal pour que sur des bases expérimentales quelques-uns de ses enseignements soient contestés : suicide du scorpion entouré de flammes, vitesse de chute des corps proportionnelle à leur poids, horreur de la nature pour le vide, etc.
Historiquement, Aristote apparaît comme le premier auteur effectuant des classifications hiérarchiques du savoir de façon systématique. Ce mode de classement, qui pourrait être de son invention (il était en tout cas inconnu des bibliothécaires de Sumer), a survécu jusqu’à nos jours et nous ne commençons à nous en détacher qu’avec les bases de données relationnelles.
Le développement des idées d’Aristote
L’état du corpus aristotélicien pose la question de l’ordre de rédaction de l’ensemble des œuvres d’Aristote ; dans son Histoire de la philosophie des Grecs, Édouard Zeller écrit :
:« Toutes les œuvres en question appartiennent aux dernières années de la vie d’Aristote. Si un jour une heureuse découverte devait enrichir nos connaissances sur l’ordre chronologique de ces écrits, il n’y aurait pourtant pas à espérer que l’ouvrage le plus ancien nous fasse remonter à une époque où Aristote travaillait encore à son système. Dans toutes ses parties, celui-ci se présente à nous comme un tout achevé ; nulle part nous ne voyons encore l’architecte à l'œuvre. »
Cette thèse fut longtemps admise, et cette influence s’explique par la conception scolastique de la philosophie d’Aristote. L’exegèse traditionnelle, selon l’expression de Werner Jaeger, lui a ainsi donné un air rigide de schématisme conceptuel. C’est pourquoi, dans l’histoire de l’interprétation aristotélicienne, l'œuvre de Jaeger (Aristoteles, Grundlegung einer Geschichte seiner Entwicklung) est considérée comme un événement majeur. Au lieu de présenter un système tout fait, Jaeger s’efforce de retrouver le devenir interne de la doctrine. Il divise ce devenir en trois étapes :
- L’époque de l’Académie : époque du dogmatisme platonicien.
- Les années de voyage : naissance d’un platonisme critique.
- Le maître : second séjour à Athènes, et avènement de l’aristotélisme proprement dit.
L’époque de l’Académie
C’est l’époque du dogmatisme platonicien (œuvres de jeunesse, l’Éthique à Eudème, Protreptikos). Jaeger rapproche la forme du dialogue aristotélicien et les derniers dialogues de Platon où domine la méthode de classification et d’abstraction, la dialectique. L’Éthique à Eudème nous montre un Aristote platonicien (substance et âme, transcendance du Bien, réminiscence, immortalité, Idées). Quant au Protreptikos, il date d’avant la mort de Platon, et il est un programme de vie et de formation platonicienne ; la phronèsis est un concept nettement platonicien, et le nous renvoie aux spéculations du Timée, du Philèbe, des Lois. Or, on ne trouve plus ce concept dans La Métaphysique. On ne trouve plus non plus dans lÉthique à Nicomaque une éthique aussi exacte que les mathématiques ; cette conception y est même combattue.
Les années de voyage
C’est la naissance d’un platonisme critique. Platon meurt en 348–347, et Aristote quitte Athènes. C’est, selon Jaeger, le Peri philosophias qui permet de se faire une idée de l’activité philosophique d’Aristote à cette époque. Jaeger s’efforce de reconstituer cette œuvre. Elle exprimerait une philosophie de transition, en procédant à des corrections du platonisme. Le premier livre fait l’histoire de la sagesse antique, et fait du platonisme un sommet de la philosophie. Le deuxième livre critique la théorie des Idées-nombres. Le Peri philosophias aurait d’ailleurs été écrit à la même époque que la critique des Idées dans le premier livre de La Métaphysique. Enfin, le troisième nous renseigne sur la cosmologie et la théologie du jeune Aristote. Plusieurs thèmes platoniciens y sont repris : identification de la théologie et de l’astronomie ; principe du premier moteur immobile (idée qui a son origine dans les Lois) ; l’âme des astres ; mais Aristote s’éloigne parfois de Platon. Ce serait là le moment de fondation de la théologie hellénique et même de la philosophie de la religion. On peut dire que même après la critique des Idées, Aristote garde encore assez longtemps certains concepts platoniciens (âme, immortalité, etc.)
