Home About us Products Services Contact us Bookmark
:: wikimiki.org ::
Philologie

Philologie

Catégorie:Linguistique
-
La philologie est la science qui traite d'une langue d'un point de vue historique, à partir de documents écrits. Elle vise à établir des textes, c'est-à-dire à choisir le meilleur texte possible au départ de manuscrits, d'éditions imprimées ou d'autres sources disponibles, en comparant les versions conservées de ces textes, ou à rétablir le meilleur texte en corrigeant les sources existantes. Elle s'intéresse aussi aux problèmes de datation, de localisation et d'édition de textes. Pour ce faire, elle s'appuie sur l'histoire et ses dérivées (histoire des religions, etc.), la linguistique, la grammaire, la stylistique, mais aussi sur des disciplines liées à l'archéologie comme l'épigraphie ou la papyrologie ainsi qu'à l'édition des textes anciens (paléographie, codicologie). Pour plus de détails sur l'édition philologique de textes anciens, consulter Paléographie. Le terme est souvent utilisé comme synonyme quelque peu vieilli de linguistique comparée. C'est à tort, car cette dernière discipline compare des langues différentes mais n'en établit pas les textes, alors que chaque langue a sa philologie. Quelques philologues :
- Louis Dutens ;
- Friedrich Wilhelm Nietzsche ;
- John Ronald Reuel Tolkien. Voir aussi : Lectio difficilior potior ja:文献学 ko:고전문헌학

Catégorie:Linguistique

catégorie:Sciences humaines Cette page recense les articles de linguistique. Consulter Liste des notions utilisées en linguistique pour une liste plus complète comprenant des articles en attente de rédaction. ja:Category:言語学 simple:Category:Linguistics th:Category:ภาษาศาสตร์ zh-min-nan:Category:Gí-giân-ha̍k

Linguistique historique

La linguistique comparée (ou encore linguistique historique ou grammaire comparée) est une discipline de la linguistique qui étudie l'histoire et l'évolution des langues (prises individuellement) ou des familles de langues. C'est une discipline éminemment diachronique. La linguistique comparée procède de la philologie, terme qui, parfois, doit être compris comme un synonyme bien que les deux disciplines soient différentes. La principale méthode de travail repose sur la comparaison, entre les différents états d'une même langue ou entre des langues différentes mais issues d'un même ancêtre. Elle permet, en relevant des concordances régulières phonétiques, syntaxiques et, plus rarement, sémantiques, d'établir des parentés entre les langues. Elle a donc comme premier objet d'étude les similarités formelles révélées par ces comparaisons. C'est la linguistisque comparée qui permet donc d'établir de manière scientifique l'existence des familles de langues qu'on dit alors liées par des relations génétiques ; elle étudie ainsi :
- comment une langue-mère donne naissance à ses langues-filles ;
- la nature des liens entre la langue-mère (parfois disparue) et les langues-filles ;
- les innovations et les similarités qui subsistent entre les langues-filles elles-mêmes, etc. Par exemple, elle permet de savoir que bien que d'apparence très proches (par l'écriture et le lexique), deux langues comme l'arabe et le persan n'ont aucun lien de parenté, mais que ce dernier est de la même grande famille que le français ou encore, plus lointainement, l'islandais. Elle s'intéresse donc avant tout aux évolutions connues par ces langues au cours de leur histoire, qu'elles soient sémantiques, phonétiques, phonologiques, lexicales, syntaxiques, etc. La branche la plus importante de la linguistique comparée est cependant la phonétique historique, seule discipline portant sur des évolutions que l'on peut décrire de manière formelle et objective et seule encore permettant d'affirmer qu'un mot B provient bien d'un mot A ou que des mots B, C et D sont tous dérivés d'un étymon commun A et sont donc liés historiquement. L'étymologie est, en sorte, le résultat d'une démarche comparative : c'est par une telle démarche qu'il faut passer pour savoir qu'un mot français comme legs ne vient pas, malgré la graphie fautive due à l'étymologie populaire, de léguer mais de laisser. La reconstitution d'étymons à l'origine de mots tirés de différentes langues-sœurs, quant à elle, demande une démarche comparative encore plus forte. Il faut en effet trouver le signifié originel d'un terme à partir de ses résultats dans les langues en question, signifié originel qui, en se transmettant dans des langues dont l'évolution est autonome (et l'on sait que l'évolution sémantique ne suit aucune règle précise), a pu se modifier dans des proportions importantes. Parmi les principales familles de langues étudiées par la linguistique comparée, on peut citer les langues indo-européennes, sémitiques, chinoises, nigéro-congolaises ou encore austronésiennes, qui forment de très vastes familles. La linguistique comparée des langues indo-européennes est, de loin, la plus développée des trois possibilités. Outre l'établissement de familles de langues, la linguistique comparée permet surtout la reconstruction d'une langue-mère préhistorique (c'est-à-dire non attestée directement au moins par l'écriture) au moyen des seules traces qu'elle a laissées dans ses langues-filles historiques (traces qui sont les points de convergence des différentes similitudes). Elle autorise à reconstituer, de manière parfois floue et supposée, mais toujours en suivant des méthodes scientifiques, des ancêtres lointains comme l'indo-européen ou le chinois archaïque (pour ce dernier, il convient de noter que si c'est une langue d'époque historique, son sytème phonétique et phonologique est cependant dissimulée par l'écriture chinoise ; ainsi, la phonétique historique comble ces lacunes). Le postulat principal est le suivant : si, dans des langues A, B, C, et D qu'on sait génétiquement liées, on retrouve par comparaison une caractéristique données (lexicale, morphologique, phonétique, etc.), il est probable que cette caractéristique provienne de la langue-mère. C'est par le recoupement de toutes ces caractéristiques partagées que l'on peut obtenir une image lointaine de la langue-mère, le grand nombre de points communs permettant de rejeter la possibilité d'une stricte coïncidence (comme les mots faussement apparentés). Bien évidemment, la reconstruction des langues-mères permet de confirmer l'existence des familles de langues, et inversement. Les deux objets d'étude en question sont intrinsèquement liés. Catégorie:Linguistique ja:比較言語学 ko:비교언어학

Histoire

zh-min-nan:Le̍k-sú ko:역사 ms:Sejarah ja:歴史 simple:History th:ประวัติศาสตร์ L'histoire est à la fois l'étude des faits, des événements du passé et, par synecdoque, l'ensemble de ces faits, de ces événements. Le nom a pour origine les « Enquêtes » (Ἱστορίαι [Historiai] en grec) d'Hérodote, mais c'est Thucydide qui lui applique le premier des méthodes critiques, notamment le croisement de sources différentes. __TOC__ Avertissement : cet article a pour vocation d'offrir une introduction générale à l'histoire . Les différents aspects de la définition de l'histoire font l'objet d'articles séparés :
- histoire (périodes)
- histoire (discipline intellectuelle)
- histoire de l'histoire

Les périodes

Si l'histoire de la terre commence avec la formation géologique du globe terrestre et si l'histoire de l'humanité commence avec l'apparition du genre homo, on limite traditionnellement l'emploi du mot « Histoire » (avec une majuscule) pour les périodes qui nous sont connues par l'intermédiaire de sources écrites, quel que soit le support de ces sources et quels que soient les moyens par lesquels elles nous sont parvenues. Les périodes pour lesquelles de telles sources n'existent pas ayant été nommées, quant à elles, préhistoire et protohistoire. Les périodes majeures de l'histoire sont, par convention :
- Avant l'Histoire :
  - la préhistoire (de l'apparition de l'homme jusqu'à l'émergence des premières civilisations)
  - la protohistoire (période intercalaire des « peuples sans histoire », c'est-à-dire des civilisations postérieures à l'invention de l'écriture mais n'en faisant pas usage ; par exemple, les Celtes, les civilisations pré-coloniales de l'Afrique noire ou les « Indiens » d'Amérique entrent dans cette « période ».
- L'Histoire :
  - l'Antiquité (des premières civilisations jusqu’à la disparition de l'empire romain d'occident, en 476),
  - le Moyen Âge (jusqu'à la découverte de l'Amérique, en 1492),
  - la période moderne (jusqu'à la Révolution française, en 1789),
  - la période contemporaine (jusqu'à nos jours). (Les limites données entre parenthèses sont celles de l'historiographie française traditionnelle ; l'article détaillé concernant chaque période indique quelles peuvent être les autres limites retenues pour un découpage chronologique.) Un débat sur la pertinence de ce découpage et sur les limites exactes de chaque période existe. Article détaillé : histoire (périodes)

La discipline

L'histoire, en tant que discipline intellectuelle, ne fait pas partie des sciences dites exactes ou dures mais des sciences dites sociales et humaines, avec la sociologie, l'ethnologie, la psychologie, etc. L'histoire fait également partie des disciplines littéraires au même titre que la philosophie. L'histoire se distingue de l'archéologie par la référence essentielle à l'écrit. Et sa distinction avec le journalisme, tient théoriquement à ce que l'historien se doit d'employer des archives. Cependant la notion d'« histoire immédiate » tend à rendre plus floue cette distinction. Article détaillé : histoire (discipline intellectuelle)

Historiographie

L'historiographie (1550), littéralement « écriture de l'histoire », est un nom dérivé de l'« historiographe », c'est-à-dire « celui qui écrit l'histoire ». Le nom désignait originellement un ensemble d'ouvrages historiques. Plusieurs ensembles cohérents d'ouvrages historiques – ou « historiographies » – existent pour une même période, offrant généralement des points de vue différents sur l'Histoire. Jusqu'à la deuxième moitié du XX siècle, une « historiographie » revêt souvent un caractère national, dans la mesure où elle rapporte un point de vue politique sur des événements. Par exemple, il est possible de citer pour le Moyen Âge l'historiographie byzantine et l'historiographie franque : celles-ci présentent très différemment le problème de la querelle des Images qui opposa un temps l'Église romaine et l'Église byzantine à l'époque de Charlemagne. Par extension, l'historiographie a désigné l'histoire de l'écriture de l'histoire. Érigée en spécialité de la discipline historique, l'historiographie (allemand Geschichtswissenschaft ou Geschichtsschreibung, anglais historical writing) présente généralement le regard d'un historien sur ses prédécesseurs et sur leur travail : historiens et historiographies. La plupart des historiens célèbres du XX siècle ont publié au moins un ouvrage à caractère historiographique, généralement en fin de carrière. L'historiographie traite les mêmes problèmes que la méthodologie, mais l'approche de ces questions est nécessairement différente : schématiquement, on peut dire que la méthodologie a pour objet d'étude le travail que l'historien réalise en amont pour écrire l'histoire, alors que l'historiographie s'attache au travail fini des historiens. Aussi, l'historiographie a souvent un caractère plus polémique. Enfin, les conclusions des études historiographiques sont généralement à l'origine des changements méthodologiques. Article détaillé : histoire de l'histoire

