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Science

Science

Historiquement, la science était une branche de la philosophie, connue sous le nom de "philosophie naturelle". La philosophie, dans son ancienne acception, prétendait regrouper toute la pensée humaine. Au cours du Moyen-Age, la science s'en est progressivement détachée, mais cela n'a pas été sans heurts ( Galilée, Giordano Bruno,...). Finalement, un modus vivendi a été trouvé :
- la science cherche à répondre aux « Comment ? » ( Comment les oiseaux volent-ils ? Comment fait-on marcher les locomotives ? Comment la matière se comporte-t-elle ? ...);
- la philosophie cherche à répondre aux « Pourquoi ? » ( Pourquoi les oiseaux volent-ils ? Pourquoi fait-on marcher les locomotives ? Pourquoi la matière existe-t-elle ? ...). Plus précisément, la science ( du latin scientia, connaissance ) consiste en :
- la recherche et l'acquisition systématique de connaissances sur les objets et le monde qui nous entourent ;
- l'organisation et la synthèse de ces connaissances par le moyen de principes généraux a priori (théories, lois, mesure, méthode, etc.) ;
- la diffusion des résultats de ces démarches. Selon le philosophe Karl Popper, une théorie n'est scientifiquement acceptable que si, telle qu'elle est présentée, elle peut être réfutable, c’est-à-dire soumise à des tests expérimentaux. La connaissance scientifique est ainsi l'ensemble des théories qui ont jusqu'alors résisté à la réfutation. La science est donc par nature soumise en permanence à la remise en question. Au cours de son développement, la science a fait apparaître une diversité de phénomènes à étudier, créant autant de disciplines, comme la chimie, la biologie, la thermodynamique, l'homme, etc. Certaines de ces disciplines a priori hétéroclites ont pour socle commun la physique, pour langage les mathématiques et comme principe élémentaire la méthode scientifique. La science est donc un découpage métaphysique du réel en plusieurs domaines d'investigations, qui forment un ensemble plus ou moins organisé de connaissances idéalement universelles. Par leur structuration et leur tendance à l'universalité, ces connaissances se distinguent des connaissances vagues de l'expérience personelle (terme à ne pas confondre avec expérimentation) qui sont des connaissances qui ne concernent que les individus ou les cas particuliers, et que l'on peut rencontrer au hasard ce qui interdit toute généralisation. La démarche méthodique pour acquérir et organiser ces connaissances est la méthode scientifique. méthode scientifique

Science appliquée, fondamentale, expérimentale, ...

La science est divisée, par convention, en deux grands ensembles qui se distinguent par leur finalité: Les sciences appliquées et les sciences fondamentales. Les sciences expérimentales, sont opposables aux sciences d'observation.
- Les sciences appliquées
  - Définition : l'utilisation de connaissances scientifiques issues de nombreuses disciplines et de savoir-faire en vue de la réalisation d'un objectif pratique.
  - Les disciplines de sciences appliquées se définissent à partir d'objectifs communs.
  - Exemples : la médecine a pour objectif de rendre un individu en santé. Pour y arriver, elle utilise les connaissances issues de différentes disciplines telles que la biologie, la biochimie, la physiologie, etc. La pédagogie et l'ingénierie sont d'autres exemples de sciences appliquées. :Les sciences appliquées doivent être distinguées de la technique (ou art, dans son sens premier ancien) en tant que pratique empirique. Voir l'article détaillé applications de la science.
- Les sciences fondamentales
  - Finalité : l'acquisition et l'organisation des connaissances en elles-mêmes (sans rechercher d'applications pratiques).
  - Exemple : la biologie, qui s'intéresse à l'étude des êtres vivants, l'astronomie, qui étudie les corps célestes.
- Les sciences expérimentales repose sur une démarche active du scientifique, qui construit et contrôle un dispositif expérimental reproduisant certains aspect des phénomènes naturels étudiés. Les résultats des expériences ne sont pas toujours quantifiés (exemple : l'expérience de Konrad Lorenz avec les oies grises, en éthologie).
- Lorsqu'il n'est pas possible de contrôler un environnement expérimental, les scientifiques peuvent avoir recours à l'observation. lorsqu'une discipline se forme autour de cette démarche, on parle de sciences d'observation. L'astronomie ou l'économie sont des exemples classiques. Mais la frontière n'est jamais nette : il existe une économie expérimentale, et la physique des hautes énergies permet d'une certaine façon de tester expérimentalement certaines théories astronomiques. Des questions éthiques peuvent également être en jeu : Comment reproduire, par exemple, les conséquences des abus physiques chez des enfants sans contrevenir aux plus élémentaires règles de base de l'éthique ? Dans ces cas, l'étape de l'expérimentation est remplacée par une étape d'observation systématique. À ce diptyque expérimentation/observation s'ajoute aujourd'hui les simulations informatiques. Naturellement, science appliquée et science fondamentale ne sont pas strictement cloisonnées. Les découvertes issues de la science fondamentale trouvent des fins utiles, de même que certains problèmes techniques mènent parfois à de nouvelles découvertes en science fondamentale. La recherche en science fondamentale repose sur la technologie issue de la science appliquée. Les laboratoires de recherche et les chercheurs peuvent même faire parallèlement de la science appliquée et de la science fondamentale. Des pressions économiques et sociales s'exercent sur les sciences fondamentales, qui tentent de préserver leur autonomie.

La méthode scientifique

La question de l'unicité de la méthode scientifique est problématique (Feyerabend). Cette (ces) méthode(s) devrait (doivent) garantir la validité l'objectivité de ses résultats. On associe généralement méthode scientifique et méthode hypothético-déductive: #Formulation d'une hypothèse #Expérimentation ou observation #Correction, confirmation ou infirmation de l'hypothèse #Questionnement sur les conclusions : on recommence le cycle à l'étape 1 Le mot science ne peut être rattaché à un domaine de connaissance que si la méthode scientifique propre à ce domaine est généralement acceptée et que les résultats répondent aux conditions de reproductibilité, indépendamment de l'équipe de chercheurs qui réalise l'expérimentation ou l'observation. Un exemple célèbre où les résultats d'une expérimentation n'ont pas pu être reproduits par d'autres équipes de chercheurs est celui de la mémoire de l'eau. Comme personne n'est à l'abri de l'erreur ou de la supercherie, cet exemple montre à quel point l'étape de la diffusion des résultats est cruciale et fait partie intégrante de la méthode scientifique.

Histoire des sciences

La science, en tant qu'institution, ensemble de pratiques ou rapport au monde, est une invention de l'Homme dont on peut retracer la génése. Voir l'article Histoire des sciences.

La recherche

L'ensemble des actions entreprises en vue d'améliorer et d'augmenter l'état des connaissances dans un domaine scientifique constitue la recherche scientifique. L'organisation et la prise en charge des activités de recherche constituent un enjeu important pour toutes les sociétés. Voir l'article détaillé recherche scientifique.

Science et rationalité

La science se revendique comme l'application du raisonnement à l'exploration du monde qui nous entoure. C'est par exemple le cas de l'évolutionnisme et de la théorie de l'évolution. Il est évident que la stricte compatibilité avec les résultats scientifiques, donne à ces recherches un poids particulier. Elles mettent en cause des points trop importants pour les religions monothéistes toutes confondues (épisode de la Genèse).

Science et croyance

Nous avons vu qu'en science, une théorie est normalement incomplète, car elle ne peut décrire exhaustivement la complexité du monde réel. Il en est ainsi de toutes les théories, comme celle du Big Bang ou de l'évolution des espèces. Même si aujourd'hui celles-ci ont le soutien de beaucoup de spécialistes, des théories concurrentes sont discutées. Pour autant, la création du monde en sept jours décrite par la Bible ne peut plus être perçue comme un possible, et bien des croyants reconnaissent qu'une lecture littérale est peu compatible avec l'état actuel de nos connaissances et qu'il est plus sage de l'interpréter comme une parabole. Si la science ne fournit jamais de réponse définitive, il n'est plus possible de ne pas en tenir compte. La foi religieuse, les croyances superstitieuses et pseudo-scientifiques donnent au contraire des explications des phénonèmes d'une toute autre nature puisqu'elles relèvent en général d'une conviction personnelle ou sociale invérifiable. Les progrès de la connaissance entraînent donc parfois une remise en cause des dogmes religieux par la science. L'exécution de Giordano Bruno est un exemple des luttes d'influences que durent affronter les scientifiques. A contrario, sauf à prétendre imposer sa foi (qui n'est autre qu'une conviction intimement personnelle et subjective) aux autres, il faut se défier de la tentation naturelle de qualifier de fait « scientifiquement prouvé » les extrapolations des modèles scientifiques au-delà de leur champ d'application.

Emploi abusif du mot science

Le mot « science » est parfois utilisé pour soutenir qu'il existe des preuves scientifiques là où il n'y a que croyance. Selon ses détracteurs, c'est le cas du mouvement de scientologie. Pour ces cas, on devrait plutôt parler de sciences occultes ou pseudo-sciences.

Le problème de l'induction

La science ne fonctionne pas par méthode déductive pure. Une série d'expériences ne validerait en effet des résultats qu'effectués à une date et en un endroit particuliers, sans possibilité logique de les généraliser. Bertrand Russell mentionne dans son ouvrage Science et religion (chapitre La science est-elle superstitieuse ?) ce qu'il nomme le scandale de l'induction, et qu'il voit comme un mal nécessaire.

