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Indo-européen

Indo-européen

On nomme indo-européen commun, ou seulement indo-européen (très souvent abrégé en IE), une langue préhistorique reconstruite à partir de la comparaison entre les langues anciennes et actuelles qui en sont issues. L'indo-européen, qui n'a donc jamais été écrit, est la langue supposée à l'origine de toutes les langues dites indo-européennes. La méthode permettant de construire cette proto-langue repose essentiellement sur la linguistique comparée, dont la phonétique historique est une discipline fondamentale. C'est Marcus Zuerius van Boxhorn qui a le premier découvert l'existence de ce groupe, mais son travail n'avait pas attiré l'attention de ses contemporains et c'est en général à William Jones que l'on attribue cette découverte. Par ailleurs, l'adjectif indo-européen sert aussi à qualifier les peuples utilisant les langues indo-européennes, et en particulier les peuples de l'Antiquité (comme les Hittites, les Grecs, les Aryens ou Indo-Iraniens, les Celtes...). Sur la localisation du peuple préhistorique qui parlait l'indo-européen commun, de nombreuses thèses ont été proposées. Citons les mieux argumentées :
- Marija Gimbutas le situe en Russie méridionale et en Ukraine. Il serait à l'origine de la culture des Kourganes apparue vers l'an -5000. Cette thèse est soutenue par de nombreux spécialistes ;
- pour Colin Refrew, ce peuple serait originaire du Moyen-Orient et son expansion aurait coïncidé avec celle de l'agriculture, apparue dans cette région avant la culture des Kourganes. Cette thèse se heurte à un sérieux problème: aucune langue indo-européenne connue ne semble être originaire du Moyen-Orient ;
- Gramkrelidze et Ivanov situent le foyer de ce peuple en Anatolie, dans un pays de hautes montagnes. Cette thèse repose sur de solides considérations linguistiques mais possède (de l'avis même de ses auteurs) peu de bases archéologiques ; On peut encore citer Janos Harmatta, selon lequel seuls les Indo-Iraniens auraient fondé la culture des Kourganes. De fait, les Iraniens sont les plus anciens habitants connus de la Russie méridionale. Il y avait notamment les Cimmériens, peuple de langue iranienne. La thèse de Marija Gimbutas est aujourd'hui la plus largement admise pour les raisons suivantes :
- ce que nous savons des Indo-Européens par les voies de la linguistique comparée ou de la mythologie comparée correspond parfaitement avec les découvertes archéologiques concernant la culture des Kourganes : ne connaissant pas le fer, élevant des chevaux, etc. ;
- en remontant la piste des peuples indo-européens historiques (Celtes, Italiques, Grecs, Indo-iraniens, Germains...), on aboutit toujours dans les steppes du sud de la Russie et d'Ukraine ;
- la culture des Kourganes a connu des vagues d'expansion attestées archéologiquement qui pourraient correspondre avec l'indo-européanisation de l'Europe, de la Perse et de l'Inde. Néanmoins, au cours des dernières années (début du XXIe siècle), elle est de plus en plus controversée, notamment à la suite des publications de Luigi Luca Cavalli-Sforza en matière de génétique des populations qui semblent confirmer l'hypothèse anatolienne.

Reconstitution de l'indo-européen

On ne peut reconstruire ainsi qu'un squelette de langue: (phonologie, lexique et morphologie, principalement. Des recherches actuelles tentent de retrouver quelques points de syntaxe et de phonétique) et non une description précise ; c'est pour cette raison que les étymons IE doivent être écrits précédés d'un astérisque, qui indique le caractère supposé et non attesté de la forme. Il existe plusieurs manières de noter les étymons, selon le degré de précision ; par exemple, le mot signifiant « mère » est noté
- mātēr
ou, plus précisément (et si l'on suit les thèses laryngalistes, méħ2tēr (ou bien, avec d'autres conventions typographiques, méH2tēr, méh2tēr). Cela se constate d'autant mieux avec l'étymon pour « soleil », séh2-ul,
- séħ2-ul
,
- sāul-
, etc. À titre d'illustration, le premier nom se présente, sous une forme plus ou moins altérée par rapport à l'étymon, dans les langues IE suivantes : :Indo-européen : méħ2tēr, « mère » :
- sanskrit : mātā́ ;
- tokharien A et B : mācar et mācer ;
- avestique : mātar- ;
- arménien : mayr ;
- grec ancien : ionien-attique μήτηρ / mếtêr, dorien μᾱ́τηρ / mấtêr ;
- albanais : nënë ;
- osque : maatreis ;
- ombrien : matrer (génitif) ;
- falisque : mate ;
- latin : mātĕr, d'où, pour les langues romanes :
  - français : mère,
  - castillan : madre,
  - portugais : mãe ;
- viel irlandais : máthir ;
- vieux haut-allemand : muoter (allemand : Mutter) ;
- vieux norrois : móðr (islandais : módhir) ;
- vieux slave : mati ;
- letton : māte ;
- lituanien : mótė. Quant au mot pour « soleil » : :Indo-européen :
-

- avestique (gāthique) : huuarǝ ;
- sanskrit :
  - védique : svàr स्व॑र्, súvar सुव॑र्, sū́rya- सूर्य॑,
  - classique : sū́ra- सूर॑;
- gotique :

Langue indo-européenne

ko:인도유럽어족 ja:インド・ヨーロッパ語族 th:ภาษากลุ่มอินโด-ยูโรเปียน Catégorie:Langue indo-européenne En linguistique, les langues indo-européennes forment une famille de langues ayant une origine commune, l’indo-européen. Elles regroupent environ un millier de langues parlées par trois milliards d’individus. Elles sont généralement classées en grands groupes mais l’une des distinctions les plus importantes pour la linguistique comparée concerne l’opposition entre les langues dites satem et les langues dites centum, opposition qui les sépare selon une isoglosse nette (avec une étrange enclave tokharienne). Non que cette opposition soit importante en soi : elle constitue cependant la différence la plus nettement visible entre les langues indo-européennes. Un point d’interrogation (?) signale une incertitude sur le regroupement. isoglosse

Langues celtiques


- brittonique
  - gallois
  - cornique (langue éteinte)
  - breton
- gaélique
  - irlandais
  - écossais (ou erse)
  - mannois (ou manxois)
- gaulois (langue éteinte)
- lépontique (langue éteinte)
- celtibère (langue éteinte)

Groupe italique


- famille osco-ombrienne
  - ombrien
  - langues sabelliques
    - osque
    - sabin
    - samnite
    - pélignien
    - volsque
    - marse
    - marrucin
    - vestinien
- famille latino-falisque
  - falisque
  - vénète, liburne
  - sicule, morgète
  - latin (qui est le principal ancêtre des langues romanes)
- dalmato-pannonien (?)
- rhétique (?)
- « belge » (?)

Langues romanes


- ibéro-roman
  - castillan (espagnol en français courant)
  - asturien
  - léonais
  - andalou (variante du castillan)
  - aragonais
  - estremadure
  - judéo-espagnol
  - portugais
    - galicien
    - mirandais
    - açorien
      - algarvio
      - alentejano (ces deux dernières sont des variétés du portugais au même titre que le brésilien ou les portugais des colonies comme celui du Cap-Vert
- franco-provençal
- occitano-roman
  - catalan
  - occitan ou langue d'oc
    - limousin
    - auvergnat
    - vivaro-alpin
    - gascon
      - aranais
    - languedocien
    - provençal
    - niçois
- gallo-roman
  - français
    - français québécois
    - français acadien
      - français cajun
    - créoles à base française
      - créole guadeloupéen
      - créole haïtien
      - créole martiniquais
      - créole réunionais
  - autres langues d'oïl
    - picard
    - wallon
    - champenois
    - lorrain, gaumais
    - bourguignon-morvandiau
    - bourbonnais
    - franc-comtois
    - orléanais
    - berrichon
    - gallo
    - normand
      - jersiais
    - mayennais
    - manceau
    - angevin
    - tourangeau
    - poitevin-saintongeais
- rhéto-roman
  - romanche
  - ladin
  - frioulan
- italo-roman
  - italien (langue standard, basée sur le toscan et créée par Dante. Le corse est un dialecte du toscan avec des particularités locales marquées, le cismontano et l’oltramontano, de même que les deux dialectes du nord de la Sardaigne, le gallurais et le sassarais.
  - parlers gallo-italiques
    - piémontais
    - lombard
    - ligure
    - émilien
    - bolonais ou romagnol (ces deux derniers sont proches)
  - vénètien (tous les dialectes de la Vénétie)
    - istrien
  - dialectes toscans
    - toscan
    - corse
    - gallurais et sassarais
  - dialectes centro-méridionaux
    - centre : marchigiano, ombrien et romain du Latium (le romanesco est un dialecte du toscan)
    - Sud :
      - abruzzais (dialecte du méridional)
      - apulien (dialecte du méridional ou napolitain)
      - campanien ou napolitain
      - lucan ou lucanien (dialecte du méridional) (deux variétés)
    - extrême-Sud :
  - sicilien
  - calabrais méridional (très proche du sicilien, au nord de la Calabre on parle lucan comme dans les Pouilles du nord)
  - salentin
- sarde
  - campidanien
  - logoudorien dont le nuorais
  - gallurais et sassarais qui sont en fait des dialectes corses donc toscans, mais souvent classés avec les parlers sardes en raison de leur proximité
- roumain
  - daco-roumain (roumain, moldave)
  - macédo-roumain
  - mégléno-roumain
  - istrio-roumain
- illyro-roman (dalmate)