Citations

Quelques citations sur l'histoire :
« Voici l'exposé de l'enquête entreprise par Hérodote d'Halicarnasse pour empêcher que les actions accomplies par les hommes ne s'effacent avec le temps... » Prologue des Histoires d'Hérodote
« L'histoire est un mensonge que personne ne conteste. » Napoléon Bonaparte
Variante de la précédente (même auteur) :
« La vérité historique est souvent une fable convenue »
« La vérité de l'histoire ne sera probablement pas ce qui a eu lieu, mais seulement ce qui sera raconté » Napoléon Bonaparte
« La science que les hommes s’efforcent d’élaborer de leur devenir » Raymond Aron
« L'histoire fait le deuil de l'oralité. » Michel de Certeau, s.j.
« L'histoire est la connaissance du passé humain. », Henri-Irénée Marrou
« L'histoire commence à Sumer » Samuel Noah Kramer
« Nul ne sait ce qui deviendra encore de l'histoire. » Nietzsche

Articles en histoire


- Histoire par aire géographique
- Histoire par thème

historiens célèbres

Liste des historiens célèbres : Historiens célèbres

historiens contemporains

Liste des historiens contemporains : Historiens contemporains

Voir aussi


- BPBCECELes sept merveilles du mondePersonnages célèbres Deux projets Wikipédia tentent d'organiser un certain nombre d'informations historiques selon un axe chronologique :
- L'éphéméride vise à recenser année par année et jour par jour les principaux événements du monde dans tous les domaines (politique, économique, culturel, scientifique, sportif, etc.), ainsi que les naissances et les décès de personnalités.
- La « ligne du temps » ou flèche du temps vise à présenter les tendances de moyenne et de longue durée ; elle inclut des éléments qui ne ressortent pas de l'histoire strictement événementielle, tels que l'histoire culturelle (prise en charge le plus souvent par l'histoire littéraire ou l'histoire de l'art) et l'histoire des sciences et des techniques. Elle propose de situer l'événement historique dans un ensemble à la fois synchronique et diachronique.

Bibliographie et liens

généralistes


- Paul Veyne, Comment on écrit l’histoire, Paris, Seuil, 1979.
- Collectif : Christian Delacroix, François Dosse et Patrick Garcia, Histoire et historiens en France depuis 1945, Paris, ADPF, 2004. (les introductions de l'ouvrage peuvent être consultées en ligne sur le site de « l'association pour la diffusion de la pensée française » : http://www.adpf.asso.fr/adpf-publi/folio/histoire/index.html ) ----
- [http://www.memo.fr/index.htm Mémo, le site de l'Histoire] (initiation)
- [http://www.clio.fr/CHRONOLOGIE/ Chronologies] et [http://www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/ Bibliothèque d'articles] avec des contributions d'universitaires, sur le site de la société [http://www.clio.fr/ Clio] (organisateur de conférences et de voyages culturels, sans rapport avec la revue homonyme)
- [http://www.histoire-image.org/ L'histoire par l'image 1789 – 1939], site réalisé avec le soutien de diverses institutions, dont la Réunion des Musées nationaux
- [http://www.histoirealacarte.com/ L'histoire à la carte], des cartes animées pour mieux comprendre l'histoire (site commercial)
- [http://www.passion-histoire.net/ Passion Histoire], forums dédiés à l'histoire
- [http://atheisme.free.fr/Themes/Histoire.htm Histoire] des religions et de l'athéisme.

Institutions


- [http://www.enc.sorbonne.fr/ Site de l'École nationale des Chartes]
- [http://www.msh-paris.fr/ Site de la Maison des sciences de l'Homme]
- [http://www.cnrs.fr/SHS/ Département des Sciences de l'Homme et de la Société] du CNRS

Enseignement supérieur et recherche


- [http://www.canal-u.education.fr/canalu/affiche_programme.php?vHtml=1&programme_id=95 Conférence sur l'Histoire] (vidéo l'Université de tous les savoirs) sur le site de [http://www.canal-u.education.fr/ Canal U : web television de l'enseignement supérieur et de la recherche]. D'autres conférences filmées sont disponibles aux formats REAL et AVI.
- Le site de la [http://revues.org/ Fédération de revues en sciences humaines et sociales revues.org] accueille plusieurs périodiques d'histoire en ligne, comprenant notamment :
  - les [http://ahrf.revues.org/ Annales historiques de la Révolution française]
  - les [http://ch.revues.org/ Cahiers d'histoire]
  - [http://clio.revues.org/ CLIO, revue francophone d'histoire des femmes]
  - la [http://www.revues.org/remmm/ REMM, revue des mondes musulmans et de la Méditerrannée]
  - la [http://rhr.revues.org/ Revue de l'histoire des religions]
  - la [http://rh19.revues.org/ Revue d'histoire du XIX siècle]
  - etc. À noter sur le même site, [http://album.revues.org/ l'album des sciences sociales] qui offre un répertoire de ressources très complet.
- l'[http://halshs.ccsd.cnrs.fr/ Archive ouverte en Sciences de l'Homme et de la Société] sur le site du [http://www.ccsd.cnrs.fr/ Centre pour la Communication Scientifique Directe] du CNRS propose regroupe plusieurs sites offrant des ressources, en particulier, des [http://tel.ccsd.cnrs.fr/view-thes-huss-schu-hist_fr.html thèses en histoire], disponibles sur le site [http://tel.ccsd.cnrs.fr/ thèses-EN-ligne].
- [http://www.cybertheses.org/ Cyberthèses] est un dépôt de thèses en ligne, fruit d'un projet de coopération entre les Presses de l'Université de Montréal et l'Université Lumière, Lyon 2.
-
fiu-vro:Aolugu

Linguistique


-
Au sens large, la linguistique est l'étude du langage humain ; un linguiste est donc une personne qui étudie les langues. Dans un sens plus restreint, la linguistique s'oppose à la grammaire dite traditionnelle, en ce sens que celle-ci est normative tandis que celle-là est descriptive. Alors que la grammaire juge des énoncés quant à leur adéquation à une norme donnée, la linguistique se contente de décrire. L'étude de la linguistique peut se faire selon trois axes principaux, dont les tenants et aboutissants sont décrits ci-dessous :
- études en synchronie et diachronie : l'étude synchronique d'une langue s'intéresse seulement à cette langue à un moment donné de son histoire, à un seul de ses états. Par opposition, étudier une langue — ou une famille de langues — en diachronie revient à s'intéresser à son histoire et aux changements structurels qu'elle a subis ;
- études théoriques et appliquées : la linguistique théorique étudie la création de structures permettant la description individuelle de langues ainsi que les théories tentant de cerner leurs constantes universelles ;
- études contextuelles et indépendantes : bien que les termes désignant cette dichotomie ne soient pas clairement fixés, on peut la décrire comme suit ; l'étude contextuelle s'intéresse aux interactions entre le langage et le monde, tandis que l'étude indépendante considère le langage pour lui-même, indépendamment de ses conditions extérieures. Les spécialistes sans qualifications précises qui se désignent comme des linguistes sont principalement intéressés par la linguistique indépendante, théorique et synchronique, que l'on considère souvent comme la branche principale de la discipline, et que l'on désignera ici sous le terme de linguistique théorique.

Domaines de la linguistique théorique

La linguistique théorique est souvent divisée en domaines séparés et plus ou moins indépendants :
- phonétique : étude des différents phones ou sons produits par l'appareil phonatoire humain ;
- phonologie : étude des sons pertinents, ou phonèmes, d'une langue donnée ;
- morphologie : étude de la structure interne des mots ;
- syntaxe : étude de la combinatoire des mots entre eux pour former des énoncés ;
- sémantique : étude du sens des mots et des énoncés ;
- stylistique : étude du style d'un énoncé littéraire ou non ; le style constitue-t-il un écart par rapport à une norme ?
- pragmatique : étude de l'utilisation (littérale, figurée ou autre) des énoncés dans les actes d'énonciation. Le caractère séparé de chacun de ces domaines ne fait pas forcément l'unanimité. Les linguistes, cependant, reconnaissent le plus souvent qu'aucun domaine n'est entièrement indépendant d'un autre.

Linguistique diachronique

Alors que la linguistique théorique s'attache à décrire les langues à un moment donné de leur histoire (le plus souvent le présent), la linguistique diachronique examine comment les langues évoluent au cours du temps — que ces changements concernent la prononciation (on parle alors de phonétique historique), le sens et l'histoire des mots (c'est là l'étymologie qui est concernée), voire plusieurs aspects (et l'on touche là à la linguistique) — parfois à travers plusieurs siècles. La linguistique historique jouit d'une longue et riche histoire. C'est d'ailleurs de cette branche de la linguistique que sont nées les autres approches. Elle repose sur des postulats théoriques jugés solides (comme les lois phonétiques). Une discipline comme la linguistique comparée repose principalement sur une optique historique.

Linguistique appliquée

Au contraire de la linguistique théorique, qui cherche à décrire de manière générale une langue donnée ou le langage humain, la linguistique appliquée se sert de ces recherches pour les appliquer à d'autres domaines comme l'enseignement des langues, la dictionnairique, la synthèse ou la reconnaissance vocale, ces deux dernières approches étant ensuite utilisées en informatique pour fournir des interfaces vocales, par exemple.