Portée de la science

La méthode scientifique hypothético-déductive n'a pas pour vocation de fournir des vérités absolues mais uniquement daffiner si besoin est des modèles antérieurs. En d'autres termes, pour parvenir à une théorisation fiable, il faut forcément au départ prendre appui sur quelque chose, qui pourra se révéler plus tard une erreur. Cela n'a rien qui doive alarmer, et rappelle simplement qu'en science on avance dans la compréhension sur le réel en éliminant les hypothèses erronées. Cela permet de démarrer un processus, et de le réorienter dans la bonne direction ensuite. Un principe est réputé vrai (« jusqu'à plus ample informé ») quand un consensus se dégage dans la communauté scientifique pour estimer que suffisamment d'indices convergent en faveur de ce résultat et que aucun résultat expérimental ne le contredit. La démarche est ici intersubjective, ce qui a suscité des mises en garde importantes de Thomas Kuhn aussi bien que de Paul Feyerabend. La démarche scientifique, de par la remise en cause permanente des connaissances, admet que ces connaissances puissent comporter des aspects incomplets, voire inexacts ; mais il faudra attendre de les avoir mis en évidence pour le savoir. Pour cette raison, on observe que lorsqu'une loi scientifique existante est violée, c'est le signe qu'une nouvelle découverte se profile. Il y a donc lieu de s'en réjouir et non de le déplorer. Utiliser une théorie que l'on sait inexacte ne pose aucun problème dans certains cas :
- Les calculs balistiques utilisent la
mécanique newtonienne, sans faire intervenir le modèle d'Einstein, et n'en mettent pas moins les satellites sur orbite sans le moindre problème, ... à l'approximation requise L'essence de la science, à travers les générations, reste la remise en question permanente. Mais parfois aussi des idées nouvelles n'arrivent à bien se répandre qu'après le décès d'autres scientifiques devenus inconsciemment dépendants d'un modèle donné, dans lequel ils ont beaucoup investi, et qu'il ne souhaitent pas voir brusquement se dévaluer. Les voilà devenus en conséquence moins aptes à discerner les intérêts (éventuels) de nouveaux paradigmes qui en diffèrent trop. Leur attachement aux théories existantes a pu prendre un caractère, dans certains cas, que l'on pourrait qualifier de quasi religieux. Il se ne passe pas de génération sans qu'apparaissent quelques cas de ce genre. Il arrive aussi, cela dit, que ce soit des théories nouvellement énoncées qui se révèlent être des impasses. Voir Trofim Lyssenko. Voir aussi :
- l'article détaillé sur le scientisme
- paradoxe ; l'étude des paradoxes constitue un excellent exercice de souplesse mentale.
- épistémologie

Pseudo-sciences

Sont désignées sous le nom de pseudo-sciences les pratiques qui se réclament de la science tout en s'écartant de la méthode scientifique mais en en
mimant certains aspects. On peut citer par exemple l'astrologie, l'homéopathie, la morphopsychologie (voir culte du cargo). Les sciences occultes et sciences traditionnelles existent depuis l'Antiquité, elles consistent en un ensemble de connaissances et de pratiques mystérieuses ayant pour but de pénétrer et dominer les secrets de la nature. Au cours des derniers siècles, elles ont été progressivement exclues du champ de la science. Le philosophe Karl Popper s'est longuement interrogé sur la nature de la démarcation entre science et pseudo-science. Dans son ouvrage Conjecture et réfutations, après avoir remarqué qu'il est possible de trouver des observations pour confirmer à peu près n'importe quelle théorie, il propose une méthodologie fondée sur la réfutabilité.

Voir aussi

Articles connexes


- Académie des Sciences
- Philosophie et science, philosophie (épistémologie, métaphysique, éthique...),
-
Qu'est-ce que cette chose qu'on appelle la Science ?, Alan Chalmers
-
Petites leçons de sociologie des sciences, Bruno Latour
- Analyse systémique
- Rationalisme
- Zététique,Pseudo-science
- Pataphysique
- Liste de scientifiques
- Liste des disciplines scientifiques
- recherche fondamentale
- Sciences humaines
- Discipline

Liens externes


- Institut d'Histoire et de Philosophie des Sciences et des Techniques ([http://www-ihpst.univ-paris1.fr IHPST])
- Centre National de Recherche Scientifique ([http://www.cnrs.fr CNRS])
- [http://www.science.gouv.fr/ Science.gouv.fr le portail francophone des sciences]
- [http://www.futura-sciences.com/ Futura-Sciences], au coeur de la science
- AFIS ([http://www.pseudo-sciences.org Association Française d'Information Scientifique])
- [http://dmoz.org/World/Fran%c3%a7ais/Sciences/ Rubrique Sciences] de l'open directory project
- [http://www.wissen-news.de Science news] (ger.)
- [http://atheisme.free.fr/Themes/Science.htm Science et religion]
- (http://scienceworld.wolfram.com/ Eric Weissteint's World of science] et [http://www.treasure-troves.com/ Eric Weisstein's Treasure troves of science] (mathématiques, physique, astronomie, chimie etbiographies de scientifiques, en anglais)
- [http://www.bibliotheque-sonore.org/science/fse/index.html Pour une science citoyenne]
- [http://www.sciences.ch/ La science au cœur des savoirs]
- [http://www.science-advisor.net/ Revue d'articles scientifiques en ligne (en)]

Bibliographie


- Dominique Lecourt (dir.),
Dictionnaire d’histoire et philosophie des sciences (1999), 4ème réed. «Quadrige»/PUF, 2006.

Revues de vulgarisation


- La Recherche
- Pour la Science
- Science & vie
- [http://www.cybersciences.com Québec Science]
-
Pour la revue Science : Voir Science magazine
- [http://www.olscom.com/inventions/ Les 200 plus grandes inventions]
-
Catégorie:Recherche scientifique Catégorie:Épistémologie ja:科学 ko:과학 ms:Sains simple:Science th:วิทยาศาสตร์ zh-min-nan:Kho-ha̍k

Philosophie

ko:철학 ms:Falsafah ja:哲学 simple:Philosophy th:ปรัชญา Le mot philosophie désigne tantôt une discipline théorique (ouvrage philosophique, cours de philosophie...), tantôt un système de pensée ou de croyances (la philosophie confucianiste, la philosophie marxiste...), tantôt, de façon plus familière, un état d'esprit ("Untel a fait preuve de philosophie"). Ce dernier sens du mot est plus proche de la notion de sagesse que de celle de philosophie.

Généralités

En tant que discipline théorique, système de pensée ou plus généralement, en tant qu'activité et produit de l'esprit, la philosophie se conçoit comme un questionnement paradoxal : bien qu'orienté vers la recherche du vrai et de l'universel, il s'opère dans la conscience de ne pas pouvoir atteindre ce degré ultime de connaissance. La philosophie, contrairement aux sciences de la nature, n'engendre pas de vérités immuables. Elle ne fait qu'aider l'homme à se comprendre lui-même au travers d'un cheminement intellectuel qui s'avère moins fructueux par ses résultats que par son existence même et ses modalités. Pour le philosophe autrichien Karl Popper, le problème philosophique véritable est celui qui engendre de nouveaux problèmes. L'absence de vérités philosophiques tient au caractère insoluble des problèmes qu'aborde la philosophie. Ces problèmes sont articulés autour de concepts, c'est-à-dire d'objets théoriques permettant d'interroger et de manipuler dans l'abstraction, par le biais de liens logiques, des éléments de l'expérience humaine. Les concepts au cœur des questionnements et théories philosophiques sont, entre autres :
- l'existence,
- le temps,
- la connaissance,
- la vérité,
- le sujet,
- autrui,
- la justice,
- l'art... L'interrogation philosophique la plus classique consiste à se saisir d'un mot couramment employé mais dont le sens paraît vague et complexe, et de tenter de saisir les contours du ou des concepts qu'il désigne. "Qu'est-ce que l'homme ?", "Qu'est-ce que la justice ?", "Qu'est-ce que la connaissance", etc., sont des questionnements typiquement philosophiques. Cependant la philosophie se déploie en une infinité de problèmes et de sous problèmes qui ne concernent pas seulement des concepts uniques mais aussi des articulations de concepts ou encore la recherche de principes de pensée et d'action. Elle connaît de nombreuses subdivisions parmi lesquelles on peut citer la métaphysique, la morale ou l'éthique, la philosophie politique, la philosophie de la connaissance, l'épistémologie, la philosophie de l'art ou esthétique, etc. Si la philosophie s'attache principalement à des problèmes éternels, elle n'est pas pour autant statique. En effet, elle se nourrit du réel, de l'évolution des sociétés et de l'avancement des sciences. Les changements du monde sont l'occasion d'un renouvellement permanent du questionnement philosophique. esthétique

Étymologie

La philosophie (philo-sophia, φιλοσοφία) est l'amour ou le goût de la connaissance, de la sagesse, du savoir, du grec philein (aimer), et sophia (connaissance, savoir, sagesse). Le mot s'interprète donc comme « quête de la sagesse ou de la connaissance », le verbe philein pouvant avoir non seulement le sens d'aimer, mais aussi celui d'apprécier ou de chercher. En ce sens, le philosophe s'oppose au sophiste (au sens péjoratif donné par Platon), qui prétend déjà détenir la sophia, ou au croyant des diverses religions. Diogène Laërce, dans sa Vie des philosophes affirme qu'en ce qui concerne la philosophie les Grecs auraient inventé non seulement la chose, mais également le mot. Ce mot, selon certaines sources, aurait été forgé par Pythagore, qui refusait de se considérer comme un sage (sophos) car la possession de la connaissance, i.e. la connaissance des principes et causes des choses humaines et divines, est le privilège des dieux. Il préférait être appelé « amoureux de la connaissance » (philosophos), c'est-à-dire amoureux des réalités divines. Avant Pythagore, on appelait sophoi ceux qui cherchaient à connaître les réalités divines et humaines, sans que ce mot soit péjoratif. Il y a donc, à l'origine de la philosophie, d'un côté ceux que l'on appelle les sages (Thalès de Milet, etc.), et de l'autre ceux qui furent appelés philosophes. L'étymologie nous apprend ainsi au moins deux choses :
- D'une part, la philosophie concerne initialement la connaissance, elle est une activité intellectuelle qui consiste à cultiver ses facultés et à acquérir une vue aussi objective que possible du monde ; la philosophie classique ou moderne confirme cela.
- d'autre part, la philosophie a aussi une finalité morale et pratique : elle est un art de vivre, et le philosophe qui vit selon la raison, selon une conception classique de la morale, s'efforce de vivre en sage et de suivre le bien pour atteindre le bonheur par le biais de l'ataraxie. On mesure mal aujourd'hui l'importance de cet art de vivre qui faisait souvent comparer le philosophe à un dieu mortel, à un dieu vivant parmi les hommes (c'est le cas, par exemple, chez des philosophes aussi différents que Platon, Aristote, Epicure et Sénèque). Cet aspect pratique a considérablement évolué, et est aujourd'hui étudié en philosophie politique, en philosophie de l'action et en éthique.