Langues germaniques


- branche orientale :
  - gotique
  - burgonde
- branche occidentale :
  - anglo-frison
    - anglais
    - frison
    - scots
  - germano-néerlandais
    - bas-allemand (Niederdeutsch)
      - néerlandais
      - afrikaans
      - allemand du Nord
      - bas-saxon
    - haut-allemand (Hochdeutsch)
      - moyen-allemand
      -
- moyen allemand occidental
      -
  - francique mosellan
      -
  - francique rhénan
      -
  - francique luxembourgeois, luxembourgeois
      -
  - hessois
      -
  - francique ripuaire
      -
- thuringien
      -
- haut-saxon
      - allemand supérieur
      -
- allemand
      -
- allemand pennsylvanien
      -
- francique oriental
      -
- francique méridional
      -
- bavarois
      -
- alémanique
      -
  - alsacien
      -
  - souabe
      -
  - suisse alémanique
      - yiddish
- branche nordique ou scandinave
  - sous-groupe occidental
    - vieux norrois
    - islandais
    - norvégien nynorsk (landsmål)
    - féringien
  - sous-groupe oriental
    - danois
    - norvégien bokmål (riksmål)
    - suédois

Groupe balto-slave


- langues baltes :
  - branche occidentale
    - galindan
    - nadruvien
    - sudovien (yotvingien)
    - vieux prussien
  - branche orientale
    - curonien
    - letton (lette)
    - lituanien (lithuanien)
    - samogitien
    - sémigalien
    - sélonien
    - skalvien
- groupe slave :
  - branche occidentale :
    - kachoube (cachoube)
    - polonais
    - polabe
    - slovaque
    - sorabe
    - tchèque
  - branche méridionale :
    - vieux slave
      - bulgare, macédonien
      - serbo-croate ou croato-serbe
      -
- croate
      -
- serbe
      -
- bosniaque ou bosnien ?
      -
- monténégrin ?
      - slovène
  - branche orientale
    - russe
    - ukrainien, ruthène
    - biélorusse

Groupe balkanique (?)


- daco-thrace
  - daco-mysien
    - langues du Nord
      - gète
      - dace
      - moesien
      - dardanien
      -
- albanais : guègue et tosque
    - illyrien, messapien
    - mysien
  - thrace
    - thrace proprement dit (besse, odrysse, édone, satre, bisalte, odomante)
    - thrace d’Asie : thynien, bithynien
    - arménien

Groupe tokharien


- tokharien A (agnéen ou tokharien proprement dit)
- tokharien B (koutchéen ou kuci)

Groupe helléno-phrygien


- hellénique
  - groupe arcado-cypriote :
    - mycénien
    - arcadien, cypriote, pamphylien
  - groupe ionien-attique :
    - attique (grec ancien)
      - koinè (moyen grec commun)
      -
- grec moderne
    - ionien (d’Asie, insulaire, d’Eubée)
  - groupe éolien (béotien, lesbien, thessalien)
  - groupe occidental
    - dorien (laconien, argien, corinthien, etc.)
      - tsakonien
    - éléen, étolien, locrien, phocidien
- phrygien (?)

Groupe indo-iranien


- indo-aryenne (ou indique) (des langues de l'Inde) :
  - vieil-indien (sanskrit védique, sanskrit classique)
    - moyen-indien (prâkrits, apabhraṃśa)
      - pâli
      -
- néo-indien occidental :
      -
  - bhili
      -
  - gujarâtî
      -
    - singhalais
      -
    - dhivehi ou mahl
      -
  - lahnda
      -
  - marâthî
      -
  - râjasthânî
      -
  - sindhî
      -
- néo-indien central :
      -
  - hindî, ourdou
      -
  - pahârî
      -
    - bangani
      -
    - népalais
      -
  - penjâbî
      -
- néo-indien oriental :
      -
  - assamais
      -
  - bengalî
      -
  - bihârî
      -
  - oriya
    - langues dardiques
      - dialectes kafir
      - kâshmîrî
    - rromani (tsigane) (langues difficiles à classer, à rapprocher soit du groupe dardique, soit de l’hindî ou du râjasthâni)
- langues iraniennes :
  - avestique
  - persan (farsi, dari)
  - pashto
  - baloutchi
  - tadjik
  - ossète
  - kurde
  - talysh
  - tat
  - judéo-persan
  - zazaki

Langues anatoliennes


- hittite, également appelé nésite ou hittite-nésite.
- palaïte
- louvite
  - mylien
    - lycien
    - sud-phrygien
    - kylaonien
    - isaurien
    - cilicien
- lydien
- pisidien
- karien (?)
- pré-hellénique A (?)

Liens

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Liens externes

Indo-européen

Phonétique historique

catégorie:LinguistiqueCatégorie:Phonétique La phonétique historique (ou phonologie diachronique) est une branche de la linguistique historique qui décrit en diachronie les modifications subies par les systèmes phonologiques des langues au cours de leur histoire. C'est une discipline majeure de la linguistique comparée.

Les langues sont en évolution constante

Chaque langue prise en synchronie possède un ensemble de traits qui la définissent et que l'on peut décrire avec précision, parmi lesquels la syntaxe (règles grammaticales présidant à la construction d'énoncés), le lexique (stock de lemmes, ou « mots », d'une langue), la morphologie (modifications subies par les lemmes pour répondre aux exigences syntaxiques, comme la conjugaison, la déclinaison ou les règles d'accords) et le système phonologique (stock de phonèmes d'une langue). Ces traits, cependant, ne peuvent être décrits que pour un état précis de la langue, limité dans l'espace et le temps. Par exemple, les traits du français tel qu'il était parlé au ne coïncident plus avec ceux de celui que l'on a parlé au XIVe, XVIe, et au s. Les raisons de cette évolution sont multiples ; pour ne retenir que la principale, il suffit de dire qu'en se transmettant, surtout oralement, ce qui a été le cas (voire l'est encore) pour la majorité des langues, les informations se modifient, à la manière du « téléphone arabe ». Les humains ne sont pas dotés d'une mémoire parfaite, et chacun utilise ses propres mots, a sa prononciation, commet des « erreurs » grammaticales qui lui sont propres. Chaque génération apprend une langue quelque peu différente de celle de ses ancêtres. Le processus d'évolution peut sembler actuellement faible, ralenti qu'il est par la normalisation des langues utilisées dans les pays dits « développés » : on enseigne à l'école une langue normée, et un habitant du Lubéron, par exemple, entend fréquemment le français des Parisiens grâce aux médias, ce qui n'est le cas que depuis récemment. Pendant des siècles, les locuteurs d'une langue n'ont pu connaître que celle de leurs proches, ce qui a favorisé les évolutions : sans comparaison, il n'est pas possible de savoir de quelle manière l'on diverge d'autres usages, ni même que l'on diverge. C'est pour cette raison que l'on a parlé en France pendant des siècles une multitude de langues plus ou moins proches les unes des autres, que l'on nomme de manière péjorative « patois », jusqu'à ce que s'impose réellement l'une des variantes possibles (on plutôt un ensemble de variantes considéré comme le français). Les phonèmes d'une langue, de la même manière que le reste, évoluent constamment, et ce surtout à cause de ce que l'on nomme la « paresse articulatoire » : l'être humain, en parlant, tend à dépenser le moins d'énergie possible tout en devant faire en sorte que l'information reste compréhensible. Il « acommode » donc les sons, surtout en contact, à ce souci d'économie. Si l'on ne prend que l'exemple de la langue (c'est-à-dire ici l'organe ; on aurait pu aussi prendre comme point de départ la glotte), il est facile de constater que celle-ci se déplace pendant l'émission de sons (il suffit, pour s'en assurer de prononcer les sons ou puis ch pour sentir son déplacement). Par paresse articulatoire, les locuteurs vont éviter que celle-ci ne fasse de trop de mouvements : si l'on prononce distinctement les sons /a/, /n/ et /p/ à la suite, soit /anp/, l'on constate que la langue doit toucher les dents (pour /n/) puis s'effacer pour que les lèvres prennent le relais (afin de prononcer /p/). Or, si l'on émet ces sons rapidement, on se rend compte que ─ de manière naturelle ─ il est plus simple de prononcer /amp/ : la langue n'a plus besoin de toucher les dents, les consonnes /m/ et /p/ étant toutes deux prononcées au moyen des deux lèvres ; le résultat, toutefois, reste suffisamment proche du point de départ pour que le processus soit inconscient. Ce phénomène, dit « assimilation » des sons en contact, est l'un des principaux responsables des modifications phonétiques : les sons qui se suivent tendent à être prononcés d'une manière proche, qui n'est pas forcément le point d'articulation. Ceci ne constitue bien sûr qu'un seul exemple parmi des dizaines. On peut consulter la liste des principales modifications phonétiques pour s'en donner une idée. Parmi toutes les évolutions possibles, seules celles qui concernent les phonèmes ne le font pas d'une manière « désorganisée », puisqu'elles suivent le plus souvent le principe d'économie. Il existe cependant un effet inverse, celui de la différenciation, qui éloigne des phonèmes devenus trop proches et évite ainsi que les énoncés deviennent trop ambigus : en effet, si seule la paresse articulatoire jouait, il faudrait convenir que les langues ne pourraient évoluer que vers une grande simplification : le système phonologique d'une langue B issue de A devrait alors comporter moins d'unités, jusqu'à ce qu'avec le temps il n'existe plus qu'un nombre très réduit d'unités, ce qui n'est pas le cas ; comme on l'a dit, l'évolution d'une langue est partagée entre deux pôles : la paresse articulatoire d'une part et la nécessité de transmettre une information d'autre part. Si une langue à un état X issu d'un état W, et ainsi de suite jusqu'à un hypothétique point de départ A ne comportait plus que deux phonèmes /a/ et /b/, il faudrait concevoir que les mots en composant le lexique seraient interminables. En effet, constituer ne seraient-ce que cent mots différents au moyen de deux unités demande au moins l'utilisation de sept occurrences de ces unités à la suite (en base deux, il faut 27 pour obtenir 128 configurations possibles), comme /abbaaba/, /babbaab/, /baababa/, etc. Or, des mots trop longs demandent plus d'efforts, tant pour les mémoriser que pour les prononcer, ce qui contredit la tendance à la paresse articulatoire : les systèmes phonologiques se modifient sans toutefois se simplifier, au risque de demander sinon plus d'efforts encore. En sorte, ils sont constamment dans une recherche d'équillibre de rendement.

