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Guerres Médiques

Guerres médiques

Les guerres médiques ont opposé les Grecs aux Perses (confondus par les Grecs avec les Mèdes, autre peuple iranien) au début du

La révolte de l'Ionie

La révolte de l'Ionie représente un épisode décisif vers la confrontation entre Grecs et Perses. Elle a pour origine la volonté de Darius I de contrôler les sources d'approvisionnement en blé et en bois de construction navale de la Grèce. Pour cela il doit s'attaquer, avec l'aide de contingents grecs ioniens, dans un premier temps aux Scythes, qui avaient fondé un puissant empire en Russie méridionale et dont les relations commerciales avec les Grecs étaient fructueuses et actives. Il y a sans doute aussi la volonté de contrôler la route du commerce de l'or, extrait des monts Oural ou de Sibérie et dont les Scythes faisaient grand commerce. Certes l'expédition contre les Scythes est un échec, ceux-ci appliquant la technique de la terre brûlée devant l'armée perse. L'armée perse échappe même au désastre et à l'encerclement grâce à la loyauté du contingent grec qui garde le pont sur le Danube (Ister). Cependant Darius s'est assuré la maîtrise de la Thrace tandis que le roi Amyntas I de Macédoine reconnaît la suzeraineté de la Perse (513 av. J.-C.). En 508, c'est l'île de Samothrace qui tombe sous le joug perse. Même Athènes sollicite vers 508 l'alliance perse. De cette campagne Darius en tire la conclusion qu'il peut compter sur la fidélité des Grecs ioniens. Ceux-ci par contre estiment qu'ils peuvent sans risques excessifs se révolter contre la domination perse car l'expédition contre les Scythes a montré que l'empire achéménide n'est pas invulnérable.

Les origines de la révolte

L'Ionie souffre dans ses intérêts de cette domination. Elle est constituée de 12 cités grecques fondées depuis au moins le VIII siècle avant l'ère chrétienne : Milet, Éphèse, Phocée, Clazomènes, Colophon, Priène, Téos, Chios, Samos, Érythrée, Myonte et Lébédos. Il faut y ajouter les cités de l'Éolide, région située au nord-ouest de l'Ionie, dont celle de Smyrne. Ces cités dont s'était emparé Cyrus II, ou plutôt son général Harpage vers 540 av. J.-C., étaient prospères au moment de la conquête. Depuis seul Milet avait réussi à conclure un traité d'amitié lui assurant une relative indépendance. C'est toutefois Milet qui se trouve à l'origine du soulèvement de 499. Pourtant la domination perse n'est pas pesante. Chaque cité conserve ses institutions à la condition expresse d'accepter et d'entretenir le tyran grec ou le satrape ou fonctionnaire perse qu'il plaisait au « Grand Roi » d'envoyer. Darius I et ses successeurs respectent les coutumes des différents peuples de leur empire et se chargent parfois de rappeler à l'ordre les fonctionnaires zélés. Mais Milet sent sa prospérité menacée par l'arrivée des Perses. Depuis 512, la mer Noire est un « lac perse », la Thrace est devenue une satrapie. Or, Milet s'y fournit en blé et en toutes sortes de matières premières. À cela s'ajoute que les gens de Milet ont vu partir leurs « intellectuels », qui prennent la fuite devant la domination perse. Les Perses demeurent, aux yeux de nombreux Grecs ioniens, des barbares rétifs aux « charmes » de la civilisation grecque qui conservent leur langue, leur religion et leur coutumes. Enfin la colonisation perse ferme l'accès des mers septentrionales au moment où Sybaris, l'entrepôt occidental de Milet, tombe sous les coups de Crotone (510). De plus les perses favorisent systématiquement les rivaux Phéniciens de Tyr et Sidon. Enfin la prise de Byzance par les Perses leur ferme les détroits et le commerce vers le Pont-Euxin. Sans doute aussi ne faut-il pas négliger le refus dans certaines classes sociales de la tyrannie comme régime politique. Lorsque la révolte éclate elle a comme première conséquence, dans de nombreuses cités, l'éviction des tyrans et la proclamation de l'isonomie.

Le rôle de Milet et la recherche d'une aide de la Grèce d'Europe

La souveraineté redevient donc une priorité. Cette aspiration à la liberté est théorisée par Aristagoras de Milet. Sous la bannière de la libération, il rassemble les cités ioniennes. L'objectif de reprendre Byzance et Chypre aux Perses semble réaliste et pousse les Grecs d'Asie à la révolte. Celle-ci se prépare en grand secret à Naxos et à Milet. Le tyran de cette dernière est Histiée retenu à Suse par Darius et dont l'homme-lige, dirigeant la cité en son absence, est son gendre Aristagoras, neveu d'un ancien tyran de la ville. Celui-ci dans un premier temps est allié aux Perses pour reprendre Naxos (500 av. J.-C.) qui s'est révoltée mais se brouille rapidement avec le général perse. Il reçoit à ce moment des conseils d'Histiée lui enjoignant de se révolter contre Darius. Sans doute craint-il aussi de porter la responsabilité de l'échec devant Naxos. Après un conseil tendu des milésiens, où seule la voix discordante d'Hécatée, un prédécesseur d'Hérodote, s'opposa au projet, Aristagoras brandit l'étendard de la révolte (499) et s'empare de plusieurs navires perses ou phéniciens. Il proclame ensuite l'égalité des cités ioniennes. Or, cette alliance manque d'un projet clair et surtout de moyens ; il faut donc espérer de l'aide de la Grèce d'Europe. Aristagoras part donc à l'hiver 499 en Grèce continentale pour solliciter une aide militaire. Le moment est peu propice car Sparte est divisée par la rivalité des deux rois Cléomène I et Démarate. Quant à Athènes, elle se remet à peine des convulsions consécutives à la mise en place des réformes de Clisthène. Finalement seules deux cités répondent à l'appel, Athènes (20 bateaux) et Érétrie (5 bateaux) par reconnaissance pour Milet qui jadis l'avait aidée contre Chalcis. Au total cela ne représente guère plus de 2 000 hommes. Pour les cités grecques d'Europe, le problème a l'air d'être lointain et les conflits locaux sont jugés plus importants.

Les étapes du conflit

Il va cependant falloir plus de 6 ans aux Perses pour mater la rébellion. En effet les premiers combats sont favorables aux Ioniens. La flotte grecque anéantit la flotte phénicienne lors d'un premier combat sur les côtes de Pamphylie, sans doute vers 498 av. J.-C.. Sur terre, les Perses se préparent à assiéger la ville de Milet quand Charopinos, le frère d'Aristagoras, avec l'aide du contingent athénien, organise une diversion et ravage Sardes, l'ancienne capitale de Crésus qui était le siège d'une satrapie. Mais au retour le satrape Artapherne, qui assiégeait Milet, les intercepte sur les hauteurs d'Éphèse et remporte la victoire (printemps 498). À la fin de l'été 498, le corps expéditionnaire grec — ou du moins ce qu'il en reste — plie bagage pour rentrer sur Athènes ou Érétrie. Cette défection n'empêche pas la révolte de gagner de l'ampleur. À l'automne 498, le soulèvement gagne Chypre, à l'exception de Citium, ainsi que la Propontide et l'Hellespont jusqu'à Byzance. Puis la Carie se révolte à son tour. Au début de 497, la situation des Perses est critique mais Darius I réagit avec célérité et lève simultanément trois armées et une nouvelle flotte. En un an (497) la révolte est écrasée à Chypre puis dans les cités de l'Hellespont. Quant aux Cariens ils sont vaincus sur le fleuve Marsyas à l'automne 497, malgré l'aide des Milésiens, puis à Labraunda lors de l'été 496. Il semble que vers cette époque Aristagoras s'enfuit en Thrace où il meurt peu après (497) dans un combat obscur. Quant à Histiée il devient pirate en mer Égée. Il est tué peu après. Les Cariens se ressaisissent et infligent une grave défaite aux Perses à l'automne suivant à Pédassos (496). Finalement, des négociations longues et pénibles s'engagent et les Cariens ne déposent les armes définitivement qu'en 494. Milet se retrouve alors seule. Au début de l'année 494, les Perses massent leurs troupes contre Milet. La ville doit être assaillie à la fois par terre et par mer. Une bataille navale opposant environ 350 navires grecs à 600 navires phéniciens, égyptiens et chypriotes se déroule au large de l'île de Ladè durant l'été 494. La flotte grecque est anéantie. La ville est prise et rasée peu après et sa population déportée sur les berges du Tigre. Lors de l'année 493 les Perses soumettent les dernières villes et îles rebelles (Chios, Lesbos et Ténédos) tandis que leur flotte longe victorieusement les côtes de l'Hellespont et de la Chalcédoine.

Les conséquences de la défaite ionienne

Cette défaite entraîne en Grèce continentale, en particulier à Athènes, une profonde réaction de tristesse. Ainsi le poète Phrynicos compose une pièce intitulée La prise de Milet qui fait fondre en larmes le public (son auteur étant condamné à une amende de 1000 drachmes pour avoir rappelé des événements malheureux). L'intervention militaire perse en Asie Mineure a cependant tourné Darius vers l'Occident et peut-être suscité en lui des idées expansionnistes, ou du moins le désir d'établir en Grèce même des régimes qui lui soient favorables. Le rôle joué par Athènes et Érétrie lui montre la nécessité d'imposer son autorité sur les deux rives de la mer Égée. Cependant, si l'on excepte le sort de Milet, Darius use d'une modération relative imposant certes un fort tribut aux cités révoltées mais leur laissant leur autonomie.

Première guerre médique (Marathon)

La campagne de 492

En effet, Darius I n'a pas oublié l'aide, même dérisoire, apportée par Athènes et Érétrie. Il prépare donc une expédition punitive contre la Grèce continentale. Pour cela il charge son gendre Mardonios de reprendre en main la Macédoine et la Thrace, théoriquement soumises mais dont les garnisons perses avaient été évacuées lors de la révolte de l'Ionie. Au printemps 492, Mardonios rassemble sa flotte et son armée en Cilicie puis franchit l'Hellespont et traverse la Thrace et la Macédoine. La flotte fait voile vers Thasos, la soumet au passage, et suit la côte européenne jusque vers Acanthos. Assaillie par une violente tempête, au moment de doubler le cap du mont Athos, la flotte perd la moitié de ses navires (selon le magazine Sciences et avenir une expédition archéologique était prévue en juin 2004 pour retrouver les restes de ce naufrage). Puis une attaque de tribus de Païoiens surprenant le campement perse fait de nombreuses victimes. Au total, les sources comptent plus de 30 000 morts entre les deux événements. Certes il faut se méfier des chiffres des effectifs militaires et des pertes annoncées souvent sujets à caution, mais il est clair que Mardonios doit donner l'ordre de la retraite. Cela ne décourage pas Darius, simplement il estime maintenant nécessaire de préparer la prochaine expédition avec davantage de minutie.