Spécificité de la philosophie

Une bonne méthode pour déterminer le sens d'un concept peut être de rechercher ce que ce concept n'est pas. Or, science, philosophie, mythes et religions ont une triple ambition commune : décrire, expliquer, justifier. Il importe donc d'examiner en quoi ils se distinguent.

Philosophie, mythes et religion

Le mythe et la philosophie ont un point commun : ce sont des explications cohérentes du monde. Le mythe est un récit fabuleux qui décrit l'origine du monde, de l'homme, de la société. Les philosophes s'interrogent également sur ces problèmes. Mais il y a des différences :
- la philosophie se veut fondée sur une connaissance rationnelle ; le mythe a par contraste un caractère merveilleux, inexplicable même du fait des causes qu'il invoque, comme les forces surnaturelles ;
- la philosophie suppose que l'on n'adhère pas à une doctrine par la seule foi et encore moins par superstition ; la croyance au mythe fait l'économie de la notion de preuve, ou bien en présente qui n'entraînent pas de conviction universelle (sinon on ne le considèrerait plus comme mythe, mais — à tort ou à raison — comme réalité) ;
- la philosophie cherche à expliquer les phénomènes observés par des causes naturelles ; le mythe recourt souvent à des explications surnaturelles.

Philosophie et science


- voir article détaillé Philosophie et science Lorsqu’il est question du rapport de la philosophie avec les sciences, la philosophie est couramment qualifiée de « mère de toutes les sciences ». Cette optique relève d’une considération quant à l’histoire des idées, où la philosophie apparaît en quelque sorte comme un lieu d’émulation, propre à l’émergence de disciplines appelées à acquérir leur autonomie. Ainsi, par exemple, on remarque qu’alors qu'Isaac Newton désignait encore ses travaux sous l’appellation de philosophie (son maître ouvrage de 1687 portant le titre de Philosophiae Naturalis Principia Mathematica), les développements en ce domaine appartiennent maintenant au domaine de la physique. De même, pour n’évoquer que quelques exemples supplémentaires, c’est de travaux et recherches en philosophie que sont issues, à la fin du , des disciplines comme la sociologie et la psychologie ; tout comme la gérontologie s’est, quant à elle, forgée en tant que discipline (se rattachant maintenant en partie à la psychologie) seulement dans la seconde moitié du , sous l’impulsion de travaux et recherches en philosophie. Cela signifie-t-il pour autant que la philosophie ne serait que le balbutiement des sciences ? Qu’elle ne serait en quelque sorte qu’une manière de désigner les disciplines n’ayant pas encore « abouti » ? Il existe bien sûr plusieurs positions théoriques à cet égard, mais avant même de s’y attarder, il faut noter qu’une attention aux milieux de la recherche fondamentale révèle que... (suite dans l'article détaillé Philosophie et science).

Origine de la philosophie


- Voir article détaillé origine de la philosophie Pourquoi et comment des hommes se sont-ils mis à la philosophie ? Que signifie l'apparition de la philosophie dans l'histoire humaine, et peut-on affirmer que certaines civilisations se soient plus préoccupées de constituer un discours philosophique que d'autres ? Il se peut que le besoin d'exploration intellectuelle soit lié à un désir commun aux mammifères prédateurs et à tous les primates de connaître aussi profondément qu'ils le peuvent leur environnement. Mais en expliquant l'origine de la philosophie (et par conséquent ses exigences de rationalité ou de sagesse, par exemple) dans une telle perspective, on s'en tient à un niveau explicatif en termes strictement motivationnels – génétiques, neurobiologiques, etc. –, généralement applicable aux activités humaines. Il appert plus fructueux, pour une compréhension de l'activité philosophique elle-même, d'examiner plutôt son avènement en retraçant les grandes lignes de son origine historique, ainsi que les interprétations de ses origines en termes proprement philosophiques. L'origine historique de la philosophie est mal connue. On considère généralement que le premier philosophe est Thalès de Milet, mais ce philosophe de la nature était peut-être d'origine phénicienne, et son savoir laisserait donc supposer une tradition philosophique bien plus ancienne. Ce qui est certain, c'est que la philosophie naît sous l'influence de la science égyptienne (géométrie), du savoir phénicien (arithmétique), et de courants religieux variés, venus par exemple de Mésopotamie et de l'Inde. Bien d'autres influences ont été supposées, mais il est dans l'ensemble très difficile de faire la part des choses. Il faut remarquer également que les premiers philosophes... (suite dans l'article détaillé origine de la philosophie).

Trois conceptions de la philosophie


- Voyez les articles Philosopher et Philosophe pour plus de détails. Il est possible de distinguer à partir de ce qui précède trois conceptions de la philosophie :
- une partie réflexive de la philosophie : l'exercice de la raison en tant qu'activité d'évaluation et de critique des arguments ;
- un savoir philosophique : par la détermination de concepts et d'outils mentaux pour comprendre l'homme et le monde ;
- une partie pratique, la sagesse, qui doit faire l'unité du penser et de l'agir (de l'entendement et de la volonté) ;

Critiques de la philosophie

La philosophie a été critiquée dès sa naissance. Certaines critiques sont extérieures au discours philosophique (par exemple, les critiques du sens commun), d'autres lui sont internes (critiques des philosophes entre eux). Mais toute critique peut faire l'objet d'un examen philosophique ; on ne peut d'ailleurs concevoir de philosophie sans critique. Voir article détaillé : Critiques de la philosophie

Articles de philosophie

Note : si vous désirez participer à la rédaction d'articles de philosophie, veuillez consulter Wikipédia:Projet/Philosophie, projet qui doit permettre une coordination des efforts des rédacteurs. Voir le détail des articles : Wikipédia:Portail philosophie

Appel à contributions

Si vous avez des connaissances à faire partager, et que vous souhaitez écrire avec plus de liberté, vous pouvez :
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Annexes


- Programme de philosophie en classe terminale en France
- Dérivés du mot philosophie
- Traduction du mot philosophie
- Expressions dans la langue courante.

Bibliographie générale


- Apologie de Socrate, Platon
- Phédon, Platon
- Le Banquet, Platon
- Théétète, Platon
- La République, Platon
-
La Métaphysique, livre A, Aristote
-
La Politique, Aristote
-
Éthique à Nicomaque, Aristote
-
Lettres, Épicure
-
Protreptique, Jamblique
-
Discours de la méthode, Descartes
-
Le Leviathan, Thomas Hobbes
-
L'Éthique, Spinoza
-
Enquête sur l'entendement humain, David Hume
-
Le Contrat Social, Jean-Jacques Rousseau
-
Critique de la raison pure, Emmanuel Kant
-
Ainsi parlait Zarathoustra, Friedrich Nietzsche
-
Être et Temps, Martin Heidegger
-
L'existentialisme est un humanisme, Jean-Paul Sartre
-
L'être et le néant, Jean-Paul Sartre
-
Éléments de philosophie, Alain
-
Introduction à la philosophie, Karl Jaspers
-
Éloge de la philosophie, Merleau-Ponty
-
Problèmes de philosophie, Bertrand Russell
-
Grandeur et misère de la modernité, Charles Taylor (philosophe)

Cours de philosophie


-
Cours de philosophie, Émile Durkheim
-
Cours de philosophie, Armand Cuvillier

Dictionnaires, encyclopédies


-
Vocabulaire philosophique, Armand Cuvillier
-
Vocabulaire technique et critique de la philosophie, André Lalande
-
Notions de philosophie, sous la direction de Denis Kambouchner (panorama de grandes notions)
-
Encyclopédie Philosophique Universelle en six volumes sous la direction d'André Jacob - éd.PUF (1992)
-
Vocabulaire Européen des Philosophies - Dictionnaire des Intraduisibles sous la direction de Barbara Cassin - éd.Seuil-Le Robert (2004)

Histoire


-
Histoire de la philosophie, Emile Bréhier (P.U.F.)
-
Histoire de la philosophie, François Châtelet
-
Les grands philosophes, Karl Jaspers
-
Histoire de la philosophie, Y. Belaval (Gallimard).

Méthode


-
Méthodologie philosophique, J.J. Wunenburger, D. Folscheid et P. Choulet
-
Introduction aux techniques de la philosophique - L'idée de justice, G. Boss (Grand Midi)

Liens externes relatifs à la philosophie

Voir aussi


- Philosophe
- Philosopher Catégorie:Philosophie


Galilée

Galilée désigne:
- la région du Moyen-Orient, la Galilée
- le nom francisé du scientifique italien Galileo Galilei
- La vie de Galilée est aussi le nom d'une pièce de théâtre de Bertold Brecht, mettant en scène le célèbre astronome face à ses choix éthiques.
- une maison d'édition : Galilée


Giordano Bruno

Giordano Bruno, né à Nola en 1548, mort à Rome le 17 février 1600, philosophe et théologien italien. Se basant sur les travaux de Nicolas Copernic et Nicolas de Cuse, il démontre, de manière philosophique, la pertinence d'un Univers infini, peuplé d'une quantité innombrable de mondes identiques au nôtre. Accusé d'hérésie par l'Inquisition (entre autres parce que cela impliquerait une multitude de crucifixions), il meurt sur le bûcher, après huit années de procès.

Vie

Trajectoire dominicaine (1548-1575)

Filippo Bruno naît en janvier 1548 à Nola, bourgade proche de Naples, d'un couple de gentilshommes sans titre. La famille dispose de revenus modestes, c'est l'école la plus proche qui lui donne une instruction. Imprégné d'humanisme, d'auteurs classiques, d'étude de la langue et de la grammaire latine, il restera toutefois marqué par le pédantisme qui accompagne l'enseignement, et le rebute. Il part rejoindre l'université publique, à Naples, où il découvrira la mnémotechnique, l'art de la mémoire, qui constituera rapidement l'une de ses disciplines d'excellence. Il prend aussi des cours particuliers, qui le mettent au cœur des débats philosophiques entre platoniciens et aristotéliciens. Sa culture, alors essentiellement humaniste, va s'enrichir d'un apport théologique déterminant. En effet, il entre le 15 juin 1565 chez les Frères prêcheurs de San Domenico Maggiore, prestigieux couvent dominicain, d'une part pour la qualité des titres qu'il attribue, titres incontestés et réputés dans toute l'Italie, d'autre part parce qu'il est un précieux refuge en ces temps de disette et d'épidémie. Il y rencontre Giordano Crispo, maître en métaphysique, auquel il rend hommage en en adoptant le prénom. Il est alors un dominicain modèle, vivant selon la devise verba et exempla (par le verbe et par l'exemple) et ordonné prêtre en 1573.