Notions fondamentales

Note : conformément à la tradition qui prévaut en linguistique comparée, les transcriptions phonétiques ne suivent pas l'alphabet phonétique international mais, selon les familles de langues : le système de Bourciez pour les langues romanes, la transcription des germanistes pour les langues germaniques, la transcription des langues indiennes pour le sanskrit, etc. On situe les premières tentatives d'étude du caractère régulier des évolutions phonétiques au , quand le slaviste August Leskien a pris conscience de lAusnahmlosigkeit der Lautgesetze, c'est-à-dire la « régularité des lois phonétiques ». Cette régularité ne se retrouve ni en sémantique, ni en syntaxe ou en morphologie : seule la phonétique historique obéit à des lois, ce qui explique qu'elle soit la pierre angulaire de la linguistique comparée.

Seuls les sons suivent des changements réguliers

Il n'est pas possible de distinguer des changements réguliers ailleurs que dans le domaine des sons d'une langue. En effet, si le sens des mots évolue aussi constamment, on ne peut donner de règle générale concernant ces évolutions. Par exemple, rien ne permettait de prévoir que du mot latin
rem, « quelque chose », le français en aurait tiré rien, « absence de quelque chose » ou encore que passus, « pas (que l'on fait en marchant », eût donné à la fois pas, même sens, et pas, adverbe de négation. Si ces modifications avaient été régulières, on les aurait retrouvées dans les autres langues romanes, ce qui n'est pas le cas. Les exemples pourraient être multipliés à l'infini dans le domaine sémantique : celui-ci ne suit pas de lois. De même dans les autres domaines, comme la syntaxe ou la morphologie : aucune tendance générale à l'évolution des langues ne permet de justifier qu'on ait en français besoin de deux négations pour nier (il ne veut pas), non plus que le castillan ait formé deux imparfaits du subjonctif à partir de l'imparfait et du plus-que-parfait du même mode latins. En sorte, il n'est possible d'étudier les grandes tendances évolutives des langues que dans un cadre phonétique et phonologique.

La notion de loi phonétique

Le point de départ de la phonétique historique repose donc dans un constat empirique de correspondances. Ainsi : « ε et ο grecs correspondent à a en sanskrit », ce que l'on voit dans des cas comme « grec πατέρ- = skt. pitár- » (« père ») ou encore « grec δρυμός (“forêt de chênes”) = skt. drumas (“arbre”) ». Ce dernier exemple montre bien que si les correspondances peuvent être établies entre les sons, elles ne fonctionnent pas nécessairement entre les sens des mots comparés. Un autre exemple peut le prouver facilement : soient les mots res (latin), rien (français) et rāyás (sanskrit) ; la phonétique historique nous apprend qu'ils proviennent directement ou non d'un même étymon indo-européen (le latin et le sanskrit dérivant de l'IE, le français du latin). En latin, le terme signifie « quelque chose », en français « aucune chose (rien) » et en sanskrit « richesse ». Bien que provenant tous d'une même source, les mots n'ont pas gardé des sens identiques, sans que l'on puisse établir de règle permettant de déterminer de quelle manière le sens a évolué utilisable pour d'autres mots : les évolutions sémantiques ne sont pas régulières. Ainsi, dans un contexte donné, l'évolution phonétique est régulière et mécanique, de telle sorte que l'on puisse établir des correspondances formelles entre les phonèmes de tel état d'une langue et ceux d'un autre état, ou, partant, entre les phonèmes de langues issues d'un même ancêtre. Cette régularité des modifications permet que l'on qualifie de « loi » les descriptions qu'on peut en faire et qui concernent la phonétique historique. C'est par l'étude des correspondances entre les phonèmes de plusieurs langues que l'on peut savoir qu'elles sont « génétiquement » liées ; cette même étude a d'ailleurs permis la découverte de la notion de « familles de langues », parmi lesquelles les langues indo-européennes, qui, observées sous l'angle de la linguistique comparée, montrent qu'elles sont toutes issues d'un ancêtre commun, l'indo-européen. D'autre part, les modifications phonétiques ne s'appliquent qu'à des moments précis de l'histoire d'une langue et dans certains dialectes : aucune loi n'est universelle ni intemporelle. Par exemple, l'on sait que la sifflante grecque /s/ tombe entre deux voyelles (on parle d'un amuïssement) ; c'est le cas dans un nom comme τεῖκος (« rempart ») dont le génitif attendu est τείκεσ+ος. La forme classique est bien τείκεος, qui devient τείκους par contraction des deux voyelles en hiatus. Cette règle ne concerne cependant que le grec : elle ne fonctionne pas en latin, par exemple, où un /s/ entre deux voyelles passe normalement à /r/ (cas de rhotacisme) : honos (« honneur » ; la forme classique est honor, par analogie avec les autres cas) fait au génitif honos+is, soit honoris. De plus, la loi n'a fonctionné en grec qu'à une certaine époque : un mot comme πόσις («époux ») possède un /s/ intervocalique parce que celui-ci provient de l'évolution de /t/ devant /i/ en /tsi/ puis /si/ (on parle d'une assibilation) ; de sorte, l'on peut dire qu'en grec à une certaine époque /s/ s'est amuï entre voyelles et qu'ensuite la loi n'a plus eu cours ; quand de nouvelles sifflantes sourdes sont apparues entre voyelles, elles n'ont pas été modifiées. Encore une fois, il convient de préciser que le passage de /ti/ à /si/ ne concerne que le grec, puisque l'équivalent direct de πόσις se retrouve en sanskrit sous la forme patis (« maître »). Le cas se rencontre de la même manière dans les langues celtiques, où le phonème indo-européen
- p s'est amuï (ainsi
- ph2ter-, « père », donne bien pater en latin, πατέρ- en grec, pitár- en sanskrit mais athir [aθir] en vieil irlandais) tandis que
- kw est devenu p (comme dans pedwar gallois, « quatre », de
- kwetwōr). De sorte, il existe dans les langues celtiques un phonème /p/ qui s'est développé après l'amuïssement du
- p indo-européen : seuls se sont amuïs les
- p anciens, et non ceux issus d'une évolution phonétique postérieure. L'on peut ainsi donner une chronologie aux évolutions phonétiques : «
- kw > p » doit en toute logique être situé dans le temps après «
- p disparaît ». Enfin, il faut considérer que les évolutions sont inconscientes et graduelles : les locuteurs n'ont pas l'impression de déformer les sons qu'ils utilisent (ce qui explique que de nos jours ces évolutions soient plus lentes : chaque locuteur d'un pays dans lequel les médias et l'enseignement diffusent une langue normalisée prend facilement conscience de ses divergences) ; elles sont graduelles, justement, parce qu'elles ne doivent pas choquer l'oreille. Il est fréquent en phonétique historique d'indiquer que tel phonème donne tel phonème. Ce n'est cependant qu'une réduction qui masque le caractère continu des évolutions. Si l'on indique par exemple que le /t/ du latin devant le son /y/ — à l'initiale de yourte — lui-même devant voyelle devient en français moderne un /s/ — comme dans sa — (ainsi latin fortia, prononcé /fortya/ donne force /fors/), ce que l'on peut noter par « /ty/ + voyelle > /s/ + voyelle », c'est un raccourci pour une série d'évolutions lentes et progressives, dont les principales étapes sont les suivantes (en gardant la suite de phonèmes de l'exemple précédent) :
- /tya/ > /ca/ (où /c/ note un /t/ mouillé, ou « palatalisé », prononcé entre /t/ et /k/) : plutôt que de se placer d'abord sur la position du /t/ (les dents) puis du /y/ (le palais dur), la langue adopte le point d'articulation de /y/ (on parle d'une « assimilation ») qui, lui, disparaît par trop proche proximité ;
- /ca/ > /csa/ : l'articulation occlusive de la consonne /c/ se relâche à la fin (on parle d'un « relâchement articulatoire ») et laisse entendre un son /s/ parasite ;
- /csa/ > /tsa/ : la consonne se rapproche du point d'articulation où est situé le relâchement /s/ (les dents) pour éviter de se poser d'abord sur le palais pour /c/ puis sur les dents pour /s/ ;
- /tsa/ > /sa/ : le groupe complexe /t/ + /s/ est simplifié en /s/ simple. Sachant qu'entre-temps la voyelle /a/ est passée à /ǝ/ (
e caduc comme dans je), l'on obtient /sǝ/. Ainsi, latin fortia donne bien français force. Pour résumer, l'on peut affirmer à propos des modifications phonétiques étudiées par la phonétique historique :
- que celles-ci ne concernent qu'un moment précis de l'état d'une langue et ne sont pas intemporelles ;
- que si un phonème X est devenu un phonème Y au cours de l'histoire d'une langue, tous les phonèmes X de la même époque doivent avoir subi le même processus : il ne doit pas y avoir d'exception qui ne puisse être expliquée par l'application d'une autre loi ou l'analogie (cette dernière notion est essentielle en phonétique historique et plus généralement en linguistique comparée et fait l'objet d'un article séparé). Toute modification connue par une langue doit être régulière et systématique ;
- que le processus d'évolution phonétique est une caractéristique intrinsèque aux langues vivantes (mais pas la seule : l'évolution des langues concerne tous ses aspects, sémantiques, morphologiques, syntaxiques, etc), qu'il est inconscient et graduel. Les modifications étudiées en phonétique historique sont souvent nommées « lois » quand elles concernent des processus importants ; celles-ci sont principalement de trois natures ; certaines sont « inconditionnées » : elles sont automatiques et s'appliquent dans n'importe quel contexte ; les autres sont « conditionnées » et ne prennent place que dans un contexte phonétique particulier. Les dernières, enfin, sont « sporadiques » et se manifestent parfois, de manière plus ou moins régulière.

