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Roman (littérature)

Roman (littérature)

On dit couramment qu'un roman est une fiction en prose d'une certaine étendue. Il peut être d'action ou d'aventures, policier ou à l'eau de rose, il peut présenter une valeur psychologique ou d'étude sociale. Comme le disait Raymond Queneau, « n'importe qui peut pousser devant lui comme un troupeau d'oies un nombre indéterminé de personnages apparemment réels à travers une lande longue d'un nombre indéterminé de pages ou de chapitres. Le résultat sera toujours un roman.» Un auteur de roman est un romancier.

Les origines du roman

D’une langue à un genre

Toute tentative de définition satisfaisante du roman est étroitement liée à l’identification de ses origines. Ainsi, nombreux sont les théoriciens du roman qui ont cherché à appuyer leurs théories génériques sur des théories génétiques. Voilà pourquoi une entrée satisfaisante pour tenter de définir le terme de roman peut se trouver dans l'origine même de ce mot. Ce terme sert originellement à désigner une langue utilisée au Moyen Âge, la langue romane, issue de la langue utilisée au nord de la France, la langue d'Oïl, qui prévaudra sur la langue d'Oc (Sud de la France). Cette langue, née de l'évolution progressive du latin, remplace ce dernier dans l'usage et dans les pratiques orales du nord de la France. Romanus (latin) > romanice (latin vulgaire) > romanz ou romans (ancien français). Au Moyen Âge, l'usage du latin se restreint aux textes écrits tandis que les communications orales se font en langue romane. Le latin n'étant connu que d'une infime minorité de la population, constituée essentiellement de religieux et de lettrés, il faut alors transcrire ou écrire en langue romane certains textes afin de les rendre accessibles à un public plus large. Le terme « roman » est donc appliqué à tous les textes écrits en langue romane dans ce but, qu'ils soient en prose ou en vers, qu'ils soient narratifs ou non. Les romans s'opposent alors aux textes écrits en latin, notamment les textes officiels et sacrés. L’expression « mettre en roman », apparue vers 1150, signifie donc « traduire en langue vulgaire ». Pour désigner les textes qui appartiennent au genre narratif, les termes estoire et conte sont le plus souvent utilisés. Ainsi, Chrétien de Troyes écrit-il : « ore commencerai estoire ». À l’origine dévolue à la traduction de textes hagiographiques, cette langue vulgaire - le roman - est vite utilisée par la littérature narrative. Le terme se met à désigner progressivement un genre littéraire à part entière. Ainsi, dans Le Chevalier de la Charrette, Chrétien de Troyes écrit-il : « puisque ma dame de Champagne veut que j’entreprenne un roman, je l’entreprendrai très volontiers ». Le terme commence alors à se rapprocher de son sens moderne, celui de récit fictif à épisodes centré autour d’un ou de plusieurs personnages. Après avoir rappelé l’évolution sémantique du terme « roman », il nous faut maintenant s’intéresser au genre littéraire que ce terme se met à recouvrir. Jusqu’au , la chanson de geste et la poésie lyrique dominent le paysage littéraire et narratif mais, progressivement, un genre nouveau fait son apparition : le roman. Bien que novateur et original, il puise pourtant de nombreux motifs dans les genres littéraires qui l’ont précédé.

Les sources du roman médiéval

La poésie lyrique

La rupture littéraire amorcée par l’apparition de ce nouveau genre ne doit pas pour autant masquer une large continuité dans les thèmes et les motifs évoqués par le roman. Il hérite en premier lieu des personnages stylisés de la poésie lyrique : la dame y est une femme mariée de condition supérieure à celle de son prétendant ; l’homme vassal est obéissant à la dame, il est timide et emprunté devant elle et le losengiers est un personnage fourbe, un traître en puissance. Il reprend également le thème de la fine amor, cet amour secret, sacré et adultère dans lequel la femme est divinisée, sacralisée. Il hérite aussi de la Reverdie. La Reverdie est un retour cyclique au printemps qui entraîne la contemplation de la dame par l’amant ainsi que son portrait élogieux fait d’associations entre la beauté de la nature et celle de la femme. Cependant, le romancier ne reprend pas ces thèmes à l’identique, très souvent il les réactualise, les modifie et les dramatise. Mais surtout, il substitue une nouvelle figure à celle du poète amoureux. Le modus operandi de la séduction évolue : la femme ne se séduit plus par des paroles et des chansons mais par des actions. Le personnage du poète est remplacé par le chevalier hérité des chansons de geste.

La chanson de geste

Ce nouveau héros de roman tient ses traits du héros épique. Il est vaillant, brave, il sait manier les armes, il allie la franchise à la loyauté et à la générosité. Par-dessus tout, il sait préserver son honneur. Parmi les nombreux motifs hérités de la chanson de geste, notons celui de la description des armes du chevalier, de ses acolytes ou de ses ennemis, celui des combats et des batailles qui s’en suivent ou bien encore ceux des embuscades, poursuites et autres pièges qui jalonnent le chemin du héros. On trouve également les scènes d’ambassade chères à la chanson de geste, les scènes de conseil entre un seigneur et ses barons ou encore le regret funèbre (lamentations sur un héros, un compagnon perdu) et la prière du plus grand péril. Cependant, le roman s’éloigne sur plusieurs points de la chanson de geste : ; par sa forme tout d’abord: La chanson de geste est une suite de laisses assonancées psalmodiées par des jongleurs accompagnés de vielle. Le roman est bien écrit en vers mais ceux-ci sont organisés en couplets d’octosyllabes à rimes plates ; ; par l’auditoire ensuite: La chanson de geste est écoutée par des hommes installés dans la grande pièce du château alors que le roman est écouté dans la chambre des dames par des personnes plus raffinées et plus cultivées ; ; l’espace de la diégèse se restreint: On passe des immenses champs de bataille à des vergers ou à des champs, voire à de petites pièces ou des locus amoenus (= lieu intime et paradisiaque où règne la dame). Les thèmes et les motifs que l’on peut rencontrer dans le roman ne naissent donc pas ab nihilo, le nouveau genre s’inspire largement de ceux qui l’ont précédé tout en procédant à de larges modifications et innovations.

La matière de Bretagne

Au-delà des thèmes et des motifs exploités, les sujets traités par le roman se caractérisent par leur originalité et leur diversité. Il est toutefois possible de les rassembler en trois grands sujets (dits matières) : #la matière de Rome, ou antique a inspiré le roman de Thèbes, le roman d’Enéas, le roman de Troie et le roman d’Alexandrie ; #la matière orientale et byzantine a donné le roman de Cligès de Chrétien de Troyes ; #la matière de Bretagne, la plus féconde a inspiré tous les romans dits « arthuriens ». Cette matière de Bretagne se développe à la cour d’Henri II Plantagenêt et de sa femme Aliénor d'Aquitaine ainsi qu’à la cour de la fille d’Aliénor, Marie de France, en Champagne. La matière de Bretagne est imprégnée des traditions et des légendes celtiques transmises oralement par les conteurs bretons et gallois. Bien que de nombreuses imprécisions demeurent sur son existence, Chrétien de Troyes apparaît comme l’auteur le plus représentatif et le plus innovant de cette matière de Bretagne. Son écriture se caractérise notamment par une attention particulière portée aux effets de structure (miroirs, parallèles, échos divers, correspondances entre des personnages ou des épisodes, etc.). Il innove également par le tour qu’il donne aux aventures de ses héros. Il les orne d’évènements imprévus et surprenants qui apparaissent souvent comme les signes du destin du chevalier. De plus, il lie étroitement ces aventures à la notion de quête. Celle-ci peut avoir pour objet un personnage disparu, un amour, une identité, une gloire ou une fin spirituelle. Ces quêtes prennent place dans un univers romanesque qui allie des éléments surnaturels et merveilleux à des effets de réel.

Le roman en prose au

Avant le , peu de textes étaient écrits en prose. Il s’agissait essentiellement de textes juridiques. C’est pourquoi, dans les mentalités de l’époque, les textes en prose pouvaient facilement être associés à une garantie de véracité. Mais à la fin du et au début du , probablement afin d’augmenter la crédibilité des aventures racontées et afin de réduire l’artificialité liée à la versification, la prose prend de plus en plus d’importance dans les textes narratifs. Ce passage à la prose permet également le développement de la lecture individuelle tandis que jusqu’alors la lecture collective était privilégiée. Ces romans en prose s’inspirent du modèle de la Passion du Christ et se rapportent massivement au mythe du saint Graal (le Saint Calice qui aurait été utilisé par le Christ lors de la Cène).

Les romans réalistes

Ces romans apparaissent conjointement au développement de la bourgeoisie et d’un esprit progressivement plus matérialiste. La redécouverte des textes d’Aristote accompagne ce renforcement du rationalisme au détriment d’une part de spiritualité et de merveilleux. Le Roman de la rose et Jehan et Blonde illustrent cette nouvelle orientation du genre. Les auteurs de ces romans choisissent de rester dans les limites du vraisemblable et rejettent le merveilleux arthurien. La géographie des lieux devient de plus en plus familière aux lecteurs, les personnages fictifs y rencontrent des personnages historiques (réel) et les héros choisis sont de plus en plus issus de milieux modestes et sont de moins en moins légendaires. Cependant, ce genre est marqué par un fort paradoxe : alors que la prose semble être la forme la plus adaptée à transcrire le réel avec crédibilité et alors que la majorité des romans sont désormais écrits en prose, ces romans réalistes continuent à être écrits en vers (couplets octosyllabiques). Conséquence ou non de ce paradoxe, ils disparaîtront progressivement devant le succès croissant des romans en prose.