La rupture

Il devient Lecteur en Théologie en juillet 1575. S'il semble continuer sa carrière de dominicain modèle (il soutient une thèse sur la pensée de Thomas d'Aquin et de Pierre Lombard), Bruno dissimule en fait une rebellion contre le carcan théologique. Au fil des années, il a su se forger une culture éclectique et peu orthodoxe, sans cesse alimentée par un appétit vorace de lecture et des capacités exceptionnelles de mémorisation. Il est tout particulièrement adepte des œuvres d'Érasme, humaniste hérétique. Pire, il a le goût de l'hermétisme, la magie. Enfin grandit une passion prémonitoire pour la cosmologie détachée de l'approche théologique. La rupture qui couvait finit par être consommée. Dès sa première année de noviciat, il avait ôté des images saintes de sa chambre, notamment celles représentant Marie, s'attirant l'accusation de profanation du culte de Marie. Au fil des années, les heurts deviennent plus durs, tout particulièrement au sujet de la Trinité, dogme qu'il repousse. Finalement, en février 1576, il doit abandonner le froc dominicain et fuir, une instruction ayant été ouverte à son encontre qui doit le déclarer hérétique.

L'errance (1576-1592)

1592: la terre, l'air, l'eau et le feu]] Dans un premier temps, Bruno espère rester en Italie. Il survit, de 1576 à 1578, par des leçons de grammaire ou d'astronomie, mais sa condition d’apostat l’amène à changer fréquemment de ville ou de région : Gênes, Noli, Savone, Turin, Venise, Padoue, Brescio, Naples abritent successivement ses doutes et ses recherches. Durant ces deux années, il ne pourra publier qu’un seul ouvrage, dont on ne connaît que le titre : Des signes des temps. Épuisé par sa condition, il finit par s’exiler, à Chambéry tout d’abord, puis dans la Genève calviniste ensuite. Mais son intégration dans la communauté évangélique ne durera qu’un temps : une dispute avec la hiérarchie (il conteste la compétence d’un de ses membres) lui vaut arrestation et excommunication, le 6 août 1578. Il repart et rejoint Lyon, puis Toulouse, alors sujette au dogmatisme catholique le plus intègre. Toutefois, il parvient à enseigner deux ans durant, alternant la physique et les mathématiques, et à publier un ouvrage sur la mnémotechnique : Clavis Magna. Intéressé par l’ouvrage et impressionné par la mémoire colossale de Bruno, Henri III le fait venir à la cour et devient son protecteur, lui offrant, jusqu'en 1583, cinq années de paix et de sécurité. Il figure parmi les philosophes attitrés de la cour, enseigne au Collège des lecteurs royaux (le Collège de France) et développe sa pensée. Son discours s’arrondit, et face aux tensions religieuses, adopte une position tolérante. En 1582, son talent d’écrivain, ironique et lyrique, vivant, imagé, se confirme dans Candelaio (Le Chandelier), comédie satirique sur son temps. En avril 1583, Bruno se rend en Angleterre, à Londres puis à Oxford, où il reçoit un accueil hostile. Précédées par une réputation brillante mais sulfureuse, ses idées malmènent l’église anglicane ; il essuie de nombreuses critiques. Sûr de lui et de ses idées, plein de mépris pour les idées de ses contradicteurs, Bruno consacre deux années à répliquer ; il apparaît alors comme un philosophe, théologien et scientifique novateur mais impertinent. En 1584 paraissent :
- La Cena de le Ceneri (Le banquet des cendres)
- De la causa, principio, et Uno (La cause, le principe et l’un)
- De l’infinito universo et Mondi (De l’infini, l'univers et les mondes) Dans ces ouvrages il expose sa vision cosmographique audacieuse et révolutionnaire. Il y soutient les thèses coperniciennes du monde, et va au-delà encore en imaginant un univers peuplé d’une infinité de mondes. En 1585, trois nouveaux ouvrages approfondissent et poursuivent ses audaces :
- Spaccio de la Bestia Trionfante (L’expulsion de la bête triomphante) s'attaque aux attitudes calvinistes et catholiques.
- Cabala del cavallo Pegaseo (La cabale du cheval de Pégase), opuscule satirique, démolit systématiquement la vénérable référence aristotélicienne.
- De gl’ heroici furori (Les fureurs héroïques) élimine l’idée d’un monde centré, présente un univers où Dieu n’a plus de lieu. Mais les positions religieuses se durcissent : Henri III ne peut plus se permettre de défendre un révolutionnaire du savoir. De plus, une dispute avec Mordente, géomètre associé aux ligueurs, qui l'accuse de s’attribuer la paternité du compas différentiel, l’oblige à s’exiler en Allemagne en juin 1586 ; l'université de Marbourg puis celle de Wittenberg l’accueillent. Le voilà donc intégré à la communauté luthérienne, mais à l’automne 1588, Giordano Bruno apprend son excommunication de l’église luthérienne, après des heurts avec sa nouvelle hiérarchie. Il reprend donc la route, toujours en Allemagne ; ses ouvrages témoignent alors de sa volonté d’organiser sa pensée :
- De innumerabilibus, immenso, et infigurabili réexamine sa cosmographie.
- Dans De monade numero et figura, Bruno mène une réflexion sur le rapport entre nombres et les figures géométriques.
- De triplici minimo et mensura, réflexions sur l’infiniment petit (précurseur des études sur l’atome).
- De imaginum, signorum et idearum compositione (De la composition des images, des signes et des idées), introduit un prodigieux système mnémotechnique.

Le procès (1592-1600)

À l'issue d'une dernière expulsion, Bruno accepte en août 1591 l'invitation à Venise du patricien Giovanni Mocenigo. Les deux hommes ne s'entendent pas : Bruno revient probablement motivé par l'envie d'être nommé à la chaire de mathématiques de l'université de Padoue (chaire que Galilée obtiendra à sa place), mais Mocenigo attend de Bruno qu'il lui enseigne la mnémotechnique et l'art d'inventer. Le patricien considère vite qu'il n'en a pas pour son argent, alors que Bruno considère que sa présence est déjà un honneur pour son hôte. Déçu, Bruno veut repartir et froisse Mocenigo, qui commence par le retenir prisonnier puis, ne parvenant pas à se le soumettre, finit par le dénoncer à l'inquisition vénitienne, le 23 mai 1592. Au fur et à mesure du procès, qui durera huit années, l'acte d'accusation va évoluer : Le premier acte d'accusation se concentre sur ses positions théologiques hérétiques : sa pensée antidogmatique, le rejet de la transsubstantiation que le concile de Trente vient de confirmer, et de la trinité, son blasphème contre le Christ, sa négation de la virginité de Marie. Mais ses activités philosophiques et scientifiques sont déjà relevées : sa pratique de l'art divinatoire, sa croyance en la métempsychose, sa vision cosmologique. Au long du procès durera, l'acte d'accusation ne cessera de croître. Blanchi par les tribunaux vénitiens, Bruno est presque libéré. Mais la Curie romaine semble vouloir lui faire payer son apostasie. Sur intervention personnelle du pape auprès du doge, une procédure tout à fait exceptionnelle, Rome obtient l'extradition et Bruno se retrouve dans les redoutables geôles vaticanes du Saint-Office. En 1593, dix nouveaux chefs d'accusation sont ajoutés. Bruno subit sept années de procès, ponctuées par une vingtaine d'interrogatoires menés par le cardinal Robert Bellarmin, qui instruira aussi le procès du système de Copernic en 1616. Sous la torture, il lui arrive de concéder un geste de rétractation, mais se reprend toujours. Le pape Clément VIII somme une dernière fois Bruno de se soumettre, mais Bruno répond : « Je ne crains rien et je ne rétracte rien, il n'y a rien à rétracter et je ne sais pas ce que j'aurais à rétracter. » Le 20 janvier 1600, Clément VIII ordonne au tribunal de l'Inquisition de prononcer son jugement. À la lecture de sa condamnation au bûcher, Bruno commente : « Vous éprouvez sans doute plus de crainte à rendre cette sentence que moi à l'accepter. » Le 17 février 1600, il est supplicié sur le bûcher installé sur le Campo Dei Fiori.

Doctrine

Cosmologie

en cours...

Philosophie

en cours...

Héritage

Influences

L'œuvre de Bruno est d'une rare complexité. On pourrait aussi ajouter qu'elle se montre parfois paradoxale : souvent extraordinairement pionnier (en astronomie, en physique ou en philosophie), Bruno reste un homme de son temps dans ses attirances pour l'occulte (n'oublions pas les travaux d'astrologie de Kepler et de Newton). De même, sa vie foisonne de combats et de péripéties. Tout cela est un terreau idéal pour l'imagination, l'inspiration mais aussi la récupération.

Philosophie


- En Bruno, Leibniz admire le visionnaire, relevant ses théories sur l'univers et l'infini, mais il lui reproche ses travaux sur l'art de la mémoire et la magie lullienne.
- Diderot l'inscrit dans l'Encyclopédie comme un progressiste face aux despotes.
- On retrouve la pensée de Bruno dans l'œuvre de Goethe, y compris dans Faust. Mais le poète, lui aussi, lui reproche sa passion pour les mathématiques mystiques.
- Dans les Leçons sur l'Histoire de la Philosophie, Hegel lui consacre une longue analyse, ce qui fera de lui un précurseur du matérialisme.