Principaux types de changements et leur notation

:1. A > B (le phonème A devient le phonème B) ::La modification concerne bien sûr un phonème A d'un stade ancien d'une langue qui devient B dans un stade plus récent. L'on peut, en inversant l'angle de vue, noter « B < A », soit « B vient de A ». :Exemple 1 : indo-européen
- bh > grec ph (φ) (dévoisement des sonores aspirées). ::Si le changement est conditionné, s'il n'apparaît que dans certaines conditions, il faut indiquer lesquelles, ce que l'on fait après une barre oblique, selon une notation codifiée où le phonème modifié est représenté par « _ ». Par exemple : ::A > B / X_Y se lit « A donne B quand il est entre X et Y » (où « X » et « Y » peuvent être représentés par « C » : une consonne, « V » : une voyelle, «
- » : n'importe quel phonème, « s » : le phonème /s/, etc.) ou encore ::A > B / _#, soit « A donne B en fin de mot » (« # » indique la limite entre les mots), ou enfin ::A > B / #_[V ‑accent][C +fricative], c'est-à-dire « A donne B en début de mot devant voyelle atone suivie d'une consonne fricative ». :Exemple 2 : IE m > grec n / _# (neutralisation de

- m au profit de /n/ en fin de mot). :Exemple 3 : langues satem s > š / [r, u, k, i]_ (loi dite ruki). :Exemple 4 : germanique commun [f, þ, χ, χw, s] > [ƀ, đ, ǥ, ǥw, z] / [
- -accent]_ (loi de Verner). :2. A, B > B (les phonèmes A et B sont confondus en B) ::Dans certaines langues, deux phonèmes différents peuvent se fondre en un seul des deux : on dit que « les phonèmes A et B ont été confondus en B ». Le cas est différent lorsque plusieurs phonèmes sont confondus en un seul nouveau phonème. :Exemple 1 : indo-aryen [s, ś] > pāḷi s. :Exemple 2 : IE [r, l] > indo-aryen l. :Exemple 3 : IE [kw, k] > lituanien k (loi de réduction des vélaires). :Exemple 4 : grec ancien [ē, oi, ī, ĭ, ei, ü, ǖ, üi (η, οι, ι, ει, υ, υι)] > grec moderne ĭ (iotacisme). :3. A, B > C (les phonèmes A et B sont confondus en C) ::Contrairement au cas précédent, plusieurs phonèmes sont confondus en un seul nouveau phonème. :Exemple 1 : latin classique [ē, ĭ, œ] > latin vulgaire ẹ̆ (= [e]). :Exemple 2 : latin [en, an] > ancien français ã / _(C | #) (nasalisation des groupes /en/ et /an/ devant consonne ou en fin de mot). :Exemple 3 : IE [sr, wr] > grec [r -voix] (ῥ) / #_ (amuïssement de

- s et
- w en début de mot devant /r/ et dévoisement de ce dernier). :4. A > Ø (le phonème A s'amuït) ::Les cas d'amuïssement sont très fréquents ; ils consistent en la disparition d'un phonème, qu'elle soit conditionnée ou non. :Exemple 1 : IE p > vieil irlandais Ø. :Exemple 2 : IE s, y, w > grec Ø / V_V. :Exemple 3 : latin [V -accent, ¬a] > ancien français Ø / _# (« ¬a » pour « sauf /a/ » ; amuïssement sauf pour a des voyelles atones latines en français). :5. ø > A (un nouveau phonème apparaît) :: Ce sont par exemple des anaptyxes et des épenthèse, phonèmes permettant une prononciation plus aisée dans des groupes de consonnes. :Exemple 1 : latin ø > ancien français D / N_R (apparition d'une consonne occlusive sonore épenthétique entre les groupes composés d'une nasale suivie d'une liquide, /r/ ou /l/, la consonne étant alors homorganique à la nasale initiale ; ainsi cámĕra donne chambre, issu de cámra après l'amuïssement de ĕ atone). :Exemple 2 : latin ø > ancien français ĭ / #_S(K | N) (apparition d'une voyelle anaptyxe en début de mot, laquelle évolue par la suite, devant des groupes composés d'une sifflante /s/ suivie d'une occlusive sourde /p, t, k/ ou d'une nasale /n, m/ : scutu(m) donne écu en français).

Principales lois linguistiques utilisées en phonétique historique des langues IE

Entre parenthèses : aire d'extension de la loi. # loi de réduction des vélaires (IE) ; # loi des dentales en contact (IE) ; # Loi de Grimm (germanique commun et arménien) ; # loi de Verner (germanique commun) ; # seconde mutation consonantique (haut allemand) ; # loi de Bartholomae (indo-iranien) ; # loi de Brugmann (indo-iranien) ; # loi de Caland-Wackernagel (IE) ; # loi de Grassmann (grec et indo-iranien) ; # loi de Hirt (balto-slave) ; # loi de Lachmann (latin) ; # loi de Leskien (balte) ; # loi de limitation (grec) ; # loi de Lindeman (IE) ; # loi de Meillet (balto-slave) ; # loi d'Osthoff (grec) ; # loi ruki (langues satem) ; # loi de Saussure (balte) ; # loi de Siebs (IE) ; # loi de Siever (IE) ; # loi de Rix (grec) ; # loi de Winter-Kortlandt (balto-slave) ; # loi de Bartsch (ancien français).