Des mouvements romanesques

;Les romans réalistes: Ils font l'objet de ce qu'on pourrait appeler un contrat, implicite, avec le lecteur : ce qui est dit est vrai, pourtant, c'est une œuvre d'imagination et tout est inventé. Voilà qui peut sembler paradoxal, mais c'est là l'essence du roman réaliste : ce que je lis aurait pu se passer. Cela permet une identification très forte du lecteur au personnage principal, pour peu qu'il y retrouve de ses propres émotions. C'est pour cela que le roman réaliste est très précis sur les termes, le contexte historique et social, les descriptions et portraits qui servent même à porter l'histoire par la métaphore. Littérature du XIX siècle. Émile Zola, Gustave Flaubert. ;Les romans surréalistes : Ce mouvement souhaite que soit accordé à ses productions, tant linguistiques que plastiques, le statut d'expérimentation scientifique : tentative pour explorer en profondeur à la fois le monde (notamment sa réalité cachée) et la pensée (notamment l'inconscient), et pour donner de l'un et de l'autre une connaissance totale.Ces œuvres appartiennent au domaine de l'impossible et jouent avec la poésie, les images et les situations, le décalage par rapport à notre monde pour mieux le comprendre et mieux le critiquer. Les romans de Boris Vian en sont un exemple, comme L'arrache-cœur. Littérature du début du XX siècle. ;Les romans fantastiques: Ils touchent les sujets comme la mort, l'au-delà et les peurs. Le fantastique commence par un glissement de la réalité qui décale l'histoire du réalisme au fantastique. Tzvetan Todorov place le phénomène du doute à la base de la littérature fantastique. Selon lui, le fantastique naît de ce moment où le personnage, le narrateur ou le lecteur doute de la réalité de l'évènement raconté. L'impossibilité de décider si l'évènement narré appartient au monde connu, rationnel et rassurant ou bien à un monde dans lequel des forces inconnues et mystérieuses régnent détermine selon ce théoricien l'appartenance au genre fantastique. H.-P. Lovecraft, quant à lui, estime que l'effroi et l'horreur suscités par la narration sont les piliers fondamentaux du genre. A la vue de ces deux définition, il devient évident que l'apogée du genre se situe au XIXème siècle avec des auteurs tels que Goethe, Villiers de L'Isle Adam, Maupassant, Poe ou Hoffmann. Il est à noter que le genre réapparaît au début et à a fin du XXème siècle avec, notamment, H.-P. Lovecraft et Stephen King. ;Les romans de science-fiction : Ils utilisent la technologie scientifique comme contexte primordial pour dérouler une histoire qui souvent anticipe le temps d'écriture. Isaac Asimov. ;Les romans d'anticipation: Le récit anticipe le temps d'écriture sans faire de la technologie un sujet primordial. (1984 de George Orwell). ;Le nouveau roman : Ce terme regroupe des œuvres publiées à partir des années 1950, qui ont en commun un refus du genre romanesque classique : les intrigues et la psychologie des personnages passent au second plan. Le contrat passé avec le lecteur est plutôt : le roman est écriture, l'histoire n'a pas autant d'importance que la forme. C'est l'aventure de l'écriture qui est couchée sur le papier. Littérature du milieu du XX siècle. Marguerite Duras, Alain Robbe-Grillet.

Types d'écriture

On peut distinguer plusieurs type d'écriture du roman.
- Fiction, quand le narrateur est dissocié de l'auteur. Le narrateur peut s'exprimer à la première personne (L'Étranger d'Albert Camus), deuxième personne (La modification de Michel Butor), troisième personne (Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline).
- Autobiographique quand le narrateur est l'auteur, et parle de sa vie vécue. (Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau)
- Biographique quand l'auteur raconte la vie d'un personnage ayant existé. :
- Biographie romancée, où des évènements réels sont mis en reliefs par une reconstitution sous forme de récit (Napoléon de Max Gallo), :
- Biographie factuelle, où il n'y a qu'un récit d'évènements et une analyse de l'auteur de la biographie sur la vie et l'œuvre de l'auteur dont il rapporte la vie. (Romain Gary, le caméléon de Myriam Anissimov)
- Autofictionnel quand l'auteur prétend être le narrateur, tout en racontant des faits majoritairement non réels ou romancés à l'excès, en fait probablement plus « librement inspirés ». (Catherine Millet) Un roman peut bien sûr être historique (contexte réel) et fictif (personnage fictif et réel dans des situations imaginées par l'auteur : Mémoires de Mike Mc Quay). Les catégories de roman sont discutables et discutées, le roman étant lui même une catégorie de livre difficilement définissable. Les quatre types présentés ci-dessus sont déjà bien arbitraires, le quatrième pouvant s'assimiler au premier, ainsi qu'à une sous-partie du nouveau roman puisqu'il « joue » avec le lecteur sur le fait qu'un texte dit à la fois la vérité et son contraire. De même que la remarque sur la personne à laquelle s'exprime le narrateur n'a rien de spécialement propre à la fiction. On peut aussi se poser la question suivante : un roman qui serait écrit uniquement en alexandrins est-il un roman ou un poème ? C'est le cas de L'Iliade d'Homère. Un roman peut être (bien souvent c'est le cas) une série d'actions mettant en situation des personnages. Jean Guenot définit les romans climaxiques et les romans non-climaxiques. Les premiers, par analogie avec l'orgasme masculin, comportent le temps fort (de climax, point le plus élevé) du dénouement comme clef de voûte de la charpente du roman. Les seconds, par analogie avec l'orgasme féminin, comportent plusieurs temps forts, entre lesquels s'intercalent des temps de repos. Une définition par opposition du roman, serait qu'un roman n'est pas un essai car il ne démontre pas. N'est pas une nouvelle car il ne s'articule pas autour d'un point de basculement de l'action et de peu de personnage. Ni un poème car il n'évoque pas des images par un phrasé rythmé, rimé, assonnancé. Bien qu'un roman puisse être soit une compilation de tous ces styles, soit une exclusion de tous ces styles. Pour Milan Kundera, le roman ne doit pas juger, la morale du roman est son absence de morale : les faits sont présentés au libre jugement du lecteur.

Types de romans

Marthe Robert fait la psychanalyse du roman dans son essai Roman des origines, origine du roman (ISBN 2-85181-191-6), où elle part de la théorie du « roman familial » de Freud et du complexe d'Œdipe pour définir deux grandes catégories de roman :
- le roman du « bâtard réaliste, qui seconde le monde tout en l'attaquant de front »
- le roman de « l'enfant trouvé, qui faute de connaissances et de moyens d'action, esquive le combat par la fuite ou la bouderie. » [http://www.e-litterature.net/rabat/messages/penv_mrobert_Marthe_Robert_Roman%20des%20origines,%20origine%20du%20roman.html Présentation de la théorie de Marthe Robert]

Voir aussi

Liens internes


- Littérature
- Roman noir
- Nouveau roman
- Genres et formes littéraires
- Modèle ou schéma actantiel
- roman grec

Liens externes


- [http://gallica.bnf.fr/themes/LitMAi.htm Gallica]

Bibliographie


- Marthe Robert Roman des origines, origine du roman (ISBN 2-85181-191-6) ( [http://www.e-litterature.net/rabat/messages/penv_mrobert_Marthe_Robert_Roman%20des%20origines,%20origine%20du%20roman.html Présentation de la théorie de M.R.])
- Pierre Chartier, Introduction aux grandes théories du roman (ISBN 2-10-003245-3)
- Milan Kundera, L'art du roman (ISBN 2-07032-801-5), Les testaments trahis (ISBN 2-07075-871-0)
- Jean Guenot, Ecrire, guide pratique de l'écrivain, avec des exercices (ISBN 2-85405-079-7)
- Maurice Wilmotte, Origines du roman en France. L’évolution du sentiment romanesque jusqu’en 1240, Paris, Boivin
- Langlois Ch-V., La vie en France au moyen âge de la fin du 12e au milieu du 14e d’après des romans mondains du temps, Paris, Hachette, 1926
- Emmanuelle Baumgartner, Histoire de la littérature française : moyen âge (1050-1486), Paris, Bordas, 1987
-
ko:소설 ja:小説 th:วรรณกรรม zh-cn:小说

Prose

La prose est la forme ordinaire du parler. Elle n'est pas assujettie au respect d'un rythme ou d'une musicalité. Elle s'oppose en cela au vers. Le poème en prose est une manière assez libre de s'exprimer tout en employant des procédés stylistiques qui marquent la capacité de l'auteur dans son œuvre poétique. L'exemple le plus connu est le Spleen de Paris de Baudelaire, qui reste un exemple assez spécial car son œuvre n'est pas entièrement considérée comme des petits poèmes en prose. Francis Ponge propose le terme de proème pour qualifier sa poésie écrite en prose. Catégorie:Littérature ja:散文

Moyen Âge

Le Moyen Âge occidental est la période de l'Histoire située entre l'Antiquité et la Renaissance. Traditionnellement, on fait commencer le Moyen Âge en 476, à la déposition du dernier empereur romain d'Occident par un chef barbare et il s'achève en 1453, avec la prise de Constantinople et la chute de l'Empire romain d'Orient, ou en 1492, date de la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb et de la fin de la Reconquista en Espagne. Le terme « Moyen Âge » a été inventé par Flavio Biondo de Forlì. En français, l'adjectif correspondant à Moyen Âge est médiéval. Moyenâgeux, quant à lui, est péjoratif. L'histoire du Moyen Âge, en tant que discipline, se nomme aussi « Histoire médiévale ». Un historien qui étudie le Moyen Âge est appelé « médiéviste ». péjoratif

Précisions lexicales

Les limites exactes du Moyen Âge font l'objet de débats entre historiens. Les différentes périodes de l’Histoire ont eu des significations précises et pleines de sens à un moment donné, mais qui, au fil du temps, sont devenues des conventions. Le terme « Moyen Âge » provient d’une expression latine « medium aeuum » qui désigne une période intermédiaire entre deux événements. Exemples : entre-deux-guerres, interrègne. Cette expression classique est reprise au par les humanistes et notamment par Pétrarque (« prince des humanistes ») en 1373. Elle possède à ce moment deux significations :
- Acception philosophique désignant une opposition entre le latin classique et le médio latin, le latin du Moyen Âge. Ce dernier doit être rejeté pour revenir au latin de l’Antiquité, qui, lui, est plus pur.
- Sens culturel et artistique désignant une opposition entre l’art antique et celui du Moyen Âge, art appelé au « art gothique ». Pour les humanistes, le Moyen Âge est une période barbare entre deux autres périodes d’Antiquité. Ils préconisent la pureté antique. La diffusion de ce terme est assez lente et se fait dans un premier temps chez les intellectuels, car il est en latin. Par après, il perdra progressivement de sa connotation négative. Au (vers 1640), le terme sera employé en français et il sera dès lors grandement diffusé. En 1687, Christophe Keller est le premier à périodiser l’histoire dans son petit manuel d’histoire, Histoire du Moyen Âge depuis le temps de Constantin le Grand jusqu’à la prise de Constantinople par les Turcs donc, du au . Pour lui, le terme n’a aucune connotation négative. Au , il se répand dans toute l’Europe cultivée. En 1798, il entre dans le dictionnaire de l'Académie française sous la définition « temps qui s’est écoulé depuis Constantin jusqu’à la renaissance des Lettres au ». Au , il se répand partout même dans la langue commune pour plusieurs raisons :
- l'installation de l’enseignement primaire obligatoire ;
- le développement du romantisme ;
- le développement de la philosophie et de l’Histoire dans les universités, principalement en Allemagne : Monumenta Germaniae Historia. Le est couramment appelé « siècle de l’Histoire ». Notre notion de critique historique est le fruit d’une démarche allemande. Au , l’engouement pour le Moyen Âge diminue. Ce terme a été exporté des frontières de l’Europe et désigne actuellement une période dans la vie d’une société, à savoir un certain degré de société caractérisé par une société agraire dominée par une caste de guerriers. Par exemple, au Japon, la culture de riz dirigée par les samouraïs, eux-mêmes dirigés par les shoguns jusqu’au milieu du où commence l’ère Meiji.