Art et littérature

La liste des œuvres consacrées à Bruno est immense :
- Des romans (L'Homme incendié de Serge Filippini, qui explique sa vie autour de l'hypothèse de son homosexualité)
- des films
- un opéra
- Bertolt Brecht l'évoque dans sa pièce La vie de Galilée.
- L'ouvrage général (c’est-à-dire ni religieux ni politique) ayant eu le plus fort tirage en France, Le Tour de France par deux enfants, était signé du pseudonyme de G. Bruno, en hommage à Giordano Bruno.
- L'Œuvre au noir de Marguerite Yourcenar évoque un personnage ayant des dispositions d'esprit similaires, et une fin similaire aussi.

Politique et Religion


- C'est au XVIII siècle que Bruno devient un athée et un libre penseur. On fait de lui un héritier du matérialisme antique, un précurseur de Spinoza.
- À l'inverse, il passe aussi pour quelques théologiens allemands, ironie de l'histoire, pour un martyr de la réforme luthérienne.
- À la fin du XIX la réaction positiviste italienne contre l'église et la monarchie l'identifie à un radical franc-maçon. L'Italie est alors en pleine réappropriation de ses symboles nationaux, qui permet de fonder la nation italienne une et indivisible autour du Risorgimento.
- En France, Le Tour de France par deux enfants est publié en 1877 sous le pseudonyme de G.Bruno. Grand succès de librairie de l'école laïque, ce petit livre rouge de la République est un manuel scolaire. Avec cet ouvrage, G. Bruno est propulsé à l'origine de la pensée moderne, et désigné fondateur d'une philosophie strictement rationaliste, annonciateur de Descartes ou de Kant, de l'égalité et de la laïcité, et de la Révolution française.
- Un comité international a été créé qui veut réhabiliter sa mémoire. Malheureusement, le siège de ce comité correspond, à Rome, à celui d'une secte d'extrême droite controversée : la Nouvelle Acropole. Toutes ces interprétations nous empêchent aujourd'hui de saisir l'engagement originel de Bruno. On remarquera d'ailleurs que le point commun, immédiat, entre toutes ces récupérations est le rejet de l'Église Catholique. Le clergé de celle-ci, en retour, ne ménage pas sa mémoire : on en prendra pour preuve la commission spéciale « pour l'étude de la controverse ptoléméo-copernicienne aux XVI et XVII siècles, dans laquelle s'insère le cas Galilée », qui finit par revenir sur la condamnation de Galilée, mais réaffirme sa condamnation de G. Bruno : « la condamnation pour hérésie de Bruno indépendamment du jugement qu'on veuille porter sur la peine capitale qui lui fut imposée, se présente comme pleinement motivé [car] le copernicanisme de Bruno ne prête aucun intérêt aux raisons scientifiques ». Cela n'a pas empêché le Concile Vatican II de se pencher sur la question de la pluralité des mondes - un des points évoqués par Bruno - en y introduisant un élément insolite : la distinction entre mondes qui auraient connu eux aussi le péché originel et ceux qui auraient réussi à s'en abstenir.

Bibliographie


- De umbris idearum (1582)
- Cantus Circaeus (1582)
- De compendiosa architectura (1582)
- Candelaio (1582)
- Ars reminiscendi (1583)
- Explicatio triginta sigillorum (1583)
- Sigillus sigillorum (1583)
- La Cena de le Ceneri (La banquet des cendres) (1584)
- De la causa, principio, et Uno (1584)
- De l'infinito universo et Mondi (1584)
- Spaccio de la Bestia Trionfante (L'expulsion de la bête triomphante) (1584)
- Cabala del cavallo Pegaseo- Asino Cillenico(1585)
- De gl' heroici furori (1585)
- Figuratio Aristotelici Physici auditus (1585)
- Dialogi duo de Fabricii Mordentis Salernitani (1586)
- Idiota triumphans (1586)
- De somni interpretatione (1586)
- Animadversiones circa lampadem lullianam (1586)
- Lampas triginta statuarum (1586)
- Centum et viginti articuli de natura et mundo adversus peripateticos (1586)
- Delampade combinatoria Lulliana (1587)
- De progressu et lampade venatoria logicorum (1587)
- Oratio valedictoria (1588)
- Camoeracensis Acrotismus (1588)
- De specierum scrutinio (1588)
- Articuli centum et sexaginta adversus huius tempestatismathematicos atque Philosophos (1588)
- Oratio consolatoria (1589)
- De vinculis in genere (1591)
- De triplici minimo et mensura (1591)
- De monade numero et figura (1591)
- De innumerabilibus,immenso, et infigurabili (1591)
- De imaginum, signorum et idearum compositione (1591)
- Summa terminorum metaphisicorum (1595)
- Artificium perorandi (1612)

Liens externes


- [http://gallica.bnf.fr/metacata.idq?Mod=&Cirestriction=@_Auteur(GIORDANO%26BRUNO)&RPT Œuvres sur Gallica] Bruno, Giordano Bruno, Giordano Bruno, Giordano Bruno, Giordano Bruno, Giordano ja:ジョルダノ・ブルーノ

Philosophie

ko:철학 ms:Falsafah ja:哲学 simple:Philosophy th:ปรัชญา Le mot philosophie désigne tantôt une discipline théorique (ouvrage philosophique, cours de philosophie...), tantôt un système de pensée ou de croyances (la philosophie confucianiste, la philosophie marxiste...), tantôt, de façon plus familière, un état d'esprit ("Untel a fait preuve de philosophie"). Ce dernier sens du mot est plus proche de la notion de sagesse que de celle de philosophie.

Généralités

En tant que discipline théorique, système de pensée ou plus généralement, en tant qu'activité et produit de l'esprit, la philosophie se conçoit comme un questionnement paradoxal : bien qu'orienté vers la recherche du vrai et de l'universel, il s'opère dans la conscience de ne pas pouvoir atteindre ce degré ultime de connaissance. La philosophie, contrairement aux sciences de la nature, n'engendre pas de vérités immuables. Elle ne fait qu'aider l'homme à se comprendre lui-même au travers d'un cheminement intellectuel qui s'avère moins fructueux par ses résultats que par son existence même et ses modalités. Pour le philosophe autrichien Karl Popper, le problème philosophique véritable est celui qui engendre de nouveaux problèmes. L'absence de vérités philosophiques tient au caractère insoluble des problèmes qu'aborde la philosophie. Ces problèmes sont articulés autour de concepts, c'est-à-dire d'objets théoriques permettant d'interroger et de manipuler dans l'abstraction, par le biais de liens logiques, des éléments de l'expérience humaine. Les concepts au cœur des questionnements et théories philosophiques sont, entre autres :
- l'existence,
- le temps,
- la connaissance,
- la vérité,
- le sujet,
- autrui,
- la justice,
- l'art... L'interrogation philosophique la plus classique consiste à se saisir d'un mot couramment employé mais dont le sens paraît vague et complexe, et de tenter de saisir les contours du ou des concepts qu'il désigne. "Qu'est-ce que l'homme ?", "Qu'est-ce que la justice ?", "Qu'est-ce que la connaissance", etc., sont des questionnements typiquement philosophiques. Cependant la philosophie se déploie en une infinité de problèmes et de sous problèmes qui ne concernent pas seulement des concepts uniques mais aussi des articulations de concepts ou encore la recherche de principes de pensée et d'action. Elle connaît de nombreuses subdivisions parmi lesquelles on peut citer la métaphysique, la morale ou l'éthique, la philosophie politique, la philosophie de la connaissance, l'épistémologie, la philosophie de l'art ou esthétique, etc. Si la philosophie s'attache principalement à des problèmes éternels, elle n'est pas pour autant statique. En effet, elle se nourrit du réel, de l'évolution des sociétés et de l'avancement des sciences. Les changements du monde sont l'occasion d'un renouvellement permanent du questionnement philosophique. esthétique

Étymologie

La philosophie (philo-sophia, φιλοσοφία) est l'amour ou le goût de la connaissance, de la sagesse, du savoir, du grec philein (aimer), et sophia (connaissance, savoir, sagesse). Le mot s'interprète donc comme « quête de la sagesse ou de la connaissance », le verbe philein pouvant avoir non seulement le sens d'aimer, mais aussi celui d'apprécier ou de chercher. En ce sens, le philosophe s'oppose au sophiste (au sens péjoratif donné par Platon), qui prétend déjà détenir la sophia, ou au croyant des diverses religions. Diogène Laërce, dans sa Vie des philosophes affirme qu'en ce qui concerne la philosophie les Grecs auraient inventé non seulement la chose, mais également le mot. Ce mot, selon certaines sources, aurait été forgé par Pythagore, qui refusait de se considérer comme un sage (sophos) car la possession de la connaissance, i.e. la connaissance des principes et causes des choses humaines et divines, est le privilège des dieux. Il préférait être appelé « amoureux de la connaissance » (philosophos), c'est-à-dire amoureux des réalités divines. Avant Pythagore, on appelait sophoi ceux qui cherchaient à connaître les réalités divines et humaines, sans que ce mot soit péjoratif. Il y a donc, à l'origine de la philosophie, d'un côté ceux que l'on appelle les sages (Thalès de Milet, etc.), et de l'autre ceux qui furent appelés philosophes. L'étymologie nous apprend ainsi au moins deux choses :
- D'une part, la philosophie concerne initialement la connaissance, elle est une activité intellectuelle qui consiste à cultiver ses facultés et à acquérir une vue aussi objective que possible du monde ; la philosophie classique ou moderne confirme cela.
- d'autre part, la philosophie a aussi une finalité morale et pratique : elle est un art de vivre, et le philosophe qui vit selon la raison, selon une conception classique de la morale, s'efforce de vivre en sage et de suivre le bien pour atteindre le bonheur par le biais de l'ataraxie. On mesure mal aujourd'hui l'importance de cet art de vivre qui faisait souvent comparer le philosophe à un dieu mortel, à un dieu vivant parmi les hommes (c'est le cas, par exemple, chez des philosophes aussi différents que Platon, Aristote, Epicure et Sénèque). Cet aspect pratique a considérablement évolué, et est aujourd'hui étudié en philosophie politique, en philosophie de l'action et en éthique.

Spécificité de la philosophie

Une bonne méthode pour déterminer le sens d'un concept peut être de rechercher ce que ce concept n'est pas. Or, science, philosophie, mythes et religions ont une triple ambition commune : décrire, expliquer, justifier. Il importe donc d'examiner en quoi ils se distinguent.