Articles connexes

Articles généraux


- types de modifications phonétiques ;
- linguistique comparée ;
- phonétique ;
- phonologie.

Articles fortement diachroniques


- chinois archaïque ;
- langue romane ;
- ancien français ;
- conjugaisons du grec ancien.


William Jones (linguiste)

Sir William Jones (Londres, 28 septembre 1746 - Calcutta, 27 avril 1794) est un linguiste et chercheur sur l'Inde ancienne, célèbre en particulier pour sa redécouverte de la famille des langues indo-européennes (le néerlandais Marcus Zuerius van Boxhorn avait déjà fait la découverte que l'avestique, l'ancien perse, et le sanskrit étaient apparentés aux langues européennes dans un groupe qu'il appelait « scythique », et cela dès le , mais son travail n'a pas connu de postérité).

Les années de formation

Jones naît à Londres, son père mathématicien et inventeur du symbole π, qui s'appelle aussi Sir William Jones, meurt lorsqu'il a trois ans. Il est remarqué au collège de Harrow pour la qualité de son travail et, durant ses trois dernières années dans cet établissement, il commence, par lui-même, l'apprentissage des langues orientales, les rudiments de l'arabe, mais aussi l'hébreu qu'il lit bientôt avec une facilité déconcertante. Durant les vacances, il fait de considérables progrès en français et en italien, auxquels il ajoute des rudiments d'espagnol et de portugais. Jones fait ses études à l'université d'Oxford. Durant cette période, il ramène avec lui un syrien, Mirza, rencontré à Londres et, à son contact, fait de remarquables progrès en arabe et en persan. Il commence aussi l'étude du chinois dont il va bientôt maîtriser l'écriture. Sorti diplômé d'Oxford en 1764, il commence alors une carrière de précepteur, il enseigne à Lord Althorpe, puis au deuxième comte de Spencer, et de traducteur qui dure les six années suivantes. À vingt-deux ans, il jouit déjà d'une bonne réputation d'orientaliste et le roi Christian VII du Danemark qui visite l'Angleterre cette année 1768 et avait amené avec lui une biographie de Nadir Shah en persan, demande à Jones d'en faire la traduction en français. C'est ainsi que paraît en 1770 Histoire de Nader Chah, connu sous le nom de Thahmas Kuli Khan, de Perse, traduite d'un manuscrit persan, avec des notes chronologiques, historiques, géographiques et un traité sur la poésie orientale. C'est le premier de nombreux travaux sur la Perse, la Turquie et le Moyen-Orient en général. En effet, suit bientôt un Traité sur la poésie orientale et une traduction française en vers des ghazal du poète persan Hafiz Chams al-Din Muhammad de Chiraz. En 1771, il publie une Dissertation sur la littérature orientale qui défend le point de vue des chercheurs d'Oxford contre les critiques exprimées par Anquetil-Duperron dans l'introduction à sa traduction du Zend-Avesta. La même année paraît sa Grammaire de la langue persane. En 1772, Jones publie un volume de poèmes, Poems, Chiefly Translations from Asiatick Languages, ainsi que Two Essays on the Poetry of Eastern Nations and on the Arts commonly called Imitative, puis en 1774 un traité Poeseos A siaticce commentatorium libri sex, qui installe définitivement son autorité en matière d'études orientales. Cependant, ces activités n'étant pas suffisamment rémunératrices, il se consacre, à partir de 1770 et durant trois années, à l'étude du droit, ce qui entraînera son départ et son installation dans les Indes orientales. En 1774, il intègre le barreau de Londres (Middle Temple). Sa réputation en ce domaine est si bonne qu'en 1776, il est nommé commissaire aux banqueroutes (commissioner in bankruptcy). Il publie entre autres, en 1778, un Essay on the Law of Bailments qui jouit d'une excellente notoriété en Angleterre et en Amérique. En 1780, il est candidat à un poste à l'université d'Oxford, mais il se retire le jour précédent l'élection, lorsqu'il comprend que ses chance de succès sont nulles du fait de ses opinions libérales, particulièrement concernant les questions de la guerre en Amérique et du commerce des esclaves.

Jones et l'Inde

En 1783, il publie sa traduction de sept poésies arabes pré-islamiques appelées muallaqat. Cette même année, il est nommé juge à la cour suprême de Calcutta, alors Fort William, et il est fait chevalier. À son arrivée, il tombe sous l'enchantement de la culture indienne, un champ d'étude alors inconnu des chercheurs européens, et il fonde la société asiatique du Bengale (qui changera souvent de nom au cours de son histoire : tout d'abord The Asiatick Society (1784-1825), puis The Asiatic Society (1825-1832), ensuite The Asiatic Society of Bengal (1832-1935), plus tard The Royal Asiatic Society of Bengal (1936-1951) et enfin The Asiatic Society à nouveau depuis juillet 1951) dont il reste président jusqu'à sa mort. L'année suivante, il rédige On the musical modes of the Hindoos, un des premiers ouvrages d'ethnomusicologie. Convaincu qu'il est de la plus grande importance de consulter les textes légaux indiens dans leur forme originale, il commence l'apprentissage du sanskrit et, à partir de 1788, s'attèle à la tâche colossale de faire une compilation des textes de loi hindous et musulmans. Il ne pourra la mener à bien, mais fera cependant paraître le début de ses travaux dans son Institutes of Hindu Law, or the Ordinances of Mann (1794) et son Mohammedan Law of Succession to Property of Intestales et son Mohammedan Law of Inheritance (1792). En 1789, Jones a aussi terminé sa traduction du drame célèbre de Kâlidâsa, Shâkuntalâ. Il traduit aussi l'Hitopadesha, une collection de fables extraites du Panchatantra, le Gîtagovinda, et d'importantes parties des Veda, ainsi que le Ritusamhâra de Kâlidasâ, un poème de 150 stances sur l'influence des saisons sur l'amour. Ainsi, au cours des dix années de sa période indienne, il produira une pléthore de travaux sur l'Inde, lançant l'étude moderne du sous-continent dans pratiquement chacune des sciences sociales, écivant sur les lois, la musique, la littérature, la botanique et la géographie locales et faisant les premières traductions en anglais de plusieurs œuvres importantes de la littérature indienne, contribuant par de nombreux articles à la revue de l'Asiatick Society. Ses travaux littéraires et juridiques ininterrompus alliés à un climat difficile pour un Anglais peu habitué à la chaleur de l'Inde ont miné sa santé après dix ans de résidence au Bengale et il meurt à Calcutta le 27 avril 1794. Linguiste étonnant, il connaît alors treize langues parfaitement, et se débrouille avec vingt-huit autres. L'étendue de ses connaissances était hors-normes et concernant le monde indien, sans équivalent à son époque. Comme pionnier dans l'étude du sanskrit et comme fondateur de la société asiatique du Bengale, il rend la langue et la littérature des hindous de l'antiquité accessibles aux chercheurs européens et il est à la source de tous les travaux ultérieurs concernant cette langue et la philologie comparative qui en découle. Jones est également indirectement responsable d'une partie de l'atmosphère de la poésie romantique britannique - en particulier de celles de Lord Byron et de Samuel Taylor Coleridge, dans la mesure où ses traductions des œuvres poétiques orientales furent une source d'inspiration pour ce mouvement. Mais malgré cette quantité imposante de travaux, Jones reste aujourd'hui surtout connu pour avoir été le premier à noter les ressemblances entre le sanskrit, d'une part, et le grec et le latin, d'autre part. Dans La Langue sanskrite (The Sanscrit Language, 1786), il fait la supposition que les trois langues ont une racine commune, et que, de plus, elles pourraient être liées au gotique, aux langues celtiques et au persan. C'était la première fois que l'on exprimait l'idée de la famille des langues indo-européennes ainsi que la première utilisation importante de la technique de la philologie comparative. Un monument a été érigé à sa mémoire par la Compagnie anglaise des Indes orientales dans la cathédrale Saint-Paul de Londres ainsi qu'une statue à Calcutta.