Jaeger examine également La Métaphysique, et distingue plusieurs états du texte : il y trouve une métaphysique primitive et un platonisme corrigé. Ainsi avons-nous deux textes qui font la critique des Idées (A, 9 et M, 4-5). Pour Jaeger, les deux premiers livres feraient alors parties d’une métaphysique primitive ; le livre M daterait d’une époque où l’école péripatéticienne s’oppose à l’école platonicienne (donc, au moment du second séjour à Athènes). Mais la partie M, 9-10 ferait également partie de la métaphysique primitive, avant d’être remplacée par M, 1. Le livre Z, sur la substance, aurait été introduit plus tard, pour donner un plan à l’ensemble, puisque dans ce livre la métaphysique n’est plus la science du suprasensible, mais de l’être en tant qu’être ; ce point ferait donc apparaître aussi l’évolution critique d’Aristote par rapport à Platon, sans que l’on sache bien si Aristote soit parvenu à surmonter cette conception contradictoire de la métaphysique : théologie ou science de l’être en tant qu’être ?
De même en ce qui concerne l’éthique, on peut distinguer une étape platonicienne (Protreptikos), un platonisme critique (Éthique à Eudème), et l’aristotélisme proprement dit (Éthique à Nicomaque). Le même genre de remarques peut également s’appliquer à la politique.
Le maître
Enfin, le second séjour à Athènes marque l’acmé de la philosophie aristotélicienne. Ce qu’on appelle habituellement aristotélisme a été élaboré pendant la seconde époque. Dans la troisième période, Aristote se livre à des recherches empiriques et il crée un nouveau type de science : ses enquêtes se caractérisent par la description et l’observation des choses particulières.
- recherches archiviques pour l’histoire du théâtre et des jeux ;
- recherches zoologiques et botaniques ;
- anthropologie et physiologie ;
- histoire des sciences ;
- médecine.
Concepts fondamentaux
médecine
L'œuvre d’Aristote ne forme pas un tout aussi homogène qu’on pourrait le croire : de même que pour de nombreux autres philosophes, elle connaît des modifications comme la pensée d’Aristote se transformait, s’adaptait à ses nouveaux sujets d’étude. Néanmoins, il se base toujours sur le même réseau de concepts, qui sont définis dans les livres Α et Δ de La Métaphysique :
- Catégories
- Substance
- Acte/Puissance
- Entéléchie
- Les 4 causes
- matérielle
- formelle
- motrice
- finale
- Nécessaire/accidentel
Division de la philosophie d’Aristote
Aristote a été l’un des premiers à procéder à des classifications hiérarchiques systématiques des connaissances et des concepts, s’inspirant peut-être des divisions utilisées pour l’organisation des armées (cette thèse serait à expliquer).
Sa philosophie se divise en trois parties ; cette division est remarquable, car elle diffère de la division habituellement reçue (logique, physique, éthique) : la philosophie théorétique, la philosophie pratique et la philosophie poétique. La partie théorétique se divise à son tour en physique, mathématique et théologie ; la philosophie pratique en économique, éthique et politique ; la poétique comprend toutes les activités qui produisent une œuvre.
La logique ou organon
(Voir aussi l’article Organon)
L’Organon est un ensemble de traités qui expose la logique aristotélicienne, mais l’ordre de ces traités n’est pas chronologique. Aristote a d’abord réfléchi aux règles de la discussion (Topiques) avant que ses recherches dans le domaine de la logique ne lui permettent d’inventer la théorie du syllogisme (raisonnement en grec) : il a répertorié l’ensemble des syllogismes dans les Premiers Analytiques. (Pour un exposé complet de la théorie du syllogisme voyez à cet article).
Les deux premiers traités de l’Organon traitent des éléments du syllogisme (les termes et les propositions) ; les Premiers Analytiques traitent du syllogisme en général, les Seconds Analytiques des syllogismes dont les prémisses sont nécessaires et les Topiques traitent des syllogismes dont les prémisses sont probables (raisonnement dialectique à partir d’opinions généralement acceptées).