L'expédition perse de 490

Toute l'année 491 est consacrée aux préparatifs militaires et diplomatiques de cette offensive. De nombreuses cités grecques reçoivent des ambassadeurs demandant leur soumission. Certaines s'exécutent, mais Athènes comme Sparte refusent et mettent à mort (selon Hérodote) les ambassadeurs perses, sans toutefois prendre de véritables mesures pour devancer la future offensive. L'armée perse, dirigée par les généraux Artapherne (armée de terre) un neveu de Darius et Datis (flotte), traverse cette fois directement la mer Égée, droit sur l'Eubée et l'Attique, après cependant avoir pris au passage le contrôle de Naxos et Délos (490). Il y a de 100 000 à 200 000 soldats perses selon les versions, mais les Historiens contemporains estiment que le chiffre réel est compris entre 25 000 et 50 000, ce qui est déjà considérable pour l'époque. Au total la flotte perse représente sans doute 600 trières. Elle atteint la pointe méridionale de l'Eubée, ravage Carystos, qui refusait d'ouvrir ses portes, puis Érétrie, abandonnée par ses alliés athéniens, détruite et dont la population est déportée à Ardéricca près de Suse, marquant ainsi la première étape de la vengeance du Grand Roi.

La bataille de Marathon

Suse L'armée perse débarque, sur les conseils d'Hippias, l'ancien tyran d'Athènes, début septembre 490 sur la plage de 4 kilomètres environ qui borde la plaine de Marathon à quarante kilomètres d'Athènes. Les Athéniens n'attendent pas l'ennemi derrière leurs remparts mais conduits par le stratège Miltiade, les hoplites athéniens et platéens, environ 10 000 hommes, se rendent à la rencontre des Perses. Le 13 septembre les Perses décident d'attaquer Athènes par terre et par mer. Une partie des troupes perses, y compris la cavalerie, rembarque, avec pour objectif de débarquer à Phalère afin d'atteindre rapidement l'Acropole. Les troupes restantes, à peu près 21 000 soldats, franchissent alors le Charadra, le petit ruisseau qui traverse la plaine de Marathon avant de se perdre dans des marais littoraux, afin d'empêcher le retour des troupes athéniennes vers la cité. Celles-ci, avec leurs alliés de la cité de Platées, occupent deux petites hauteurs, le Pentélique et le Parnès et attendent les renforts promis par Sparte, renforts qui tardent. Devant l'évolution de la situation, les Athéniens n'ont plus le choix : il faut battre les Perses dans la plaine de Marathon puis devancer les navires ennemis et gagner Athènes pour la protéger. Miltiade, l'un des dix stratèges athéniens connaît la faiblesse de l'armée perse pour avoir combattu avec eux lors de l'offensive contre les Scythes. En effet cette armée est composée de soldats d'origines différentes, ne parlant pas les mêmes dialectes et n'ayant pas l'habitude de combattre ensemble. De plus l'armement perse, avec des boucliers en osier et des piques courtes, ne permet pas les combats au corps à corps. Au contraire l'armement des Grecs est celui d'une infanterie lourde, les hoplites, protégés par un casque, un bouclier, une cuirasse, des jambières et des brassards en airain. S'y ajoutent une épée, une longue lance et un bouclier de peau et de lames de métal. Enfin les hoplites combattent en rangs serrés (phalange) leurs boucliers formant devant eux une muraille. Miltiade décide Callimaque le Polémarque d'étendre la ligne des soldats grecs, afin de ne pas être submergé par le nombre, et de renforcer les ailes au détriment du centre. En effet les Perses disposent leurs meilleures troupes au centre et il s'agit donc de les envelopper. Les Athéniens chargent donc dès qu'ils arrivent à portée de flèche. Il est en effet improbable, au vu de la lourdeur de l'équipement des hoplites, que ceux-ci effectuent une charge de plus de 1500 mètres comme l'affirment les historiens de l'époque. Comme prévu les ailes de l'armée perse, composées de troupes éparses levées dans l'empire ou d'Ioniens peu motivés, se débandent et remontent dans la panique à bord des navires. Mais le centre des Grecs est enfoncé et cède. Les troupes grecques disposées sur les ailes renoncent à poursuivre les troupes perses en déroute et se rabattent sur le centre de l'armée perse en une parfaite manœuvre de tenaille. Celui-ci s'effondre à son tour. Au total environ 6400 Perses sont tués, la plupart noyés en s'enfuyant, et sept navires sont détruits, tandis que les Athéniens perdent environ 200 citoyens. Une telle différence n'a rien d'extraordinaire, même si le chiffre des pertes perses est sans doute exagéré. En effet on constate fréquemment un ratio de un tué chez les Grecs à 20 ou 30 pour les armées orientales dans les diverses batailles les opposant aux peuples d'Asie. Mais il est nécessaire de prévenir la seconde offensive des Perses avec l'attaque des meilleurs éléments de leur armée qui avaient rembarqué avant la bataille de Marathon. La flotte perse a besoin d'une dizaine d'heures pour doubler le cap Sounion et atteindre Phalère. Par une marche forcée de sept ou huit heures, avec une bataille dans les jambes, les hoplites grecs arrivent environ une heure avant la flotte ennemie. Les Perses voyant l'échec de la manœuvre renoncent à débarquer. Ainsi s'achève la première guerre médique. Cette victoire stratégique devint symbolique pour les Grecs et conféra un grand prestige à Athènes. En fait pour les Perses il s'agit surtout d'un débarquement manqué et d'un échec mineur. Leur expédition a réussi à soumettre toutes les îles, en tout cas un grand nombre, de la mer Egée au pouvoir de Darius I. Selon certains historiens (qu'Hérodote récuse), c'est à cette occasion que Phidippidès (ou Philippidès) aurait couru la distance qui deviendra celle du marathon. Cela dit, que l'épisode de Philippidès soit véridique ou pas, l'exploit sportif ici est collectif avec la marche forcée des hoplites athéniens afin d'empêcher le débarquement perse à Phalère. La réaction de Darius à cette défaite est d'emblée de préparer sa revanche et une nouvelle expédition. Il est impossible au souverain d'un tel empire de demeurer sur une défaite. Mais une révolte éclate alors en Égypte, dirigée par le satrape Aryandès et occupe les derniers mois de Darius. Celui-ci meurt en -486 et lui succède son fils Xerxès I.

Seconde guerre médique

Les préparatifs perses

Il est certain que pour les souverains perses la défaite de Marathon est un motif supplémentaire pour en finir avec Athènes et il faut bien considérer l'expédition de 670 av. J.-C. comme une volonté de revanche et une expédition punitive. Xerxès y est encouragé par son caractère impulsif et brutal mais aussi par les exilés d'Athènes nombreux à la cour du Grand Roi ainsi que par son oncle Artabane. Pour cette expédition les préparatifs sont très longs. Tout d'abord Xerxès doit réprimer les révoltes de l'Égypte et de Babylone, ce qu'il fait avec une très grande brutalité. Puis à partir de 484/483, il planifie l'invasion de la Grèce, ne laissant rien au hasard. C'est ainsi qu'il encourage Carthage à s'attaquer aux Grecs de Sicile et d'Italie afin de priver les Grecs de leur aide éventuelle. La combinaison des deux expéditions en 480, celle de Xerxès et celle des Carthaginois sur Agrigente et Syracuse, n'est pas une simple coïncidence et relève d'un plan savamment et patiemment mis au point. Les Carthaginois sont vaincus sur terre et sur mer à Himère par Gélon de Syracuse mais aucune aide ne parvient en Grèce pour lutter contre Xerxès (il semble aussi que Gélon ait eu des exigences démesurées pour prix de son aide). De plus, les Perses s'allient avec certains peuples ou certaines cités en Grèce continentale même, sans compter les Ioniens redevenus vassaux de l'empire depuis l'écrasement de leur révolte 15 ans plus tôt. Ainsi la Locride et surtout la Béotie avec Thèbes se rangent du côté des envahisseurs. Le projet d'invasion choisi est celui que défend Mardonios, le fils d'une sœur de Darius I, donc un cousin de Xerxès I. Il consiste à reprendre le projet d'invasion par la terre de -492 en passant par la Thrace et la côte macédonienne. Pour cela il est nécessaire selon Mardonios d'avoir un corps d'armée terrestre considérable soutenu par une flotte amenant le ravitaillement et chargée d'éviter les contre-attaques de la flotte grecque sur les arrières de l'armée perse. Pour éviter les tempêtes du Nord-Est fréquentes et brutales dans la région du mont Athos et ne pas rééditer le désastre de 492 un canal coupe l'Isthme de l'Acté. Il est long de 2,4 kilomètres et assez large pour que deux trières y circulent de front. Des ponts sont construits sur le Strymon par des détachements d'éclaireurs perses. De plus les Phéniciens et les Égyptiens sont chargés de construire un double pont de bateaux sur l'Hellespont depuis Abydos jusqu'à un promontoire situé entre Sestos et Madytos. Le premier pont est composé de 360 navires et le second de 314 qui sont solidement ancrés et liés bord à bord par des cordes. Puis on pose des planches que l'on couvre de terre tandis que de hautes barrières de bois, servant de parapet, sont installées pour que les animaux ne soient pas effrayés par la mer. Enfin des villes sont sélectionnées pour devenir les principaux magasins centralisant l'approvisionnement nécessaire à une telle armée. Ce sont les cités de Doriscos, Eïon et Therma situées respectivement aux débouchés des vallées fertiles de l'Hèbre, du Strymon et de l'Axios ainsi que Leukè Actè sur l'Hellespont et Tyrodiza.

Les effectifs

Épineuse question que celle des effectifs car les chiffres des historiens de l'Antiquité apparaissent fantaisistes. Ainsi Hérodote parle de plus de 500 000 marins, 1,7 millions de fantassins et environ 80 000 cavaliers. Et encore il ne s'agit que des combattants. Les historiens contemporains ont des estimations qui varient assez fortement.
- Effectifs des Perses : de 75 000 hommes (selon l'historien Delbrück) à 300 000 (pour Hanson) et de 20 000 à 60 000 cavaliers divisé en 6 corps d'armée. La flotte possède quant à elle un nombre d'unité d'environ 1200 trières fournies essentiellement par les Phéniciens, les Égyptiens et les Ioniens. Plus que les chiffres, ce qui importe pour les contemporains de l'événement est l'impression d'une levée en masse impressionnante. « L'Asie s'est vidée de tous ses mâles » écrit Eschyle dans sa tragédie Les Perses.
- Effectifs des Grecs coalisés : là aussi les estimations sont fortement divergentes et vont de 7000 fantassins à 35 000 hoplites (auquel il faut rajouter 40 000 valets d'armes plus sommairement armés). Par contre les Grecs ne possèdent pas de cavalerie. Sur mer la flotte Grecque ne dispose que de 360-380 trières ou des pentécontores. Si l'on admet que chaque navire ait un équipage complet (environ 150 rameurs, un dizaine d'officiers, une dizaine d'hommes d'équipage et environ 15 soldats) cela représente environ 70 000/75 000 hommes. Le rassemblement des troupes perses s'opère de façon remarquable. La flotte se rassemble dans la rade de Phocée et dans celle de Kymè en Ionie tandis que les troupes terrestres hivernent à Sardes et à Cristalla en Cappadoce. À l'arrivée de Xerxès au printemps 480 avec ses troupes d'élite, l'immense armée s'ébranle et rejoint Abydos pour franchir les ponts de bateaux. Selon les sources grecques le pont de droite est utilisé par les fantassins et les cavaliers, celui de gauche par les valets, esclaves et bêtes de somme. Au total selon la tradition ce passage dura sept jours et sept nuits. Ensuite l'armée se dirige vers Sestos puis Doriscos où s'opère la jonction avec la flotte.