Linguistique contextuelle

La linguistique contextuelle est un domaine dans lequel la linguistique interagit avec d'autres disciplines. Elle étudie par exemple comment le langage interagit avec le reste du monde. La sociolinguistique, la linguistique anthropologique et l'anthropologie linguistique sont des domaines ressortissant à la linguistique contextuelle dans lesquels on étudie les liens entre le langage et la société. De même, l'analyse critique du discours est un point de rencontre entre la rhétorique, la philosophie et la linguistique. Il est ainsi possible de parler d'une philosophie du langage. D'autre part, l'étude médicale du langage conduit à des approches psycholinguistique et neurolinguistique. Enfin, appartiennent aussi à la linguistique contextuelle des domaines de recherches comme l'acquisition du langage, la linguistique évolutionniste, la linguistique stratificationnelle ainsi que les sciences cognitives.

Locuteur individuel, communautés linguistiques et caractéristiques universelles du langage

Plusieurs approches linguistiques sont possibles selon l'étendue de l'objet d'étude : certains analysent la langue d'un locuteur donné, d'autres des développements généraux sur la langue. On peut aussi étudier la langue d'une communauté bien précise, comme l'argot des banlieues ou bien rechercher les caractéristiques universelles du langage partagées par tous les hommes. C'est cette dernière approche, la linguistique générale, dont le pionnier a été Ferdinand de Saussure, qui a été élue par Noam Chomsky et qui trouve des échos en psycholinguistique et dans les sciences cognitives. On peut penser que ces caractéristiques universelles sont susceptibles de révéler des éléments importants concernant la pensée humaine en général. Voir par exemple les fonctions du langage.

Démarche descriptive, démarche prescriptive

La majorité des recherches accomplies en linguistique est purement descriptive : les linguistes cherchent à expliciter la nature du langage sans porter de jugements de valeur. Cependant, il existe un grand nombre de professionnels et d'amateurs qui ne se détachent pas d'un point de vue normatif, plus proche de celui de la grammaire. Alors que ceux-ci vont juger un énoncé selon qu'il respecte ou non le bon usage ou des règles, ceux qui suivent une démarche descriptive vont surtout chercher les origines de ces usages, des règles ou des erreurs qu'ils pourront simplement décrire comme des usages particuliers, voire comprendre que derrière une faute de langue se cache un besoin de rationalisation de la langue.

Parole et écriture

La plupart des travaux en linguistique, à l'heure actuelle, partent du principe que la langue parlée est première, et que la langue écrite n'en est qu'un reflet secondaire. Plusieurs raisons sont évoquées :
- alors que la parole est universelle, l'écriture ne l'est pas, loin de là ;
- l'apprentissage de la langue parlée est bien plus aisé et rapide que celui de la langue écrite ;
- nombre de scientifiques des sciences cognitives pensent qu'il existe dans le cerveau un module du langage qu'il n'est possible de connaître qu'à travers la langue parlée. Bien sûr, les linguistes reconnaissent que l'étude de la langue écrite est loin d'être inutile. L'étude de corpus écrits, à cet égard, est primordiale en linguistique computationnelle, les corpus oraux étant difficiles à créer et à trouver. D'autre part, l'étude des systèmes d'écriture, ou grammatologie, ressortit pleinement à la linguistique. Enfin, les langues dotées d'une tradition écrite ancienne ne sont pas imperméables à des effets rétroactifs de l'écrit sur l'oral : le mot français legs, par exemple, dans lequel le g n'est pas étymologique, est le plus souvent prononcé /lεg/, par influence de la graphie, alors qu'à l'origine on disait /le/.

Domaines de recherches de la linguistique

Phonétique, phonologie, diglossie, syntaxe, sémantique, pragmatique, étymologie, lexicologie, lexicographie, linguistique théorique, linguistique comparée, dialectologie, linguistique descriptive, typologie des langues, linguistique computationnelle, sémiotique, écriture, etc., sont parmi les domaines les plus courants.

Recherches interdisciplinaires

Linguistique appliquée, linguistique cognitive, linguistique historique, orthographe, grammatologie, cryptanalyse, déchiffrage, sociolinguistique, anthropologie linguistique, linguistique anthropologique, analyse critique du discours, psycholinguistique, acquisition du langage, traitement automatique des langues, reconnaissance vocale, reconnaissance du locuteur, synthèse vocale et, plus généralement, traitement de la parole, sont de telles disciplines.

Linguistes importants et écoles de pensée

Parmi les premiers linguistes d'importance, il convient de compter Jacob Grimm, qui, en 1822, a compris et décrit la nature des modifications phonétiques touchant les consonnes dans les langues germaniques (modifications décrites dans la loi de Grimm). À sa suite, Karl Verner, inventeur de la loi portant son nom, August Schleicher, créateur de la Stammbaumtheorie et Johannes Schmidt, qui a développé la Wellentheorie (modèle par vagues) en 1872. Ferdinand de Saussure peut être considéré comme le fondateur de la linguistique structuraliste. Le modèle formel du langage développé par Noam Chomsky, ou grammaire générative et transformationnelle, s'est développé sous l'influence de son maître, Zellig Harris, lequel suivait déjà fortement les préceptes de Leonard Bloomfield. Ce modèle s'est imposé depuis les années 1960. En France, les travaux du linguiste André Martinet, chef de file du fonctionnalisme, sont notables. La linguistique n'exclut pas forcément le grand public : témoins les ouvrages de vulgarisation d'Henriette Walter..

Représentation écrite de la parole

Il existe de nombreuses méthodes utilisées pour transcrire par écrit la parole, comme l'Alphabet phonétique international de l'Association phonétique internationale, ou API, méthode la plus commune actuellement. Celles-ci peuvent tendre à une extrême précision (on parle de transcription fine) et tenter de représenter les particularités phonétiques d'un locuteur précis, ou bien ne décrire que très généralement les oppositions fondamentales entre phonèmes d'une langue ; il s'agit là de transcription phonologique (ou phonétique large). En France, d'autres systèmes existent, comme la notation de Bourciez, propre à la phonétique historique du français et, plus généralement, des langues romanes. Chaque pays doté d'une tradition linguistique a pu développer ses systèmes de transcription. C'est pourtant l'API qui, aujourd'hui, prédomine dans la recherche. Lorsqu'il n'est pas possible d'utiliser l'API pour des raisons techniques, il existe plusieurs méthodes permettant de transcrire l'API dans un système n'utilisant que des caractères présents dans tous les jeux de caractères, comme le SAMPA. Consulter aussi cette liste de méthodes de transcription.

Vers une conception plus étroite de la linguistique

Les termes de linguistique et linguiste ne sont pas toujours appliqués de manière aussi large que vu plus haut. Dans certains contextes, principalement universitaires, de meilleures définitions pourraient être, respectivement, « discipline que l'on étudie dans les départements relevant de la section 07 du Conseil National des Universités ([http://www.education.gouv.fr/personnel/enseignant_superieur/enseignant_chercheur/cnu.htm CNU]) » et « enseignant-chercheur d'un tel département ». La linguistique ainsi considérée ne renvoie pas à l'apprentissage des langues étrangères (à moins que cet apprentissage ne permette de créer des modèles formels de description des langues). Elle n'inclut pas non plus l'étude littéraire. En règle générale, il convient de prendre conscience qu'un linguiste n'est pas forcément un polyglotte. En effet, la maîtrise complète d'une langue n'est pas une condition nécessaire (ni même suffisante) pour étudier et décrire certains aspects de son fonctionnement (c'est, par exemple, le cas en phonétique, où l'étude de la production des sons d'une langue n'implique pas la connaissance de sa syntaxe). Lorsqu'un linguiste s'intéresse à une langue dont il n'est pas particulièrement familier, il consulte généralement des locuteurs natifs, que l'on appelle des informateurs.

Articles connexes


- :catégorie:Linguistique
- liste des linguistes célèbres ;
- histoire de la linguistique ;
- notions fondamentales en linguistique ;
- liste des notions utilisées en linguistique ;
- philologie ;
- psycholinguistique ;
- structuralisme ;
- liste de langues par ordre alphabétique ;
- technesthésie.

Liens externes


- [http://www.ethnologue.com/web.asp Ethnologue: base de données sur les langues] du SIL
- [http://ocw.mit.edu/OcwWeb/Linguistics-and-Philosophy/index.htm Cours en ligne du MIT]
- [http://fr.groups.yahoo.com/group/parislinguists/ Liste de diffusion des informations sur la linguistique à Paris]
- [news:fr.sci.linguistique Forum Usenet francophone]
- [news:sci.lang Forum Usenet] et sa [http://www.zompist.com/langfaq.html FAQ]
- [http://groups.google.fr/groups?q=fr.lettres.langue Forums Usenet francophones sur les langues vivantes]
- [http://www.univ-ag.fr/gerec-f/points_de_depart_recherche/ Guide sur la recherche d'informations en sciences du langage]
- [http://www.linguistlist.org/ Listes de diffusion (en anglais)]
- [http://www.tlfq.ulaval.ca/axl Site québécois sur l'aménagement linguistique dans le monde (une mine d'informations)].