Si Aristote passe pour l’inventeur de la logique formelle, le statut de la logique dans sa pensée n’est pas très clair : est-elle un organon (instrument, outil) ou une propédeutique ? Nous ne le savons pas. Il semble, mais c’est fort douteux, que la logique devait permettre à ses yeux d’inventer des raisonnements producteurs de savoir ; néanmoins il en use très rarement. Il est donc possible qu’Aristote entendait en réalité mettre le savoir déjà constitué sous la forme systématique du syllogisme.
Toujours est-il que la dialectique devient pour lui, contrairement à Platon, un simple exercice dénué de certitude scientifique. Mais cet exercice souligne toutefois la nécessité de bien distinguer le sens des mots, pour éviter les confusions. Les Catégories analysent donc les termes des propositions ; de même, la proposition sera définie comme la composition d’un sujet et d’un attribut, car selon lui, un problème dialectique consiste à demander si l’un appartient réellement à l’autre ou non. La forme de la proposition est donc : B appartient à A.
La logique d’Aristote fut longtemps dominante, développée et perfectionnée au Moyen Âge ; mais elle n’est pas la seule logique de l’Antiquité ; il existe aussi une logique mégarico-stoïcienne, très différente dans ses principes (voir Stoïcisme).
La métaphysique
(Voir aussi : Métaphysique (Aristote))
Le mot métaphysique n’est pas connu d’Aristote. C’est pour lui la science de l’être en tant qu’être, ou des principes et causes de l’être et de ses attributs essentiels. La métaphysique pose la question de savoir ce qui fait qu’un être est ce qu’il est. Pour y répondre, la recherche aristotélicienne porte plus particulièrement sur les manières de dire l’être. Ainsi la définition des essences dépend-elle de la philosophie première.
Dans les Catégories, Aristote explique plusieurs sens de ce qui se dit simplement, i.e. de ce qui se dit sans combinaison (les termes des propositions) : substance (οὐσία / ousía), qualité, quantité, relatif, lieu, temps, position, action, passion, avoir. Cette catégorisation est l’ancêtre des catégories de l’entendement de Kant. Cette liste est variable et semble devoir être complétée par d’autres concepts, tels que être en puissance ou en acte, privation, possession, antérieur, postérieur. Mais pour ce qui est de l’être, tous les sens dérivent du sens primitif et essentiel de l’être de la substance.
La question fondamentale de la métaphysique est donc la substance. Selon lui, en effet, toute métaphysique se réduit à la question suivante : qu’est-ce que la substance ? Le livre Z de la Métaphysique cherche à répondre à cette question (voir substance (Aristote)).
L’Éthique
Dans le domaine de l’action, Aristote distingue la praxis, action immanente qui a sa fin en elle-même, et la poïesis, au sens large la production d’une œuvre extérieure à l’agent. Cette distinction place d’une part les sciences pratiques (éthique et politique) et les sciences poétiques.
Le bien
Selon Aristote, toute action tend vers un bien qui est sa fin ; mais on peut subordonner les fins à la fin dernière de l’homme par rapport à laquelle elles sont elles-mêmes des moyens. Le postulat est donc l’unité des fins humaines. Il ne semble pas considérer la possibilité de conflits par exemple entre des fins techniques et des fins morales.
Le bien suprême est le bonheur, mais les opinions le concernant sont variables : ce bien serait le plaisir, les honneurs ou les richesses. Cependant pour Aristote, le bien suprême est au-delà des biens particuliers qui ne sont que des moyens par lesquels le bonheur peut se réaliser. La signification du bien n’est donc pas unique, il n’est pas une substance, mais une unité analogique entre différentes acceptions. Aristote souligne trois caractéristiques du souverain Bien :
- l’autosuffisance ou autarcie : l’homme heureux, tel un dieu, n’a besoin de rien ni de personne. Les moyens ne font pas la quiddité de la fin ;
- l’achèvement : il est fini, on ne peut rien y ajouter ;
- son caractère fonctionnel.