Quelles limites pour le Moyen Âge ?

Limites extrêmes

ère Meiji] Afin de découper l'histoire en périodes cohérentes, les historiens ont tenté de s'appuyer sur des événements majeurs illustrant ou provoquant une modification profonde de la politique et de la société. Mais il est rare qu'il y ait un consensus sur telle ou telle date pour définir une limite de période. C'est le cas en ce qui concerne les limites du Moyen Âge, particulièrement son commencement. Les plus communément admises vont de la chute de l'Empire romain d'Occident en 476, jusqu'à 1492, date de la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb et de la chute de Grenade (fin de la Reconquista). Mais d'autres dates repères sont possibles, pour le début du Moyen Âge :
- le déménagement de la capitale de l'Empire romain de Rome à Constantinople (330) marque le début de sa division ;
- la conversion de l'empereur Constantin I au christianisme — survenue à sa mort, en 337 – annonce le triomphe de cette religion aux dépends du paganisme antique ;
- la bataille d'Andrinople (378) sanctionne l'avènement de la cavalerie lourde et le déclin des troupes d'infanterie, marquant ainsi le commencement d'un millénaire de supériorité de la cavalerie sur l'infanterie ;
- la reconnaissance par Théodose du christianisme comme religion d'État (396), qui correspond également à la date de la séparation entre l'Empire romain d'Occident et l'Empire romain d'Orient, qui survit au Moyen Âge ;
- le sac de Rome par les Wisigoths d'Alaric Ier (410) marque la supériorité des envahisseurs barbares. envahisseurs barbares] Ces différentes options indiquent combien une césure événementielle claire est difficile à trouver pour marquer le début du Moyen Âge : par certains traits, l'Empire romain avait déjà fortement changé avant la fin de l'Antiquité. Par exemple, les empereurs du abandonnent la toge et les tuniques classiques, adoptant les braies des légionnaires, majoritairement d'origine celte ou germanique. C'est également au que l'amphore est abandonnée pour le tonneau, bien plus économique. Enfin, c'est à cette époque que nombre de peuples barbares deviennent fédérés, établissant des relations durables avec le monde romain. L'Empire romain avait donc déjà perdu certains caractères antiques. L'unité politique, monétaire, linguistique et culturelle du monde romain sur le grand territoire que représente la Méditerranée a subi trois disloquations: # sur l'axe Est-Ouest, puisque la division d'abord uniquement administrative de l'Orient et de l'Occident est devenue très politique; # sur l'axe Nord-Sud, puisque les Vandales, puis les Arabes conquièrent l'Afrique du Nord; # interne, puisque l'Europe se scinde en plusieurs entités nationales. Aussi, certains historiens – en premier lieu l'historien allemand A. Riegl au début du – ont repoussé la limite d'une période dénommée « Antiquité tardive » (Spätantike), en mettant justement l'accent sur la permanence de traits caractéristiques de la fin de l'Antiquité jusqu'au règne de Charlemagne. Une telle conception s'est d'abord imposée chez les historiens des « franges » du monde romain, où sa pertinence était plus évidente. À l'inverse, en France, il fallut attendre 1977 avec Henri-Irénée Marrou (dans Décadence romaine ou Antiquité tardive ?) pour qu'on s'interroge sur l'utilité d'une telle période, notamment pour mettre fin à l'appellation péjorative de « Bas Empire ». Et aujourd'hui encore, histoire ancienne et médiévale se partagent la connaissance des temps qui vont du au . Pour la fin du Moyen Âge, d'autres dates que 1492 ont été proposées, mais fondamentalement elles ne remettent pas en cause la limite supérieure de la période :
- la chute de Constantinople (1453), qui est la fin de l'Empire byzantin et l'entrée de l'empire ottoman (turc) sur l'échiquier européen (utilisée en histoire de l'art surtout) ;
- l'invention de l'imprimerie à caractères métalliques mobiles par Gutenberg (1456), dont aurait découlé une révolution culturelle selon Marshall McLuhan dans La Galaxie de Gutenberg (privilégiée par l'historiographie allemande)
- la promulgation par Martin Luther de ses 95 thèses (1517), qui marque les débuts de la Réforme qui fera voler en éclats la relative unité religieuse de l'Occident médiéval. La fin du Moyen Âge est également marquée par l'instauration d'États ultra-centralisés gouvernés par les grandes monarchies: ;France: François I (1515-1547) ;Espagne: Charles Quint (1515-1555) ;Angleterre: Henri VIII (1509-1547) ;Empire ottoman: Soliman le Magnifique (1520-1566)

Découpages internes

Soliman le Magnifique] Le Moyen Âge est traditionnellement subdivisé entre Haut Moyen Âge et Bas Moyen Âge. Cependant, les historiens proposent d'autres découpages :
- Régine Pernoud (1) : Le Haut Moyen Âge (de la chute de l'Empire romain à Charlemagne), l'époque carolingienne, l'âge féodal (milieu du à la fin du ) et le Moyen Âge pour les et s.
- Jacques Le Goff (2) : L'Antiquité tardive (jusqu'au ), le Moyen Âge central (An Mil-1348, la Grande Peste) et le Moyen Âge tardif (guerre de Cent Ans-Réforme).
- Ivan Gobry (3) distingue le Moyen Âge ancien (du au ), pendant lequel les peuples se déplacent ainsi que les frontières. C'est aussi la période d'expansion des Francs, avec l'apogée de l'empire de Charlemagne (800-814). Puis arrive le Moyen Âge récent ( au ) au cours duquel ont lieu la Reconquista en Espagne, la constitution puis l'effondrement de l'État Plantagenêt et l'affirmation de la dynastie capétienne.
- Robert Fossier (4) : Les Mondes Nouveaux (350-950), l'Eveil de L'Europe (950-1250) où les influences du monde byzantin et musulman demeure prépondérant dans l'occident chrétien qui se cherche et qui construit la féodalité , puis Le Temps des Crises (1250-1520) de la perte des possessions en Terre Sainte aux Guerres de Religions en passant par la conquête du Nouveau Monde. Il en ressort que l'appréciation de ces limites est fortement liée aux références géographiques ou thématiques de l'historien. Cependant, la distinction d'une période centrale qui s'étendrait des environs de 1000 jusqu'à la grande épidémie de peste en 1348 paraît pertinente en raison de la permanence de traits de civilisation majeurs et de l'avènement d'une société fortement structurée, prospère et en expansion dans l'Occident d'alors. L'expression « civilisation médiévale » (s'agissant de l'Occident et sans autre précision) correspond à cette période. Voir aussi : Antiquité tardive

Principales caractéristiques de l'Occident médiéval

Antiquité tardive

La royauté médiévale

À l'époque de la disparition du dernier empereur d'Occident (), les rois barbares ont implanté une nouvelle forme de pouvoir, jetant les bases de la royauté médiévale. Le roi du Moyen Âge prend sous sa protection son peuple : pendant le haut Moyen Âge et encore au Moyen Âge classique, les sources écrites évoquent le roi des Francs (rex francorum), par exemple. Quelques-uns de ces rois sont sacrés (le roi des Wisigoths, le roi des Francs à partir de 752). Et surtout, le roi du Moyen Âge gouverne en étroite collaboration avec le clergé chrétien. Le pape renforce sa puissance et devient un véritable monarque.

La vassalité

pape]] La vassalité existait déjà pendant le Haut Moyen Âge. Le système évolue en relations féodo-vassaliques au cours du . La cérémonie suit des règles très précises. Le vassal avance devant son futur seigneur la tête nue en signe de respect. Il s'agenouille, devant lui, pour lui exprimer son humilité, les mains jointes. Le seigneur les prend entre les siennes et le relève. Le jeune vassal reçoit un legs (le plus souvent une terre ou un droit de prélever des taxes sur un pont par exemple). Il jure, sur les saintes écritures ou sur une relique, sa fidélité au seigneur.

Les progrès techniques


- Le moulin hydraulique se répand dans l'Occident médiéval dès l'époque carolingienne.
- L'introduction de la jachère, puis l'assolement triennal permettent d'accroître la productivité de l'agriculture.
- Les rendements s'améliorent à partir de 1000 grâce à la diffusion d'outils en fer et à l'essor de la charrue.
- La technique d'attelage : le collier d'épaules remplace le « collier de cou » et permet de tirer des charges plus lourdes.

La ville

charrue
- La vocation militaire de la ville décline au profit du château-fort mais elle-même s'enferme derrière des murailles.
- La civilisation urbaine (mise à mal durant l'Antiquité tardive) connaît un nouvel essor au Moyen Âge central. La ville redevient le lieu du pouvoir et les capitales se développent (Paris sous Philippe Auguste).
- Les villes deviennent des centres de production et connaissent l'émergence d'une nouvelle couche sociale : la bourgeoisie ; auparavant, les villae (grands domaines ruraux) jouaient ce rôle (de l'Antiquité jusqu'à la fin de la période carolingienne).