La réaction des Grecs

La plupart des cités grecques restent longtemps sans s'inquiéter du péril perse en particulier après la victoire athénienne de Marathon. Les Grecs renouent avec leurs vieux démons des querelles intestines dès que le péril est passé. Ainsi Miltiade, après un échec devant Paros en 489 av. J.-C., est traité ignominieusement par Athènes et meurt peu après. De 487 à 486 Athènes tente en vain de s'emparer de sa vieille rivale Égine tandis que Sparte continue sa politique hégémonique dans le Péloponnèse, devenant ainsi la cité la plus puissante de la Grèce. À l'intérieur d'Athènes les luttes politiques opposent les Démocrates, revenus au pouvoir juste après Marathon, Xanthippe, le père du futur Périclès, et Aristide, plus modéré et qui possède le soutien de quelques aristocrates. C'est dans ce contexte qu'apparaît un troisième homme : Thémistocle. Il est archonte en 493/492 à 30 ans et stratège trois ans plus tard (490/489). Ambitieux et sans scrupules, il est éloquent – chose importante dans la vie publique d'Athènes –, courageux et tenace. Il a sans doute avant les autres compris que l'avenir d'Athènes passe par la création d'une grande flotte permanente. Archonte envisage de substituer le port profond et abrité du Pirée à la mauvaise rade, largement ouverte qui plus est, de Phalère. Ce projet, mis en sommeil dans un premier temps, est activé par Thémistocle, élu stratège après Marathon. Les arguments qu'il avance sont multiples. Une telle flotte permettra à Athènes de se protéger contre Égine dont les habitants ont une certaine propension à la piraterie qui gène le commerce. Il y a bien sûr le danger perse dont Thémistocle estime qu'il est loin d'être terminé mais qui est sans doute moins mobilisateur que l'argument sur Égine, danger « plus proche » pour les Athéniens. Il y a aussi des arguments économiques. Face à la rapide croissance de la population, il est nécessaire d'aller chercher le ravitaillement de plus en plus loin, au delà de l'Hellespont ou vers la Grande Grèce (Sicile et Sud de l'Italie). Pour cela il est indispensable de posséder une flotte qui va pouvoir contrôler les routes commerciales. Enfin une flotte représente du travail pour une partie non négligeable des habitants de la cité (rameurs, construction et entretien des navires, etc.). Il reste un problème de taille, à savoir le financement d'un tel projet dans une cité où les finances de l'État ne sont guère florissantes. C'est alors qu'en 483 sont découvertes les mines d'argent du Laurion au sud-est d'Athènes. Thémistocle obtient que le produit de la ferme des mines, environ 50 à 100 talents par an, soit consacré à la construction de cette flotte. Son principal adversaire opposé au projet est exilé et Thémistocle, les mains libres, ordonne la construction immédiate de 100 trières. Les cent citoyens les plus riches reçoivent chacun un prêt d'un talent pour construire et armer une trière. Ensuite cent talents sont offerts à 50 naucraries (regroupement de citoyens), à charge pour elles de construire et d'entretenir deux trières. Il est temps. En 480 Athènes possède environ 200 trières prêtes à prendre le large.

Bataille des Thermopyles

Le congrès de Corinthe

Les préparatifs perses ne sont évidemment pas passés inaperçus et un congrès des différentes cités grecques se réunit à Corinthe à la fin de l'automne 481. Pour une fois les intérêts immédiats de Sparte et d'Athènes se confondent. Athènes craint la vengeance des perses pour ses succès antérieurs et Sparte constate que sa grande rivale dans le Péloponnèse, Argos, est contactée par les envoyés de Xerxès. Toutes les grandes cités grecques, si l'on excepte Cyrène, Argos, Syracuse, Corcyre et Phocée, envoient des représentants au temple de Poséidon à Corinthe. Sparte, en tant que plus puissante des cités, préside le congrès. Une réconciliation générale intervient, comme par exemple entre Athènes et Égine, et 31 cités s'engagent par serment dans une ligue défensive contre les Perses et préparent des contingents de soldats. Le commandement des troupes est confié à deux Spartiates, le roi Léonidas I pour les fantassins et Eurybiade pour la flotte grecque. Mais durant l'hiver 481/480 les Grecs tergiversent sur le plan de campagne et ne peuvent s'opposer à la conquête de la Thessalie par les troupes perses au printemps 480. Les Grecs choisissent alors en août, tandis que les Perses envahissent la Piérie, une position défensive très forte aux Thermopyles qui commande l'accès à la Béotie et à la Grèce centrale. Quant à la flotte, elle s'installe au nord de l'Eubée en un lieu nommé l'Artémision afin d'empêcher la flotte perse de contourner cette position. En effet les Perses, pour garder le contact avec leur flotte, doivent emprunter la seule route importante qui passe par les Thermopyles (les « Portes Chaudes », à cause des sources thermales qui s'y trouvent). Là, entre le golfe Maliaque et la montagne, l'étroite chaussée passe dans un défilé dont certains passages n'excèdent pas 10 mètres de largeur et qui plus est barré par les vestiges d'un mur construit en zigzag. Enfin, les marais sont nombreux et forment un obstacle supplémentaire. Entre les 7000 à 10 000 hommes environ dont dispose Léonidas et la flotte d'Eurybiade (avec Thémistocle à la tête du contingent des navires athéniens, de loin le plus nombreux) les liaisons sont constantes.

La tempête de l'Artémision

Au sortir de la Thessalie les troupes de Xerxès font mouvement vers le sud. Les fantassins quittent la cité de Therma et arrivent treize jours plus tard dans la plaine trachinienne (entre la vallée de l'Asopos et la cité d'Anticyre. La flotte perse s'élance une dizaine de jours après afin que l'arrivée des troupes terrestres et navales soit conjointe. Eurybiade, devant l'ampleur de la flotte perse, quitte l'Artémision et longe le canal d'Eubée pour occuper l'étranglement de Chalcis, laissant Léonidas à la merci d'un débarquement sur ses arrières. Mais cette manœuvre, si elle n'apparaît pas très audacieuse, encourage les Perses à progresser plus au Sud que prévu et de mouiller au cap Sépias, près d'une côte rocheuse et escarpée où ils ne peuvent hâler leurs navires sur la terre ferme et où la profondeur des eaux empêche de nombreux navires de s'amarrer solidement. Une violente tempête de trois jours va détruire environ 400 navires. Plusieurs milliers d'hommes sont noyés. La principale conséquence est que Xerxès, bien qu'il garde la supériorité numérique, n'est plus en mesure de diviser ses forces navales de manière à convoyer l'armée tout en livrant combat à la flotte grecque. À Chalcis, Eurybiade reprend confiance et remonte prendre sa garde à l'Artémision. Mais malgré la tempête, la supériorité numérique perse apparaît si imposante qu'Eurybiade et son adjoint, le corinthien Adimantos, font demi-tour. C'est alors qu'Achéménès, l'un des demi-frères de Xerxès et amiral de la flotte perse, détache une escadre de 200 navires et 40 000 hommes environ pour contourner l'Eubée par la haute mer cependant que le reste de la flotte s'installe au mouillage des Aphètes, mouillage plus sûr que celui du cap Sépias. Prévenus de cette diversion, qui leur interdit la fuite par le canal de l'Eubée au Sud, et de ce nouveau mouillage, les Grecs tentent un coup de force et lancent une attaque surprise sur les Ioniens alliés des Perses et leurs coulent une trentaine de navires avant de regagner leur point d'attache de l'Artémision. Enfin, une nouvelle tempête éclate et fait de nouveau dégâts sur une flotte perse dont les navires sont sur leurs ancres alors qu'à l'Artémision les Grecs, à leur habitude, tirent les navires sur la terre ferme, ce qui les met à l'abri. Surtout, cette nouvelle tempête cause la destruction totale de l'escadre envoyée pour contourner l'Eubée.

La bataille

amiral Dans un premier temps, sur terre, les troupes de Léonidas tiennent fermement leur position et repoussent les Perses, infligeant de grandes pertes, y compris aux fameux Immortels, les troupes d'élites de Xerxès. Mais Léonidas est trahi par un certain Éphialtès, fils d'Eurydémos, un citoyen de Malia, qui livre aux Perses le moyen de contourner l'armée grecque, par le sentier d'Anopée. Léonidas décide alors de se sacrifier avec les 300 hoplites Spartiates, ainsi que 700 soldats des cités de Thèbes et de Thespies, pour laisser aux Grecs le temps d'organiser leur défense et à l'armée de se retirer en bon ordre. Les Grecs résistent héroïquement autour du roi spartiate et sont tous massacrés sur ordre de Xerxès. Cette bataille devint l'emblème de la résistance grecque à l'envahisseur et de l'esprit de sacrifice des Spartiates. Au sommet du Kolonós, théâtre de l'ultime résistance spartiate, sur lequel fut érigé un mausolée, une inscription du poète Simonide de Céos (556, 467), commémore cette action : « Passant, va dire à Sparte qu'ici ses fils sont morts pour obéir à ses lois ».
Le sac d'Athènes
Xerxès reprend sa progression sur mer et sur terre en ayant à l'esprit la prise d'Athènes. Au passage les villes de Béotie sont contraintes à la capitulation et Thèbes ternit sa réputation par une reddition sans gloire. Les Perses pénètrent enfin en Attique et s'avancent vers Athènes. Pour les Athéniens, la situation est difficile. La ville ne possède pas de remparts à l'époque. Aussi sous l'impulsion de Thémistocle, la population est évacuée en particulier vers Égine, Trézène et Salamine tandis que les bannis sont rappelés, tel Aristide, avec l'annulation de tous les décrets d'exil portés pour des raisons politiques. Cimon, le fils de Miltiade, pourtant l'un des adversaires de Thémistocle, dépose son ex-voto sur l'Acropole pour bien signifier que le temps de l'« Union Sacrée » est venu et qu'il est temps de combattre non pas à cheval mais sur les vaisseaux. La cité est ainsi abandonnée à l'exception de quelques centaines d'irréductibles qui souhaitent défendre l'Acropole et qui vont payer ce geste de leur vie. Les Perses en effet prennent la ville d'Athènes, puis l'Acropole, et la pillent de fond en comble, massacrant les quelques Athéniens encore présents qui résistent dans un combat sans issue.