Dans sa conception du bonheur, Aristote ne se limite pas à la vertu : le bonheur ne peut être achevé sans les biens du corps et les biens extérieurs. Aussi le bonheur de l’homme, s’il dépend de lui, dépend aussi des circonstances extérieurs ; dire comme les Stoïciens que le sage est heureux jusque sous la torture, « c’est parler pour ne rien dire ». Au contraire, l’homme vertueux est celui qui tire parti des circonstances pour agir avec toujours le plus de noblesse possible : l’homme se contente du meilleur possible, sans être passif, et ne recherche pas un illusoire absolu.
Enfin, le dernier caractère du bien, est d’être l’acte propre de chaque être :
- le bonheur n’est pas être, possession ou simple potentialité, il est usage effectif, activité et faire ;
- l’acte propre de chaque être est celui qui est le plus conforme à son essence : c’est l’excellence de l’âme, dans les vertus intellectuelles et morales.
La vertu
La vertu (aretè, excellence) est une disposition acquise, consistant dans un juste milieu relatif à nous, lequel est déterminé par la droite règle et tel que le déterminerait l’homme prudent. Ce n’est ni un don, ni une science. La moralité n’est pas seulement de l’ordre du logos (connaître le bien ne suffit pas pour le faire), mais du pathos et de l’êthos (mœurs). La vertu doit donc pénétrer la partie irrationnelle de l’âme.
Aucune définition générale de la vertu ne peut être donnée, car c’est l’expérience de l’homme prudent, son discernement acquis qui sont les critères de la droite règle. Il y a néanmoins une norme objectivable : le milieu entre un défaut et un excès, l’usage mesuré de la passion qui n’est pas une moyenne mathématique mais un équilibre individualisé et relatif à la situation. Aristote définit donc les vertus dans les situations sans lesquelles elles n’existent pas. L’existence précède ainsi le concept d’une vertu.
La prudence
Aristote est le premier philosophe de l’Antiquité à avoir analysé les conditions de la détermination volontaire.
Certaines de nos actions ne peuvent être rapportées à notre volonté et on ne peut par conséquent nous en rendre responsables. Ces actions, ce sont celles que nous faisons par violence ou par ignorance. Nous subissons en effet quelquefois des contraintes extérieures auxquelles il nous est impossible de résister. Nous ne sommes donc pas responsables de notre conduite.
Mais un homme peut faire aussi une mauvaise action parce qu’il ignore qu’elle est mauvaise, et qu’il n’a pas l’idée d’une action meilleure qu’il faudrait faire. On ne peut donc l’accuser de faire volontairement le mal. Néanmoins, l’ignorance ne fait pas tout pardonner : il y a des cas où l’on punit l’ignorance, parce qu’il est des choses qu’il dépendait de l’homme de savoir et qu’il aurait dû savoir (Éthique à Nicomaque, III). Et ainsi, nous nous apercevons parfois de notre ignorance et notre erreur, et nous reconnaissons que nous avons mal agit. Mais, quoiqu’il en soit de notre ignorance, elle n’est jamais absolue, et nous considérons toujours les principes généraux qui doivent diriger la volonté. En conséquence, nous commettons le mal en nous trompant sur les circonstances où nous sommes et sur les moyens qu’il s’agit d’employer.
Qu’en est-il des actions faites en vu du plaisir ? Nous les faisons toujours de nous-mêmes, que nous soyons motivés par des sentiments nobles ou par l’égoïsme de la passion. Notre volonté les fait parce que nous y trouvons notre plaisir : nous en sommes donc responsables :
:« Que si l’on prétend que tout ce qui est agréable et beau exerce sur nous une sorte de contrainte, attendu que ce sont des objets extérieurs, alors il faudrait dire que tout exerce sur nous un empire violent ; car c’est toujours en vue de ces choses que les hommes font tout ce qu’ils font, malgré eux et par conséquent avec peine, les autres avec plaisirs, parce qu’ils n’envisagent que le côté agréable. Or il est ridicule d’accuser les objets extérieurs plutôt que de s’en prendre à soi-même de la facilité que l’on a à s’en laisser séduire. » (Éthique à Nicomaque, III)
La politique
Poétique
passion
Dernière œuvre du corpus aristotélicien, probablement une des plus connues d’Aristote, La Poétique s’intéresse aux différents aspects de l’art poétique, comme la tragédie, l’épopée, et de manière anecdotique la musique. Aristote mentionne un futur ouvrage sur la comédie qui fait partie des œuvres disparues d’Aristote.