L'éducation et la culture


- Au temps de Charlemagne (mort en 814), la renaissance carolingienne entend restaurer le latin classique. L'abbaye de Saint-Martin de Tours constitue l'un des foyers de cette renaissance, et grâce à l'action d'Alcuin. La caroline est mise au point pour faciliter l'écriture. L'empereur s'attache à réformer les écoles. On y apprend les arts libéraux.
- Les monastères sont pendant longtemps les dépositaires de la culture écrite au Moyen Âge. La règle bénédictine impose en effet aux moines le travail intellectuel : les copistes travaillent à la production des livres dans les scriptoria. Les écoles monastiques sont cependant concurrencées par les écoles épiscopales au , puis par les universités au . Voir l'article détaillé : Éducation au Moyen Âge.
- Dès le , la scolarisation des enfants se développe dans les villes, y compris celle des filles (auparavant l'enseignement était réservé aux clercs). Éducation au Moyen Âge

La guerre

Éducation au Moyen Âge
- Le Moyen Âge central est l'âge de la chevalerie, marqué par la supériorité de la cavalerie sur l'infanterie. Le service armé, appelé ost, fait partie des obligations du vassal envers son seigneur.
- À la fin du Moyen Âge, les armes de tir (arc long anglais, puis armes à feu) annoncent la fin de la chevalerie.
- Les premiers châteaux forts en pierre apparaissent à la fin du . Un grand nombre de villes médiévales sont entourées de remparts (Paris, Rouen, Carcassonne).

L'art


- L'art médiéval est essentiellement un art religieux : aux églises romanes succèdent les grands chantiers des cathédrales gothiques.
- L'art des manuscrits s'est aussi développé durant le Moyen Âge avec des enluminures et des miniatures en marge des textes sacrés ou liturgiques.
- Voir aussi : mobilier médiéval

La religion chrétienne

Le christianisme est au cœur de l'histoire médiévale : il modèle l'idéologie de la période, principalement en raison de son universalisme et à cause de la montée en puissance de l'Église catholique organisée autour de la papauté de Rome. Les frontières de l'occident médiéval qui échappe à toute unité politique, se confondent aussi avec celles de la chrétienté. Devenu religion d'État dans l'Empire romain pendant l'Antiquité tardive (à partir de l'édit de Milan, en 313), le christianisme, en effet, se diffuse au haut Moyen Âge à partir de plusieurs foyers : l'Irlande, les royaumes francs, les royaumes anglo-saxons et Rome. La dilatation de la chrétienté s'accompagne de la mise en place de la hiérarchie ecclésiastique — lÉglise en venant à désigner cette dernière — et la papauté, qui se hisse à la tête de celle-ci, devient un des principaux pouvoirs en occident : l'évêque de Rome, dont l'autorité spirituelle s'appuie sur la primauté du siège de l'apôtre Pierre, devient le souverain pontife. Cette évolution est lente (V – ) et se heurte à de nombreux obstacles :
- en premier lieu, à des résistances internes : les dogmes de l'Église catholique, formulés lors des conciles, se définissent progressivement et doivent triompher des hérésies (l'arianisme des Wisigoths demeure la foi des rois de la péninsule ibérique jusqu'au ; celui des Lombards menace un temps — jusqu'au milieu du — Rome de disparition). Bientôt, le christianisme romain doit s'imposer face à Byzance, notamment pendant la crise iconoclaste ( 726843). Au , la rupture avec le christianisme oriental est consommée, mettant fin au problème. Presque aussi importante est la question de l'adoption d'une liturgie unique : les Églises nationales possèdent leurs propres traditions qui ne se fondent que progressivement : la liturgie irlandaise, qui fixe la fête de Pâques à une date différente, l'emporte dans les îles britanniques jusqu'au synode de Whitby (664). En développant la mission chrétienne (à partir de 610) et en tissant des relations privilégiées avec les souverains « barbares » (notamment, en s'appuyant sur les rois anglo-saxons et sur l'expansion des Francs en Germanie), Rome parvient partout à unifier les traditions de l'Église et dans le même temps, à affirmer son rôle à la tête de celle-ci, sauf chez les Slaves qui demeurent dans la sphère d'influence byzantine.
- Des résistances externes s'opposent à l'influence de la papauté, parce que les pouvoirs laïcs entendent s'immiscer dans les affaires de l'Église et diriger celle-ci dans leur aire d'influence : les rois lombards, tout d'abord, veulent soumettre l'Église romaine. Aussi, le pape fait appel aux Carolingiens (milieu du ), mais ces derniers, comme leurs prédécesseurs, ne se privent pas pour distribuer les terres de l'Église à des laïcs. Lorsque l'Empire chrétien renaît en occident (800), le rapport entre les pouvoirs de l'Empereur et du pape ne sont pas définis autrement qu'en termes de rapport d'influences. Il tourne dans un premier temps au détriment de la papauté, alors que l'Église, mais aussi le pouvoir impérial traverse à tous points de vue une crise grave, au , et il faut attendre la réforme grégorienne (seconde moitié du – premier tiers du ) pour que le pape n'affronte l'Empereur germanique, lors de la querelle des Investitures. Cette dernière, qui s'achève sur un compromis, est déterminante pour assurer l'indépendance du siège apostolique. Au , enfin, la papauté triomphe, grâce à son arme principale : l'excommunication, à son rôle dans l'essor de la chrétienté, à travers la croisade, mais aussi grâce à son pouvoir temporel et grâce à ses richesses. Le pape Innocent III applique lors de son « règne » ((11981216)) les principes de la théocratie pontificale, qu'avaient formulés pour la première fois les
Dictatus Papae (1075). L'essor de l'Église ne peut être dissocié de l'effort de christianisation de la société et des consciences : cette dernière demeure un combat constant durant tout le Moyen Âge. Selon les conceptions chrétiennes, conformément au modèle des apôtres dans les évangiles, l'Église conçue comme l'assemblée des fidèles unis dans la foi doit se répandre « jusqu'aux confins de la terre ». Pour cela, elle peut s'appuyer sur le soutien de ses membres influents — comme en Germanie, où elle accompagne le conquérant franc — mais surtout, elle doit reposer sur un acte d'adhésion volontaire et, en cela, elle ne peut compter que sur les effets de la prédication : cet état de fait est à l'origine du double visage de l'expansion chrétienne au Moyen Âge : à la fois pacifique et d'ordre spirituel, mais aussi marquée par la guerre et par la violence. Au haut Moyen Âge, les missions chrétiennes de prédicateurs isolés, appuyés par Rome lorsqu'elle le peut, repoussent avec succès les limites politiques de la chrétienté en amenant à la conversion des rois barbares et en s'appuyant sur l'influence des rois chrétiens — comme les rois francs, dont l'adhésion au christianisme remonte à Clovis (496) — mais leur préoccupation dernière, qui est de faire entendre le message du Christ aux peuples des derniers, demeure un objectif des plus difficiles à quantifier. Elles sont le plus souvent l'œuvre de moines, comme saint Colomban en Gaule, saint Augustin de Canterbury dans le Kent ou saint Boniface en Frise. À cette fin, l'Église se heurte également à des résistances à l'intérieur même de la chrétienté, où le clergé épiscopal est à la tête de l'encadrement des fidèles, surtout dans les campagnes : symptomatique, le mot « païen » — paganus, celui qui habite la campagne — désigne celui qui pratique l'ancienne religion polythéiste avant de désigner tout ce qui n'est pas chrétien. Le respect de la morale chrétienne, en particulier, fait l'objet d'injonctions des conciles, des synodes mérovingiens, puis carolingiens. Ces derniers ne cessent de rappeler les interdits, notamment l'esclavage, de condamner les coutumes païennes et de tenter de limiter la violence privée. Pendant la période féodale, les synodes s'attachent à lutter contre les violences seigneuriales (Paix de Dieu, trêve de Dieu), la simonie, le nicolaïsme, et enfin contre les hérésies. Ces dernières se développent sporadiquement (autour de l'an Mil) et, très rarement, s'installent durablement comme en Languedoc, avec le Catharisme ou en Bohême, avec Jean Hus (13691415), etc. À partir du , la papauté peut s'appuyer pour cette tâche sur les ordres mendiants, franciscains et surtout, dominicains. Mais la tentation du recours à la force est grande et la violence caractérise souvent, en dernier recours, le combat pour l'unité de l'Église, qu'implique sa première définition : elle marque la « christianisation » forcée de la Saxe par Charlemagne (seconde moitié du ), donne lieu à la croisade des Albigeois, à la naissance du tribunal de l'Inquisition sous le pape Grégoire IX (12271241), aux guerres hussites, etc. Enfin, un aspect majeur de la religion au Moyen Âge est son rôle dans les arts et la culture : dès l'Antiquité tardive, en effet, la culture latine classique se réfugie dans les monastères, où l'on continue à enseigner le trivium et le quadrivium. Face à l'illétrisme du peuple et des aristocrates barbares, ces derniers et, plus largement, l'Église, demeurent le cadre par excellence où survit l'Écrit : les lettrés, théologiens, hagiographes et chroniqueurs qui témoignent de leur temps, sont des moines ou des évêques. Certaines idées héritées de la Rome antique, comme celle de l'État, qui disparaît au , y sont conservées et pénétrées par le christianisme. À travers la renaissance carolingienne, portée par Alcuin, la réforme clunisienne, la réforme grégorienne, puis avec la création des ordres mendiants et l'essor des Universités, au , les renouveaux culturels et spirituels émanent des gens de religion. L'art roman qui se diffuse avec Cluny et l'art gothique, qui naît à Saint-Denis avant de gagner l'Europe entière sont des arts religieux. Il faut en fait attendre la fin du Moyen Âge ( – ) pour qu'une culture profane se développe à nouveau en France, dans l'entourage royal des légistes et en raison des démêlés du roi avec la papauté. Enfin, en toute logique dans ce contexte, les textes à partir desquels se forme l'idéologie — en particulier de la société et du pouvoir — au Moyen Âge sont les sources chrétiennes : l'Ancien testament donne son cadre à la royauté médiévale (Charlemagne est comparé au roi David), les œuvres des Pères de l'Église (notamment, saint Jérôme et, surtout, saint Augustin avec La cité de Dieu) encadrent les rapports sociaux et enfin, le Nouveau testament, dont les Évangiles fournissent à la fois l'exemple de vie apostolique qui anime les ordres mendiants et le terreau de l'humanisme à travers l'Incarnation, se trouve à l'origine du renouveau idéologique qui marque la fin de la période. Aussi, dans une large mesure, la religion chrétienne inspire et modèle la société médiévale en lui fournissant à la fois sa hiérarchie (au sommet de laquelle se trouve le roi, intermédiaire avec le Christ qui règne sur la hiérarchie céleste) et la première de ses institutions : l'Église, qui supplée à la disparition de l'État.