Bataille de Salamine

La situation à la veille de la bataille et la stratégie de Thémistocle

Acropole La flotte grecque est au mouillage à l'Artémision quand se déclenche la bataille des Thermopyles. Elle doit d'ailleurs repousser un assaut de la flotte de Xerxès lors d'une bataille fort indécise où plusieurs dizaines de navires sont perdus. Aussi les chefs grecs décident unanimement de quitter l'Artémision, d'autant que Léonidas est mort et que l'armée terrestre des cités grecques coalisées se retire vers le sud. Dans la nuit, subrepticement, la flotte dirigée par Eurybiade emprunte le canal de l'Eubée et navigue vers le sud. La situation pour les Grecs n'est pas encourageante, comme le rapporte Diodore de Sicile. La défaite des Thermopyles, la soumission de la Béotie, la prise d'Athènes sèment le découragement dans les esprits. Cléombrote Ier, le frère de Léonidas et roi des Spartiates, ne songe qu'à protéger le Péloponnèse par la construction d'un mur vers l'Isthme de Corinthe. Quant à la flotte, elle s'installe à Salamine à la demande de Thémistocle. Ce plan, tenir l'Isthme de Corinthe et le golfe de Salamine, implique l'abandon total de l'Attique, ce qui explique aussi la prise d'Athènes, abandonnée par ses habitants sur les conseils de Thémistocle. Thémistocle a un plan précis qu'il impose contre l'avis d'Eurybiade. Il s'agit de combattre dans la rade étroite de Salamine car il est persuadé, à juste titre, que les Perses ne pourront pas entreprendre la manœuvre d'encerclement par les ailes esquissée à l'Artémision. De plus il est persuadé que dans cette passe étroite les navires ennemis se gêneront mutuellement et seront autant de proies pour un abordage ou un éperonnage par les solides trières grecques. Enfin il est persuadé qu'en coupant l'armée perse de sa flotte elle fera demi-tour. Il tient les propos suivants, rapportés par Plutarque : :« Vous ne parviendrez jamais à arrêter sur terre le flot de cette immense armée. Ce qu'il faut c'est lui couper les vivres en anéantissant sa flotte de transport. Réduite à la famine, elle n'aura plus d'autre choix que de faire demi-tour. C'est votre seule chance de salut. » Eurybiade préfère défendre un autre point de vue, plus circonspect. Maintenant que la flotte grecque a assuré l'évacuation de l'Attique, il faut retourner à proximité des forces terrestres afin d'entreprendre des actions combinées. Ce point de vue est partagé par les Corinthiens, deuxième flotte de la coalition. Thémistocle reçoit cependant le soutien d'Egine et de Mégare, il est vrai directement menacées en cas de repli sur l'Isthme de Corinthe de la flotte grecque. C'est alors que Thémistocle, selon Plutarque et Hérodote, utilise la ruse et fait parvenir un message à Xerxès, par l'intermédiaire d'un grec probablement originaire d'Ionie nommé Sicinnos, l'informant du désir de fuite d'une partie des généraux grecs par la passe occidentale de la baie d'Éleusis encore libre. Cette manœuvre, nous dirions aujourd'hui de désinformation, fonctionne pleinement et une partie de la flotte perse termine l'encerclement des Grecs tandis que l'îlot de Psyttalie est occupé par un détachement avec pour objectif de recueillir les équipages perses et achever les Grecs lorsque la bataille éclatera.

Les effectifs

Quels sont les effectifs engagés dans la bataille de Salamine ? Difficile de répondre précisément.
- Pour les forces grecques nous pouvons considérer que le chiffre de 350/380 trières est crédible, ce qui représente la quasi-totalité de la flotte grecque. Outre les navires d'Athènes, plus de la moitié de la flotte, nous avons 40 navires de Corinthe, une trentaine d'Égine, entre 15 et 20 pour des cités comme Mégare, Sicyone,... le reste étant négligeable.
- C'est pour les effectifs de la flotte de Xerxès qu'il est plus difficile de trancher. Les historiens antiques, tels Hérodote, Diodore de Sicile ou le Panégyrique d'Athènes d'Isocrate donnent le chiffre de 1200 navires. Ces chiffres sont fantaisistes et ne semblent pas tenir compte des pertes subies lors des tempêtes et lors de la bataille de l'Artémision. De plus, il faut considérer que la flotte perse doit assurer le ravitaillement de l'armée, garder des points névralgiques (détroits, dépôts,...). Il faut probablement admettre un chiffre de 500 à 600 navires au minimum, ce qui permet à Xerxès de garder la supériorité numérique et de compenser l'infériorité au combat de ses troupes.

Veillée d'armes

Pendant que la flotte perse termine dans la nuit l'encerclement de l'île de Salamine, les généraux grecs tergiversent toujours. Cependant Aristide arrive d'Égine, ayant réussi à passer à travers le blocus perse, et informe Eurybiade et Thémistocle que le blocus est total et que la flotte n'a plus guère le choix. Désormais toute possibilité de retraite étant coupée il faut combattre. La ruse de Thémistocle vient de réussir. La tactique utilisée est simple. L'étroitesse du détroit fait que seuls combattront les premières lignes de navires, ce qui annihile la supériorité numérique des Perses. Les combats terrestres précédents ont montré que la valeur au combat des Grecs ainsi que l'armement sont supérieurs, ce qui dans le cas d'abordage des navires ennemis est un avantage. Enfin les équipages perses, en fait surtout Phéniciens ou Ioniens, seront fatigués car ayant parcouru une distance moyenne d'une dizaine de kilomètres pour certains depuis leurs mouillages de Phalère. Deux impératifs s'imposent aux Grecs. Tout d'abord s'installer légèrement en deçà du détroit pour que la masse perse s'installe dans le goulet d'étranglement, mais aussi ne pas trop reculer afin que les navires perses ne puissent tirer avantage de leur supériorité numérique. Il faut aussi éviter un débarquement perse à Salamine ou se sont réfugiés un nombre important d'Athéniens, protégés par un détachement d'hoplites commandés par Aristide. Les Perses se préparent aussi à la bataille avec en particulier cette installation incroyable du trône de Xerxès sur les pentes du mont Aegalée qui dominent le détroit. Peu avant l'aube du 29 septembre 480 Xerxès s'installe sur son trône avec ses ministres et officiers, ses secrétaires chargés de noter les actions d'éclat et les fautes à châtier, et sa garde des Immortels. Dans le même temps la flotte se met en position. À la droite se trouvent les Phéniciens des flottes de Tyr, Sidon dirigés par les généraux perses Mégabaze et Préxaspe. Au centre le corps de bataille est dirigé par Achéménès, demi-frère de Xerxès, qui tient le rôle de Grand Amiral et dirige plus précisément les flottes de Cilicie et de Lycie. Enfin à l'aile gauche se trouvent les flottes d'Ionie, du Pont et de Carie dirigées par un prince achéménide, Ariabignès et où combat Artémise I, reine d'Halicarnasse, la seule ayant osé dire à Xerxès, quelques jours auparavant, qu'il valait mieux éviter le combat.

La bataille

Dès le départ les Perses font une fausse manœuvre décrite ainsi par Diodore de Sicile : :« Les navires perses gardèrent leur rang tant qu'ils voguaient au large, mais en s'engageant dans le chenal ils furent obligés de faire sortir de la ligne quelques-uns de leurs navires, ce qui entraîna une grande confusion. » Les Perses font une erreur par excès de confiance et sont désorganisés dès le début de la bataille. C'est alors que la flotte grecque apparaît et, sans rompre ses lignes, fond sur les navires perses. Il reste un point sur lequel les historiens sont encore en désaccord, c'est de savoir quel était l'axe des deux lignes de navires au moment de l'impact. Pour certains il est acquis que la flotte grecque est adossée à l'île de Salamine et que la flotte perse est alignée plus ou moins parallèlement au rivage de l'Attique. Pour d'autres au contraire la flotte grecque barre entièrement le détroit ce qui donne alors un axe de bataille perpendiculaire à l'axe du détroit. Cette deuxième hypothèse semble à l'heure actuelle la plus communément admise. De toute façon, quel qu'ait été l'alignement des flottes au début de la bataille, l'action principale se déroule dans l'étranglement du détroit de Salamine et dans les deux chenaux ménagés par l'îlot de Psyttalie entre Salamine et l'Attique. L'aile droite grecque, dirigée par Eurybiade, et constituée des navires lacédémoniens, corinthiens et éginètes, flanche au départ et recule provisoirement, sous les probables huées des civils massés sur les rivages de l'île de Salamine. Thémistocle dirige, lui, tout le reste de la flotte, à savoir au centre les flottes de Mégare, Chalcis et des navires athéniens, et surtout sur l'aile gauche une flotte homogène d'environ 120 trières athéniennes. Face à eux se tiennent leurs vieux adversaires, les Phéniciens. Hérodote raconte ainsi le déclenchement de cette bataille : :« L'Athénien Aminias de Pallène, voguant en dehors de la ligne, heurta un vaisseau perse et ne put se dégager; le reste de la flotte se portant à son secours, la mêlée commença. Mais, d'autre part, les Eginètes prétendent que ce fut le vaisseau envoyé à Égine qui engagea la lutte. » Cette rivalité de gloire est la traduction d'un conflit ancien entre les deux cités mais aussi la traduction d'un fait avéré : Athéniens et Éginètes furent les plus ardents des Grecs lors de la bataille. Il ne faut pas croire d'ailleurs que la bravoure est du seul côté des Athéniens et de leurs alliés. La présence de Xerxès Ier qui surveille la bataille, sa sévérité dans la répression des lâches ou des incapables, les rivalités entre Grecs, font que les Grecs d'Ionie servent très loyalement les Perses et se battent avec acharnement. Des marins de Samos comme Théomestor ou comme Phylacos, le fils d'Histiée, coulent des navires grecs et recevront plus tard de nombreuses récompenses de Xerxès. Il faut toute l'habileté des marins d'Égine pour contenir l'assaut des navires d'Ariabignès. Cependant la combativité des Grecs d'Ionie, ou des Phéniciens face à Thémistocle sur l'aile gauche, ne suffit pas à contrebalancer l'erreur initiale qu'avait été le désordre introduit dans leurs lignes dès avant l'attaque. La bousculade, la panique conduisent bien des navires perses à présenter le flanc au lieu de la proue ce qui dans un combat à l'éperon est rédhibitoire surtout face à des Grecs qui réussissent à tenir leur alignement. Les Athéniens appliquent une manœuvre de sciage particulièrement efficace — un coup de boutoir en avant puis recul pour prendre de l'élan et repartir vers l'avant sans dévier de l'axe d'attaque — qui sème la dévastation dans les rangs phéniciens. La bataille est déjà engagée quand une brise marine se lève — selon Plutarque — qui ne gène pas les navires grecs dont les superstructures sont peu élevées mais désavantage nettement les bateaux en particulier phéniciens dont la poupe est haute et le tillac surélevé. S'il est peu plausible que Thémistocle ait attendu cette brise pour aborder la flotte perse, d'autant qu'il n'eut pas le choix de l'heure de l'engagement, il est par contre fort possible qu'il ait attendu ce moment propice pour engager ses réserves qui, la brise aidant, achèvent de semer le désarroi dans les rangs adverses. Le désastre s'avère irrémédiable quand au cours du combat la flotte de Xerxès perd l'un de ses commandants amiraux Ariabignès, le frère du Grand Roi, tué par un javelot en montant à l'abordage d'une trière grecque. Son corps est repêché par la reine Artémise d'Halicarnasse qui le portera à Xerxès. Cette femme, qui avait déconseillé la bataille, se rend compte que tout est perdu. Mais elle est pleine de ressources, à défaut de scrupules, et n'hésite pas pour se dégager à couler le navire de Damasithymos, roi de Calynda (en Lycie). Le plus surprenant est qu'elle reçut des éloges de Xerxès pour ce fait d'armes car dans la confusion il apparut qu'elle venait de couler un navire ennemi. Il est peu probable que beaucoup de Calydiens aient survécu pour l'accuser. C'est à propos de cet épisode que l'on prête à Xerxès la fameuse phrase : :« Mes hommes sont devenus des femmes et mes femmes des hommes. »
Au soir de la bataille
Le sauve-qui-peut devient général mais le problème est de pouvoir sortir de la nasse que constitue l'enchevêtrement de navires dans l'étroit goulet de Salamine pour rejoindre le mouillage de Phalère. Le reflux des bateaux perses s'effectue dans le désordre le plus complet à la fin de la journée, la bataille ayant duré environ douze heures. Aristide, à la tête d'un détachement d'hoplites, débarque sur l'îlot de Psyttalie et y anéantit les troupes que Xerxès avait fait installer la nuit précédente. Quant à Xerxès lui-même il dut quitter sans doute de façon assez rapide son observatoire car les Athéniens s'emparèrent dans la soirée de son trône, que bien des années plus tard on montrait avec fierté aux pèlerins dans le Parthénon. Cependant Thémistocle ne souhaite pas poursuivre la flotte perse en haute mer car malgré le désastre elle conserve probablement sa supériorité numérique. Il semble que les Grecs ne comprennent pas tout de suite la portée de leur victoire et qu'ils s'attendent à un nouvel assaut le lendemain. La flotte perse en est bien incapable, démoralisée par ce désastre. Les équipages se réfugient à Phalère sous la protection de l'armée de terre tandis que les navires égyptiens qui avaient contourné l'île de Salamine par le sud pour bloquer l'entrée ouest du détroit rentrent eux-aussi sans être inquiétés. Le soir venu le silence revient sur le lieu de cette bataille comme l'écrit Eschyle dans Les Perses : :« Une plainte mêlée de sanglots règne seule sur la mer au large jusqu'à l'heure où la nuit au sombre visage vient tout arrêter. » Lors de cette bataille, les Perses ont perdu au moins 200 trières, sans compter celles tombées aux mains des vainqueurs, et les Grecs une quarantaine.