Voir aussi

Source


- [http://16.1911encyclopedia.org/J/JO/JONES_SIR_WILLIAM.htm ENCYCLOPEDIA BRITANNICA, 1911] (on notera cependant le manque flagrant d'un article sir William Jones dans cet ouvrage de référence pourtant par ailleurs très complet)

Lien externe


- [http://www.indev.nic.in/asiatic/ Le site officiel de l'Asiatic Society of Bengal (en anglais)] Jones, William Jones, William Jones, William Jones, William Jones, William

Grecs

|- valign="top" | Capitale || Athènes |- valign="top" | Président
Premier ministre | Carolos Papoulias
Costas Caramanlis |{{{{{{{{{{Commons|Category:Greece|la Grèce{wikitravel|la Grèce|Grèce{fr{en{en{fr{fr{Pays d'Europe (UE){Portail Grèce

Aryens

Les Aryens sont un ancien peuple, peut-être d'origine d'Asie centrale, de langue indo-européenne, qui, environ deux mille ans avant J.-C., se scindent en deux, l'un se regroupant sur le plateau iranien, l'autre au nord de l'Inde. Les autres tribus des peuples indo-européens se repartissent dans diverses parties de l'Europe, devenant les latins, les Grecs, les Slaves, les Teutons et les Celtes. Certains allèguent que les indo-aryens refoulaient les populations dravidiennes au sud. Cependant, quelques Indiens considèrent que les aryens provenaient de l'Inde. En Iran, ils se heurtent aux Élamites. Le mélange de ces deux peuples donne naissance aux différentes peuplades iraniennes (Perses, Mèdes, Scythes, Parthes, etc.). Lors de la sédentarisation en Inde, les brahmanes hindous créent les « castes ». Dans la période vedic tôt, il n'y avait aucun sytème de caste. C'est seulement bien des siècles plus tard que le système de caste fondé sur la naissance a été développé et fixé. On leur attribue la souche des langues indo-européennes, qu'ils auraient apporté en Europe de la région de Pamir, en Asie. Dans l'histoire moderne les Aryens ont, à une certaine époque, été considérés comme une race nordique et pure, avec la stature grande, la peau blanche et les yeux de bleu (d'où le mythe de la « Race aryenne » des nazis). Mais ces théories ont été depuis réfutées. Les aryens sont simplement considérés comme un peuple qui parlait une langue indo-européenne particulière (ie, Sanskrit), mais les caractéristiques ethniques sont incertaines.

Étymologie

Le mot « aryen » vient de ārya (prononcé comme α:ryə), nom indo-iranien (attesté en sanskrit et en avestique) que les peuples en question se donnaient à eux-mêmes. Il signifie (en Sanskrit) littéralement « noble ». Ce nom est à l'origine du nom « Iran » qui signifie « (pays) des Aryas ». L'adjectif indo-aryen désigne la branche indienne de la langue ou des peuples aryens. Le mot « aryen » vient de la racine indo-européenne
- aryos
, et se retrouve dans le persan airyō (nom de l'Iran), le vieil irlandais aire, le gaulois Ario-Manus (nom propre). Sa racine de Sanskrit est arya, prononcé comme əryə, qui signifie « sorte » ou « favorable ».

Voir aussi


- Théorie de l'invasion aryenne.
- Indo-européens
- Inde
- Georges Dumézil
- Indo-européen
- Race aryenne catégorie:peuple indo-aryen ja:アーリア人

Celtes

Les Celtes (grec keltoï) – dont certains furent nommés « Galates » (grec galatai), puis « Gaulois » (latin galli) par les Grecs puis par les Romains – constituent une civilisation protohistorique européenne (qui survécut au Moyen Âge en Irlande, jusqu'à l'évangélisation de l'île par Saint Patrick au ). Les Celtes appartiennent à la famille des Indo-européens. Ne connaissant pas d'unité politique, ceux que l'on désigne ainsi étaient une myriade de peuples possédant des lois, des coutumes, des rites différents (César, De Bello Gallico, I, i), surtout connus dans les sources antiques grecques et romaines pour leur valeur guerrière, leur caractère emporté, leurs sempiternelles luttes intestines et pour les mystères de la religion druidique. Ils ne constituèrent pas une civilisation sanguinaire et destructrice comme les auteurs anciens l'ont souvent écrit (ils sont connus pour avoir pratiqué les sacrifices humains et pour avoir voué un culte aux têtes coupées, notamment chez Diodore de Sicile), mais bien une culture riche, unique durant l'Antiquité, qui sut s'épanouir et notamment, développer un art tendant à l'abstraction dont la valeur est aujourd'hui reconnue. C'est certainement leur incapacité à s'unir et à fonder des entités politiques plus vastes que la cité ou la confédération de peuples qui les a perdus : il semble qu'à l'instar des Grecs archaïques, les Celtes eussent horreur du centralisme et ne connussent que des alliances temporaires, fondées sur le clientélisme (voir à l'article « Gaulois »). L'histoire des Celtes est marquée par une succession de conquêtes spectaculaires (jusqu'au ) qui les menèrent jusqu'en Asie Mineure, puis par une suite de revers militaires qui les cantonna aux seules îles britanniques et à l'Irlande, après la guerre des Gaules de -58 à -51.

Sources et définition

Sources historiques

Les Celtes sont apparus dans l'Histoire au travers de textes postérieurs, rédigés par leurs ennemis (comme la Guerre des Gaules, de Jules César) et/ou d'après le souvenir de leurs victimes (ils assiègent le Capitole et pillent le sanctuaire panhellénique de Delphes au ), ce qui leur vaut la description de barbares sanguinaires qui a été mentionnée plus haut. Il faut attendre près de deux siècles pour que - la plupart de ces peuples en mouvement s'étant déjà fixés depuis longtemps - les sources nous livrent une profusion de détails géographiques et culturels qui ne sont plus directement en relation avec le bellicisme celtique. Ainsi, les limites géographiques des peuples celtiques sont mieux connues à l'époque de la république romaine tardive (), au moment même où les Celtes sont pris en tenaille sous les assauts conjugués des Romains et des Germains. Voici une liste, non-exhaustive et à développer, des principaux auteurs anciens qui nous renseignent sur les Celtes :
- Hécatée de Milet (première mention historique) et Hérodote, Histoires
- Polybe, Histoires (livre II)
- Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines
- Posidonios (ou Posidonius, dit de Rhodes ou d'Apamée), Le monde, L'océan, Histoires (continuation de l'œuvre de Polybe)
- Diodore de Sicile, Bibliothèque historique
- Jules César, De bello gallico
- Tite-Live, Histoire romaine
- Strabon, Géographie (notamment inspiré par Posidonios)
- Pline l'Ancien, Histoire naturelle
- Lucain, La Pharsale (en particulier sur la religion)
- Ammien Marcellin, Histoires, XV (reprend Timagène d'Alexandrie)
- Michelet, Le moyen-age, histoire de France

Sources littéraires

Les sources historiques ne constituent qu'une approche du domaine celtique, et l'on reste au niveau de l'approximation. C’est par l'étude de la littérature irlandaise médiévale que l’on comprend la spécificité celtique, dans l'Antiquité. L'Irlande n’a pas connu la romanisation, et de par son insularité, la civilisation celtique a perduré jusqu’à l’arrivée de Saint Patrick au . Henri d'Arbois de Jubainville a recensé, en 1883, 953 manuscrits irlandais dans les bibliothèques, sans prendre en compte ceux qui sont conservés dans des collections particulières. Ces textes datent de différentes époques, le plus récent est du ; cependant l'archaïsme de la matière est indépendante de la date du document, comme l'ont démontré Christian-Joseph Guyonvarc'h et Françoise Le Roux dans La civilisation celtique (Objections et problèmes de méthode). Il arrive aussi qu'un texte du soit la retranscription d’un texte du , ou que tel Livre soit la compilation de récits connus par ailleurs. Cette littérature comporte quatre catégories : le cycle mythologique, le cycle héroïque d’Ulster, le cycle de Finn et le cycle historique. Outre la difficulté linguistique (irlandais ancien), il convient au philologue de retrouver le substrat archaïque des Celtes de l'Antiquité, dans un contexte fortement christianisé. Certains faits, certains mythes ont été remaniés de façon à correspondre aux dogmes de l'Eglise. D'autres éléments, du fait de leur ancienneté, étaient simplement incompréhensibles pour les copistes, la retranscription devient parfois aléatoire. Les travaux de ces dernières décennies ont considérablement modifié l'approche que l'on doit avoir du sujet, notamment avec l'étude comparative dans le cadre des Indo-européens. Cela se ressent dans les domaines de la mythologie, du druidisme, de la structure de la société. Ces sources littéraires précisent et confirment ce que nous avons appris des sources historiques, et sont aussi utiles aux études archéologiques. Pour les textes les plus importants, on peut citer par exemple :
- Tain Bo Cualnge (La razzia des vaches de Cooley)
- Lebor Gabála Érenn (Le Livre des Conquêtes d'Irlande)
- Immacallam in da thuarad (Le dialogue des deux sages)
- Auraicept na nEces (Le rudiment du poètes)
- Cath Maighe Tuireadh (La bataille de Mag Tured)
- Dindshenchas (Antiquités ou histoires des forteresses)
- Mesca Ulad (L'ivresse des Ulates)
- Sanas Cormaic (Glossaire de Cormac)
- Suidigud Tellach Temra (La fondation du domaine de Tara)
- Tochmarc Emire (La courtise d'Emer)
- Tochmarc Etain (La coutise d'Etain)
- Aided Con Culaind (La mort de Cuchulainn)
- Airne Fingen (La veillée de Fingen)
- Aislinge Oengusso (Le rêve d'Oengus)
- Compert Conchobair (La conception de Conchobar Mac Nessa)
- Forbuis Droma Damhghaire (Le siège de Druim Damhghaire) auxquels on peut ajouter les textes Gallois :
- Les Mabinogion (ou Les Quatre branches du Mabinogi)
- Hanes Taliesin (L’histoire de Taliesin)

