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Tonème

Tonème

En phonétique, le tonème est l'unité suprasegmentale discrète consistant principalement en une modification de la hauteur de la voix lors de l'émission d'une syllabe. Les tonèmes sont pour ainsi dire des phonèmes propres aux langues tonales. On trouve souvent le terme de ton pour tonème (on dira que le mandarin possède quatre tons ou quatre tonèmes). Si le tonème est une unité discrète, il doit fonctionner dans un système d'oppositions révélé par les paires minimales. Les allophones des tons (en cas de sandhi tonal) ne devraient donc pas être comptés comme tonèmes : ainsi, le demi-troisième ton du mandarin, qui n'est que la modification d'un 3 ton devant un autre ton, sera classé comme variante du 3 ton (d'où le nom) et non comme 4 ton. De même, l'absence de ton sur une voyelle atone que l'on nomme ton léger n'est pas un tonème. Le mandarin sera donc dit posséder quatre tons plus un allophone et une absence de ton. On oppose généralement les tonèmes aux accents toniques. Les accents de hauteurs étant cependant le plus souvent réalisés comme les tonèmes d'une langue tonale, il est possible d'appeler tonème les modifications de hauteur de ces accents.

Articles connexes


- Langue tonale ;
- sandhi tonal ;
- accent de hauteur. catégorie:LinguistiqueCatégorie:phonétique

Phonétique

La phonétique est une branche de la linguistique qui étudie les sons des langues. Elle se divise en trois branches :
- phonétique articulatoire ;
- phonétique acoustique ;
- phonétique auditive. Alors que la phonétique étudie des sons (ou « phones »), la phonologie, elle, étudie comment ils sont agencés dans une langue pour former des énoncés. La transcription phonétique s'écrit entre crochets droits.

Voir aussi


- Méthodes de transcription ;
- alphabet phonétique international ;
- phonétique historique ;
- types de modifications phonétiques ;
- signe linguistique ;
- linguistique ;
- phonème.

Liens externes


- [http://hctv.humnet.ucla.edu/departments/linguistics/VowelsandConsonants/course/chapter1/flash.html Inventaire phonétique international] catégorie:Linguistique Catégorie:Phonétique Catégorie:Écriture abrégée ja:音声学 ko:음성학

Unité suprasegmentale

En phonétique et phonologie les unités suprasegmentales (ou, parfois, prosodèmes) sont des unités discrètes qui ne font cependant pas directement partie de la chaîne phonologique segmentable. Cela revient à dire que ces unités ne peuvent être isolées indépendamment des phonèmes mais qu'elles s'y ajoutent. Elles n'ont pas d'existence propre sans eux. On compte au rang des unités suprasegmentales principalement des traits prosodiques :
- la quantité vocalique ou consonantique (ainsi que la gémination) ;
- la tension vocalique ou consonantique ;
- le tonème dans les langues tonales ;
- l'accentuation (accent tonique, accent de hauteur). Il faut cependant noter que tout trait prosodique n'est pas forcément discret. L'intonation, par exemple, ne l'est pas, non plus que tout autre fait expressif (gémination, allongement, accentuation ou abrègement expressifs, par exemple). On dira alors de ces traits qu'ils sont paralinguistiques.

Articles connexes


- Unité discrète, phonème et phonologie ;
- prosodie et intonation prosodique. catégorie:LinguistiqueCatégorie:Phonétique

Syllabe

La notion de syllabe est difficile à cerner, pour une bonne raison : elle varie selon la langue à analyser. Plusieurs approches sont possibles pour tenter de la définir. On peut, pour l'instant, se contenter de dire que c'est une unité phonétique plus grande que le phonème et plus petite que le mot et qu'un locuteur lambda est capable de découper un mot en syllabes dans sa langue, sans forcément savoir comment il procède. Un mot est donc composé de phonèmes, qui forment des syllabes.