Bibliographie


- Vera Carvalho, Linguistique, Presses Universitaires France, 1980 (ISBN 2130363547) ;
- Ferdinand de Saussure (et al.) (1995), Cours de linguistique générale, Payot, 1995 (ISBN 2228889423) ;
- Sylvie Durrer (1998), Introduction à la linguistique de Charles Bally, Delachaux & Niestlé, 1998, (ISBN 2603010883) ;
- Catherine Fuchs, Pierre Le Goffic, Les linguistiques contemporaines, Hachette, 1992 (ISBN 2-01-016909-3) ;
- Nathalie Garric, Introduction à La Linguistique, Hachette, 2001 (ISBN 2011454603) ;
- Jacques Lerot, Précis de linguistique générale, Minuit, 1993 (ISBN 2707314587) ;
- Mortéza Mahmoudian, La linguistique, Seghers, 1981 (ISBN 2221008367) ;
- Dominique Maingueneau, Aborder la linguistique, Seuil, 1996 (ISBN 2020230313) ;
- André Martinet, Eléments de linguistique générale, 4 édition, Armand Colin, 1996 (ISBN 2200265735) ;
- Jacques Moeschler, Antoine Auchlin, Introduction à la linguistique contemporaine, 2 édition, Armand Colin, 2000 (ISBN 2200251246) ;
- Jean Perrot, Linguistique, Presses Universitaires de France, 1993 (ISBN 2130427723) ;
- Gilles Siouffi, Dan van Raemdonck, 100 fiches pour comprendre la linguistique, Breal, 1999 (ISBN 2842914538) ;
- Olivier Soutet, Linguistique , Presses Universitaires de France, 1997 (ISBN 2130471862) ;
- Joseph Vendryes, Le langage, Albin Michel, 1985 (ISBN 2226047441). fiu-vro:Keeletiidüs ja:言語学 ko:언어학 th:ภาษาศาสตร์ zh-min-nan:Gí-giân-ha̍k

Grammaire

Catégorie:Grammaire Catégorie:Norme La grammaire est l'étude des règles qui régissent une langue permettant de construire des énoncés reconnus corrects par les locuteurs natifs d'une langue donnée. Elle comporte plusieurs disciplines :
- phonétique ;
- phonologie ;
- morphologie ;
- syntaxe ;
- sémantique. Par extension, on nomme aussi grammaire l'ensemble des règles qui permettent de construire des énoncés dans une langue donnée voire un manuel ou un ensemble de documents décrivant ces règles. On oppose souvent la grammaire à la linguistique en ce sens que celle-là est normative (elle indique comment construire des énoncés qui répondent à une norme, souvent littéraire) tandis que celle-ci est descriptive (elle se contente de décrire sans juger la validité des énoncés quant à la norme). Dans les faits, les deux disciplines se mêlent plus et l'approche normative seule (listes de Dites / ne dites pas, faites / ne faites pas) est considérée stérile ou réservée à un apprentissage superficiel de la langue. La linguistique et l'informatique utilisent la notion de grammaire formelle, qui précise les règles de syntaxe d'un langage.

Grammaires de langues


- grammaire anglaise ;
- grammaire de l'anglais basique ;
- grammaire espagnole ;
- grammaire de l'espéranto ;
- grammaire française :
  - propositions indépendantes, principales et subordonnées, propositions subordonnées relatives, rectifications orthographiques
- grammaire du grec ancien :
  - déclinaisons du grec ancien,
  - conjugaisons du grec ancien.
- grammaire italienne ;
- grammaire japonaise :
  - pronoms personnels japonais,
  - verbe en japonais,
  - particule en japonais,
- grammaire du latin :
  - déclinaisons latines,
  - conjugaisons latines,
- grammaire du mandarin :
  - suffixe -er,
- grammaire occitane ;
- grammaire du vietnamien Lien externe :
- [http://www.gratiswebsite.de/members/benedictkalus grammaire de la langue italienne et romanche]

Articles connexes


- Linguistique ;
- langue normée ;
- liste de notions et termes grammaticaux
- OuGraPo.

Lien externe


- [http://angli02.kgw.tu-berlin.de/call/webofdic/grammars.html Liste anglophone de sites webs consacrés à la grammaire].
- [http://www.les-dictionnaires.com Annuaire de dictionnaires] Mieux comprendre la grammaire française als:Grammatik ja:文法 simple:Grammar th:ไวยากรณ์

Stylistique

La stylistique est une discipline issue de la rhétorique et de la linguistique. Elle vise à étudier le caractère de littérarité d'un texte, c'est-à-dire la fonction du texte qui va au-delà de la simple transmission d'informations. Par exemple, elle s'interrogera sur la pertinence et l'efficacité des figures de style employées (métaphores, métonymies, litotes, etc).

Épigraphie

L'épigraphie est l'étude des inscriptions sur des matières non putrescibles, comme la pierre (on parle alors dinscriptions lapidaires), le métal ou l'argile. Cette science est particulièrement importante pour l'histoire de l'Antiquité, le corpus d'inscriptions gravées étant très important par rapport à ce que nous apportent les sources littéraires.

Inscriptions célèbres

Afrique

Asie


- Mésopotamie
  - Code d'Hammourabi
- Inde
  - Édits d'Ashoka

Europe


- Épigraphie latine
- France
  - Tables Claudiennes (Lyon)

Recueil de textes épigraphiques

En latin : le
CIL (Corpus Inscriptionum Latinarum), créé par Theodor Mommsen au , et constamment mis à jour depuis, il regroupe l'ensemble des inscriptions latines retrouvées dans le monde entier ; En grec : le CIG (Corpus inscriptionum Græcarum) devenu les Inscriptiones Græcæ

Voir aussi

Articles connexes


- Paléographie, papyrologie ;
- boustrophédon, stoïchédon ;
- écriture ; décoration épigraphique arabe.

Liens externes


- Épigraphie grecque et latine : l'[http://asgle.classics.unc.edu ASGLE] ; (association américaine) EpigraphieEpigraphie


Édition (document)

L'édition (du latin editio, « action de produire, faire paraître au jour ») est le processus par lequel un éditeur rend accessible un document, notamment des livres, des périodiques, de la musique ou des logiciels. Dans le monde du cinéma, le rôle de l'éditeur est tenu par le producteur.

Le métier d'éditeur

L'édition est un métier à valeur intellectuelle et économique. L'éditeur sélectionne, parmi les nombreux manuscrits qu'il reçoit, ceux qu'il juge dignes d'être publiés. Ce jugement se fonde sur les qualités stylistiques qu'il prête au texte, sur son originalité, mais aussi sur le succès que pourrait connaître, selon lui, le livre et donc sur la rentabilité de l'opération éditoriale. Lorsque l'éditeur pense qu'il existe une demande du public pour un certain type de livre, il peut également rechercher un auteur auquel il passera une commande d'écriture. L'éditeur prend l'essentiel du risque financier de l'édition et en tire également l'essentiel des bénéfices. C'est lui qui coordonne le parcours de la « chaîne du livre » et, souvent, qui établit également le programme financier intégrant les coûts prévus et les gains espérés. Ensuite, l'éditeur confie le destin du livre au diffuseur et au distributeur qui eux-mêmes s'en remettent aux soins du libraire.

La « chaîne du livre »


- De l'auteur à l'éditeur : Le manuscrit, qu'il soit envoyé par l'auteur ou demandé par l'éditeur, est sélectionné. L'éditeur indique les éventuelles modifications qui conditionneront sa parution.
- De l'éditeur à la version finale : Plusieurs étapes sont nécessaires afin de corriger le manuscrit, de l'adapter à la collection dans laquelle il s'inscrit, de le rendre parfaitement lisible. Les procédés varient mais, le plus souvent, un premier correcteur a pour mission de dénicher les moindres erreurs et fautes, qu'elles soient de fond, de cohérence, d'orthographe ou de typographie. L'éditeur et l'auteur valident les premières corrections. Un traducteur ou un illustrateur peuvent également intervenir avant toute correction. L'éditeur fait ensuite appel à un préparateur de copie qui « nettoie » le document (suppression de toutes les mises en pages préliminaires, indication des niveaux de titre, etc.). Si nécessaire, il prépare le paratexte (bibliographie, index, sommaire, notes,...).
- Du texte au livre : un metteur en page récupère le texte validé afin de l'intégrer dans une mise en page préparée pour une collection ou qu'un graphiste aura dessinée au préalable. Dans le cas d'un livre illustré ou qui comprend de nombreux niveaux de titres, l'éditeur prépare un « chemin de fer », c'est-à-dire un plan page à page de l'ouvrage. Une fois prêt, le livre est à nouveau relu (la lecture sur épreuve) par un nouveau correcteur, l'éditeur et l'auteur. Ces deux derniers participants signent ensuite un bon à tirer qui valide la version finale.
- De l'exemplaire unique aux multiples : le fichier informatique est envoyé à l'imprimeur qui sort une première copie (traceur, ozalide, Cromalin, entre autres). Les dernières corrections sont apportées afin de valider l'impression finale. La quantité du tirage et les choix d'impression (papier, couverture, matériaux divers et qualité de l'impression) sont définis par l'éditeur en fonction du public concerné et du tarif de l'ouvrage.

Activité intellectuelle

Dans des domaines comme la paléographie, l'épigraphie et la philologie, l'éditeur retrouve son sens premier : il est celui qui propose l'édition d'un texte, c'est-à-dire la version écrite, amendée, retouchée, corrigée et souvent annotée sur un support moderne d'un texte ancien dont la lecture directe n'est pas possible au commun (parce que le texte est dans une écriture ancienne et suit des conventions connues des seuls spécialistes, parce qu'il n'existe pas une seule version du texte, etc.) Pour plus de détails sur le processus d'édition philologique, consulter paléographie (la transcription des textes anciens étant le plus souvent la démarche préalable à toute édition critique). Dans un sens plus large lié au précédent, l'éditeur est celui qui modifie un texte moderne pour le rendre plus accessible ou utilisable dans un contexte donné, par l'ajout de paratexte, par des coupes, etc.

Bibliographie


- Marc Autret, 150 questions sur l'édition - antisèches à l'usage des auteurs, éd. L'Oie plate, Paris, 2005. Disponible ici : [http://marcautret.free.fr/autret/150q.php 150 questions], ISBN 291608200X.
- André Schiffrin, l'Édition sans éditeurs, éd. La Fabrique, Paris, 1999.
- André Schiffrin, le Contrôle de la parole, éd. La Fabrique, Paris, 2005.