Philosophie, mythes et religion

Le mythe et la philosophie ont un point commun : ce sont des explications cohérentes du monde. Le mythe est un récit fabuleux qui décrit l'origine du monde, de l'homme, de la société. Les philosophes s'interrogent également sur ces problèmes. Mais il y a des différences :
- la philosophie se veut fondée sur une connaissance rationnelle ; le mythe a par contraste un caractère merveilleux, inexplicable même du fait des causes qu'il invoque, comme les forces surnaturelles ;
- la philosophie suppose que l'on n'adhère pas à une doctrine par la seule foi et encore moins par superstition ; la croyance au mythe fait l'économie de la notion de preuve, ou bien en présente qui n'entraînent pas de conviction universelle (sinon on ne le considèrerait plus comme mythe, mais — à tort ou à raison — comme réalité) ;
- la philosophie cherche à expliquer les phénomènes observés par des causes naturelles ; le mythe recourt souvent à des explications surnaturelles.

Philosophie et science


- voir article détaillé Philosophie et science Lorsqu’il est question du rapport de la philosophie avec les sciences, la philosophie est couramment qualifiée de « mère de toutes les sciences ». Cette optique relève d’une considération quant à l’histoire des idées, où la philosophie apparaît en quelque sorte comme un lieu d’émulation, propre à l’émergence de disciplines appelées à acquérir leur autonomie. Ainsi, par exemple, on remarque qu’alors qu'Isaac Newton désignait encore ses travaux sous l’appellation de philosophie (son maître ouvrage de 1687 portant le titre de Philosophiae Naturalis Principia Mathematica), les développements en ce domaine appartiennent maintenant au domaine de la physique. De même, pour n’évoquer que quelques exemples supplémentaires, c’est de travaux et recherches en philosophie que sont issues, à la fin du , des disciplines comme la sociologie et la psychologie ; tout comme la gérontologie s’est, quant à elle, forgée en tant que discipline (se rattachant maintenant en partie à la psychologie) seulement dans la seconde moitié du , sous l’impulsion de travaux et recherches en philosophie. Cela signifie-t-il pour autant que la philosophie ne serait que le balbutiement des sciences ? Qu’elle ne serait en quelque sorte qu’une manière de désigner les disciplines n’ayant pas encore « abouti » ? Il existe bien sûr plusieurs positions théoriques à cet égard, mais avant même de s’y attarder, il faut noter qu’une attention aux milieux de la recherche fondamentale révèle que... (suite dans l'article détaillé Philosophie et science).

Origine de la philosophie


- Voir article détaillé origine de la philosophie Pourquoi et comment des hommes se sont-ils mis à la philosophie ? Que signifie l'apparition de la philosophie dans l'histoire humaine, et peut-on affirmer que certaines civilisations se soient plus préoccupées de constituer un discours philosophique que d'autres ? Il se peut que le besoin d'exploration intellectuelle soit lié à un désir commun aux mammifères prédateurs et à tous les primates de connaître aussi profondément qu'ils le peuvent leur environnement. Mais en expliquant l'origine de la philosophie (et par conséquent ses exigences de rationalité ou de sagesse, par exemple) dans une telle perspective, on s'en tient à un niveau explicatif en termes strictement motivationnels – génétiques, neurobiologiques, etc. –, généralement applicable aux activités humaines. Il appert plus fructueux, pour une compréhension de l'activité philosophique elle-même, d'examiner plutôt son avènement en retraçant les grandes lignes de son origine historique, ainsi que les interprétations de ses origines en termes proprement philosophiques. L'origine historique de la philosophie est mal connue. On considère généralement que le premier philosophe est Thalès de Milet, mais ce philosophe de la nature était peut-être d'origine phénicienne, et son savoir laisserait donc supposer une tradition philosophique bien plus ancienne. Ce qui est certain, c'est que la philosophie naît sous l'influence de la science égyptienne (géométrie), du savoir phénicien (arithmétique), et de courants religieux variés, venus par exemple de Mésopotamie et de l'Inde. Bien d'autres influences ont été supposées, mais il est dans l'ensemble très difficile de faire la part des choses. Il faut remarquer également que les premiers philosophes... (suite dans l'article détaillé origine de la philosophie).

Trois conceptions de la philosophie


- Voyez les articles Philosopher et Philosophe pour plus de détails. Il est possible de distinguer à partir de ce qui précède trois conceptions de la philosophie :
- une partie réflexive de la philosophie : l'exercice de la raison en tant qu'activité d'évaluation et de critique des arguments ;
- un savoir philosophique : par la détermination de concepts et d'outils mentaux pour comprendre l'homme et le monde ;
- une partie pratique, la sagesse, qui doit faire l'unité du penser et de l'agir (de l'entendement et de la volonté) ;

Critiques de la philosophie

La philosophie a été critiquée dès sa naissance. Certaines critiques sont extérieures au discours philosophique (par exemple, les critiques du sens commun), d'autres lui sont internes (critiques des philosophes entre eux). Mais toute critique peut faire l'objet d'un examen philosophique ; on ne peut d'ailleurs concevoir de philosophie sans critique. Voir article détaillé : Critiques de la philosophie

Articles de philosophie

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Annexes


- Programme de philosophie en classe terminale en France
- Dérivés du mot philosophie
- Traduction du mot philosophie
- Expressions dans la langue courante.

Bibliographie générale


- Apologie de Socrate, Platon
- Phédon, Platon
- Le Banquet, Platon
- Théétète, Platon
- La République, Platon
-
La Métaphysique, livre A, Aristote
-
La Politique, Aristote
-
Éthique à Nicomaque, Aristote
-
Lettres, Épicure
-
Protreptique, Jamblique
-
Discours de la méthode, Descartes
-
Le Leviathan, Thomas Hobbes
-
L'Éthique, Spinoza
-
Enquête sur l'entendement humain, David Hume
-
Le Contrat Social, Jean-Jacques Rousseau
-
Critique de la raison pure, Emmanuel Kant
-
Ainsi parlait Zarathoustra, Friedrich Nietzsche
-
Être et Temps, Martin Heidegger
-
L'existentialisme est un humanisme, Jean-Paul Sartre
-
L'être et le néant, Jean-Paul Sartre
-
Éléments de philosophie, Alain
-
Introduction à la philosophie, Karl Jaspers
-
Éloge de la philosophie, Merleau-Ponty
-
Problèmes de philosophie, Bertrand Russell
-
Grandeur et misère de la modernité, Charles Taylor (philosophe)

Cours de philosophie


-
Cours de philosophie, Émile Durkheim
-
Cours de philosophie, Armand Cuvillier

Dictionnaires, encyclopédies


-
Vocabulaire philosophique, Armand Cuvillier
-
Vocabulaire technique et critique de la philosophie, André Lalande
-
Notions de philosophie, sous la direction de Denis Kambouchner (panorama de grandes notions)
-
Encyclopédie Philosophique Universelle en six volumes sous la direction d'André Jacob - éd.PUF (1992)
-
Vocabulaire Européen des Philosophies - Dictionnaire des Intraduisibles sous la direction de Barbara Cassin - éd.Seuil-Le Robert (2004)

Histoire


-
Histoire de la philosophie, Emile Bréhier (P.U.F.)
-
Histoire de la philosophie, François Châtelet
-
Les grands philosophes, Karl Jaspers
-
Histoire de la philosophie, Y. Belaval (Gallimard).

Méthode


-
Méthodologie philosophique, J.J. Wunenburger, D. Folscheid et P. Choulet
-
Introduction aux techniques de la philosophique - L'idée de justice, G. Boss (Grand Midi)

Liens externes relatifs à la philosophie

Voir aussi


- Philosophe
- Philosopher Catégorie:Philosophie


Connaissance

ko:지식 ja:知識 simple:Knowledge th:ความรู้ Le mot "connaissance" a plusieurs acceptions : ::
- populaire : ::
  - une "connaissance", ou personne connue dans son entourage, ::
  - "avoir connaissance", "prendre connaissance", être informé de l'existence d'un objet ::
- courante : objets de culture au sens large, patrimoine culturel personnel d'un individu ::
- philosophique : le précepte socratique "connais-toi toi-même" complète la définition classique de la philosophie, comme "amour de la sagesse". La connaissance d'objets trouve sa formule la plus accomplie dans la science, dont la méthodologie est définie par l'épistémologie. La connaissance scolastique se distingue par ailleurs de l'expérience ou de la démarche personnelle, qui sont des modes de connaissance discursifs.

Introduction

Le concept de connaissance renvoie à la capacité de disposer d'une représentation mentale d'une réalité plus ou moins bien circonscrite, soit simplement informative, soit intégrant des modèles de compréhension ou de comportement plus ou moins élaborés. On peut dire qu'il y a connaissance lorsqu'on dispose face à un objet ou à une situation, de concepts pertinents et d'un minimum d'éléments sur les valeurs des grandeurs en cause ou sur leurs relations. Toute connaissance d'un objet au sens le plus large du terme implique ainsi de disposer de descripteurs, de valeurs et de relations, et va dans le sens d'une théorisation, qui tend à être partagée, soit par un groupe social, par la société toute entière. Toute perception conduit en puissance à l'idée de connaissance: on peut aussi bien parler de la connaissance du système des planètes que de la connaissance des sentiments amoureux.

Types et théories de la connaissance

Dans le domaine de la philosophie, la connaissance est un acte de la pensée qui saisit un objet par les sens ou non, avec une implication plus ou moins grande du sujet de la connaissance. M. Polanyi a distingué deux types de connaissances : les connaissances tacites et les connaissances explicites. Les connaissances explicites sont celles issues de l'observation empirique et qui sont verbalisables alors que les connaissances tacites sont difficiles à exprimer et relèvent d'avantage de l'intuition ou du savoir-faire. Les théories de la connaissance, qui répondent à nos interrogations sur le cognitif, et la philosophie qui s’y rattache ont été nombreuses et évolutives. Les philosophes considérèrent successivement que l’apprentissage et la construction des lois universelles , peuvent se bâtir par les sens, comme le prescrivit Aristote en opposition avec Platon. Platon oppose à la connaissance, la doxa : opinion que l'on a sur les choses. Le rationalisme cartésien fit place à la raison. Enfin Kant prône l’expérience. Auguste Comte, lui, par sa classification positiviste, abandonnait la recherche de la nature des choses, pour se tourner vers les relations invariables qu’elles peuvent entretenir entre elles , en posant le principe de la réductibilité ou de la non réductibilité des phénomènes à un phénomène de rang inférieur dans la hiérarchie de la complexité.