La société

La société du haut Moyen Âge est essentiellement rurale et caractérisée à tous les niveaux par l'existence de liens de dépendances personnelles. Ces derniers, qui se sont substitués à l'ordre public, prolongent pour une part le clientélisme antique et relèvent d'autre part d'une conception chrétienne nouvelle de l'ordre social. Notamment, l'esclavage est interdit par l'Église : le servage occupe la place qu'il laisse vacante et le même mot qui désignait l'esclave antique (
servus) désigne à travers le serf médiéval des conditions sociales très différentes. Notamment, le serf n'est pas juridiquement un bien meuble, propriété de son maître, mais un homme dépendant d'un seigneur. Aux niveaux supérieurs de la hiérarchie sociale, les relations entre les hommes libres sont caractérisées par les liens de vassalité : le vassal doit aide et conseil (auxilium et consilium) à son suzerain, c'est-à-dire à l'homme auquel il a prêté serment de fidélité. De tels liens impliquent un certain nombre de devoirs, au nombre desquels le plus important est, à l'origine (sur le modèle carolingien du ), le service militaire dû au suzerain (l'ost) : les chevaliers (milites) sont des nobles. En parallèle, le vassal reçoit quant à lui un fief (beneficium) de son suzerain : il s'agit le plus souvent du droit de jouir d'une terre, mais parfois, plus souvent à la fin du Moyen Âge, d'une bourse ou d'une rente. Le fief, dont les lointaines origines se trouvent dans les charges ou honneurs conférés par le souverain carolingien à ses compagnons d'armes, tend à devenir héréditaire au . Ces liens de dépendances ont pour conséquence principale une forte hiérarchisation sociale. Différents critères divisent également la société médiévale :
- d'ordre moral ; selon les conceptions du clergé, la société idéale est composée de trois ordres qui se distinguent par le mode de vie : les moines, les clercs et le reste des laïcs. Au sein de ces derniers, l'Église distingue encore ceux qui sont mariés de ceux qui sont vierges.
- D'ordre fonctionnel ; à la précédente division se superpose du jusqu'au une autre division tripartite : elle rassemble le clergé et les moines : « ceux qui prient » (
oratores), la noblesse (nobiles) : ceux qui combattent (bellatores, pugnatores) et le peuple : « ceux qui travaillent » (laboratores). :Avec l'essor urbain, à partir du , une nouvelle classe, la bourgeoisie, se développe au sein du peuple : elle tire son nom des « bourgs » nouvellement créés, où vivent ses membres, et rassemble essentiellement les riches artisans (notamment les bouchers) et des rentiers.
- D'ordre juridique ; les seigneurs (
domini) se caractérisent par le fait qu'ils détiennent le « pouvoir de juger et de contraindre » (le pouvoir banal, ou ban) les hommes de leur seigneurie (le terme désigne à la fois le pouvoir lui-même et le lieu ou les personnes auxquels il s'applique). S'y attachent un certain nombre de privilèges : le droit de lever l'impôt directement (la taille), d'exiger des corvées, le droit de moudre le grain et de cuire le pain, le droit de péage, etc. Les seigneurs ne doivent pas être confondus avec la noblesse : les abbayes et l'Église constituent également de grandes seigneuries (voir seigneurie ecclésiastique). :Au sein du peuple, dans les campagnes, les hommes libres qui exploitent un alleu ou une tenure (terre attribuée contre un loyer) coexistent avec les serfs (servi) : la dépendance juridique, sociale et économique de ces derniers par rapport à leur seigneur possède un caractère héréditaire (servage personnel), ou bien ce caractère est lié à la terre qu'ils exploitent (servage réel). :Toutefois, les contraintes exactes qui pèsent sur les hommes de la seigneurie varient selon la région et selon l'époque considérées. :Au départ expression d'un lien personnel très fort entre Loire et Rhin, le servage y devient progressivement le signe d'une condition sociale inférieure. :À partir du , des chartes de franchises octroyées aux villageois permettent la constitution de ces derniers en « commune » et l'accession de serfs au statut d'hommes libres. Ce phénomène s'explique d'abord par de nouveaux défrichements (fondation d'essarts, de bastides, etc.), pour lesquels les seigneurs ont besoin de bras, quitte à renoncer à une partie de leur ban. Il touche en premier lieu les grands centres de peuplement, puis les villages voisins.
- D'ordre économique ; avec l'affaiblissement des derniers Carolingiens, les princes se sont accaparés la majorité des terres. Aussi, à la fin du , le roi est moins riche que les grands féodaux qui entretiennent de nombreux vassaux et frappent leur monnaie. À la fin de la période féodale, l'essor urbain et les progrés techniques bouleversent l'ordre social : au début du , le sort économique de la bourgeoisie est plus enviable que celui que connaissent les hommes libres des campagnes reculées. Notamment, comme pour l'ensemble de la population urbaine, la dépendance de cette nouvelle classe à l'égard des seigneurs est bien moins importante que dans les campagnes ; toutefois, le développement du commerce avec les grandes foires médiévales permet à une riche paysannerie d'émerger dans les campagnes.

Voir aussi

Articles connexes


- [http://fr.wikisource.org/wiki/Textes_m%C3%A9di%C3%A9vaux Textes médiévaux dans Wikisource]
- Liste des articles sur le Moyen Âge
- Le musée national du Moyen Âge (Paris - Thermes et hôtel de Cluny) ~ Troubadour

Articles traitant de sujets médiévaux

Troubadour
- adoubement
- Architecture militaire
- Architecture religieuse
- Armement médiéval
- Architecture gothique
- Architecture romane
- Cathédrale
- Châteaux et Châteaux forts
- Chevalerie
- Croisade
- Cuisine médiévale
- les grands défrichements
- Éducation au Moyen Âge
- Foires
- Guerre au Moyen Âge, Guerre de Cent Ans
- Littérature du Moyen Âge
- Musique du Moyen Âge
- Peste noire
- Flagellants
- Seigneur, Seigneurie
- Vassalité

Histoire médiévale par aire géographique

Vassalité]]
- Le Moyen Âge en Allemagne :
  - Francs
  - Saint Empire romain germanique
    - La ville de Metz au Moyen Âge
- Le Moyen Âge en Espagne :
  - La Reconquista (711-1492)
- Le Moyen Âge en France :
  - Le Haut Moyen Âge : Clovis, les Mérovingiens, les Carolingiens, Charlemagne, les Capétiens, etc.
  - Le Bas Moyen Âge : les Valois
- Le Moyen Âge en Suisse
  - La Suisse au Haut Moyen Âge (476-887)
  - La Confédération des VIII cantons
  - Confédération des VIII cantons (1353-1481)
- Le Moyen Âge en Méditerranée
  - Le monde méditerranéen au
  - Empire byzantin
  - Trecento du italien

Musées et collections du Moyen Âge


- The Cloisters, à New York
- Musée national du Moyen Âge (hôtel de Cluny), à Paris
-
ja:中世 simple:Middle Ages


Latin

Introduction

Le latin est une langue italique de la famille des langues indo-européennes, aujourd'hui considérée comme éteinte, même si elle continue d'être utilisée et développée comme langue écrite. Utilisée par les Romains, elle resta jusqu'au XVIIe siècle la langue principale de la diplomatie internationale, puisqu'elle était la seule langue commune à toutes les parties. Langue liturgique et officielle de l'Église catholique (textes doctrinaux ou disciplinaires, droit, etc.), elle est toujours une des trois langues officielles de l'État du Vatican. Elle est encore partiellement une langue d'enseignement dans les universités pontificales romaines. Son enseignement au futur clergé en tant que langue parlée est généralement abandonné dans les séminaires locaux. Le latin reste cependant étudié et utilisé comme langue de culture. Il conserve un réel succès d'estime auprès de nombreuses personnes qui la pratiquent couramment (voir Vicipaedia : cette version latine de Wikipedia compte 4000 articles, témoignant du nombre et de la passion des locuteurs). Le latin est la langue-mère des langues romanes.

Histoire

Plusieurs langues européennes dérivent directement du latin vulgaire (c'est-à-dire des variantes parlées par le peuple et non la langue littéraire), les langues romanes, comme le catalan, le castillan, le français, l'italien, le portugais, l'occitan, le romanche, le roumain, etc. D'autres langues lui ont emprunté un très large vocabulaire, comme l'albanais (par proximité) ou l'anglais (par l'intermédiaire de l'ancien français ou par l'occupation romaine d'une grande partie de l'Angleterre). Le latin ayant été pendant des siècles la langue savante (et, en France, celle de l'enseignement, du au ) et la langue de l'Église catholique romaine, son influence en Europe s'est fait sentir dans un grand nombre de langues.

Latin médiéval

On parle parfois de bas-latin pour désigner le latin de la fin de l'Antiquité et du début du Moyen Âge, pour lequel on peut parler de latin médiéval, par opposition au latin classique de Cicéron. De nombreux termes empruntés aux langues germaniques se sont ajoutés au vocabulaire. Un certain nombre de termes classiques ont acquis un sens religieux dans le contexte de la chrétienté (credo par exemple) qu'ils n'avaient pas à l'époque antique.