Voir aussi

Articles connexes


- Liste des maisons d'édition par pays
- :Catégorie:Éditeur
- :Catégorie:Maison d'édition

Liens externes


- [http://www.editeur.info/ Editeur Info] (actualité et annuaire des maisons d'édition françaises)
- [http://www.sne.fr Syndicat national de l'édition]
- [http://www.electre.com Electre] (une base bibliographique de référence)
-
Edition ja:編集者

Codicologie

catégorie:littérature La codicologie (mot imaginé par le philologue Alphonse Dain) est l'étude des manuscrits reliés en codex en tant qu'objets. Le codex s'apparente aux livres modernes, dont on peut feuilleter les pages. Il est apparu dans le monde occidental dans le courant du après J.-C. Il a peu à peu supplanté le volumen, ou volume, qui était la présentation traditionnelle des livres, sous forme de rouleau qu'on déroulait pour pouvoir lire le texte. Distincte de la paléographie, qui s'occupe de l'écriture, la codicologie s'intéresse au codex d'un point de vue matériel, afin de mieux comprendre l'histoire du texte (ou des textes) qui est parvenu jusqu'à nous. C'est ainsi qu'elle passe en revue les techniques de fabrication et les divers accidents qui ont pu affecter ces ouvrages :
- Reliure de deux manuscrits en un seul, ou, au contraire division d'un seul en plusieurs.
- Insertion, suppression et interversion de cahiers (un cahier est une seule feuille qui, pliée, forme plusieurs folios, chacun portant deux pages - recto et verso),
- Numérotation et renumérotation des folios (le plus souvent) ou de pages
- Marques employées par les créateurs du codex pour répartir le travail entre plusieurs copistes
- Accidents destructifs (vers, incendie, corrosion, taches, etc.). Au , Paul-Louis Courier se rendit célèbre dans le milieu des philologues en provoquant une énorme tache d'encre sur un manuscrit particulièrement précieux des Pastorales de Longus. Bien entendu, la codicologie s'intéresse aussi aux types de support (papier, parchemin), à la taille des codex, à leur couverture... Catégorie:Philologie ____________________ Lien externe :
- Blog [http://www.pecia.tooblog.fr/ : Le manuscrit médiéval]
- Le Vocabulaire codicologique de D. Muzerelle : [http://vocabulaire.irht.cnrs.fr/vocab.htm]

Paléographie

La paléographie (du grec palaios, « ancien » et graphein, « écrire ») est l'étude des textes manuscrits anciens, indépendamment de la langue utilisée (grec ancien, latin classique, latin médiéval, ancien français, français classique, etc.) La paléographie est une discipline préalable à la philologie, qui se caractérise surtout par deux difficultés : d'une part, la graphie d'une même écriture ayant constamment évolué (écriture caroline, écriture gothique, etc.), il faut savoir déchiffrer les caractères qui constituent les textes de ces manuscrits. D'autre part, les manuscrits comportent nécessairement des abréviations servant à gagner de la place — à raison d'une peau de mouton par page, il fallait posséder un beau troupeau pour produire une Bible, même abrégée. Le paléographe doit donc connaître les abréviations courantes. L'esperluette, par exemple, est à l'origine l'une de ces abréviations, comme le tilde. Ces connaissances permettent au paléographe de transcrire le document, c'est-à-dire d'en produire une copie moderne en rétablissant les abréviations. Ce travail est particulièrement important pour les textes en latin car les abréviations portent fréquemment sur les finales, or la déclinaison du mot latin se particularise par l'usage de finales différentes.

L'édition critique d'un texte

Le paléographe fournit des éditions critiques et philologiques de textes à partir de sources anciennes (il ne faut pas perdre de vue que par « textes anciens », on entend des textes tout autant antiques que médiévaux, sachant que l'écrasante majorité des textes antiques nous ont été transmis, indirectement, par les scribes médiévaux). Quand il n'existe qu'une seule source, son travail se « limite » à une transcription. Dès que plusieurs sont disponibles (ce qui est souvent le cas pour des textes et auteurs célèbres), il lui faut aussi établir la généalogie des manuscrits, c'est-à-dire déterminer quels sont les plus anciens et quels sont les copies de ces premiers manuscrits : on entre là dans la philologie proprement dite. En effet, le travail du copiste médiéval a entraîné de très nombreuses erreurs et les sources ne sont presque jamais identiques. Son édition devra, autant que faire se peut, retrouver le texte original, ce qu'il obtient en confrontant toutes les variantes des textes (on parle aussi de « leçons »), sachant que les copies (et les copies de copies) sont généralement plus fautives (erreurs du copistes telles que des mots mal écrits, des lignes sautées, des mots répétés, d'autant plus fréquentes quand le copiste ne maîtrise pas la langue du manuscrit qu'il a recopié), parfois émaillées d'interpolations (ajouts au texte qui ne sont pas forcément signalés comme tel), de scholies et autres modifications. Au final, son édition est une synthèse de ce qu'il considère être la version la plus juste. Une édition critique se compose donc du texte considéré original et, pour les éditions universitaires, d'un apparat critique et de notes indiquant les autres leçons des manuscrits utilisés, le plus souvent rédigées sous forme d'abréviations. On trouve aussi dans le texte lui-même les indications typographiques signalant les lettres difficilles à lire (signalées par le point souscrit), les lacunes (signalées par l'astérisque), les interpolations (par l'obèle), les passages supprimés (par les crochets), et ceux ajoutés (par les chevrons). Actuellement, le travail de transcription ayant souvent déjà été fait, les éditeurs de textes anciens peuvent se contenter de la partie philologique proprement dite de confrontation des sources.

Autres disciplines

La paléographie doit être distinguée de l'épigraphie, l'étude des inscriptions, qui, elles, peuvent remonter à la plus haute Antiquité. La papyrologie, quant à elle, est une discipline-fille de la paléographie, qui se distingue par le support (papyrus contre codex manuscrits), plus fragile et bien moins lisible à cause des dégâts du temps.

Articles connexes


- Glossaire de diplomatique et de paléographie
- apparat critique (et obèle, crochets, chevrons, astérisque, point souscrit) ;
- philologie ;
- codex, papyrus ;
- écriture (et histoire de l'alphabet grec, de l'alphabet latin) ;
- épigraphie, papyrologie.
- Lectio difficilior potior Paléographie

Synonyme

Catégorie:Lexicologie Catégorie:Sémantique La synonymie est un rapport de proximité sémantique entre des mots d'une même langue. Des termes liés par synonymie sont des synonymes. Il existe un postulat qui explique qu'il ne peut pas exister de synonymes parfaits, auquel cas la langue ferait disparaître l'un des termes, devenant alors inutile. Dans les faits, il y a toujours une différence, aussi minime soit elle, entre des synonymes, qu'elle soit liée au signifié lui-même, aux connotations véhiculées (nuance méliorative, péjorative, laudative, etc.), au registre de langue ou encore au contexte d'emploi des mots. En règle générale, le lien de proximité réside dans la seule dénotation des termes liés. Voici une liste de synonymes liés à des notions :
- synonymes concernant les arts et la littérature,
- synonymes concernant l'économie,
- synonymes concernant l'informatique,
- synonymes concernant les langues,
- synonymes concernant les pays,
- synonymes concernant les sciences et
- synonymes concernant les villes.

Articles connexes

Lien externe


- [http://elsap1.unicaen.fr/cgi-bin/cherches.cgi http://elsap1.unicaen.fr] Le dictionnaire des synonymes de l'Université de Caen. Complet et fonctionnel.
- [http://www.les-dictionnaires.com Annuaire de dictionnaires] Contient une rubrique synonymes ja:類義語 simple:Synonym

Linguistique comparée

La linguistique comparée (ou encore linguistique historique ou grammaire comparée) est une discipline de la linguistique qui étudie l'histoire et l'évolution des langues (prises individuellement) ou des familles de langues. C'est une discipline éminemment diachronique. La linguistique comparée procède de la philologie, terme qui, parfois, doit être compris comme un synonyme bien que les deux disciplines soient différentes. La principale méthode de travail repose sur la comparaison, entre les différents états d'une même langue ou entre des langues différentes mais issues d'un même ancêtre. Elle permet, en relevant des concordances régulières phonétiques, syntaxiques et, plus rarement, sémantiques, d'établir des parentés entre les langues. Elle a donc comme premier objet d'étude les similarités formelles révélées par ces comparaisons. C'est la linguistisque comparée qui permet donc d'établir de manière scientifique l'existence des familles de langues qu'on dit alors liées par des relations génétiques ; elle étudie ainsi :
- comment une langue-mère donne naissance à ses langues-filles ;
- la nature des liens entre la langue-mère (parfois disparue) et les langues-filles ;
- les innovations et les similarités qui subsistent entre les langues-filles elles-mêmes, etc. Par exemple, elle permet de savoir que bien que d'apparence très proches (par l'écriture et le lexique), deux langues comme l'arabe et le persan n'ont aucun lien de parenté, mais que ce dernier est de la même grande famille que le français ou encore, plus lointainement, l'islandais. Elle s'intéresse donc avant tout aux évolutions connues par ces langues au cours de leur histoire, qu'elles soient sémantiques, phonétiques, phonologiques, lexicales, syntaxiques, etc. La branche la plus importante de la linguistique comparée est cependant la phonétique historique, seule discipline portant sur des évolutions que l'on peut décrire de manière formelle et objective et seule encore permettant d'affirmer qu'un mot B provient bien d'un mot A ou que des mots B, C et D sont tous dérivés d'un étymon commun A et sont donc liés historiquement. L'étymologie est, en sorte, le résultat d'une démarche comparative : c'est par une telle démarche qu'il faut passer pour savoir qu'un mot français comme legs ne vient pas, malgré la graphie fautive due à l'étymologie populaire, de léguer mais de laisser. La reconstitution d'étymons à l'origine de mots tirés de différentes langues-sœurs, quant à elle, demande une démarche comparative encore plus forte. Il faut en effet trouver le signifié originel d'un terme à partir de ses résultats dans les langues en question, signifié originel qui, en se transmettant dans des langues dont l'évolution est autonome (et l'on sait que l'évolution sémantique ne suit aucune règle précise), a pu se modifier dans des proportions importantes. Parmi les principales familles de langues étudiées par la linguistique comparée, on peut citer les langues indo-européennes, sémitiques, chinoises, nigéro-congolaises ou encore austronésiennes, qui forment de très vastes familles. La linguistique comparée des langues indo-européennes est, de loin, la plus développée des trois possibilités. Outre l'établissement de familles de langues, la linguistique comparée permet surtout la reconstruction d'une langue-mère préhistorique (c'est-à-dire non attestée directement au moins par l'écriture) au moyen des seules traces qu'elle a laissées dans ses langues-filles historiques (traces qui sont les points de convergence des différentes similitudes). Elle autorise à reconstituer, de manière parfois floue et supposée, mais toujours en suivant des méthodes scientifiques, des ancêtres lointains comme l'indo-européen ou le chinois archaïque (pour ce dernier, il convient de noter que si c'est une langue d'époque historique, son sytème phonétique et phonologique est cependant dissimulée par l'écriture chinoise ; ainsi, la phonétique historique comble ces lacunes). Le postulat principal est le suivant : si, dans des langues A, B, C, et D qu'on sait génétiquement liées, on retrouve par comparaison une caractéristique données (lexicale, morphologique, phonétique, etc.), il est probable que cette caractéristique provienne de la langue-mère. C'est par le recoupement de toutes ces caractéristiques partagées que l'on peut obtenir une image lointaine de la langue-mère, le grand nombre de points communs permettant de rejeter la possibilité d'une stricte coïncidence (comme les mots faussement apparentés). Bien évidemment, la reconstruction des langues-mères permet de confirmer l'existence des familles de langues, et inversement. Les deux objets d'étude en question sont intrinsèquement liés. Catégorie:Linguistique ja:比較言語学 ko:비교언어학