Les lendemains de Salamine

La situation après la défaite cuisante de Salamine n'est pas pour autant désespérée pour les Perses. Leur armée de terre est intacte si l'on excepte les troupes, peu importantes, massacrées sur l'îlot de Psyttalie par les hoplites d'Aristide. La flotte perse reste, en dépit de ses pertes, supérieure en tonnage et les immenses ressources de l'empire peuvent permettre la construction de nombreux navires alors que pour les Grecs, la destruction des chantiers de l'Attique est une perte irremplaçable. C'est pourquoi l'attitude de Xerxès I après la bataille pose de nombreuses interrogations et cela dès l'Antiquité où l'on parle de la pusillanimité du Grand Roi. En effet, laissant le commandement de son armée à Mardonios, son beau-frère, celui qui dirigeait déjà l'expédition de 492, Xerxès abandonne ses troupes pour retourner vers ses capitales Suse et Persépolis. Il suit en cela le conseil de Mardonios et de la reine Artémise I d'Halicarnasse, à savoir laisser en Grèce une armée importante, Hérodote parle de 300 000 hommes ce qui est sans doute excessif, qui hivernera en Grèce continentale, puis attaquer le Péloponnèse au printemps. Quant à Xerxès sa présence n'est plus utile, puisque son principal objectif est atteint, à savoir la destruction d' L'expression Grèce antique désigne l'ensemble des phénomènes politiques et culturels qui se sont exprimés dans un large bassin méditerranéen au cours des deux derniers millénaires avant notre ère. La zone géographique concernée est vaste, allant de la Méditerranée occidentale (Péninsule ibérique) jusqu'aux confins du Moyen-Orient avec l'épopée d'Alexandre le Grand et jusqu'à l'Égypte des Ptolémées. Si la civilisation grecque en tant que telle apparaît dans le courant des V et IV millénaires av. J.-C., dans une version archaïque, sa dernière expression se place au cœur de l'Égypte Ptolémaïque, dans le courant du , avant de tomber sous la domination romaine.
Certaines productions politiques et culturelles de la civilisation grecque ont eu un rôle majeur dans le développement de la civilisation occidentale.

Articles connexes


- Histoire de la Grèce antique
- Économie de la Grèce antique
- Chronologie de la Grèce antique
- Antiquité Catégorie:Grèce antique ja:古代ギリシア

Mèdes

Les Mèdes sont un peuple de l'Iran ancien, voisin des Perses, avec lesquels ils ont souvent été confondus. Ils occupaient un territoire qui recouvre le nord-ouest de l'actuel Iran, au sud de la mer Caspienne actuel Azerbaidjan, autour de leur capitale Hangmatana/Ecbatane au 1er millénaire avant l'ère chrétienne. Les Mèdes formèrent un empire au début du qui dura jusqu'en 550 avant J.-C. Cet empire rivalisait avec le royaume de Lydie et Babylone.

Histoire

Les Mèdes apparaissent dans l'Histoire lorsque les scribes des souverains assyriens les mentionnent pour le première fois au Mais on sait grâce à l'archéologie qu'ils sont arrivés en Iran dans la seconde moitié du . Ils forment d'abord un ensemble de petits royaumes faibles dont les souverains résident dans des forteresses (sites de Godin Tepe, Nush-i Jân), mais il s'agit cependant d'une population essentiellement semi-nomade. Vers le , un premier royaume mède unifié apparaît (selon Hérodote, il est fondé par Deiocès). Le premier roi mède attesté historiquement est Phraortes (675-623 avant J.-C.), qui meurt au cours d'un combat face au roi assyrien Assarhaddon. Le royaume mède tombe ensuite sous la coupe des Scythes, avant d'être libéré par son plus grand roi, Cyaxare (623-585 avant J.-C.). Celui-ci s'allie au Babylonien Nabopolassar pour détruire l'Empire Assyrien (prise de Ninive en 612 avant J.-C.). Il se lance ensuite sans succès dans une guerre contre le royaume Lydien. Mais son règne fait du royaume mède une grande puissance politique : il détruit le royaume d'Urartu, et soumet les Perses. Son successeur Astyage (585-550 avant J.-C.) est selon la tradition un roi de faible envergure. Il sera détrôné par le roi perse Cyrus II (qui est selon Hérodote son petit-fils, sa fille ayant épousé le roi perse Cambyse Ier , qui annexe le royaume mède. Celui-ci apparaît en fait comme l'œuvre de Cyaxare, dont l'héritage est repris par les Perses, qui fondent le plus puissant Empire de leur temps. Les Mèdes n'ont pas laissé de sources écrites. Leur langue, leurs structures sociales, économiques et politiques sont donc inconnues. Leurs pratiques religieuses sont révélées par l'archéologie, qui a découvert des vestiges de temples du Feu dans certains sites mèdes, ce qui ferait de la religion mède une religion de type iranien, pré-mazdéenne.

Identité des Mèdes

Les informations à leur sujet sont assez contradictoires. Lorsqu' Hérodote en parle, il ne fait pas de différence entre eux et les Perses. Les guerres entre les Grecs et les Perses sont même appelées guerres médiques, ce qui laisse à penser que les deux peuples ne font qu'un. Cependant, après la conquête macédonienne, les grecs commencèrent à mieux connaître les peuples d'Asie. Bérose, un prêtre chaldéen, astronome et historien de Babylone du début du av. J.-C., rapporte que les Mèdes étaient différents des Perses. Ayant accès aux archives babyloniennes, il écrivit une histoire de la Mésopotamie où il est dit que les Mèdes en étaient les anciens habitants. On considère que les Sumériens et les Élamites furent les premiers habitants de la Mésopotamie. Selon l'histoire de Bérose,
- les Chaldéens auraient régné jusqu'en -2286 (donc à la même époque que les Sumériens, de -3800 à -2300 environ)
- les Mèdes auraient régné 234 années, de -2286 à -2052, correspondant à la troisième dynastie sumérienne d'Ur
- les Chaldéens auraient régné 458 années de -2004 à-1546, époque de Hammourabi)
- les Kassites auraient régné 245 années de 1546 à 1301. Strabon, dans sa Géographie (XV,2,8) indique:
« Le nom d'Ariane s'étend sur des parties de la Perse et de la Médie (..), ainsi qu'aux Bactres et Sogdiens au Nord; car ceux-ci parlent a peu près le même langage, avec de légères variations. »
Plusieurs vocables nous sont restés des Mèdes : Strabon, toujours dans sa Géographie (XI, 14, 8), indique ainsi
«Au moment où il quitte la région montagneuse proche du Niphatès où il a pris sa source, le Tigre traverse ce lac, mais il n’y mêle pas ses eaux tant son courant est rapide. De là lui vient son nom de Tigre, tigris étant le mot qui désigne la flèche chez les Mèdes.»
Comparant les langues mède et perse, Herodote mentionne également le mot Spaka (chien) (toujours présent dans les langues iraniennes actuelles telles que le kurde et le talysh). De manière générale, le dialecte kurde kurmandji, pourrait descendre du mède, ce qui explique pourquoi nombre de Kurdes actuels se considèrent les descendants les plus proches des Mèdes (l'origine exacte des kurdes restant cependant plus ouverte dans les milieux académiques).

Liste des rois mèdes


- -728 à -675 : Deioclès
- -675 à -623 : Phraortès
- -623 à -585 : Cyaxare
- -585 à -550 : Astyage

Bibliographie


- Le Peuple et la Langue des Mèdes, Jules Oppert, 1879

Voir aussi

Proposition de déchiffrement de l'élamite achéménide: [http://www.lostlanguages.com/achaemenid.htm](en anglais) Fred Hamori (chercheur hongrois) http://users.cwnet.com/millenia/medescyth.html (en anglais) Catégorie:Antiquité ! Catégorie:Histoire de l'Iran Catégorie:Mésopotamie Medes Medes ja:メディア王国

Darius Ier

Darius 1 Darius 1 Darius 1 Darius 1 Darius 1 Darius 1 Darius I (en grec ancien Δαρεῖος / Dareios), roi de Perse de 521 à 486. Il est le fils d'Hystaspès, gouverneur de la province de Perse. Comme Cyrus le Grand, il appartient à la famille des Achéménides. Il s'empara du trône après la mort de Cambyse en renversant un usurpateur qui se faisait passer pour le frère de Cambyse. Après avoir restauré l'ordre, il redessina les frontières des provinces, créant vingt satrapies, système que conservèrent les monarques suivants. Vers 514, Darius débarqua en Europe, traversa la Thrace vers le nord-est pour affronter les Scythes, appelant à son renfort les cités grecques d'Ionie : elles étaient ses vassales, gouvernés par des tyrans sous contrôle perse. tyrans Elle se soulevèrent en 499 (voir Révolte de l'Ionie) mais leur révolte fut écrasée en 494. Les cités de Grèce continentale avaient été impliquées dans le soulèvement et, en 491, Darius leur envoya des émissaires pour qu'elles se soumettent. Face à leur refus, il décida d'envoyer en Grèce une armée qui fut battue à Marathon en 490. Darius mourut quatre ans plus tard.