Sources archéologiques

L'archéologie nous renseigne quant à elle sur un autre aspect important du monde celte : l'importance de l'artisanat, qui explique aussi une domination des arts mineurs, tels que l'orfèvrerie, dans les arts celtiques. De plus, nombre des innovations du monde celte qui ne sont pas des œuvres d'art, telles que l'enclume ou le tonneau connaissent un succès mérité dans le monde romain. Une statuaire celte est connue, qui a longtemps été cantonnée au sud-est de la Gaule (Roquepertuse, Entremont, guerrier gaulois de Vachères) et dont on supposait qu'elle était due à l'influence proche de Marseille grecque. L'invention d'une statue originale à Glauberg (Allemagne) démontre que cette vision des choses est partielle. Les sources archéologiques ont également permis d'acquérir une connaissance importante de l'armement celtique ou encore, récemment, d'entrevoir un univers spirituel sanguinaire qui s'approche d'avantage de celui que les textes romains présentaient pour les peuples belges. Enfin, les objets et les structures livrés par les nombreux oppida (véritables villes-fortifiées comme à Entremont, près d'Aix-en-Provence ou à Bibracte, la capitale des Éduens) ont mené à la conclusion que les Celtes avaient progressivement développé, jusqu'à la veille de la conquête romaine, une civilisation complexe, qui n'ignorait plus l'urbanisme.

Étendue et peuplement du « monde celtique »

Compte tenu de la durée de la civilisation des Celtes, qui s'étend de la protohistoire jusqu'au Moyen âge, et compte tenu des dimensions de l'espace géographique que les Celtes occupèrent en Europe, il convient avant d'aborder la question du peuplement celtique de rappeler quelles sont les limites connues et communément admises pour le monde « celtique » (la koiné celtique). Les sources les plus anciennes mentionnent les Celtes, habitant les régions qui vont des colonnes d'Hercule jusqu'au Danube (Hérodote au milieu du , c'est-à-dire à peu de choses près l'Espagne, la France, le nord de l'Italie, l'Allemagne et l'Autriche (où la présence de populations à caractère celtique est attestée). C'est à la fin du qu'apparaît, encore dans les sources grecques, le terme « Galates » pour désigner précisément les Celtes réunis sous l'autorité d'un Brenn (chef) qui se heurtent aux Grecs à partir de -310, traversent non sans laisser de traces les Balkans et gagnent l'Asie près de Byzance. Le contexte dans lequel ce nom est utilisé laisse penser que les intéressés se nommaient ainsi. Près de deux siècles et demi après, Jules César mentionne les Gaulois, qui se nomment Celtes dans leur langue et qui habitent une partie de la Gaule (les deux autres parties étant peuplées par les Aquitains et par les Belges). Point commun de ces trois témoignages qui reflètent par ailleurs des réalités et des objectifs différents, l'existence des Celtes est attestée durant ces siècles qui, d'Hérodote à César, constituent ce que les archéologues ont nommé « civilisation de la Tène » (du site de La Tène, sur la Thielle, en Suisse). À ce « domaine celtique » attesté par les sources historiques, il faut ajouter l'île de Bretagne, également conquise peu après par les Romains et dont César mentionnait la spécificité par rapport à la Gaule. Il faut, enfin, ajouter l'Irlande, de l'âge du fer jusqu'au haut Moyen Âge, telle que la révêlent l'archéologie et la tradition, les textes chrétiens insulaires de cette dernière période.

Celtes ou Gaulois ?

Considérant ces données, une définition restrictive des Gaulois se rapporte, pour les archéologues, à ce qui relève des régions continentales relativement proches de Rome (sur les territoires de la France, de la Belgique, de l'extrême ouest de l'Allemagne et de l'Italie du nord), et peuplées par des Celtes entre la fin du et la fin de la conquête de la « Gaule chevelue » par Jules César (en -51). Cette définition exclut notamment les Celtes de Bretagne et d'Irlande, les Celtes de Bohême ou Scordisques, mais inclut les Belges, les « Gaulois du midi » (soumis par Rome un siècle avant leurs voisins du nord), et les Gaulois cisalpins. A contrario, on regroupe sous le terme Celtes les Gaulois (y compris les Belges), les Scordisques (Celtes danubiens), les Celtibères (Celtes d'Ibérie, c'est-à-dire d'Espagne) les Bretons (Celtes de Grande-Bretagne), les Gallois du haut Moyen Âge, les Celtes d'Irlande ou encore, les Galates d'Asie mineure.

Histoire

Ethnogenèse des Celtes

Concernant l'origine des Celtes, deux explications extrêmes sont possibles sans qu'aucune donnée archéologique ou historique ne permette de trancher. Soit une vague de peuplement pré-celtique ou celtique de l'Europe aurait eu lieu, se superposant à un ou plusieurs peuplements antérieurs: le problème de savoir quand et à partir de quel foyer ce peuplement se serait produit se pose alors. Soit une civilisation à proprement parler « celtique » se serait lentement développée par diffusion culturelle sur un fond de peuplement préhistorique antérieur : dans ce cas, aucun bouleversement ethnique d'importance n'aurait accompagné la « naissance » des Celtes. Évidemment, la combinaison ou la juxtaposition partielle de ces deux explications est également possible. En tous cas, les ancêtres des Celtes, peut-être à rechercher parmi les peuples pré-celtiques, furent probablement parmi les premiers Indo-européens à avoir remonté le Danube et peuplé la région alpine. Ces peuplades préhistoriques occupèrent durablement toute la partie occidentale de l'Europe, de l'Écosse au Nord jusqu'à l'Espagne au sud, et des Balkans à l'Est jusqu'à l'Irlande à l'ouest.

La culture des champs d'urnes

Pour de nombreux chercheurs, les origines d'un peuplement qu'on peut réellement associer au nom des Celtes seraient identifiables à partir du , au premier âge du fer, dès la fin de la culture des champs d'urnes. Un changement culturel majeur, en effet, a lieu dans l'Europe préhistorique, vers -1300 : l'exploitation du bronze, et sa production gagnent brutalement en qualité et, dans le même temps, les tumuli (latin – sing. tumulus : tertres funéraires) sont remplacés par des champs d'urnes : les sépultures ne se font plus par inhumation mais par crémation. Les cendres des défunts sont alors placées dans une urne qui est rassemblée avec d'autres. L'expansion de ce mode de sépulture est constatée dans toute l'Europe centrale et occidentale, jusqu'à l'Irlande.

La culture de Hallstatt : premier âge du fer

Vers -900 à -800, une innovation technologique considérable vient bouleverser une civilisation relativement stable : la métallurgie du fer. Les débuts de cette métallurgie sont connus dans le sud de l'Allemagne, l'Autriche et l'est de la France : ils semblent associés à l'émergence d'une aristocratie guerrière dont le prestige repose sur l'usage de l'épée et sur la possession d'attelages d'apparat (les premiers chars celtiques). C'est la culture du Hallstatt (repère H sur la carte ci-dessous). Il faut moins de cent ans pour que ces technologies soient connues dans l'ensemble du monde celtique, preuve d'une grande cohésion de l'ensemble dès cette époque. Parmi les sites de cette époque, l'un des plus connus est le tombeau de la princesse de Vix, en Côte-d'Or. Si la prospérité économique initiale du premier âge du fer, période qui semble avoir été relativement stable sur le plan politique, repose sur un axe commercial nord-sud, situé à l'est des Alpes et reliant la Méditerranée à la Baltique (route du commerce de l'ambre), des changements surviennent dès les VIII-VII siècles avant notre ère. Vers -700/-600, en effet, les inhumations sous tumulus réapparaissent, sans doute liées à des changements religieux qui traduisent une dégradation économique. Les centres économiques originels du premier âge du fer connaissent à la même période un déclin au profit de nouveaux centres secondaires. Le site de Hallstatt est brûlé et ne sera plus réoccupé ; simultanément, la multiplication de petits oppida (latin sing. oppidum : un lieu élevé (colline ou montagne) dont les défenses naturelles ont été renforcées par la main de l'homme) traduisent un état d'insécurité corrélatif à un émiettement de l'autorité politique. Des mouvements de peuples sont alors attestés par les sources grecques : c'est à cette époque qu'est utilisé pour la première fois le terme keltoi pour désigner les peuplades résidant au nord des Alpes.