Définition acoustique : le sommet de syllabe

En phonétique acoustique, on analyse les sons émis par le gosier avec des appareils donnant des informations techniques (intensité, durée, fréquence, formants etc.). Tous les phonèmes n'ont pas la même intensité, les phonèmes les moins intenses étant les consonnes sourdes occlusives ([p], [t], [k], [q], [c] etc.), les plus intenses les voyelles ouvertes ([a], [ɑ], [ɶ] et [ɒ]). H. A. Gleason, dans son Introduction à la linguistique, définit la syllabe comme étant liée à l'activité des muscles intercostaux, ceux qui permettent la respiration en rapprochant puis éloignant les parois de la cavité thoracique. Selon l'intensité naturelle des phonèmes émis, les déplacements sont plus ou moins importants. L'émission de la parole est donc constituée d'une alternance de déplacements plus ou moins importants d'air. Là où, dans le flux, l'intensité connaît un pic, l'on est en présence d'un sommet de syllabe. Il est aussi possible de définir le sommet de syllabe comme un son (dont on peut donner la hauteur) tandis que les autres phonèmes sont des bruits. Or, les sons susceptibles d'être les plus intenses sont, dans l'ordre croissant :
- les nasales et latérales : [n], [m], [ŋ], [ɲ], [ɳ], [ɴ] etc. ;
- les vibrantes : [ʙ], [r], [ʀ] etc. ;
- les voyelles fermées : [i], [y], [ɨ], [ʉ], [ɯ] et [u] ;
- les voyelles mi-fermées : [e], [ø], [ɘ], [ɵ], [ɤ] et [o] ;
- les voyelles mi-ouvertes : [ɛ], [œ], [ɜ], [ɞ], [ʌ] et [ɔ] ;
- les voyelles ouvertes : [a], [ɑ], [ɶ] et [ɒ]. Tous ces sons possèdent un point commun : ils sont continus (on peut en maintenir la production tant qu'il reste du souffle) et ils sont voisés (les cordes vocales vibrent en les produisant). Semblent donc exclus les phonèmes momentanés (comme les occlusives) et les phonèmes sourds. Ainsi, l'on considère un flux parlé comme une courbe d'intensités diverses, de creux et de bosses. Le sommet des bosses correspond aux sommets de syllabes et possède une hauteur donnée : à chaque pic d'intensité, on trouve un sommet de syllabe, qui est la plupart du temps représenté par une voyelle, mais qui peut l'être par d'autres phonèmes, qui sont alors dits « vocalisés », c'est-à-dire qu'ils jouent le rôle du sommet de syllabe. Les autres sons, s'apparentant aux bruits, sont donc souvent moins intenses et, surtout, n'ont pas de hauteur clairement définissable. Pour s'en rendre compte, il suffit de chanter : si l'on veut suivre une mélodie, il est nécessaire d'émettre des sons qui ne sont pas forcément des voyelles (si l'on chante bouche fermée, ce seront des nasales vocalisées, on peut aussi chanter sur [zzzz]) mais des sommets de syllabes. Ne chanter qu'avec des consonnes momentanées (comme [p], [d], [k]) ou sourdes (comme [f], [t]) n'est pas possible (sauf dans le cas des consonnes vocalisées). Ainsi, l'air dAu clair de la lune peut être chanté normalement, dans une suite de sons et de bruits, ou bien seulement avec des voyelles ou encore bouche fermée. Il n'est cependant pas possible de chanter correctement cette mélodie au moyen de bruits comme [f] ou [k]. Prenons une langue comme le français : seules les voyelles jouent le rôle de sommet vocalique (car il n'y existe pas de sonante vocalisée : pas de [n‌̩] ou de [r̩], au contraire de l'anglais, du sanskrit ou encore du croate). Ainsi, pour savoir combien de syllabes compte un mot français, il suffit de compter le nombre de voyelles, qui formeront les sommets syllabiques (on séparera les syllabes par des points) :
-
strict, et dextre : :[stʁ̥ikt] : une voyelle, [i], donc une syllabe ; :[dɛkstʁ̥] : idem, avec [ɛ] comme sommet. Les consonnes finales de ces mots sont parmi les plus faibles en intensité ; elles ne peuvent pas jouer le rôle de sommet. Si l'on ajoute un e caduc (lors de la lecture de vers, par exemple, devant consonne), on ajoute une voyelle, donc une syllabe :
- [dɛkstʁ̥ǝ] : deux voyelles = deux syllabes [dɛk.stʁ̥ǝ] Autres exemples (les sommets sont soulignés ; /C/ signifie « toute consonne », /V/ « toute voyelle ») :
-
poésie [pɔezi] : trois voyelles = trois syllabes [pɔ.e.zi] = /CV.V.CV/ ;
-
néon [neɔ̃] : deux voyelles = deux syllabes [ne.ɔ̃] = /CV.V/ ;
-
peuple [pœpl̥] : une voyelle = une syllabe [pœpl̥] = /CVCC/ ;
-
strophe [stʁ̥ɔf] : une voyelle = une syllabe [stʁ̥ɔf] = /CCCVC/ Dans d'autres langues, il est possible de placer autre chose qu'une voyelle comme sommet de syllabe ; ce sont alors des consonnes vocalisées, « utilisées comme voyelle », mais la plupart du temps des sonantes (ici représentées par /S/) :
- sanskrit
vr̥kas [vr̩.kɐs] : deux sommets = deux syllabes = /CS.CVC/ ;
- anglais
little [lɪ.tl̩] : deux sommets = deux syllabes = /CV.CS/ ;
- anglais
written [ɹɪ.tn‌̩] : idem : /CV.CS/ ;
- anglais
day [dei] : une voyelle complexe (ici une diphtongue) = une syllabe = /CVV/ ; dans le cas des diphtongues, un seul des timbres constituants, dit « timbre cible », reçoit le maximum d'intensité et forme le sommet syllabique. Si toutes les voyelles d'une diphtongues reçoivent la même intensité, ce n'est plus une diphtongue mais une suite de voyelles ; il n'y a pas de diphtongues en français mais bien des suites de voyelles :
-
abeille [a.bɛj] : deux voyelles = deux syllabes = /V.CVC/ ;
-
abbaye [a.bɛ.i] : trois voyelles = trois syllabes : /V.CV.V/. Dans de rares langues (certaines langues du Caucause, berbères, amérindiennes), une syllabe peut même ne posséder aucune voyelle ni consonne vocalisée et n'être qu'une suite monosyllabique de consonnes sourdes momentanées. L'une d'entre elles, cependant, reçoit un pic d'intensité qui permet de repérer le sommet. La plupart du temps, une voyelle épenthétique est insérée pour faciliter la prononciation. En sorte, les syllabes sans phonème continu n'existent quasiment pas.