Bibliographie


- Pierre Briant, Darius : les Perses et l'Empire, Gallimard, coll. « Découverte », 1992. ja:ダレイオス1世

Scythes

ko:스키타이 ja:スキタイ catégorie:Peuple d'Asie Les Scythes - du grec Skùthai - sont un ensemble de peuples nomades, ayant vécu entre le VII siècle et le III siècle avant J.-C. dans les steppes eurasiennes. C'est une très vaste zone allant de l'Ukraine à l'Altaï, en passant par le Kazakhstan. Les Perses désignaient ces mêmes peuples par le nom de Saka, qui a été francisé en Saces. Les sources assyriennes mentionnent les Saces dès 641 ou 640 avant l'ère chrétienne. Les scientifiques admettent aujourd'hui que les Scythes parlaient une langue iranienne, mais certaines personnes, qui sont turques, continuent à soutenir une ancienne thèse selon laquelle les Scythes étaient turcophones (voir Peuples scythiques). La culture scythe est essentiellement connue grâce aux récits d'Hérodote. Ils constituent véritablement une source d'information très riche, mais ce «coup de projecteur» jeté sur les Scythes d'Ukraine pourrait faire penser que le phénomène scythe était essentiellement européen. Il n'en était rien. Les Scythes ont joué un rôle aussi important en Asie centrale qu'en Europe. Le problème est que pour les étudier, on ne dispose guère que de vestiges archéologiques. Puisqu'ils étaient nomades, les Scythes n'ont pas laissé d'autres monuments que leurs tombes, ainsi que des «pierres à cerfs», roches gravées de motifs animaliers.

Les origines

Archéologie

Durant le , une prestigieuse culture dite d'Andronovo (du nom d'une nécropole située sur l'Ienisseï) se développa au Kazakhstan et en Sibérie médionale. Elle était limitée par l'Oural à l'ouest, par le lac Baïkal à l'est, et elle s'étendait presque jusqu'au Syr-Daria au sud. La culture d'Andronovo était la première à avoir disposé du char de guerre à deux roues, tiré par deux chevaux, ce qui a sûrement beaucoup contribué à l'expansion de ses porteurs. Ces gens vivaient dans des villages, cultivaient la terre et élevaient des animaux. Ils fabriquaient des armes et des outils en bronze. Au cours des XIII et XII siècles avant l'ère chrétienne, afin de faciliter la transhumance, les éleveurs construisirent des habitations démontables aux murs en claie, dont le toit comportait une ouverture centrale. Ce fut le prototype de la yourte, utilisée aujourd'hui par tous les nomades de l'Asie centrale. Pour la plupart des spécialistes, la culture des Scythes est issue de celle d'Andronovo, avec quelques changements importants. Le plus marquant est l'abandon de l'agriculture au profit du nomadisme pastoral au cours du . Les hommes d'Andronovo étaient de type européen. Entre le VII et V siècle, les Saces vivant aux alentours de la mer d'Aral étaient aussi de type européen, pour la plupart semblable à celui d'Andronovo, mais on remarque déjà l'apparition d'éléments mongoloïdes. Le même métissage s'est produit au Kazakhstan oriental. Il y a un stade intermédiaire entre la culture d'Andronovo est celle des Scythes: la culture dite de Karassouk. Elle est datée du XIII au VIII siècle avant l'ère chrétienne et elle s'étendait sur la Sibérie méridionale, à l'ouest de l'Ienisseï, et une large partie du Kazakhstan et de la Mongolie. C'est dans le cadre de cette culture, durant sa phase finale, que les mutations se sont produites: le passage au nomadisme, mais aussi l'introduction de la métallurgie du fer. Les selles de chevaux, ainsi qu'un harnachement permettant le développement de la cavalerie montée, font leur apparition. Les hommes de Karassouk ont surtout laissé des tombes. Leurs techniques de construction des sépultures et leur poterie étaient issues de celles d'Andronovo, ainsi que certains de leurs bijoux, comme leur pendentifs tubulaires ou en forme de palme.

Mythologie

Selon les Yasht, qui constituent la partie mythologique de l'Avesta, le texte sacré des zoroastriens, un héros nommé Thraetaona partagea son royaume entre ses trois fils, Iradj, Salm et Tour. Iradj reçut la Perse, Salm la partie occidentale de son royaume et Tour la partie orientale. Tous ces territoires étaient iraniens. Le Yasht XVII (prière à la déesse Ashi, 55-56) parle des «Tours aux chevaux rapides». Selon les écrivains de l'Antiquité et du Moyen Âge, le Touran s'étendait dans les steppes du nord de la Perse et du Turkestan occidental (domaine des Sogdiens). Ceci permet de les identifier aux Scythes. Le roi Fraransyan du Touran agressa les Perses mais fut vaincu. Cette lutte est relatée dans le Yasht XIX. Si Thraetaona est purement mythique, il n'y a pas de raison de douter de la confrontation entre les Perses et les Touraniens, les nomades ayant toujours eu un comportement agressif. Avec l'arrivée des tribus turques au Turkestan, les Touraniens (et par conséquent les Scythes) furent considérés comme Turcs. Le nom de Tour vient d'un terme indo-iranien, tura, qui signifie «puissant». D'après les travaux de François Cornillot, spécialiste du Rig-Veda et de l'Avesta, les plus anciens textes indo-iraniens, on le retrouve dans le nom de Targitaos, l'ancêtre des Scythes selon une légende racontée par Hérodote, avec une transformation du u et un a propre aux Scythes septentrionaux: ce nom était auparavant prononcé
- Tar-γwitaw, titre provenant lui-même de
- Tur-hwatawah «Souverain Puissant». Hérodote (IV, 5-6) rapporte que Targitaos eut trois fils, Lipoxaïs, Arpoxaïs et Coloxaïs. Sous leur règne, trois objets en or tombèrent du ciel, une charrue et un joug, une hache-sagaris et une coupe. Les deux premiers frères voulurent prendre ces objets, mais ils s'enflammèrent. Ils revinrent à Coloxaïs, qui eut alors le titre de roi. Ces trois objets représentent les trois fonctions reconnues par Georges Dumézil chez tous les peuples indo-européens: la fonction cléricale (le bol), la fonction guerrière (la hache) et la fonction de production (la charrue et le joug). Etant rentré en possession de ces trois objets, Coloxaïs acquit un caractère trifonctionnel, comme tous les rois indo-européens. Par ailleurs, les linguistes considèrent unanimement que le suffixe -xaïs reproduit le nom iranien du roi, qui était xshaya- en avestique.

Les peuples scythiques et l'histoire

En Europe

Georges Dumézil Selon Hérodote (IV, 11-12), les Scythes habitaient originellement de l'autre côté de l'Araxe. Ce fleuve serait la Volga. Ils délogèrent les Cimmériens, peuple qui a laissé son nom à la Crimée, du nord de la mer Noire, les forçant à se diriger vers l'Anatolie. Les ayant poursuivis, les Scythes atteignirent l'Assyrie, où ils s'allièrent au roi Assurbanipal contre les Mèdes (-669 à -626). Les textes assyriens ont donné les noms de deux chefs scythes: Iskpakāy et Partatûa. Changeant ensuite d'alliance, les Scythes contribuèrent à la chute des Assyriens, puis ils pillèrent la Mésopotamie et la Palestine pendant 28 ans. Ils retournèrent ensuite chez eux, mais durent affronter selon Hérodote les enfants de leurs femmes et d'esclaves avec lesquels elles avaient couché. L'archéologie montre que les Scythes se sont établis en Ukraine au début du VI siècle avant l'ère chrétienne. Toujours selon Hérodote, les Scythes repoussèrent en -513 les Perses de Darius. A cette époque, les Grecs fondaient des colonies au nord de la mer Noire, ce qui les mettait en contact direct avec les Scythes. Leurs relations commerciales et artistiques furent très intenses. Au IV siècle, un roi des Scythes, Atéas, effectua une tentative d'expansion vers l'ouest qui fut peut-être liée à une pression exercée à l'est par les Sauromates, un autre peuple du Kazakhstan occidental. En -339, à l'âge de 90 ans, il fut tué par les Macédoniens lors d'une bataille sur le Danube. Au III siècle, les Sarmates repoussèrent les Scythes en Crimée. Sédentarisés, ils constituèrent une ethnie distincte jusqu'au III siècle de l'ère chrétienne. Il s'agit là de l'histoire des Scythes d'Europe. Qu'en est-il des Scythes d'Asie, auxquels on donne plutôt le nom de Saces?

En Asie

Des inscriptions de Darius, à Naqsh-i Rustam, mentionnent trois confédérations tribales saces:
- Les Sakā Haumavargā, dans la vallée du Ferghana, à l'est de l'Ouzbékistan.
- Les Sakā Tigraxaudā, entre le Syr-Daria et le lac Balkash, au Kazakhstan oriental.
- Les Sakā tayaiy paradraya, qui vivaient en Europe (identifiables aux Scythes des auteurs grecs). Selon Jacques Duchesne-Guillemin, les premiers sont littéralement les «Saces adorateurs du haoma», le haoma étant la plante d'immortalité des Iraniens (cf. Zoroastrisme). Ils se sont sédentarisés tandis que les deux autres confédérations restaient nomades. Un peuple sace a fondé au le royaume de Khotan, au sud-ouest du bassin du Tarim. Il a laissé de nombreux documents écrits, les seuls qui permettent de bien connaître une langue sace. Ces documents ne remontent pas plus loin que le de l'ère chrétienne, mais le vocabulaire des Tokhariens, leurs voisins orientaux, comprend des mots qui ont dû être empruntés aux Khotanais depuis le début de l'ère chrétienne. En vérité, tout l'ouest du bassin du Tarim était sace, en particulier l'oasis de Kashgar. L'archéologie indique que les Saces étaient présents dans cette région depuis le début du . Au , des Yuezhi, un peuple originaire de la province actuellement chinoise du Gansu, sont contraints d'émigrer vers l'ouest. Ils poussent devant eux des Saces, qui arrivent en Bactriane, au nord de l'Afghanistan. Les Yuezhi les y ayant rejoints, ils doivent de se déplacer plus au sud, au Cachemire puis au sud de l'Afghanistan, où ils donneront leur nom à la province du Séistan ou Sistan: ce nom était autrefois prononcé
- Sakastan «le Pays des Saces». De là, ils se dirigent vers la vallée de l'Indus. Leur roi, appelé Maues dans les inscriptions en langue grecque et Moga ou Moa dans les inscriptions en prakrit, y fonde une dynastie au début du . Ses successeurs deviennent des rois indiens mais conservent leur culture iranienne. Ils ont laissé du vocabulaire qui s'interprète principalement grâce au khotanais. Par exemple, le terme maja «ravissant» correspond au khotanais māja «ravissant». Le nom de Maues s'explique sans doute par le khotanais mauya ou muyi, qui signifie «tigre». Ces Saces étaient appelés Sakaraukai par les Grecs et Sai-wang par les Chinois. Il y a une étonnante correspondance, puisque wang signifie «roi» et que raukai s'interprète par le khotanais rūkya-, prononcé
- raukya- à un stade antérieur, qui signifie «commandant, chef». Le terme Sai, prononcé
- Sek durant l'Antiquité, est la désignation chinoise des Saces. Ainsi, ces gens étaient les «Saces-Rois». Ils évoquent les «Scythes royaux» dont parle Hérodote. Les Yuezhi appartenaient-ils eux-mêmes au monde iranien? Certains auteurs l'admettent, mais sans arguments solides. Il y a de très sérieuses raisons de penser qu'ils étaient plutôt tokhariens. On a également vu en les Wusun, autre peuple nomade mentionné par les Chinois, qui vivaient dans les montagnes de l'actuel Kirghizistan, des Iraniens. Pourtant, on trouve chez eux le mythe d'un roi bébé nourri par une louve, qui est inconnu du monde iranien et qui serait plus probablement tokharien. Les Saces se heurtaient donc, à l'est de leur domaine, aux Tokhariens. On peut encore mentionner les Massagètes, peuple nomadisant entre la mer d'Aral et la mer Caspienne. Ils devaient être apparentés aux Saces, puisque les Anciens les ont parfois confondus. Le fondateur de l'empire perse, Cyrus, s'est battu contre les Massagètes selon Hérodote et contre les Saces selon Strabon. Leur culte du Soleil, mentionné par Hérodote, semble tout à fait iranien. En vérité, sur ces immenses territoires, il devait y avoir une nébuleuse de peuples apparentés, mais qui se donnaient des noms divers et dont les cultures variaient localement.