Friedrich Wilhelm Nietzsche

Friedrich Wilhelm Nietzsche, philosophe allemand né le 15 octobre 1844 à Röcken, Prusse, près de Leipzig, et mort le 25 août 1900 à Weimar (Allemagne). __NOTOC__

Biographie

Allemagne → Article détaillé : Biographie de Friedrich Nietzsche Nietzsche naît dans une famille luthérienne. Il perd son père à cinq ans (1849) puis son frère l'année suivante, ce qui l'affecte profondément. Sa mère le destine tout d'abord à des études de théologie en séminaire pour être pasteur comme son grand-père et son père. Mais il perd la foi et choisit des études classiques de philologie à Pforta, puis monte à Bonn et à Leipzig : « Un autre signe distinctif des théologiens est leur incapacité philologique. J'entends ici par philologie (…) l'art de bien lire — de savoir distinguer les faits, sans les fausser par des interprétations, sans perdre, dans le désir de comprendre, la précaution, la patience et la finesse. » (L'Antéchrist). Pendant ses études à l'université de Leipzig, la lecture de Schopenhauer (Le Monde comme volonté et comme représentation, 1818) va constituer les prémices de sa vocation philosophique. Il lit également Emerson. C'est là aussi qu'il rencontre Wagner. Élève brillant, doué d'une solide éducation classique, Nietzsche est nommé à 25 ans professeur de philologie à l'université de Bâle. Il devient alors apatride (cf Janz, Nietzsche I, p 230) ayant renoncé à la nationalité prussienne et n'ayant jamais pu faire la demande de la nationalité suisse. Il développe pendant dix ans son acuité philosophique au contact de la pensée de l'antiquité grecque — avec une prédilection pour les Présocratiques, en particulier pour Héraclite et Empédocle, mais il s'intéresse également aux débats philosophiques et scientifiques de son temps (citons par exemple Lange et Hartmann). Pendant ses années d'enseignement, il se lie d'amitié avec Jacob Burckhardt et Richard Wagner (dont il serait un parent éloigné, selon Janz, in Nietzsche, tome I, I, §2). En 1870, il s'engage comme infirmier volontaire dans la guerre franco-allemande. L'expérience de la violence et de la souffrance le choque profondément. Vers 1875, Nietzsche commence à se détacher de Wagner, comme on le lit dans sa quatrième considération intempestive ; Wagner le prend de haut et déçoit de plus en plus Nietzsche qui préfère fuir Bayreuth et son milieu qui lui répugne. Quand Wagner reçoit Humain, trop humain, Cosima écrit dans son journal : "Je sais qu'ici le mal a vaincu." En 1878, Nietzsche obtient une pension car son état de santé l'oblige à quitter son poste de professeur. Commence alors une vie errante à la recherche d'un climat favorable aussi bien à sa santé qu'à sa pensée (Venise, Gênes, Turin, Nice - où il sera en même temps que Guyau sans le savoir vers 1888, Sils-Maria...) : « Nous ne sommes pas de ceux qui arrivent à former des pensées qu'au milieu des livres — notre habitude à nous est de penser en plein air, marchant, sautant, grimpant, dansant (…). » En 1882, il rencontre Paul Rée et Lou Andreas-Salomé qu'il demande en mariage et qui se refuse à lui, après lui avoir fait espérer des sentiments réciproques. Ce refus le désespéra profondément, lui qui, malgré ses critiques contre les femmes, sentait le besoin d'une compagne qui le comprenne. Il comprend alors que sa vie est vouée à la solitude. La même année, il commence à écrire Ainsi parlait Zarathoustra lors d'un séjour à Nice. Nietzsche ne cesse d'écrire avec un rythme accru. Cette période prend brutalement fin le 3 janvier 1889 avec une « crise de folie » qui, perdurant jusqu'à sa mort, le place sous la tutelle de sa mère et de sa sœur. Au début de cette folie, Nietzsche semble s'identifier aux figures mythiques et mystiques de Dionysos et du Christ, symboles pour lui de la souffrance et de ses deux interprétations les plus opposées. Selon le témoignage d'un de ses amis venu le chercher à Turin, Nietzsche est alors encore capable d'improviser au piano de bouleversantes mélodies ; pendant quelques temps, il sera encore capable de tenir des conversations, mais celles-ci, selon son ami Overbeck, sont stéréotypées et Nietzsche ne semble capable que d'évoquer certains souvenirs. Il prononcera encore quelques phrases, comme ce jour où, sur une terrasse ensoleillée, il s'adresse à sa sœur : « N'ai-je pas écrit de beaux livres ? » ; il notera encore quelques phrases plus ou moins cohérentes comme celle-ci : "Maman, je n'ai pas tué Jésus, c'était déjà fait." Sa mère était en effet très pieuse, et les différends de Nietzsche avec elle en matière de religion remontent à l'adolescence. Puis, au bout de quelques années, il sombre dans un silence presque complet jusqu'à sa mort. Quand Overbeck le revoit pour la dernière fois, en 1892, Nietzsche lui apparaît dans un état végétatif. Une légende veut qu'il ait contracté la syphilis. Des études récentes penchent plutôt pour un cancer du cerveau. L'autopsie du père de Nietzsche avait déjà montré la présence d'une tumeur au cerveau. On ne peut donc parler d'une maladie héréditaire. Cependant, les témoignages rassemblés par Janz montrent que plusieurs proches de Nietzsche étaient des "originaux", et quelques uns étaient malades des nerfs. Nietzsche a rapporté le témoignage de sa tante Rosalie, selon laquelle le père de Nietzsche fut soudain atteint de troubles mentaux, qu'il devint incapable de parler, avant de mourir quelques mois plus tard. Sa sœur, Elisabeth, fervente admiratrice de Guillaume, puis ayant adhéré au parti nazi et rencontré Hitler, utilisera et manipulera certains extraits de ses textes après sa mort afin de soutenir une cause nationaliste et antisémite. Elle écrivit également un livre sur son frère ; au delà de la volonté hagiographique de cette œuvre, la critique historique a établi qu'Elisabeth procéda à des falsification des œuvres de jeunesse, des lettres et des fragments posthumes de son frère. Ainsi, lorsque Nietzsche écrit dans un fragment que l'importance de Napoléon est restreinte par les nationalismes qu'il suscita, Elisabeth corrige le texte et lui fait dire que l'importance de Napoléon est justifiée par ces nationalismes.

Les principales notions de la philosophie de Nietzsche

antisémite Afin d'introduire à cet article, voici les notions qui sont considérées comme fondamentales par la plupart des commentateurs (Martin Heidegger, Gilles Deleuze, etc.).
- La volonté fondamentale n'est pas la volonté de vivre, ni une volonté de persister dans son être (cf. Spinoza) mais la volonté de puissance, notion qui désigne la structure d'un devenir-plus qui s'approprie ce qui lui résiste en le transformant. : Nietzsche prend par exemple en compte la volonté qui se cache derrière le philosophe, et inscrit le discours de la vérité dans la vie, dans la pratique humaine, comme symptôme d'un affect primitif, i.e. d'une structuration des instincts au cours de l'existence.
- La conception généalogique de la morale : la morale est un symptôme, les différentes morales (plus ou moins hautes) ne sont que l'expression de la vie (en plus ou moins bonne santé) et du sentiment de puissance qui les produit. :- Importance de l'inconscient : il critique l'importance de la conscience chez les philosophes, et met l'accent sur l'organisme et les fonctions physiologiques (digestion, système nerveux, etc.) comme éléments influents la tonalité (Stimmung) de notre être au monde. :- Les morales sont historiques, elles se succèdent dans le temps, par des révolutions morales provoquées par des prophètes. Ainsi la morale des nobles (bon / mauvais) a été renversée par la morale (judéo-chrétienne) des esclaves (bon / méchant) et la mort de Dieu annonce la mort prochaine de cette morale chrétienne, qui persiste comme idéal démocratique et désir de vérité. :- Outre la morale, le devenir historique inclut l'homme lui-même : l'homme doit être dépassé au profit du Surhomme, c'est-à-dire une sorte d'artiste philosophe qui se caractérise par sa capacité à donner son assentiment à tous les aspects du monde : il ne connaît pas la mauvaise conscience, il est tout entier affirmation du monde et de sa volonté de puissance qui se manifeste comme recherche de hauteur et de raffinement.
- Conception de l'art : d'une manière très générale, l'art est création de formes utiles à la vie. Cela inclut notamment le travail des sens. L'art doit être entendu comme ce qui résulte de l'activité créatrice. L'activité de création est essentielle, c'est une base de ce qu'est le sur-humain chez Nietzsche. C'est par la création que l'on teste, que l'on évolue, que l'on édifie soi et le monde autour de soi. L'art est aussi une falsification nécessaire à la vie, car il jugule les effets nocifs de la connaissance pure : la connaissance seule et isolée conduit à l'apathie, à la stérilité, à la froideur. Après la fracture d'avec Wagner, Nietzsche se met à rejeter l'intuition et la vitalité (source de la création). Il comprend vite que cette orientation est contraire à l'expansion de la vie : La création et l'art sont nécessaire, ils incarnent la vitalité. Cette défiance face à l'isolement dans la seule connaissance, Nietzsche la résume lorsqu'il écrit : « Nous avons l'art pour ne pas mourir de la vérité ». Le sur-humain est l'individu qui possède la connaissance la plus lucide et la plus détachée du monde, et en même temps la vitalité et la force de création la plus joyeuse.
- L'idée d'éternel retour : qui est une pensée sélective en ce sens qu'elle exprime le nihilisme le plus extrême (i.e. absence absolue de sens). Avec l'éternel retour, Nietzsche propose un rapport au temps différent de ce qu'il est à son époque (la vision que l'on a du temps est jusqu'alors sous l'influence du christianisme). Nietzsche propose de ne plus voir le temps comme infini et en ligne droite, mais de le considérer comme cyclique et fermé. Il s'agit de vivre sa vie en s'imaginant la revivre des milliers de fois. Ce qui veut dire que vivre ne peut se faire de manière indéfinie et immortelle. Le rapport au temps que propose l'image de l'éternel retour oblige à l'action concrète (car le temps de la vie n'est pas infini) et il oblige à la sélection dans la manière de vivre (il faut faire ce qui plait vraiment, ce qui nous convient, car cela reviendra). Le moyen de savoir ce qui nous convient est de s'imaginer revivre une action des centaines de fois. Si cette action est dans notre caractère, on pourra la revivre toujours avec le même plaisir. Nietzsche reprend la phrase de Pindare : "Il faut devenir ce que l'on est". La liberté pour Nietzsche est issue des grecs : la seule liberté réside dans l'acceptation de son propre devenir qui est à découvrir individuellement.
- Le surhumain, qui résulte d'un renforcement de l'homme (opposé à l'idée d'une amélioration morale) devenu capable de transformer le nihilisme et de la dépasser par la création de valeurs nouvelles - par-delà bien et mal. Philosophe dionysiaque — c'est-à-dire, selon sa propre définition, « qui accepte même les qualités les plus effroyables et les plus équivoques de l'existence » - Nietzsche a vécu comme il a pensé avec « le sentiment de l'union nécessaire entre la création et la destruction. » Dans la suite de cet article, les notions les plus importantes sont exposées comme un tout. Cela ne signifie pas qu'elles forment un système fermé : toutes les notions de Nietzsche sont le résultat de reflexions qui s'étendent sur plusieurs décennies. Pour prendre connaissance de l'évolution de ces concepts, il faut lire l'ensemble des fragments posthumes, d'autant que Nietzsche n'a pas voulu publier toute sa pensée dans ses livres. La seule lecture des œuvres publiées de son vivant est donc insuffisante.