Segmentation

Reste ensuite à déterminer ce qui entre ou non dans la syllabe en question ; en effet, si l'on peut acoustiquement savoir où sont les sommets des syllabes, c'est-à-dire compter le nombre de syllabes d'un énoncé, il faut ensuite répartir les phonèmes situés avant et après : appartiennent-il à la syllabe en question, à celle d'avant ou celle d'après ? Pour cela, la structure phonologique de la langue que l'on analyse compte : si les sommets sont visibles avec un appareil, il faut se référer au système phonologique de la langue pour savoir ce qui appartient à une syllabe, c'est-à-dire pour répartir convenablement ce qui se trouve de part et d'autre des sommets. Ainsi, en peul,
chien se dit rawaandu ; pour un francophone ne connaissant pas la phonologie du peul, le découpage se fait ainsi : [ra.waːn.du]. Pour un Peul, cependant, c'est [ra.waː.ⁿdu] (notez le [ⁿ]). Dans le système phonologique du peul, en effet, il existe des consonnes dites « prénasalisées », c'est-à-dire qu'elles commencent comme des nasales mais finissent comme des consonnes (de la même manière, en mandarin, l'initiale de 幾 [ʨi] n'est qu'une seule consonne, dite « affriquée », qui commence comme une occlusive et finit comme une fricative et non une suite de deux consonnes). Il existe donc en peul une consonne [n], une consonne [ⁿd] et des rencontres de consonnes [n]+[d], qui ne sont pas entendues de la même manière par un natif : [ⁿd] dure moins longtemps que [n]+[d]. L'explication en est simple : [n]+[d] forment deux consonnes de durée normale, [ⁿd] une seule, de durée normale. Dans un terme qui serait de forme [a.ⁿda], on trouve une consonne, dans [an.da] deux. Le mot est plus long quand il est prononcé [an.da] que lorsque c'est [a.ⁿda] ; un francophone ne fera sans doute pas la différence, un Peul si. En conclusion, seule la connaissance des phonèmes d'une langue ainsi que celle des contraintes de construction de ces phonèmes en syllabes permettent de savoir comment couper les mots.

Contraintes syllabiques

La segmentation en syllabes d'un énoncé ne peut être correcte que si l'on connaît les contraintes de formation syllabique de la langue à analyser.

Éléments d'une syllabe

Une syllabe peut se décomposer en trois éléments :
- attaque : consonne(s) précédant le sommet
- rime, elle même composée de :
  - noyau : sommet de la syllabe ;
  - coda : consonne(s) suivant le noyau. La syllabe française
dextre [dɛkstʁ̥] s'analyse donc ainsi :
- attaque : [d] ;
- noyau : [ɛ] ;
- coda : [kstʁ̥]. On dit d'une syllabe possédant une coda qu'elle est
fermée, sans coda qu'elle est ouverte. Dans les langues possédant des syllabes brèves opposées à des syllabes longues (voir Quantité syllabique), chaque élément d'une syllabe longue est nommée more.