Les données de l'archéologie

Les peuples nomades ne laissent guère que des tombeaux derrière eux. Ceux des Scythes se distinguent par leurs tumulus (appelés kourganes par les Russes), qui peuvent atteindre des tailles monumentales. Ce phénomène n'est pas nouveau dans la steppe européenne. La culture de Maïkop, apparue durant la seconde moitié du au nord-ouest du Caucase, dans la région de la rivière Kouban, se caractérisait par des tumulus pouvant atteindre 10 mètres de hauteur. Certains chercheurs voient en les hommes de Maïkop des Proto-Indo-Iraniens. Les tailles des tumulus de la culture d'Andronovo allaient de 6 à 20 mètres de diamètre. Les différences de taille réflétaient bien sûr des différences de statut social: les plus grands tumulus étaient ceux de rois. Le kourgane d'Arjan, en Sibérie méridionale, à 700 km à l'ouest de la pointe occidentale du lac Baïkal, était constitué d'un remblai en pierres de 120 mètres de diamètre et de 3 à 4 mètres de haut qui recouvrait une structure constituée de 70 cages en rondins rayonnant autour d'un double noyau central. Les restes de 300 autres chevaux devaient provenir d'un festin funéraire. L'archéologue M.P. Griaznov a estimé que 1500 hommes avaient dû travailler durant une semaine pour édifier cette structure. Un homme et une femme vêtus de fourrures richement ornées étaient enterrés au centre, dans des sarcophages. Ils étaient accompagnés par 15 hommes, ainsi que par 160 chevaux entièrement harnachés. Il y avait des tapis, les plus anciens du monde, rehaussés d'or et d'argent. Les armes et les sculptures qui ont été retrouvées sont de type scythe. Elles fournissent des exemples de l'art animalier caractéristique des Scythes. L'ancienneté du kourgane d'Arjan, daté du , tend à prouver que les Scythes avaient une origine très orientale. Peut-être étaient-ils déjà assez puissants pour constituer un véritable empire. Il faut remarquer que, dans cette région (la Touva), des noms de rivière d'origine iranienne ont été trouvés. De grands kourganes, de 100 à 200 mètres de diamètre et d'une hauteur atteignant les 17 mètres, parsèment également l'Altaï, ainsi que, plus à l'ouest, le Kazakhstan. Kazakhstan Les kourganes de Pazyryk, en Sibérie Méridionale, à environ 500 km au sud-ouest du site d'Arjan, sont d'un intérêt exceptionnel. Ils sont datés du VI au IV siècle avant l'ère chrétienne. Les plafonds de leurs chambres funéraires s'étant effondrés, elles se sont remplies d'une eau qui a ensuite gelé, permettant une excellente préservation de leur contenu. On y a trouvé des objets en cuir et en bois, des tentures de feutre, des tapis et des coussins bourrés de poils d'animaux ou d'herbe, qui contribuaient au confort des nomades. Ils dormaient, semble-t-il, sur des tapis, la tête posée sur un oreiller en bois recouvert de cuir. Ils possèdaient des tables basses ou des plateaux. L'une de ces tables avait des pieds démontables. Le seul animal fantastique connu des gens de Pazyryk était le griffon. On le retrouve chez les Scythes d'Europe, ainsi que chez les Perses. Les hommes de Pazyryk étaient de type européen ou mongoloïde, mais l'un de ces derniers, à la pilosité moindre que celle des Européens, était pourvu d'une barbe postiche en crin de cheval, comme s'il valait mieux être barbu pour prétendre au titre de chef. L'archéologie révèle certaines différences entre Scythes d'Europe et d'Asie. Ainsi, les premiers avaient un bestiaire fantastique beaucoup plus développé que les seconds. Les chaudrons avaient un pied en Europe et trois en Asie. Les Saces avaient de lourds plateaux surelevés en bronze qui servaient peut-être d'autels portatifs.

Les dieux Scythes

Hérodote donne une liste de divinités scythes avec leurs équivalents grecs. Pour certaines d'entre elles, il précise leur nom scythe, mais prononcé à la manière grecque:
- Tabiti, déesse équivalente à Hestia, la déesse grecque du feu et du foyer.
- Papaios, dieu équivalent à Zeus.
- Apia, la Terre, épouse de Papaios.
- Oitosuros, dieu équivalent à Apollon.
- Argimpasa, déesse considérée comme «Aphrodite céleste».
- Un dieu équivalent à Héraclès.
- Une dieu équivalent à Arès, le dieu de la Guerre des Grecs. Il parle aussi d'un dieu considéré comme équivalent à Poséidon, Thagimasadas. L'Héraclès scythique devait être très proche de son homologue grec, puisque les Grecs de la mer Noire ont mélangé leurs mythes: ils lui ont attribué le dixième travail de leur propre héros, celui où il vole les bœufs de Géryon (lesquels se transforment en juments dans la suite de leur récit). L'identification de ces dieux est problématique, mais ce travail a bénéficié de l'avancée des études indo-européennes. On sait ainsi que les Indo-Européens mettaient souvent un dieu du Feu en tête de leurs listes, ce qui est le cas ici. Tabiti correspond à une vieille déesse indienne dont le nom est lié au sanskrit tapati « brûler ». Georges Dumézil a retrouvé ses traces dans les légendes des Ossètes, peuple iranien du Caucase. Il a également reconnu en l'Arès scythique un héros ossète, Batraz. Ces deux personnages s'identifient notamment tous les deux à une épée. Dans le nom d'Apia, les spécialistes s'accordent à reconnaître l'iranien āp- «eau». Il est vrai que selon Hérodote, c'est la Terre, mais l'analyse de la mythologie indo-européenne montre que la Terre était représentée sous la forme d'une montagne «secrétant» une rivière, c'est-à-dire d'une montagne-source. Les Indo-Iraniens ont accentué son aspect humide. Dans les textes grecs, le dieu iranien Mithra est identifié à Apollon, ce qui permet de considérer qu'Oitosuros est Mithra. Ce nom devait être un composé Oito-suros dont le deuxième membre provenait du vieil iranien sūra- «fort». Dans l'Avesta, ce qualificatif est en premier lieu, et de très loin, attribué à Mithra. Quant au terme oito, selon l'analyse de François Cornillot, il était la graphie grecque de
- witāw, qui provenait de
- hwatāwah «souverain». Ainsi, les Scythes surnommaient Mithra le «Souverain Fort». Ce même auteur a proposé une autre lecture du nom des Sakā haumavargā: il fait dériver son deuxième membre de hauma warāgan, où le terme warāgan signifie «vainqueur de
- Wāra» et aboutit à l'ossète Wœrgon. De la sorte, les Sakā haumavargā sont les «Saces adeptes du culte du Haoma vainqueur de
- Wāra». Pour comprendre la signification de cet ethnonyme, il faut savoir que le Haoma est une plante divinisée et que son ennemi
- Wāra, appelé Vritra dans les textes indiens, est un démon qui cherche à faire disparaître le soleil et à obstruer la rivière qui descend de la montagne-source. Comme
- Wāra représente la mort, la victoire du Haoma (plante d'immortalité) est celle de la vie sur la mort. Les Sogdiens, fondateurs de la cité de Samarcande, étaient peut-être d'anciens Sakā haumavargā, car le nom de cette cité pourrait s'expliquer de la manière suivante: Saka-Haumawarga-kantha «ville des Saces Haumawarga» >
- Sai-Maragkanda >
- Sā-maragkanda (la transformation de saka en sai est un phénomène attesté ailleurs). Enfin, le hauma-wāragan est aussi connu sous le nom de xwarnah (ou khvarnah). C'est une entité multiforme, lumineuse, assimilée à un feu mais qui séjourne sous les eaux. Selon un texte iranien, le Bundahishn, il est gardé par la déesse Aredvi Sūrā Anāhitā. Celle-ci est donc la xwarnah-pāthrā, «[déesse] assurant la garde du hauma-wāragan» (ou th se prononce comme en anglais). En inversant les termes hauma et wāragan, puis par transformations successives, on obtient: wārag[an]-hauma-pāthrā >
- wārgumpāsā >
- argempāsā On reconnaît le nom de la déesse Argimpasa.