Volonté de puissance et connaissance

→ Voir aussi : Volonté de puissance Le concept de Volonté de puissance est l'un des concepts centraux de la pensée de Nietzsche, dans la mesure où il est pour lui un instrument de description du monde. C'est en ce sens un concept métaphysique, puisqu'il qualifie l'étant en sa totalité (selon Heidegger et Müller-Lauter) : :« l'essence la plus intime de l'être est la volonté de puissance. » (FP, XIV, 14 (80)). Ce fragment résume la philosophie de Nietzsche et son projet de réévaluer les valeurs traditionnelles de la métaphysique à partir d'une nouvelle perspective, ce qui doit entraîner selon lui l'abolition des valeurs idéalistes, en particulier celles du christianisme. Si cette phrase a une apparence métaphysique, dans la mesure où elle paraît énoncer par une définition ce que c'est que l'être des choses, Nietzsche ne parle pourtant pas de ce qu'est l'être en lui-même, mais de ce qu'il en est de son intériorité telle que nous pouvons l'interpréter. Ainsi la volonté de puissance n'est-elle pas un « fondement » ou une « substance » (ousia en grec). La volonté de puissance est une interprétation de la réalité, interprétation qui prend de multiples dimensions, telles que l'éternel retour et le Surhomme. Une telle compréhension exclut principalement toute recherche d'un inconditionné derrière le monde, et de cause derrière les êtres, car c'est en tant que nous interprétons que nous concevons le monde comme Volonté de puissance : ainsi, l'énoncé sur l'essence doit-il être rapporté au perspectivisme pour éviter de faire de la Volonté de puissance une substance ou un être. Ceci suppose que d'autres interprétations sont possibles. Le but de Nietzsche est de saper par ce concept les fondements de toutes les philosophies passées, notamment parce que le perspectivisme en montre le caractère dogmatique, et de renouveler la question des valeurs que nous attribuons à l'existence, en posant la question de savoir ce qui fait la valeur propre d'une perspective : en conséquence, la question est de savoir si l'on peut établir une hiérarchie des interprétations. Nietzsche n'est donc ni un prophète, ni un visionnaire, dont une notion comme la Volonté de puissance serait le message, mais il se comprend lui-même comme le précurseur de philosophes plus libres, tant à l'égard de la morale que de la métaphysique.

Volonté de puissance, volonté vers la puissance...

La volonté de puissance est la qualité d'action de la vie et du devenir, leur devenir plus, mais elle n'en est pas le principe au sens classique du terme : :« La vie (...) tend à la sensation d'un maximum de puissance ; elle est essentiellement l'effort vers plus de puissance ; sa réalité la plus profonde, la plus intime, c'est ce vouloir. ». C'est pourquoi on peut également traduire cette expression par "volonté vers la puissance" (Will zur Macht) car le génitif, en allemand, rend compte de cette idée de tension. Ainsi à l'encontre de certaines doctrines antiques (par exemple, l'épicurisme) du principe de plaisir qui ne parvenaient pas à expliquer la persistance du mal, Nietzsche pense qu' « il n'est pas vrai que l'homme recherche le plaisir et fuie la douleur : on comprend à quel préjugé illustre je romps ici (...). Le plaisir et la douleur sont des conséquences, des phénomènes concomitants ; ce que veut l'homme, ce que veut la moindre parcelle d'un organisme vivant, c'est un accroissement de puissance. Dans l'effort qu'il fait pour le réaliser, le plaisir et la douleur se succèdent ; à cause de cette volonté, il cherche la résistance, il a besoin de quelque chose qui s'oppose à lui... »

Pathos et structure

Une volonté de puissance s'analyse alors comme une relation interne d'un conflit, comme structure intime d'un devenir, et non seulement comme le déploiement d'une puissance : Le nom précis pour cette réalité serait la volonté de puissance ainsi désigné d'après sa structure interne et non à partir de sa nature protéiforme, insaisissable, fluide. (FP XI, 40 (53)). La volonté de puissance est ainsi la relation interne qui structure un jeu de forces (une force ne pouvant être conçue en dehors d'une relation). De ce fait, elle n'est ni un être, ni un devenir, mais ce que Nietzsche nomme un pathos fondamental, pathos qui n'est jamais fixe (ce n'est pas une essence), et qui par ce caractère fluide peut être défini par une direction de la puissance, soit dans le sens de la croissance soit dans le sens de la décroissance. Ce pathos, dans le monde organique, s'exprime par une hiérarchie d'instincts, de pulsions et d'affects, qui forment une perspective interprétative d'où se déploie la puissance et qui se traduit par exemple par des pensées et des jugements de valeur correspondants.

La Volonté de puissance comme interprétation

Du point de vue de la méthode, la notion de Volonté de puissance n'est pas un concept métaphysique mais un instrument interprétatif (selon Jean Granier, contre l'interprétation de Heidegger). Dès lors, il faut déterminer ce qui est interprété, qui interprète et comment. Ces questions définissent la méthode de Nietzsche à proprement parler.

Le corps comme fil conducteur

Nietzsche prend pour point de départ de son interprétation le monde qu'il considère comme nous étant donné et le mieux connu, à savoir le corps. Il prend ainsi le contrepied de Descartes, pour qui notre esprit (notre réalité pensante) nous est le mieux connu. Mais, pour Nietzsche, nous ne connaissons rien d'autre que le monde de nos sentiments et de nos représentations ; ainsi toute connaissance, comme Kant l'avait déjà établi avant Nietzsche, doit-elle prendre pour point de départ la sensibilité. Cela signifie, premièrement, que nous ne pouvons rien connaître autrement que par analogie avec ce qui nous est donné, i.e. que toute connaissance est une reconnaissance, une classification, qui retrouve dans les choses ce que nous y avons mis. Le monde dans son ensemble, lorsque nous tentons une synthèse de nos connaissances pour le caractériser, n'est jamais que le monde de notre perspective. C'est pourquoi Nietzsche peut dire du monde qu'il est Volonté de puissance, dès lors qu'il a justifié que l'homme, en tant qu'organisme, est Volonté de puissance. Pour Nietzsche, nous ne pouvons faire autrement que de projeter cette conception de l'être qui nous appartient du fait que nous vivons, et cela entraîne également pour conséquence que la connaissance est interprétation, i.e., au sens strict, qu'il n'y a pas du tout de connaissance. Deuxièmement, toute science (en tant que schématisation quantitative) est dérivée nécessairement de notre rapport qualitatif au monde, elle en est une simplification, et répond à des besoins vitaux. Dans un premier temps, à l'époque des Considérations Inactuelles, Nietzsche avait déduit de ce point de départ que nous ne pouvons comprendre la matière autrement que comme douée de qualités spirituelles, essentiellement la mémoire et la sensibilité, ce qui signifie que nous anthropomorphisons spontanément la nature. Il avait ainsi tenté de dépasser d'un seul coup le matérialisme et le spiritualisme qui opposent tous deux la matière et la conscience d'une manière qui demeure inexpliquée. Or, Nietzsche supprimait ici le problème, en posant l'"esprit" comme matière. Avec le développement de la notion de Volonté de puissance, Nietzsche ne rompt pas avec cette première thèse de sa jeunesse, puisque les qualités attribuées à cette puissance sont généralisables à l'ensemble de ce qui existe ; de ce fait, Nietzsche suppose que l'inorganique pourrait posséder, comme toute vie, sensibilité et conscience, du moins dans un état plus primitif (voir P. Montebello, Nietzsche, la Volonté de puissance, pour une étude complète de ce point).