Connaissance(s) et société(s)

La société comme communauté de connaissances

La Connaissance, au singulier et avec majuscule, a un parfum d'académisme qui renvoie à la question sociale qui se profile derrière elle. Y a-t-il une Connaissance, comme une sorte de Corpus des savoirs reconnus et acceptés, ceux que l'on enseigne à l'école ? Y a-t-il des connaissances, une nébuleuse de savoirs plus informelle, moins officielle, moins « avérée », mais aussi plus étendue ? Y a-t-il une bonne et une mauvaise Connaissance ? Par ailleurs, quand on pose la question d'un savoir partagé, d'un savoir social, il importe de définir par qui il est partagé et quelles sont éventuellement les limites de ce partage social. Si l'on peut dire que le langage est ce qui fait l'homme et ce qui le distingue de l'animal (les expressions faciales, les mimiques, le sourire… pouvant être considérés comme un proto-langage que le chimpanzé, notre plus proche « cousin », partage assez bien avec nous), c'est aussi qu'il a grandement contribué à permettre l'élaboration des connaissances et leur partage entre les êtres humains. Une société humaine peut donc être assimilée à un grand organisme connaissant qui met en commun les expériences de ses individus par le biais du langage qui défie à la fois l'espace et le temps : il permet la transmission de connaissances et d'expériences d'individus éloignés dans l'espace ou dans le temps. Et par ce biais, il permet sa « capitalisation ». Les connaissances sont indéniablement pour le petit d'homme un acquis qui lui est en grande partie transmis, comme héritage commun d'un groupe social, et constitue une somme d'expériences qui ne remplacera certes jamais celles de l'individu mais se combineront à elles efficacement et seront à même de les démultiplier. Les briques des connaissances nouvelles viennent s'ajouter à l'édifice patiemment construit… Toutefois ce bel ordre de choses connaît d'autres « règles » qui font notamment que dans les sociétés humaines la connaissance ne progresse, ni ne circule librement. Quelles sont ces « règles » ?

Valeur de la connaissance

On parle aujourd'hui d'économie de la connaissance et on décrit notre société comme caractérisée par le développement de cette économie. Toutefois, il semble que toute l'histoire de l'humanité puisse être décrite comme une accumulation de connaissances et d'expériences et la mondialisation actuelle, dont l'internet est sans doute dans ce domaine l'élément le plus important, est essentiellement un accroissement des échanges de ces connaissances. La question de l'économie qui lui est liée pourrait paraître secondaire si l'on n'était obligé de reconnaître la valeur de la connaissance qui en fait un bien marchand, et peut-être aujourd'hui l'un des premiers. Mais on peut postuler que de tout temps la connaissance a eu de la valeur pour les hommes, bien avant le développement de sociétés marchandes. Et les nombreux mythes et paraboles philosophiques qui établissent un parallèle entre un trésor et un savoir sont là pour nous le rappeler. La valeur monétaire n'est qu'une mesure. L'or un symbole. La vraie valeur est dans le savoir lui-même. C'est en particulier vrai lorsqu'il s'agit de la propre connaissance de soi, le prefectionnement de l'homme par lui-même et c'est le sens le plus probable des quêtes « philosophales » des alchimistes ou des chevaliers du Graal. Cette question de la valeur de la connaissance est donc une première « règle ». Elle nous apparaît à nous d'autant plus évidente que nous avons mis en place des systèmes de protection de celle-ci : droits d'auteurs, brevets, copyrights... Ils en sont la traduction dans une société marchande. Mais ils ne doivent pas nous faire oublier ce qu'est la valeur intrinsèque, l'utilité... Quittons cette fois le domaine philosophique pour revenir à la société et aux connaissances plus « pratiques » du domaine des sciences et des techniques. Pour fabriquer un outil, chasser, coudre des peaux ensemble... il a fallu expérimenter, essayer, recommencer, apprendre. Le fruit de ces expériences est la connaissance, le savoir, le savoir-faire... Mais encore avant cela, une des premières connaissances, et des plus utiles, a certainement été la connaissance par l'homme de son environnement. À telle point que la question reste posée des relations entre l'inné et l'acquis, entre d'une part les instincts, et de façon plus large les « connaissances » inscrites dans l'être biologique (sans doute par le biais des mécanismes de l'évolution), et d'autre part les savoirs transmis et appris. Avons-nous d'instinct peur du loup ? Cette connaissance-ci, essentielle, conditionne donc la survie de l'homme, sa capacité à se nourrir, à s'abriter, à éviter les pièges de la nature, les animaux dangereux, les plantes empoisonnées... Il est donc peu utile d'insister encore sur la valeur de la connaissance même en dehors de tout système marchand.

La connaissance comme avantage et pouvoir

La deuxième « règle », corrolaire de la première, et non moins importante c'est que, par conséquent, la connaissance constitue un avantage. Il peut rapidement en dériver un pouvoir réservé aux groupes ou personnes ayant seuls l'accès à certaines connaissances. Là encore, nos sociétés techniciennes en font la pleine démonstration. Mais on peut penser que même les savoirs les plus simples peuvent donner lieu à l'expression d'un pouvoir. Pour que cela soit, il suffit que la connaissance ne circule pas librement entre tous, soit qu'elle ne puisse pas, soit qu'on l'en empêche... Sans doute les « pouvoirs magiques » apparaissent tels à ceux qui n'en partagent pas la connaissance mais sans doute aussi le pouvoir sur les autres que leur possession confère pousse à ce qu'ils soient « jalousement gardés » et qu'ils restent « magiques » le plus possible. C'est du moins une interprétation possible. Sans préjuger qu'il ne puisse y en avoir d'autre, c'est le modèle qui a prévalu dans nos sociétés occidentales, en particulier sous l'influence du christianisme. Mais celui-ci n'a certainement fait que reprendre des situations pré-existantes, et on sait le pouvoir des druides dans la société celte, et des chamanes dans d'autres régions du monde. L'expression finale de cette organisation sociale est l'"alliance sacrée" entre la connaissance et la force physique, celle du druide et du chef guerrier, celle de Clovis qui se fait baptiser par la puissante église chrétienne. La connaissance est donc un enjeu de pouvoir. Partager et transmettre la connaissance obéit donc à cette règle. Non seulement il peut ne pas apparaître opportun de le faire avec tous, pour conserver l'avantage qui assure un pouvoir, mais sa transmission à certains seulement peut devenir le moyen de maintenir ou d'accroitre cet avantage. On peut y voir l'origine des groupes sociaux et des classes, dans les sociétés traditionnelles, comme dans les sociétés industrielles.

Connaissance et démocratie

On comprend donc l'enjeu qu'a pu constitué, et constitue toujours, la connaissance et son partage, par le biais de l'éducation et des systèmes scolaires, pour l'évolution démocratique des sociétés modernes. Il est d'ailleurs multiple dans la mesure où l'ambition démocratique peut à la fois nécessiter un niveau suffisant d' « instruction » des citoyens pour qu'ils soient à même de débattre du projet politique commun et une « égalité des chances » qui est censée passer par l'égalité de l'accès au savoir, et elle en est effectivement sans aucun doute le préalable. Mais la connaissance n'est pas un corpus figé à un moment donné. Nous savons bien à nos dépends qu'il est nécessaire d'actualiser régulièrement ses connaissances dans un monde où les savoirs évoluent rapidement. Dans le monde du travail, cela fait la part belle à la formation continue. Mais il y a de nombreuses formes et source de remise en question des connaissances. Et d'abord, l'idée que tout est discutable, et la quasi disparition de l'autorité du "savant" par la mise à disposition du plus grand nombre d'informations autrefois réservées à un petit groupe privilégié. L'internet est indéniablement la source principale de cette révolution dans l'accès à la connaissance. Certes, des barrières restent. D'autres, notamment commerciales, se mettent en place (copyright, droits d'auteurs etc.). Mais à côté, se développent des projets ouverts, visant au partage le plus large possible de la connaissance : éléments libres de droit ou en diffusion autorisée sous certaines conditions... Le projet de Wikipedia rentre dans cette catégorie et participe également de l'idée que l'enrichissement des connaissancs n'est pas l'apanage d'un groupe autorisé et bien défini ( experts, professeurs d'Université, chercheurs...). Outre l'accès à la connaissance, en position de consommateur, le projet démocratique sollicite également le droit pour tout un chacun d'apporter sa pierre à l'édifice, sa vision propre. C'est évidemment, d'un certain côté, le triomphe de l'individu. Mais les règles, qui seules autorisent le fonctionnement de cette connaissance partagée, en fondent aussi la dimension collective. Il est probable que nous ayions à redéfinir notre vision de la connaissance, de sa production et de son partage dans les sociétés démocratiques et que cela puisse même être le fondement d'une nouvelle démocratie, plus aboutie, où chaque citoyen ait accès à la parole pour construire le projet social.

Voir aussi

Savoir | Concept | économie de la connaissance | Métaphysique | Perception | Sagesse | Science | Biais cognitif Catégorie:Philosophie Catégorie:Théorie de la connaissance

Méthode scientifique

On appelle méthode scientifique la démarche utilisée en sciences afin de valider (ou d'invalider) une théorie: il s'agit de confronter la théorie (élaborée à partir d'observations) au travers de mesures et d'expérimentations. D'une certaine façon, cette dénomination est impropre. En effet, les sciences comportent d'autres activités que la confrontation de la théorie à l'expérience, qui utilisent leurs propres méthodes méritant tout autant le qualificatif de scientifique. D'autre part certaines activités de recherche et d'acquisition systématique de connaissances, comme les mathématiques, la logique ou les sciences humaines en général (dont l'économie) ne font que peu ou pas appel à l'expérimentation et (ou) à la mesure, et n'en sont pas moins scientifiques.