La culture laténienne : deuxième âge du fer

Vers -400 au plus tard, débute en Europe continentale une nouvelle période, appelée le deuxième âge du fer. Elle est caractérisée par une nouvelle civilisation qui doit son nom à un site remarquable : celui de La Tène (repère L sur la carte jointe plus loin), découvert sous les eaux du lac de Neuchâtel, en Suisse. Au même moment, des peuples celtiques se mettent en route à travers toute l'Europe et bouleversent le monde antique.

L'expansion celtique des IV-III siècles

Peut-être dans le prolongement des bouleversements des V-VI siècles, les Celtes entament au début du IV siècle une phase d'expansion vers l'Est et vers la Méditerranée. Tour à tour envahisseurs et pillards redoutés, les Celtes sont à Rome en -390. Vers -350 ils envahissent la future Bulgarie, la Thessalie, Athènes. Ils pillent Delphes et fondent Belgrade. Une ambassade celte rencontre Alexandre le Grand sur les rives du Danube. En -278, la présence de mercenaires celtiques en Galatie (Asie mineure, repère G sur la carte) est attestée : ils vont jusqu'en Syrie.
Ainsi, c'est durant la deuxième période de l'âge du fer, celle de la Tène (repère L sur la carte) que l'existence des Celtes est réellement attestée par des sources historiques et c'est à la fin du III et au début du II siècle qu'ils connaissent leur plus grande expansion géographique (zone 2 sur la carte). Ils la doivent sans doute en premier lieu à leur armement en fer. La métallurgie du fer, en effet, maîtrisée à l'époque de Hallstatt, confère une indéniable supériorité militaire et matérielle. Elle constitue dès l'origine, avec la langue, le plus sûr indice d'appartenance au monde celtique. L'expansion de cette technologie est très importante, de l'Europe centrale jusqu'à la Mer noire, en passant par l'Ukraine. Un autre facteur important semble être leur mobilité. Les Celtes ont d'abord et durant très longtemps une réputation de mercenaires : l'on connaît des troupes de guerriers isolés, mais également celles accompagnées d'une population entière, accomplissant ce que les Romains nomment ver sacrum, c'est-à-dire une migration sacrée. Cette réputation va perdurer. Très réputés même après la défaite d'Alésia, les Celtes serviront dans les armées romaines comme auxiliaires : les cavaliers gaulois. Parmi l'armement celtique, l'épée longue celtique sera copiée par les Germains qui en feront plus tard l'instrument de leurs victoires sur les Romains. La cotte de mailles, enfin, est une invention celtique qui sera reprise dans tout le monde antique avant de connaître le succès que l'on sait au Moyen Âge. À côté de cela, les Celtes utilisent la fronde et la lance. L'arc ne se répand qu'au moment de la résistance contre Rome.

Les défaites des II-I siècles

Aux II-I siècles avant notre ère, les Celtes sont soumis sur le continent à la pression conjuguée des Germains à l'est et des Romains au sud. À la suite d'un appel à l'aide de Marseille, menacée par les peuplades celtiques voisines, Rome annexe la Narbonnaise durant le dernier tiers du II siècle. Les invasions de bandes armées et la pression démographique des Germains entraînent des migrations de peuples celtiques vers l'ouest, comme celle des Helvètes conduits par leur roi Orgétorix, et suscite des tensions avec les peuples gaulois. C'est ce dernier facteur qui provoque la guerre des Gaules et marque la fin de l'indépendance celtique sur le continent à partir de -58. L'intervention de César aurait alors été motivée, écrit-il, par le désir de renvoyer les Helvètes chez eux afin de ne pas laisser des peuples germaniques d'outre-Rhin occuper le plateau suisse. Occupée par le conquérant romain qui s'est immiscé dans la politique gauloise, une partie de la Gaule se soulève en janvier -52. Après la défaite à Alésia du chef de la coalition gauloise, Vercingétorix, la Gaule est entièrement occupée. Les derniers opposants sont vaincus en -51 à Uxellodunum où ils s'étaient réfugiés. Au I siècle de notre ère, l'île de Bretagne est conquise à son tour : dès lors, la civilisation celtique ne survit plus qu'en Irlande. Cette dernière île est christianisée au V siècle.

Chronologie des Celtes


- vers -750 / -700 : début du premier âge du fer en Gaule
- vers -600 : Fondation de Marseille par des colons grecs de Phocée
- vers -600 / -550 : premières inscriptions en langue celte à Sesto Calende (Italie du Nord)
- vers -500 / -450 : début de l'expansion celte en Gaule et Italie du Nord. Migrations en Grande Bretagne
- vers -475 / -450 : début du deuxième âge du fer en Gaule
- vers -400 : invasion gauloise en Italie
- -396 / -390 : deuxième vague d'invasions celtes dans la plaine du Pô, prise de Melpum (Milan), les Gaulois et les Romains s'affrontent à Clusium
- -387 : mise à sac et prise de Rome, installation de Celtes transalpins en Italie
- -379 / -368 : Denys l'Ancien s'allie à des mercenaires celtes pour combattre les Béotiens en Grèce
- vers -365 / -349 : installation de Celtes dans la vallée du Tibre, en Campanie et en Apulie
- -354 / -350 : Rome s'allie avec les Samnites contre les Gaulois qui s'emparent de Bologne. Les Boïens s'installent en Bohême. Les Celtes traversent le Danube
- -336 / -323 : règne d'Alexandre le Grand. Il rencontre une ambassade celtique sur le Danube
- vers -335 : apparition des premières monnaies gauloises. Paix entre Romains et Sénons
- vers -310 : invasions celtes en Illyrie
- -307 : présence de mercenaires celtes en Afrique
- -300 / -295 : conquête de la Gaule méridionale par les Celtes. Percée en Bulgarie et en Thrace. Défaite gauloise face aux Romains à Sentinum (-295)
- -285 : défaite romaine à Arretium (Arezzo). Puis victoire décisive sur les Sénons
- -283 : défaite des Gaulois cisalpins (d'Italie) contre les Romains
- -280 / -278 : invasions celtiques en Grèce et en Asie Mineure : les Celtes occupent la Macédoine, Brennus met à sac le sanctuaire de Delphes, invasion des Galates en Thrace, en Macédoine et en Asie Mineure, Antiochos I de Syrie leur accorde un territoire (-275)
- -265 : Rome domine l'Italie
- vers -250 : les Belges entrent dans le Nord de la Gaule. Invasions celtes en Cisalpine et dans la plaine du Pô
- vers -241 : Attale I de Pergame défait les Galates
- -225 / -222 : victoire romaine sur les Transalpins et Cisalpins en Italie du Nord. Et sur les Boïens, et leurs auxiliaires Germains, à Clastidium
- -221 : victoire d'Hannibal sur les Celtibères
- -218 / -216 : les Celtes de Thrace passent en Asie Mineure sur l'invitation d'Attale I. Hannibal traverse les Alpes accompagné par des Celtes transalpins
- -205 : les Romains achèvent de conquérir la péninsule Ibérique
- -202 : Hannibal est définitivement vaincu
- vers -200 : soumission des Gaulois d'Italie à Rome
- -197 / -196 : soumission des Cénomans et des Insubres (celtes cisalpins). Défaite et soumission des Boïens dont une partie repassent les Alpes. Défaite des Celtes en Italie du Nord (-194 / -190)
- -181 /-174 : premières révoltes des Celtibères
- -171 / -166 : les Romains entrent en Illyrie. Répression du soulèvement galate
- vers -165 : soumission des Celtes d'Asie Mineure à Rome (les Galates)
- vers -154 : deuxième révolte celtibère avec les Lusitaniens. Première expédition romaine contre les Salyens de Provence
- -146 : destruction de Carthage par les Romains et conquête de la Grèce
- -144 : troisième révolte celtibère
- -125 / -121 : deuxième expédition romaine contre les Salyens, conquête de la Narbonnaise par Rome et création de la Provincia. Les Romains pénètrent en Cisalpine : défaite des Allobroges et des Arvernes, déclin de l'hégémonie et fin de la royauté arvernes. Fondation d'Aix-en-Provence (-121)
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