Culture

Les Scythes étaient des guerriers qui espéraient être tués au combat, mais non sans avoir, auparavant, tué autant d'ennemis que possible. Mourir de vieillesse était pour eux une suprême honte, ce qui explique qu'un roi comme Atéas ait guerroyé jusqu'à 90 ans. Ce comportement sera conservé par tous les nomades de l'Asie centrale, jusqu'aux Turcs et aux Mongols. L'arme principale des Scythes était l'arc. Il était composite, c'est-à-dire formé de plusieurs matériaux, ce qui lui donnait une souplesse et une résistance supérieures à celles des arcs en bois. Les Scythes utilisaient également la lance et l'épée, notamment du type akinakès (akināka- en sogdien). Cet amour de la guerre ne les empêchait pas d'avoir une spiritualité. Les Grecs ont donné le nom d'un philosophe scythe, Anacharsis. Les récents travaux montrent que les Scythes baignaient dans une atmosphère religieuse. Pourtant, ils n'avaient pas de classe de prêtres, contrairement à leurs cousins perses (les mages) ou indiens (les brahmanes). Hérodote (IV, 67) mentionne des devins qui manipulaient des faisceaux de baguettes de saule et d'autres, les Enarées «hommes-femmes» (d'un composé iranien
- a-narya «non-mâle»), qui se servaient de morceaux d'écorce de tilleul. Ces personnages n'avaient rien de sacré. Quand un roi tombait malade, ils pensaient généralement que quelqu'un avait juré un faux serment sur le feu royal. Si l'on arrivait à prouver qu'ils avaient faussement accusé cette personne, on les brûlait vif. Ceci montre par ailleurs que le roi était consubstantiel au feu. Ce que les Scythes avaient de plus sacré était sûrement leurs sépultures: ils les construisaient aussi loin que possible de leurs ennemis et étaient prêts à mourir pour les défendre. Les Scythes sont connus pour leur art animalier. Il s'agit bel et bien d'un trait de culture original: les hommes d'Andronovo ne décoraient leurs céramiques qu'avec des motifs géométriques abstraits. Les Scythes couvraient leurs objets de représentations de cerfs, de félins ou de rapaces. Le loup était présent surtout en Sibérie méridionale. Les animaux domestiques brillaient par leur absence. Nous avons mentionné plus haut le griffon, commun à tous les Iraniens. Il y a des représentations très réalistes de combats d'animaux. On ignore ce qu'elles signifiaient. Un peuple originaire de l'Asie centrale (sans doute plus précisément de l'actuelle Chine de l'Ouest) a migré vers le Yunnan durant la haute Antiquité. Il s'agissait de bons métallurgiques, qui ignoraient cependant l'usage du fer. Ceci montre qu'ils ont quitté l'Asie centrale avant l'apparition du fer dans cette région, donc avant le , or ils avaient un art animalier ressemblant étonnamment à celui des Scythes. Ils étaient cependant plus probablement tokhariens qu'Iraniens. Ainsi, l'art animalier n'aurait pas été purement scythe et aurait été antérieur aux premiers Scythes connus.

Les pierres à cerfs

Une manifestation archaïque de cet art se trouve sur les « pierres à cerfs » citées dans l'introduction. Elles ont une répartition très orientale: on les trouve à l'est du lac Baïkal et surtout en Mongolie. Plus à l'ouest, dans la Touva, elles sont placées près des sépultures. Le kourgane d'Arjan contient un fragment de pierre à cerfs. Il y en a aussi, mais en faible nombre, au Kazakhstan, jusqu'au sud de l'Oural. Il s'agit de stèles ou de pierres dressées représentant de manière très schématique un homme en armes. Leurs visages sont remplacés par deux ou trois traits obliques. On reconnaît un collier de perles et une ceinture où sont accrochés des objets (poignard, pic, arc, hache de combat, couteau et pierre à aiguiser) qui semblent provenir de la culture de Karassouk. De plus, mais seulement sur les pierres sibériennes ou mongoles, des animaux très stylisés sont gravés, surtout des cerfs. On trouve aussi des représentations de bouquetins, de sangliers, de chevaux ou de félins. La stylisation est comparable à celle de l'art animalier. En Mongolie orientale, dans l'Altaï et la Touva, ces pierres apparaissent dès le IX ou le VIII siècle avant l'ère chrétienne. On remarque à ce sujet que les Chinois connaissaient un peuple appelé les Rong-Chiens, qui vivait dans l'actuel Xinjiang. Au cours du , le roi Mu de la dynastie Zhou les a attaqués et a capturé des hommes (des guerriers?) qui étaient assimilés à des loups et des cerfs blancs. Les pierres à cerfs établissent précisément une correspondance entre cerfs et guerriers. Cependant, tout ce que l'on sait des Rong-Chiens permet de les identifier, non pas comme des Iraniens, mais comme des Tokhariens. Certains archéologues russes attribuent une signification funéraire aux pierres à cerfs. L'observation faite ci-dessus conforte cette hypothèse, les guerriers tokhariens ayant été assimilés à des fantômes. Les traits obliques figurant le visage étaient réellement dessinés sur des crânes. Ils pourraient être liés aux trois traits que les chamans mongols de la Touva dessinaient sur le sol à la fin des cérémonies funèbres et auraient donc une origine non indo-européenne. On voit toute la complexité du problème de l'origine des pierres à cerfs et de l'art animalier, ainsi que de toute la culture scythe. Nous sommes condamnés à ne presque rien savoir de l'histoire de ces peuples, qui s'est jouée «aux confins du monde connu».

Bibliographie


- Iaroslav Lebedynsky, Les Scythes. La civilisation nomade des steppes, VII-III av. J.-C., Errance, Paris, 2003.
- History of Civilizations of Central Asia, Volume II, The development of sedentary and nomadic civilizations: 700 B.C. to A.D. 250, UNESCO Publishing, Paris, 1996.
- François Cornillot, «L'aube scythique du monde slave», Slovo n° 14, 1994, pp. 77-259, «Le feu des Scythes et le prince des Slaves», Slovo n° 20/21, 1998, pp. 27-127, Paris, Centre d'Études Russes, Eurasiennes et Sibériennes.

Oural

L'Oural est une chaîne de montagnes hercyniennes qui s'étend suivant un axe nord-sud et forme la limite géographique entre l'Europe et l'Asie en Russie. Cette chaîne couvre plus de 2000 km, de la mer de Kara au nord jusqu'à la mer d'Aral, ainsi que les steppes du Kazakhstan au sud. Les monts Oural culminent à une altitude moyenne de 1000 m et comprennent trois parties :
- L'Oural septentrional : il représente la partie la plus étroite et la plus élevée. Son point culminant est le mont Narodnaya (1894 m).
- L'Oural central : c'est un plateau bas, très boisé et riche en matières premières (pétrole, fer, bauxite, cuivre, amiante, chrome, platine et or), ce qui en fait une région industrielle importante, depuis le . On y produit actuellement environ 1/3 de l'acier russe, par exemple.
- L'Oural méridional : le fleuve Oural prend sa source dans cette région couverte de pâturages et de forêts. Villes importantes : Iekaterinbourg, et Tcheliabinsk.

Voir aussi


- Hercynien Catégorie:Montagne de la Russie ja:ウラル山脈 ko:우랄 산맥

Danube

als:Donau ko:다뉴브 강 ja:ドナウ川 Le Danube est le principal fleuve d'Europe centrale. Il traverse dix pays, arrosant la capitale de quatre d'entre eux.

Géographie

Par sa longueur (2 857 km), c'est le deuxième fleuve européen après la Volga. Son bassin s'étend sur 817 000 km². Son débit moyen est de 7 000 m³/s. Le Danube est formé de deux ruisseaux descendant de la Forêt noire, la Breg et la Brigach. La Breg qui prend sa source près de Furtwangen à 1078 m. d'altitude, ayant un parcours plus long, sa source est la source géographique du Danube. Les deux ruisseaux se réunissent à Donaueschingen où dans le parc du château, se trouve la fontaine de la source officielle. Le Danube traverse ensuite la Bavière, arrosant les villes de Sigmaringen, d'Ulm, de Ratisbonne et de Passau, puis le nord de l'Autriche (en passant par Linz et Vienne), longe le sud de la Slovaquie en passant par Bratislava, traverse la Hongrie du nord au sud en passant par Budapest, longe la Croatie à l'est, traverse le nord de la Serbie en passant par Belgrade, marque la frontière entre la Serbie et la Roumanie, puis entre la Roumanie et la Bulgarie, avant de se jeter dans la mer Noire en Roumanie, en formant un large delta qui borde la frontière avec l'Ukraine. La République de Moldavie a obtenu en 1990 un accès de quelques 300 mètres à la rive gauche du fleuve à Giurgiulesti. Le Delta du Danube est une région naturelle protégée en Roumanie, notamment pour la forêt Letea d'aspect tropical. Il est classé au patrimoine mondial par l'Unesco depuis 1991. La Roumanie, qui a inauguré en 1984 un canal de 64 km à partir de Cernavodă directement vers la mer Noire comme raccourci de 400 km, s'inquiète des répercussions sur l'environnement de l'aménagement du canal de Bystroe par l'Ukraine.

Histoire

Littérature

Claudio Magris dans son magistral Danube explore le fleuve de sa source à son débouché, en traversant l'histoire de la Mittel Europa.

Hydrologie

Les affluents les plus importants du Danube lui parviennent rive droite, issus principalement des Alpes. Une même étymologie fait que deux d'entre eux se nomment Morava. De la source à l'embouchure, le fleuve reçoit : Morava
- l'Iller pour 70 m³/s
- le Lech pour 115 m³/s
- la Naab pour 49 m³/s
- l'Altmühl pour 22 m³/s
- l'Isar pour 174 m³/s
- l'Inn pour 735 m³/s
- la Traun pour 150 m³/s
- l'Enns pour 200 m³/s
- la Morava (de Moravie) pour 110 m³/s
- le Raab pour 63 m³/s
- la Vah pour 161 m³/s
- le Hron pour 55 m³/s
- l'Ipel pour 22 m³/s
- le Sió, émissaire du lac Balaton, pour 39 m³/s
- la Drave pour 577 m³/s Drave
- la Tisza pour 794 m³/s
- la Save pour 1564 m³/s
- le Timis pour 47 m³/s
- la Morava (de Serbie) pour 232 m³/s
- le Timok pour 31 m³/s
- le Jiu pour 86 m³/s
- l'Isker pour 54 m³/s
- l'Olt pour 174 m³/s
- le Yantra pour 47 m³/s
- l'Arges pour 71 m³/s
- la Ialomita pour 45 m³/s
- le Siret pour 240 m³/s
- le Prut pour 110 m³/s

Économie

Catégorie:Cours d'eau navigable Catégorie:Cours d'eau d'Allemagne Catégorie:Cours d'eau du bassin du Danube Catégorie:Cours d'eau d'Autriche Catégorie:Cours d'eau de Bulgarie Catégorie:Cours d'eau de Hongrie Catégorie:Cours d'eau de Roumanie Catégorie:Cours d'eau de Serbie Catégorie:Cours d'eau de la Slovaquie Catégorie:Cours d'eau de Croatie Catégorie:Cours d'eau d'Ukraine Catégorie:Cours d'eau de la République de Moldavie

Thrace

La Thrace (en grec ancien Θρᾴκη / Thrákê, en bulgare Тракия / Trakija, en turc Trakya) désigne une région de la péninsule balkanique partagée aujourd'hui entre la Grèce, la Bulgarie et la Turquie ; elle doit son nom aux Thraces, la peuplade indo-européenne qui occupait la région dans l'Antiquité. Selon la mythologie grecque, le dieu Dionysos et le héros Orphée en sont originaires.

Histoire

Orphée]] Différents royaumes thraces se partagèrent la domination de cette région, dont l'étendue varia considérablement. Ils tombèrent progressivement sous la coupe des Macédoniens puis des Romains. La province de Thrace fut ainsi créée en 46 av. J.-C. lorsque le dernier royaume thrace indépendant fut annexé par les Romains, à la mort du roi Roemetalkès III. La Thrace fut ensuite érigée en diocèse par Dioclétien dans sa réorganisation administrative de l'Empire.

Voir aussi

Bibliographie


- [http://www.bibliomonde.net/pages/fiche-livre.php3?id_ouvrage=4046&texte_aff=infocomp L´or des Thraces] : les Thraces ont produit les plus anciens objets en or connus à ce jours Catégorie:Grèce