Historique

L'invention de cette méthode revient aux philosophes sceptiques, en particulier, les sceptiques de la médecine empirique. Ainsi, dans l'Antiquité, cette méthode fut formulée le plus rigoureusement par Ménodote de Nicomédie (philosophe et médecin empiriste et un des chefs de l'école sceptique) et influença Galien : l'observation des phénomènes en s'abstenant de se prononcer sur la nature de ce qui échappe à nos sens, la confirmation et l'infirmation par l'expérience, et même la diffusion des résultats, tout cela était déjà bien connu des philosophes sceptiques, et faisait également partie de la philosophie épicurienne. Cette méthode s'est constituée progressivement en partant d'Aristote, en passant par Nausiphane, maître d'Epicure, avant d'être formulée méthodiquement par les sceptiques et les empiristes qui voulaient alors combattre les tendances dogmatiques de la philosophie. Après une longue éclipse, le franciscain Roger Bacon (1214-1294), en redécouvre les fondements et la décompose en plusieurs étapes : #observation du phénomène, mesures ; #formulation d'hypothèses pour l'expliquer, construction d'un modèle explicatif ; #prévision de nouveaux événements répondant à ces hypothèses, déduction de conséquences expérimentables (test de la valeur prédictive du modèle) ; #vérification ou réfutation par l'expérience, #conclusion (évaluation). On y ajoute aujourd'hui la diffusion des résultats et des protocoles utilisés afin que la communauté scientifique puisse en vérifier le caractère reproductible.

Reproductibilité

La reproductibilté est le meilleur test de la validité d'une expérimentation scientifique.

Lois de la nature ou lois des hommes ?

On parle souvent de « lois de la nature » ; de fait, si une même cause entraîne toujours la même conséquence, la similitude est une grande « loi immuable » que suivraient les choses. Cela pose tout de même, formulé ainsi, la question du législateur, et peut sembler impliquer un « ordre divin » imposant aux choses un certain comportement. La notion de loi naturelle serait-elle plus religieuse que scientifique? En fait, les mathématiques donnent des exemples qu'une loi « naturelle », peut être la conséquence nécessaire d'axiomes avec lesquelles elle semblait n'avoir pas de rapport a priori : ce qui n'était qu'une conjecture peut, avec souvent de gros et long efforts et un choix judicieux d'axiomes, se transformer en théorème. Il n'y aurait alors pas d'autre ordre divin que celui des mathématiques, qui présente en effet avec l'idée habituelle de Dieu les points communs d'être intemporel, immuable, et hors de toute contingence. Un autre motif d'interrogation porte moins sur la notion de « loi naturelle » elle-même que sur sa signification. La science causale n'étudie pas le « pourquoi » en soi (d'éventuelles « raisons pour lesquelles » un événement survient, qui sont du ressort de l'étude des phénomènes démergence étudiées en théorie du chaos), mais le « comment » (la manière dont les événements se déroulent). Dans le cadre causal sont exprimés et résumés différents liens entre des événements sous forme de « loi ». Cette « loi » est néanmoins descriptive, et non prescriptive. Quelques exemples :
- Kepler ne décide pas comment les satellites « doivent » décrire leurs révolution, il constate
comment, de fait, ils le font (Voir Lois de Kepler).
- Newton montre alors comment les
trois lois descriptives établies par Képler (conjecture mathématique) peuvent se déduire de façon plus économique d'un modèle unique (la loi d'attraction en mm'/r²), qui en plus explique des phénomènes additionnels sans rapport a priori évident, comme les marées.
- Cette loi de Newton suppose néanmoins une
action à distance : comment expliquer cette sorte de magie ? La réponse de Newton est ferme : hypotheses non fingo (je n'avance pas d'hypothèses). Ou, comme le dira plus tard Wittgenstein, Ce dont on ne peut parler, il faut le taire. Einstein (à la suite de Minkowski, Lorentz et Poincaré) procède à un réajustement : dans la construction galiléenne de la mécanique, il remplace une hypothèse que les faits ont invalidée (l'addition des vitesses) par une autre hypothèse qui, elle, est confirmée par les faits (la constance de la vitesse de la lumière dans tous les repères) et redéfinit toute la mécanique qui en découle. Simple changement de notation; les événements, eux, se déroulent toujours de la même manière : la réalité n'a pas changé; nous savons seulement mieux la décrire. Bref, nous n'imposons pas de « lois immuables à la nature »; ces lois existent indépendamment de nous, et nous nous contentons d'en donner des descriptions qui à mesure du temps en rendent mieux compte. René Descartes écrivait (mais dans un autre sens) dans Le Discours de la méthode : :« Le premier [principe] était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie, que je ne la connusse évidemment être telle. » On ne saurait s'autoriser de Descartes et de sa conception du doute pour affirmer qu'aucune réalité objective n'existe. On peut simplement émettre l'hypothèse que jusqu'à nouvel ordre les idées que nous nous faisons sur cette réalité restent susceptibles, à la lumière de faits nouveaux, d'être remaniées.

Principe général de l'élaboration d'un modèle ou d'une théorie

La méthode scientifique consiste à concevoir un modèle et à comparer ses résultats aux observations qui résultent d'expériences.
Le modèle est un objet dépouillé de tout ce qui ne concerne pas les propriétés étudiées. Toute la difficulté est justement de sélectionner les éléments importants, tous et rien qu'eux. L'expérience (au sens de l'habitude répétée), le raisonnement et l'intuition peuvent guider. Quand on s'intéresse à l'interaction avec la lumière, la couleur est importante et la masse ne l'est pas, alors que c'est l'inverse si on veut examiner la chute du corps. Mais seule l'expérience pourra confirmer ces choix, en montrant que de fait,
tout ce passe comme si le modèle était indistinguable de l'objet réel étudié. Très souvent, on dispose de modèles généraux qu'on peut spécialiser. Malgré les différences flagrantes entre un poumon humain et une feuille de tilleul, on les décrit très bien tous les deux à l'aide d'une même classe de modèle, celui de la cellule. Mais, selon la question, on adaptera ce modèle général à la question, jusqu'à trouver les éléments déterminants.

Division et synthèse

La construction d'un modèle ou d'une théorie passe donc par une phase de simplification. Il s'agit en fait simplement de diviser le problème complexe en sous-problèmes plus simples. Cette notion fut énoncée par René Descartes dans son
Discours de la méthode : :« ...diviser chacune des difficultés que j'examinerais, en autant de parcelles qu'il se pourrait, et qu'il serait requis pour les mieux résoudre. » En quelques sortes, il s'agit de « diviser pour régner ». Ainsi, les facettes du problème que l'on a négligées feront partie d'une autre étape de l'étude, ou bien encore d'un autre modèle ou d'une autre théorie. Mais les sous-problèmes simples sont souvent trop éloignés de la réalité. Les résultats des différents sous-problèmes doivent ensuite être regroupés et synthétisés ; cette synthèse permet de se rapprocher de la réalité.

Abstraction

L'abstraction est la base de la conception d'un modèle : un objet réel, un phénomène, est analysé afin de n'en garder que les caractéristiques essentielles, celles qui ont une influence sur ce que l'on veut étudier. On peut prendre comme exemple d'abstraction l'invention des nombres entiers naturels. Dans de nombreux cas, notamment en sciences de la vie et en sciences humaines, l'abstraction consiste à classer les objets étudiés en catégories. Par exemple, en psychologie et en psychiatrie, les désordres mentaux et troubles de la personnalité (névroses, psychoses) sont nommés et classés, par exemple en suivant le document DSM-IV ou toute autre nomenclature : paranoïa, schizophrénie, trouble obsessionnel et compulsif, boulimie... En médecine, les atteinte au bon fonctionnement du corps humain sont nommées et classées selon leur mécanisme (inflammation, infection virale ou bactérienne) et leur effets (étiologie) : fracture, hémorragie, accident vasculaire cérébral, angine...

Grandeurs et mesure

Cette classification ou taxonomie est en fait le premier stade de la mesure: la construction d'une information manipulable de manière abstraite en isolant les grandeurs importantes pour le phénomène étudié. Il est cependant généralement souhaitable de créer des métriques plus fines que le simple critère d'appartenance à une variété. Ces grandeurs doivent alors être chiffrées, grâce à la métrologie, en général par la définition d'un étalon « universel » (c'est-à-dire reconnu par tous les scientifiques et utilisable partout et en tous temps). L'idée de base est d'avoir un phénomène reproductible servant de référence, et de dire ensuite : « le phénomène que j'étudie vaut
n fois le phénomène de référence ». Ce phénomène de référence est appelé étalon. Pour distinguer ces différents phénomènes, on associé au chiffre n un nom appelé « unité ». Ainsi, un objet inaltérable sert de référence pour la quantité de matière et définit l'unité de masse, que l'on appelle le kilogramme. La mesure est nécessairement entachée d'erreurs, erreurs que l'on sait maintenant inévitables, car l'incertitude est une des propriétés fondamentales de l'observation, y compris concernant la matière (cf. inégalité de Heisenberg). Une mesure expérimentale n'a de valeur que si on lui associe une erreur ; ainsi, on devrait en principe dire « la poutre mesure 1 m de long à 5 mm près », si l'expérience courante ne rendait pas cette restriction implicite. L'extraction de résultats utilisables malgré ces incertitudes constitue l'objet des méthodes statistiques. Quelques constantes ont une valeur exacte et définie avec la précision que l'on voudra, comme π ou bien des nombres entiers que l'on voit dans des formules. Il ne s'agit pas là de valeurs mesurées mais de constantes soit physiques, soit mathématiques. Au bout du compte, on aboutit à une description, souvent mathématique, de l'objet. Le scientifique essaie alors de regarder la manière dont évoluent les grandeurs chiffrées et essaie de représenter cette évolution par des formules mathématiques, ou équations.

Modèle et « réalité »

Tout modèle étant le fruit de l'imagination, il ne peut prétendre à décrire complètement la réalité. Cependant, le but du scientifique est de perfectionner son modèle de manière à
tendre vers la description parfaite de la nature. Un modèle n'est cependant pas destiné à représenter toutes les propriétés du réel mais seulement celles qui sont intéressantes dans une certaine perspective, et notamment qui sont corrélées entre elles (sinon elles n'ont pas de raison de figurer dans le même modèle). Il faut également noter que les variabl