Interprétation, apparence et réalité

Cette méthode interprétative implique une réflexion de fond à propos des concepts traditionnels de réalité et d'apparence. En effet, puisque Nietzsche s'en tient à un strict sensualisme (qui nécessite toutefois une interprétation), la réalité devient l'apparence, l'apparence est la réalité : « Je ne pose donc pas l'« apparence » en opposition à la « réalité », au contraire, je considère que l'apparence, c'est la réalité. » Mais de ce fait, les concepts métaphysiques de réalité et d'apparence, et leur opposition, se trouvent abolis : :« Nous avons aboli le monde vrai : quel monde restait-il ? Peut-être celui de l'apparence ? ... Mais non ! En même temps que le monde vrai, nous avons aussi aboli le monde des apparences ! » En quoi consiste alors la réalité ? Pour Nietzsche, :« La « réalité » réside dans le retour constant de choses égales, connues, apparentées, dans leur caractère logicisable, dans la croyance qu'ici nous calculons et pouvons supputer. » Autrement dit, la réalité qui nous est "donnée" est déjà un interpréter ou, ce qui revient au même, un résultat qui n'apparaît que par une perspective. La pensée de Nietzsche est donc une pensée de la réalité comme interprétation, reposant sur une thèse sensualiste, tout ceci supposant que tout interpréter n'existe qu'en tant que perspective. À partir de cette thèse perspectiviste, la question qui se pose à Nietzsche (comme elle s'était posée à Protagoras, cf. le dialogue de Platon) est de savoir si toutes les perspectives (ou interprétations) se valent. La généalogie vient répondre à cette question.

Le génie du cœur

(à faire).

Psychologie et généalogie

La notion de Volonté de puissance synthétise un ensemble de règles méthodologiques (dont un exposé schématique a été fait plus haut dans les sections concernant l'interprétation), règles méthodologiques qui sont le résultat de réflexions qui s'étendent des années 1860 à la fin de 1888. Cette notion ne prétend donc pas à la systématisation (Nietzsche a d'ailleurs abandonné pour cette raison l'idée d'un exposé de sa philosophie de la Volonté de puissance ; cf. Volonté de puissance), car elle a beaucoup évolué, mais on peut néanmoins dégager des lignes directrices permettant d'exposer la pensée de Nietzsche dans son ensemble. Une des applications de la généalogie les plus connues est son application au problème de l'origine de la morale. Cette application de la méthode à la morale permet de comprendre comment Nietzsche dégage une hiérarchie des perspectives, ce qui est proprement la méthode généalogique.

Statut de la psychologie

À partir de la thèse de la volonté de puissance, Nietzsche développe une psychologie des profondeurs qui met au premier plan la lutte ou l'association des instincts, des pulsions et des affects, la conscience n'étant qu'une perception tardive des effets de ces jeux de forces infra conscients. Ce que Nietzsche nomme généalogie sera alors la recherche régressive partant d'une interprétation (par exemple, l'interprétation morale du monde) pour remonter à sa source de production, i.e. au pathos fondamental qui la rend nécessaire. Notons que si une nouvelle psychologie naît de l'hypothèse de la volonté de puissance, l'idée du conflit des instincts n'est pas née de celle-ci. Dès 1880, des fragments vont dans ce sens, et la volonté de puissance en tant qu'idée apparaît bien avant d'être nommée. L'expression Volonté de puissance vient synthétiser cet ensemble.

L'observation psychologique

Comme cela a déjà été signalé, la Volonté de puissance est une notion qui résulte des reflexions de Nietzsche. On peut en faire un point de départ pour un exposé synthétique de sa pensée. Mais, pour avoir une compréhension de l'évolution de la pensée de Nietzsche, il faut en revanche partir des hypothèses qu'il pose, avant d'en arriver à des concepts généraux. Il en va bien ainsi pour la psychologie. Nietzsche lit avec intérêt les moralistes français (La Rochefoucauld, Chamfort, etc.) ; mais il lit également des ouvrages contemporains de psychologie, à quoi il faut ajouter des études de sociologie, d'anthropologie, et des travaux sur la théorie de la connaissance, tel que celui de Lange (Histoire du matérialisme), où l'on trouve une discussion du statut scientifique de la psychologie. La pensée de Nietzsche, en ce qui concerne la psychologie, se développe donc d'une part d'après l'observation des hommes (les maximes de La Rochefoucauls par exemple, ou ses observations personnelles dont il souligne le caractère particulier, relatif, et souvent provisoire), et dialogue d'autre part avec des réflexions épistémologiques contemporaines.

L'existence humaine

L'observation psychologique est ainsi particulièrement présente dans Humain, trop humain et Aurore ; Nietzsche y analyse (entre autres) les comportements humains, qu'il réduit à la vanité et au sentiment de puissance (sous l'influence de La Rochefoucauld, et peut-être de Hobbes), et peint en moraliste un tableau de l'existence humaine. Cette étape de son œuvre peut être considérée comme une série d'essais plus ou moins aboutis pour décrire l'homme, ses motivations et la nature de ses relations sociales (avec de nombreux aphorismes sur l'amitié). Mais ces réflexions ont également une teinte existentialiste, dans la mesure où Nietzsche ne conçoit l'homme, suite à sa critique de la métaphysique, que comme un être d'une finitude radicale engagé de tout son être dans un monde où tout advient qu'il le veuille ou non. Il faut toutefois remarquer que Nietzsche se distingue nettement des pensées de l'existentialisme sur la liberté et la responsabilité humaines, puisqu'il nie la réalité de ces notions qui n'ont pour lui qu'un contenu idéaliste ou morale qui reste à interpréter.

Généalogie de la morale

La généalogie de la morale découle de l'hypothèse de la volonté de puissance et met en œuvre la psychologie des profondeurs inventée par Nietzsche. La généalogie oppose la morale des faibles et la morale des forts. Le critère de distinction est la direction de la volonté de puissance qui commande une manière d'interpréter le monde. Nous avons vu que celle-ci est ou croissante ou décroissante. Mais, pour le déterminer, il faut procéder à une généalogie, qui remonte d'une évaluation morale donnée à ses conditions d'expression.

Interprétation généalogique des jugements moraux

Le point de départ de l'interprétation généalogique de la morale est d'ordre sociologique. Néanmoins, Nietzsche ne reprend pas à son compte les théories contemporaines, telles que celle de l'influence du milieu de Taine, car pour Nietzsche, s'il faut tenir compte des déterminations sociales, la société ne peut servir de principe explicatif intégral. Il renomme d'ailleurs cette science d'après son interprétation généalogique (théorie des formes de domination) qu'il juge première relativement à la sociologie et à la psychologie de son temps.
Les hiérarchies sociales
La question est pour Nietzsche la suivante : dans quelle mesure les castes d'une société permettent-elles le développement d'une espèce particulière de jugements moraux ? Nietzsche distingue typologiquement plusieurs types de jugements moraux en fonction des situations sociales possibles (guerriers, prêtres, esclaves, etc.) : :« Si la transformation du concept politique de la prééminence en un concept psychologique est la règle, ce n'est point par une exception à cette règle (quoique toute règle donne lieu à des exceptions) que la caste la plus haute forme en même temps la caste sacerdotale et que par conséquent elle préfère, pour sa désignation générale, un titre qui rappelle ses fonctions spéciales. C'est là que par exemple le contraste entre « pur » et « impur » sert pour la première fois à la distinction des castes ; et là encore se développe plus tard une différence entre « bon » et « mauvais » dans un sens qui n'est plus limité à la caste. » (Généalogie de la morale, 6). Ainsi la situation sociale permet à un sentiment de puissance de se distinguer par des formes qui lui sont propres. De cet examen des castes, Nietzsche dégage une première grande opposition : :« - On devine avec combien de facilité la façon d'apprécier propre au prêtre se détachera de celle de l'aristocratie guerrière, pour se développer en une appréciation tout à fait contraire ; le terrain sera surtout favorable au conflit lorsque la caste des prêtres et celle des guerriers se jalouseront mutuellement et n'arriveront plus à s'entendre sur le rang. Les jugements de valeurs de l'aristocratie guerrière sont fondés sur une puissante constitution corporelle, une santé florissante, sans oublier ce qui est nécessaire à l'entretien de cette vigueur débordante : la guerre, l'aventure, la chasse, la danse, les jeux et exercices physiques et en général tout ce qui implique une activité robuste, libre et joyeuse. La façon d'apprécier de la haute classe sacerdotale repose sur d'autres conditions premières : tant pis pour elle quand il s'agit de guerre. » (Généalogie de la morale, 7). Nietzsche ramène par la suite toute morale à deux types fondamentaux qui correspondent primitivement à l'opposition dominant/dominé. Du fait que cette compréhension de la morale permet la constitution de types, elle ne doit pas être réduite à la réalité des hiérarchies sociales : un esclave, au sens de Nietzsche (un faible), peut très bien être un maître, posséder du pouvoir, etc. Les hiérarchies sociales permettent néanmoins de comprendre comment des types moraux ont été rendus possibles. Quant aux "types", ce sont des interprétations généalogiques que l'on ne rencontre pas telles quelles dans la réalité (des traits typiques opposés peuvent par exemple se trouver liés).
Les deux sources de la morale
Il y a donc, selon Nietzsche, une opposition fondamentale en morale, opposition qu'il avait déjà formulée clairement dans Humain, trop humain et Aurore : la morale des forts s'oppose à la morale des faibles.
La morale des faibles et le ressentiment
La morale des faibles se caractérise par son ressentiment ; Nietzsche en décrit ainsi le mécanisme psychologique : :« Lorsque les opprimés, les écrasés, les asservis, sous l'empire de la ruse vindicative de l'impuissance, se mettent à dire : « Soyons le contraire des méchants, c'est-à-dire bons ! Est bon quiconque ne fait violence à personne, quiconque n'offense, ni n'attaque, n'use pas de représailles et laisse à Dieu le soin de la vengeance, quiconque se tient caché comme nous, évite la rencontre du mal et du reste attend peu de chose de la vie, comme nous, les patients, les humbles et les justes. »- Tout cela veut dire en somme, à l'écouter froidement et sans parti pris: « Nous, les faibles, nous sommes décidément faibles ; nous ferons donc bien de ne rien faire de tout ce pour quoi nous ne sommes pas assez forts. » - Mais cette constatation amère, cette prudence de qualité très inférieure que possède même l'insecte (qui, en cas de grand danger, fait le mort, pour ne rien faire de trop), grâce à ce faux monnayage, à cette impuissante duperie de soi, a pris les dehors pompeux de la vertu qu