Contrairement à son maître, Platon, qui entre autres dans la République et dans les Lois s’était montré très critique envers la tragédie, considérant qu’elle avilissait l’homme et lui faisait croire sur les dieux des choses fausses, Aristote voit dans cet art un moyen pour l’homme de se purifier l’âme de ses passions.
Cette purification, ou catharsis vient de la pitié et la crainte qu’éprouvent les spectateurs envers les personnages de la tragédie. Pour que cette catharsis soit possible, il faut que les personnages soient une imitation (mimêsis) des passions humaines, des imitations aussi vraisemblables que possibles. L’intrigue, elle, doit être aussi cohérente que possible, et se dérouler sans accroc depuis la situation de départ jusqu’à la conclusion. Le meilleur exemple, pour Aristote, c’est l’Œdipe Roi, de Sophocle ; à l’opposé, la Médée d’Euripide est considérée comme un exemple inférieur de tragédie, du fait du deus ex machina final (Médée emporte les cadavres des enfants qu’elle a eu avec Jason sur un chariot de feu).
La manière dont opère la catharsis n’est pas claire, dans le texte d’Aristote. Les spectateurs des tragédies prennent plaisir à voir des scènes qui leur seraient insoutenables dans la vie quotidienne : c’est peut-être dans cette esthétisation que les sentiments peuvent se purifier.
L’étude de la nature
La physique
La physique est, comme l’indique son nom, la science de la nature (physique vient du grec physis signifiant nature). Comme toute science, elle a pour but de connaître son objet par les causes. Ce concept de nature désigne pour Aristote un principe interne de mouvement et de repos. La première chose à faire pour établir cette science, une fois le mot défini, est de montrer que la nature existe : y a-t-il des choses en mouvement, et la cause de ce mouvement est-elle une nature, i.e. un principe ?
La psychologie
Un corps organisé a la vie en puissance, c’est-à-dire qu’il ne possédera les fonctions vitales de nutrition, de croissance, etc. que s’il possède la forme-substance de l’âme. Dans De l’Âme (livre II), Aristote définit celle-ci comme « l’entéléchie première d’un corps naturel qui a la vie en puissance. » L’âme n’est pas toujours en acte dans le corps (comme dans le sommeil par exemple), mais elle est toujours la condition nécessaire des fonctions du corps. Elle est donc le principe animant du corps, son moteur immobile : Aristote s’oppose ici encore à Platon, en rejetant les théories de l’âme comme pilote du corps qui impliquent l’indépendance de la première par rapport à ce dernier. En réalité, pour Aristote, il n’y a pas de vie séparée ni de l’un ni de l’autre.
L’étude de l’âme relèvera donc de la biologie et de la physique, par l’étude des puissances de l’âme, ce que nous appellerions la psychophysiologie : étude des fonctions nutritive, sensitive, motrice et cognitive. Ces fonctions sont hiérarchisées dans l’organisme vivant, i.e. par exemple, que pour avoir la cognition, il faut nécessairement posséder la sensation. Ces fonctions ne diffèrent pas réellement les unes des autre, l’âme est bien une dans le corps, mais on les distingue logiquement, suivant leur fonction.
La biologie
Les œuvres consacrées à la biologie représentent près du tiers de l'œuvre d’Aristote. On pense généralement que ces œuvres sont les plus tardives, écrites bien après l’Organon ; il abandonne complètement sa logique, au profit de la seule observation : la théorie devra rendre compte de ce qui est observé, et non l’inverse — alors que Platon, dans sa classification des animaux (cf. | | |