Le latin, langue vivante

Jusqu'au , les thèses de doctorat, qu'elles soient de médecine ou de n'importe quelle autre science devaient être publiées en latin. Pour ce faire, les doctorants payaient parfois et souvent très mal un étudiant latiniste pour exécuter la traduction. La langue de l'Eglise catholique reste et demeure le latin. Cela ne va pas sans difficultés. Déjà au temps du concile Vatican II, Yves Congar o.p., expert au concile, s'emploie à corriger la copie de ses collègues afin qu'ils s'expriment dans un latin fluide et contemporain. Par ailleurs, son Journal du Concile (CERF, 2000) témoigne qu'il donne, en catimini, des notes à l'expression latine des divers évêques et cardinaux. Le latin n'est plus enseigné aujourd'hui, en tant que langue vivante, que dans les universités ecclésiastiques romaines (la Grégorienne, l'Augustine, etc.) et dans les séminaires dépendant de la Fraternité Saint-Pie X, qui ne reconnaît plus l'autorité romaine. Lors du conclave de 2005, un des derniers enseignants actifs dans une université ecclésiastique romaine a indiqué que seuls deux cardinaux, dont celui qui fut élu pape, le comprenaient encore lorsqu'il s'adressait à eux en latin. Pour aider à une meilleure qualité du latin écrit chez ceux de ses représentants qui doivent encore le pratiquer, le Vatican entretient un service du latin moderne et contemporain. Soixante mille mots ou expressions ont été ajoutés au latin ces deux derniers siècles, afin de permettre l'expression sur tous les sujets contemporains (puissance nucléaire se dit par exemple vis atomica), ce qui lui confirme le statut de langue vivante, contrairement à une opinion répandue. Il existe une méthode Assimil de latin, qui commence ainsi: - Latíne lóqueris? - Parles-tu latin ? - Nondum latine loquor. Hæc léctio mihi prima est. - Je ne parle pas encore latin. C'est ma première leçon. - Cito latíne loquéris. - Tu parleras bientôt. On insiste avec raison sur la nécessité d'accentuer correctement.

Le latin et l'Union Européenne

Assimil Le latin est aussi utilisé de temps en temps dans le contexte de l'Union européenne, lorsque le multilinguisme officiel n'est pas applicable. Afin de montrer son attachement à son modèle culturel pluraliste, l'Union Européenne a alors recours, pour de courtes et simples inscriptions, à la langue latine, qui souligne son glorieux passé (voir photo).

Classification

Le latin est une langue indo-européenne appartenant au groupe italique, même si cette appartenance a été contestée par certains linguistes. Plus précisément, on classe le latin parmi les langues italo-falisques.

Répartition géographique

Statut officiel

Le latin est toujours aujourd'hui la langue officielle de l'Eglise catholique. La langue officielle du Vatican est quant à elle le français avec, de facto, l'italien.

Langues dérivées

Les langues romanes sont dérivées du latin.

Ecriture

Les romains sont les créateurs de l'alphabet latin, qui comportait, à l'époque classique, les lettres suivantes : Les lettres K, Y et Z sont rares. Y et Z ont été ajoutées pour transcrire les mots grecs et K était initialement utilisé pour C devant A et les consonnes, mais a progressivement été éliminé.

Prononciation

Prononciation ancienne restituée

On connaît avec précision la prononciation du latin classique, grâce aux nombreux témoignages laissés par les auteurs latins et au moyen de la méthode comparatiste. L'une des modifications les plus importantes depuis l'indo-européen est le rhotacisme (passage de /s/ à /r/ dans certaines conditions ; principalement entre voyelles). La prononciation d'une langue n'étant pas figée, tant que le latin a été parlé, ses phonèmes ont évolué. On indique ici les évolutions les plus flagrantes :
- æ (diphtongue) : initialement // puis // (à partir du ) ;
- au (diphtongue) : // ; cette diphtongue, hormis dans certaines prononciations dialectales, s'est conservée tout au long du latin ;
- c : /k/ (toujours dur) ; dans les inscriptions archaïques (et dans le prénom Caius), c pouvait servir à noter /g/ ;
- ch : // (aspiré, comme en grec ancien) ;
- g : /g/ (toujours dur) ;
- h : initialement /h/ (comme en anglais ou en allemand) puis très rapidement muet (dès les premiers textes littéraires) ;
- i : note à la fois la voyelle /i/, longue ou brève, et la spirante /j/ (/jj/ entre deux voyelles) ; dans les éditions scolaires, quand i vaut /j/, il est souvent écrit j, distinction que les Romains ne pratiquaient pas (pour cause : la lettre j n'est apparue que bien après) : ils écrivaient I en toute position ;
- m : /m/ ; très rapidement muet en fin de mot (avec vraisemblablement une nasalisation de la voyelle précédente ; ce traitement est survenu avant la période littéraire) ;
- œ (diphtongue) : // puis /eː/ (à partir du ) ;
- ph: // (aspiré ; emprunté du grec ancien) ;
- qu : // ;
- r : /r/ (roulé) ;
- s : toujours /s/ ; le latin ne connaissait pas le son [z], remplacé par /r/ (rhotacisme) ;
- th: // (aspiré ; emprunté du grec ancien) ;
- u : note à la fois la voyelle /u/ et la spirante /w/ ; la distinction entre u et v en minuscules est relativement récente et ne s'emploie que dans les éditions scolaires. Les Romains écrivaient V en toute position ;
- y : /y/ (emprunté au grec ancien) ;
- z : /zz/ (long ; emprunté au grec). Chaque voyelle (a, e, i, o, u, y) peut être brève ou longue. Le latin antique était une langue à accent de hauteur aussi dotée d'un accent d'intensité secondaire.

Prononciations modernes

[En préparation]

Grammaire

Morphologie

La morphologie du latin est celle d'une langue hautement flexionnelle.

Système nominal

L'article complet se trouve dans Déclinaisons latines. On compte dans le système nominal autant les noms que les adjectifs, qui suivent des flexions proches, sinon similaires. La flexion nominale comporte :
- deux nombres comme en français : singulier, pluriel ;
- trois genres : masculin, féminin et neutre (rare en français, conservé seulement dans les pronoms quoi, que) ;
- cinq types de déclinaisons pour le nom
- deux classes d'adjectifs : la première correspond aux déclinaisons 1-2 du nom, la seconde à la déclinaison 3 du nom;
- les degrés de l'adjectif comparatif (plus beau, moins beau) et superlatif (très beau, le plus beau, le moins beau), marqués par des suffixes : -ior (classe 2), -issimus (classe 1) (mais nombreuses exceptions)comme melior, pessimus, pejor...;
- le latin classique comporte six cas : nominatif, vocatif, accusatif, génitif, datif, ablatif. Le roman, issu du latin au Moyen Âge et ancêtre du français, n'en comporte plus que deux.

Système verbal

L'article complet se trouve dans Conjugaisons latines. Le verbe se conjugue selon :
- quatre types de conjugaison ;
- deux voix (active et passive), avec le cas particulier des verbes déponents (forme passive mais sens actif) ;
- six modes (infinitif, indicatif, subjonctif, impératif, gérondif et participe) ainsi que des formations secondaires comme le supin et l'adjectif verbal ;
- six temps (présent, imparfait, futur simple, sur le radical du présent, et parfait, plus-que-parfait, futur antérieur, sur le radical du parfait).

Pronoms personnels

La liste complète se trouve dans Liste des pronoms en latin.

Lexique

Le latin et les autres langues indo-européennes


- Le vocabulaire commun Comme toute langue indo-européenne le latin possède un certain nombre de mots en commun avec ses langues sœurs. AGNUS "agneau" correspond au slave ancien AGNĘ "agneau" qui s'est conservé dans toutes les langues slaves moderne, comme ЯГНЁНОК "agneau" en russe. De même le grec AMNOS "agneau" est un ancien AGNOS. Le breton OAN "agneau" remonte à un ancien AGNOS. à compléter...

Que devient le latin quand il se fait français ?

Un mot latin peut avoir engendré un mot français qui est son direct descendant, c'est le cas pour ALA "aile" qui devient AILE, AMARE "aimer" AIMER, BARBA "barbe" BARBE, CARPA "carpe" CARPE. Dans d'autre cas la situation n'est pas si simple et le mot a évolué : AQUA "eau" donne EAU mais après une longue évolution qui a fait prendre au mot la forme ÈVE dont dérive le mot ÉVIER qui est en quelque sorte le doublet populaire de AQUARIUM. FERIRE "frapper" a donné FÉRIR qui est maintenant hors course. FAGUS "hêtre" se voit évincé par un mot germanique et CRUS "jambe" ne se retrouve qu'indirectement dans CRURAL. LAETITIA "joie" a engendré LIESSE mais seul le linguiste comprendra aisément par quel long processus. MACULA "maille" a fait une petite glissade de sens et NATIS "fesse" qui a donné NACHE n'est compris que par certains vieux grand-pères. PATER "père" revient en force dans l'argot et QUATUOR "quatre" dans l'opéra. On en perd forcément son latin.

Exemples

Voir aussi

Liens internes


- Déclinaisons et Conjugaisons latines
- Liste des pronoms en latin
- Étymologie latine
- Expression latine et Liste des proverbes latins
- Linguistique
- Rhotacisme
- Dictionnaire des langues
  - Langues par famille
    - Langues indo-européennes
      - Langues italiques
      -
- langues romanes
- Méthode latine ;

Liens externes


- [http://www.pesaro.com/latino/ Le latin contemporain]
- [http://www.obta.uw.edu.pl/~draco/docs/voccomp.html Le vocabulaire de l'informatique]
- [http://cafe.rapidus.net/ghiginio/NotaeNet/N_0.html Vocabulaire français-latin moderne], avec grammaire orientée pour le thème.
- [http://www.freelang.com/dictionnaire/latin.html Dictionnaire Freelang] - Dictionnaire latin-français/français-latin.
- [http://www.passion-histoire.net/phpBB_Fr/viewforum.php?f=81/ Forum consacré aux langues anciennes]
- [http://miroir.mrugala.net/Arisitum/adihaf/latin.htm Cours de latin]
-
Catégorie:Langue morte Catégorie:Langue liturgique Catégorie:Langue véhiculaire als:Latein ja:ラテン語 ko:라틴어 simple:Latin language th:ภาษาละติน zh-min-nan:Latin-gí

Prose

La prose est la forme ordinaire du parler. Elle n'est pas assujettie au respect d'un rythme ou d'une musicalité. Elle s'oppose en cela au vers. Le poème en prose est une manière assez libre de s'exprimer tout en employant des procédés stylistiques qui marquent la capacité de l'auteur dans son œuvre poétique. L'exemple le plus connu est le Spleen de Paris de Baudelaire, qui reste un exemple assez spécial car son œuvre n'est pas entièrement considérée comme des petits poèmes en prose. Francis Ponge propose le terme de proème pour qualifier sa poésie écrite en prose. Catégorie:Littérature ja:散文

1150

Catégorie:1150
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Années 1130 | Années 1140 | Années 1150 | Années 1160 | Années 1170
1145 | 1146 | 1147 | 1148 | 1149 | 1150 | 1151 | 1152 | 1153 | 1154 | 1155
---- Cette page concerne l'année 1150 du calendrier julien.

Événements

Amérique


- La destruction de la volle de Tula, près de Mexico, marque la fin de l'Empire toltèque.

Asie


- Dislocation de l'empire Chola en Inde du Sud et émancipation de Ceylan.
- Début d'une période de trouble au Cambodge (fin en 1181).

Proche-Orient


- 'Ala' al-Dîn devient gouverneur de Ghur (mort en 1161).
- Les Ghurides, vainqueurs de Bahram Chah rasent Ghaznî de font en comble. Les Ghaznavides s’enfuient en Inde ou les Ghurides les traqueront jusqu’en 1186. Partout, ils s’installent à leur place.
- Nur ad-Din s’approche de Damas, demandant à Abaq de s’allier avec lui. Abaq fait appel aux Francs, qui conduits par Baudouin III de Jérusalem, s’installent aux portes de Damas pendant plusieurs semaines. Nur ad-Din évite l’affrontement et éloigne ses troupes. Il cherche à susciter la révolte parmi la population de la ville.

Europe

Espagne


- Début du règne de Sanche VI le Sage, roi de Navarre (fin en 1194).
- Suzeraineté d’Alphonse VII de Castille sur la Navarre.
- Sanche le Sage rétablit la paix entre l’Aragon et la Castille.
- Attributions de fueros (droits) aux ports cantabriques d’Avilés et de Santander.

France


- Henri II Plantagenêt devient duc de Normandie.

Germanie


- Progression du germanisme vers l’Est au détriment des Slaves (1150-1200) : Albert l'Ours hérite le Havelland du prince slave Pribislav. Il organise le Brandebourg jusqu’à sa mort en 1170.
- Colonisation allemande en Transylvanie et sur les contreforts des Tatras.

Islande


- L’Islande compte de 80 000 à 100 000 habitants.
- Dèbut de l'« Age des Sturlungar » en Islande, du nom de la famille la plus puissante de l’époque (fin en 1262). Les réformes ecclésiastiques deviennent plus profondes et agissent sur le corps social, provoquant des réactions. L’individualisme s’affirme. Les Grands jouent un rôle croissant et s’affrontent en luttes fratricides malgré la pression norvégienne.

Russie


- Transfert à Tchernigov des reliques d’Igor Olgovith, tué en 1147 par les Kiéviens.

Art & culture


- Achèvement du temple funéraire d'Angkor Vat.
- Développement de la mode courtoise dans la France du Nord.

Science & technique


- En Chine, on fabrique les premières fusées.
- Une école médicale s'ouvre à l'université de Bologne.

Naissances en 1150


-

Décès en 1150


- ko:1150년

Chrétien de Troyes

Chrétien de Troyes (vers 1135 - vers 1183) est un écrivain français du Moyen Âge.

Biographie

On connaît très peu de choses sur lui. On suppose qu'il est né à Troyes, qu'il est issu de la bourgeoisie et qu'il a effectué des études classiques, il aurait notamment appris le grec. Il est à peu près certain qu'il a vécu à la cour de Marie de Champagne. Il est considéré comme un des premiers auteurs de romans de chevaleriemythe et folklore s'unissent admirablement pour former des récits de quête. Il est l'initiateur de la littérature courtoise en France : Érec et Énide, Cligès, Lancelot ou Le Chevalier de la Charrette, Yvain ou le Chevalier au lion, Perceval ou Le Conte du Graal. Malheureusement, lors d'un incendie d'une bibliothèque, beaucoup de ses œuvres ont brulé. Chrétien de Troyes a été le premier auteur à écrire un récit sur le Saint Graal.

Œuvres


- Érec et Énide, vers 1170
- Cligès, vers 1176
- Le Chevalier de la Charrette, roman de Lancelot, vers 1178~1181
- Le Chevalier au Lion, roman d'Yvain, vers 1178~1181
- Le Conte du Graal ou roman de Perceval, (inachevé) vers 1182~1190

Liens externes


- [http://www.castlemaniac.com/dossiers/chretien-de-troyes/chretien-de-troyes.php Chrétien de Troyes]
- [http://gallica.bnf.fr/themes/LitMAm.htm Chrétien de Troyes par la Bibliothèque nationale de France] Chrétien de Troyes Chrétien de Troyes Catégorie:Légende arthurienne Chrétien de Troyes Chrétien de Troyes Chrétien de Troyes

Chanson de geste

La geste ou chanson de geste désigne un récit versifié (un long poème) en décasyllabes ou, plus tardivement, en alexandrins, assonancés regroupés en laisses (longues strophes de taille variable) relatant des épopées légendaires héroïques mettant en scène les exploits guerriers de rois ou de chevaliers, remontant aux siècles antérieurs. Geste (féminin) (venant du latin «gesta») est ici à comprendre comme « action d'éclat accomplie ». Ce type de récit apparaît à l'aube de la littérature française, vers la fin du XI siècle (elles sont chantées entre 1050 et 1150). Les dernières ont été produites au cours du XV. Les chansons de geste sont caractéristiques de la littérature médiévale et prennent la suite des grandes épopées de l'Antiquité. Elles sont rédigées en ancien français et, plus précisément dans des dialectes d'oïl. Elles s'opposent à un autre grand genre littéraire médiéval : la poésie lyrique, dont la langue est, cette fois-ci l'occitan. Souvent anonyme, son auteur est un trouvère, qui la destinait à être chantée et accompagnée musicalement, devant un public large, populaire ou noble.

Récit épique

Une chanson dans les manuscrits conservés (au nombre de 90) compte de 1000 à 20 000 vers. Ces vers sont groupés en unités de longueur variable qui portent le nom de « laisse ». Elles ne sont pas rimées mais simplement assonancés, comme il s'agit d'une littérature de caractère oral, la répétition du dernier son vocalique accentué suffisait de repère poétique à l'oreille. Aussi y a-t-il dans la composition des chansons des procédés qui servent à rafraîchir la mémoire des auditeurs au cas où la récitation se prolongeait des jours de suite. Ce sont généralement des passages qui résument ce qui est déjà dit ou bien des ajouts à chaque nom propre d'un épithète caractérisant le personnage, comme par exemple, Charlemagne à la barbe fleurie, Olivier le sage, Roland le preux, Guillaume au court nez, etc. L'acte épique par excellence c'est l'acte guerrier. Le récit du combat dans ses différentes étapes est presque immuable : la rencontre des faibles forces chrétiennes avec des multitudes païennes ; les assauts à la lance et à l'épée ; les exploits extraordinaires des personnages principaux ; la description plus ou moins rapide d'équipements effrayants. On remarque aussi un certain nombre de procédés stylistiques constants : utilisation du présent, alternance du dialogue avec le récit, emphase et d'autres. Les Chansons de Geste conjuguent, le plus souvent, les grands thèmes épiques : héroïsme, honneur, amitié, trahison, vengeance, exaltation des liens féodaux. La Chanson de Roland en est le meilleur exemple.

Sujets

Écrites en langue d'oïl par les premiers poètes, les trouvères, elles chantent la valeur martiale des chevaliers, héros de l'ère de Charles Martel et de Charlemagne, et leurs batailles contre les Maures. À ces légendes historiques sont ajoutées une forte touche de merveilleux : des géants, de la magie et des monstres apparaissent parmi les ennemis avec les Sarrasins. Avec le temps, les aspects historiques et militaires se sont affaiblis en faveur des aspects merveilleux. Les thèmes des chansons de geste sont devenus notoires en tant que matière de France, qui s'oppose à la matière de Bretagne, traitant du Roi Arthur et de ses chevaliers, et la matière de Rome qui mélange la mythologie grecque aux contes d'Alexandre le grand, de Jules César, et d'autres figures de l'Antiquité présentées comme des exemples de chevalerie. Lorsque les mœurs médiévales se sont adoucies et se sont tournées vers plus de subtilité, on a préféré à la chanson de geste les récits courtois qui en sont inspirés mais insistent plus sur les relations entre le chevalier et sa dame.

Le héros épique

Dans les chansons de geste seule la classe féodale est mise en scène. Le héros épique est un chevalier doué d'une force surhumaine, pour pouvoir endurer toutes sortes de souffrances physiques ou morales. Exemplaire par sa fidélité à son seigneur, il est élu pour sa perfection et représente toujours une collectivité dont l'existence est en jeu. Avec Charlemagne, par exemple, c'est la « dulce France » et le monde chrétien qui luttent et souffrent pour vaincre à la fin. Les forces divines s'ajoutent presque toujours pour le secourir. La mort est le moment le plus émouvant du récit et recèle une leçon dictée par la vision religieuse et féodale de la société: la souffrance et la mort sont nobles lorsqu'elles sont subies pour Dieu et le suzerain. Ainsi le public, soit-il chevaleresque ou populaire, est appelé aux grandes émotions collectives et religieuses. Les autres personnages ont des rôles définis : ami confident, traître, ennemi, lâche, etc. Ils sont dans le récit pour souligner davantage l'héroïsme et les vertus du héros principal.

Principales gestes

Il reste moins de cent chansons de geste. Les trouvères des 13e et 14e siècles ont groupé les chansons de geste en trois grandes séries appelées des Cycles ou des Gestes. Chaque Cycle comprend des poèmes épiques qui se déroulent autour des exploits d'un même héros ou des membres de sa famille. On distingue le Cycle du roi (Charlemagne), le Cycle de Guillaume d'Orange et le Cycle de Doon de Mayence", également appelé "cycle des barons révoltés".

Le cycle de Charlemagne ou Cycle du Roi


- La chanson de Roland. XIe siècle.
- Le pélerinage de Charlemagne. XIIe siècle.
- Huon de Bordeaux. XIIe siècle.
- Berthe aux grands pieds. XIIIe siècle.

Le cycle de Guillaume d'Orange


- Le Couronnement de Louis, 1137 environ.
- Aliscans. XIIe siècle.
- Girard de Vienne. XIIIe siècle.
- Aimeri de Narbonne. XIIIe siècle.

Le cycle de Doon de Mayence ou Cycle des barons révoltés


- Girart de Roussillon. XIIe siècle.
- Raoul de Cambrai. XIIe siècle.
- Renaud de Montauban. XIIe siècle. Catégorie:Littérature médiévale Catégorie:Genre musical catégorie:Narratologie


Poésie lyrique

LA POESIE LYRIQUE par Jean-Michel Maulpoix -------------------------------------------------------------------------------- La poésie lyrique est souvent définie comme le genre littéraire qui accueille l’expression personnelle des sentiments du poète. L’auteur lyrique parle en effet en son nom propre; il dit “je”. Cette définition, toutefois, est insuffisante, en ce qu’elle néglige deux autres composantes essentielles du lyrisme qui sont la recherche de la musicalité et la visée de l’idéal. Il convient donc plutôt de percevoir celui-ci comme l’expression d’un sujet singulier qui tend à métamorphoser, voire à sublimer le contenu de son expérience et de sa vie affective, dans une parole mélodieuse et rythmée ayant la musique pour modèle. La poésie lyrique doit en effet son nom à la lyre qui, dans l’Antiquité, accompagnait ses chants. Symbole d’unité et d’harmonie, cet instrument apollinien prend dans le mythe d’Orphée une valeur pacificatrice. Capable de suspendre les supplices des Enfers, il devient le modèle des pouvoirs de la poésie et des liens étroits qui l’unissent à la destinée de la créature humaine. EVOLUTION HISTORIQUE Le lyrisme apparaît en France, au Moyen-âge, à travers une myriade de formes associant le plus souvent au poème la musique et la danse : chansons de toile, pastourelles, sérénades, ballades, cansos, tournois, tensons, lais et virelais fleurissent dans le chant des trouvères et des trouba­dours. Bernard de Ventadour (1150-1200), Richard Coeur-de-lion (1157-1199) et Thibaut de Champagne (1201-1253) comptent parmi les nombreux représentants de ce lyrisme ancien. L’amour courtois est alors le thème dominant des œuvres les plus savantes, qui se partagent entre intimité et virtuosité. Le jeu codifié l’emporte sur l’expression authentique. C’est dans la seconde moitié du XIIIème siècle, notamment avec Rutebeuf, que le lyrisme entreprend de se dégager de ses stéréotypes. Au XVème siècle, Charles d’Orléans (1391-1465) et François Villon (1431≈1463) imposent deux voix mélancoliques aux accents plus résolument personnels, l’une précieuse et nourrie d’allégories, l’autre mobile, instable, mais capable d’articuler le sort d’un sujet singulier à celui de ses “frères humains”. Pendant la Renaissance, l’espace du lyrisme s’élargit. Légèreté de Marot, allégresse de Ronsard, mélancolie de Du Bellay, virtuosité de Louise Labé et de Maurice Scève: la poésie multiplie alors ses sources d’inspiration et ses formes. La relecture des poètes de l’Antiquité et l’influence de la littérature italienne, conjuguées à l’enthousiasme d’inventer une nouvelle figure de l’homme et du monde, induisent une production poétique très riche. Chez les poètes de la Pléiade, l’ode et le sonnet ouvrent un nouvel espace formel à l’expression lyrique. Ronsard célèbre en 1550 “l’heureuse félicité de la vie”. La ferveur panthéiste et l’influence pétrarquiste le conduisent à multiplier les correspondances entre les beautés de la nature et celles de la femme aimée. Les anciens schémas de la poésie courtoise cèdent peu à peu le pas à une inspiration plus familière. Mais l’époque classique interrompt cette floraison. En valorisant la figure de “l’honnête homme” et en privilégiant les valeurs d’ordre et de hiérarchie, elle entraîne un reflux du lyrisme. Encore nombreux à l’époque du baroque, les poètes lyriques se raréfient à partir de 1640. La figure du poète se trouve alors relativisée, sinon dénigrée, Malherbe lui-même va jusqu’à écrire “qu’un bon poète n’est pas plus utile à l’Etat qu’un bon joueur de quilles”. Mondanité et préciosité ne suffisent pas à donner un sens au “commerce des muses”. Le lyrisme trouve alors à se loger hors de la poésie: il n’est absent ni des Oraisons funèbres (1667-1687) de Bossuet ni des tragédies de Corneille, où il anime les stances du Cid, ni de celles de Racine qui comptent quelques-uns des vers les plus mélodieux de la langue française. Il faut attendre le milieu du XVIIIème siècle pour assister à un renouveau du lyrisme. Le préromantisme dans la prose sentimentale, puis le romantisme dans la poésie tout entière, le font s’épanouir en prêtant voix à la subjectivité solitaire. Après être demeuré plus d'un siècle sous le joug de l'esthétique classique, le poète redécouvre l'ensemble de ses pouvoirs et les exerce librement. Il émancipe son écriture d'un certain nombre de conventions, en disloquant par exemple l'alexandrin ou en mêlant les genres. Il étend son vocabulaire en ne craignant plus d'employer des mots roturiers qui heurtaient naguère le bon goût. Il élargit également son espace: il ne se confine plus dans une antiquité hiératique, mais s'échappe vers le Moyen-âge ou vers la Renaissance dont les tumultes et le foisonnement de vie le séduisent. Il émancipe sa pensée en y intégrant les idées ou les valeurs nouvelles de la révolution. Enfin, il livre son "moi" et met son coeur à nu. Les Méditations poétiques (1820) de Lamartine, Les Voix intérieures (1837) de Victor Hugo ou Les Destinées (1864) de Vigny comptent parmi les fleurons de cette poésie nouvelle où l’expression personnelle ne peut être séparée de la méditation morale et philosophique. Le mouvement même de la lyrique romantique conduit le poète à déborder son propre “moi” pour prendre en charge dans son chant la nature, ou le sort de l’humanité. Aux alentours de 183O, Victor Hugo incarne plus que tout autre les trois domaines du lyrisme nouveau: dramatique dans Hernani, intime dans Les Feuilles d'automne, épique dans Notre-Dame de Paris. Le critique Brunetière résume ce triomphe d'une formule, en écrivant: "avec le romantisme, c'est le lyrisme qui pénètre la littérature en­tière." Pour préciser cette équivalence entre lyrisme et romantisme, il introduit un troisième terme: "l'individualisme". Il résume ainsi sa pensée:"Le Romantisme, dans notre histoire, est un phénomène so­cial carac­térisé par une tendance en tous sens à l'Individua­lisme, et, comme tel, dont la forme littéraire ou poétique ne pouvait être que le lyrisme". Il semble alors que le lyrisme ait absorbé toute la la poésie. Mais l’échec de la révolution de 1848 inaugure un âge nouveau dans l’histoire de la lyrique française. A partir du milieu du XIXème siècle, elle se trouve conduite à engager sa propre critique. Les valeurs de création tendent à se substituer aux valeurs d’expression. A la suite de Gautier puis de Baudelaire, l’accent est mis sur la beauté de la forme et sur ses effets. L’effusion se trouve rejetée au profit du travail de l’écriture même. Les Parnassiens réagissent contre les excès du romantisme en prônant “l’art pour l’art”. Formé un temps à leur école, Verlaine dilue dans les brumes de l’impersonnel les contours du “moi”. Rimbaud, plus radicalement, rejette avec violence la poésie subjective qu’il juge “horriblement fadasse”. C’est Mallarmé qui pousse à son paroxysme cette crise du lyrisme en prônant la “disparition élocutoire” du poète. Mais de cette succession de remises en cause, le lyrisme sort paradoxalement renforcé. La poésie affirme en effet son autonomie en se dégageant à la fois de l’expression et du didactisme. Elle en vient à constituer une aventure en soi. Héritiers de Mallarmé, les symbolistes se lancent à la pour­suite d’un art total, ayant l’opéra pour modèle. Ainsi réaffirment-ils l’alliance ancestrale du lyrisme et de la musique, ainsi que le caractère idéal du chant. Au début du XXème siècle, Apollinaire dans “Zone” et Blaise Cendrars dans “Pâques à New-York” (1912) et “Prose du Transibérien” (1913) ouvrent au contraire l’espace du poème aux innovations du monde moderne dont s’étaient détournés leurs prédécesseurs. Ils vont jusqu’à célébrer le lyrisme visuel de la publicité. Les surréalistes prônent, à l’image d’André Breton dans L’Amour fou (1937), “le comportement lyrique” entendu comme attention et obéissance aux injonctions de l’inconscient. Chacune de ces écoles marque ainsi un approfondissement de la notion et un élargissement de son champ d’investi­gations. De moins en moins effusif, de plus en plus conscient de ses pouvoirs et de ses dangers, le lyrisme apparaît en fin de compte comme le nom même des énergies qui sont à l’œuvre dans la poésie et qui la poussent sans cesse à remettre en cause ses propres délimitations. II. LES FORMES LYRIQUES Le lyrisme couvre tous les registres de l’expression subjective, depuis les joies ou les peines les plus familières jusqu’à la célébration des héros ou des dieux. Il peut être intime ou d’apparat, de tonalité élégiaque ou joyeuse. L’ode est sa forme la plus ancienne et la plus noble. Proche de l’hymne, elle associe à l’idée de chant celle de célébration. Cultivée par Pindare dans l’Antiquité grecque, elle se retrouve aussi bien chez Ronsard (Odes, 1550-1556) que chez Victor Hugo (Odes et ballades, 1822-1828) ou Paul Claudel (Cinq grandes odes, 1908). A travers elle, c’est la dimension proprement religieuse du lyrisme qui se trouve valorisée. A cette forme exaltée, on oppose volontiers l’élégie qui en paraît le revers dépressif. Celle-ci est moins portée à célébrer qu’à méditer et déplorer. Le passage du temps, la finitude humaine, les tourments de la passion et de la mélancolie, nourrissent les Regrets (1558) de Du Bellay, comme les Elégies (posthume, 1844) de Chénier et les Méditations poétiques de Lamartine. A côté de ces grandes formes, une multitude de genres mineurs a proliféré, souvent d’origine populaire, tels que la chanson et la ballade. Les données