Contraintes de quantité

Établir la liste des contraintes syllabiques d'une langue revient à indiquer le nombre et l'identité des phonèmes par rapport aux éléments de la syllabe. Ainsi, en français, l'attaque et la coda peuvent être nulles ;
y [i] (adverbe de lieu) vaut :
- attaque : Ø ;
- noyau : [i] ;
- coda : Ø. Ce n'est pas le cas en arabe, où l'attaque est obligatoirement présente : cela revient à dire que toute syllabe doit commencer par une consonne ; اللّٰه
ʾAllāh [ʔallaːh] s'analyse :
- syllabe 1
ʾal :
  - attaque : [ʔ],
  - noyau : [a],
  - coda : [l],
- syllabe 2 
lāh :
  - attaque : [l],
  - noyau : [aː],
  - coda : [h]. En japonais, la coda doit être une nasale ou bien nulle (si l'on fait abstraction d'une prononciation plus rapide dans laquelle certaines voyelles atones, en l'occurrence
u et i, peuvent s'amuïr) : le mot です de.su, « c'est », est possible, mais non
- desut. D'ailleurs, です est un exemple où existe l'amuïssement du u, donnant des' . Il est donc possible d'indiquer la structure quantitative des syllabes, c'est-à-dire le nombre maximum de phonèmes à l'attaque et à la coda : en français, la syllabe théorique la plus lourde est de la forme CCCVCCCC (CCCV... dans strict, ...VCCCC dans dextre ; aucun mot, cependant, ne forme une syllabe CCCVCCCC). En polonais, la syllabe la plus lourde peut être encore plus importante : CCCCCVCCCCC (CCCCCV... dans źdźbło [ʑḏʑbwɔ] « lame », ...VCCCCC dans la deuxième syllabe de przestępstw [pʃɛstɛmpstʍ] « transgression » (génitif pluriel)). En japonais, cependant, la syllabe la plus lourde ne peut dépasser CVN (où N est une nasale). Le tahitien est encore plus limité, puisque toutes les syllabes doivent être ouvertes ; la syllabe lourde y vaut CV. Il faut aussi considérer la place de la syllabe par rapport au mot : en turc, par exemple, CCV... est impossible en début de mot ; aucune syllabe initiale ne peut donc commencer par deux consonnes, ce qui explique les nombreux cas d'épenthèse : station [stasjɔ̃] devient istasyon, pour éviter que la première syllabe ne soit à deux consonnes initiales. Des langues romanes comme le castillan suivent ce principe : spécial s'y dit especial. Le français, dans des états antérieurs, possédait la même contrainte, ce qui explique que le latin stella ait donné étoile.

Contraintes de qualité

En arabe et en français, chaque phonème de la langue peut intervenir dans n'importe quel élément. Dans d'autres, les phonèmes se répartissent selon la place qu'ils occupent : en mandarin, la coda ne peut être réalisée que comme une nasale [n] ou [ŋ]. Le même phonème [ŋ] ne peut cependant pas occuper la place de l'attaque. Cela revient à dire qu'aucun mot ne peut commencer dans cette langue par un [ŋ] et qu'aucun mot ne peut finir par un [t]. Dans ce cas, le nombre total de syllabes que la langue peut produire est limité et dénombrable. Les langues à tendances monosyllabiques telles que les dialectes chinois mais aussi le birman, le vietnamien et de nombreuses langues de l'Asie du Sud-Est, fonctionnent selon ce principe.

Études de contraintes syllabiques


- la syllabe castillane ;
- la syllabe en mandarin.

Articles connexes


- Quantité syllabique ;
- more ;
- phonologie ;
- phonétique ;
- linguistique. catégorie:LinguistiqueCatégorie:Phonétique ja:音節 ko:음절 simple:Syllable


Phonème

Catégorie:Linguistique Catégorie:Phonétique En phonologie, domaine de la linguistique, un phonème est la plus petite unité discrète ou distinctive (c'est-à-dire permettant de distinguer des mots les uns des autres) que l'on puisse isoler par segmentation dans la chaîne parlée. Un phonème est en réalité une entité abstraite, qui peut correspondre à plusieurs sons. Il est en effet susceptible d'être prononcé de façon différente selon les locuteurs ou selon sa position et son environnement au sein du mot (voir allophone). On transcrit traditionnellement les phonèmes par des lettres placées entre des barres obliques: /a/, /t/, /r/, etc., selon la règle un phonème = un symbole. L'identification des phonèmes d'une langue se fait en construisant des paires minimales, c'est-à-dire des paires de mots de sens différents et qui ne diffèrent dans leur forme sonore que par un seul son (ce son peut alors être considéré comme un phonème). Exemples :
- bien et mien : même raisonnement : /b/ et /m/ ;
- zona et sauna sont deux mots différents de la langue française, et il n'y a qu'un seul son différent (le premier). Donc, on peut conclure que le /s/ et le /z/ sont des phonèmes pour la langue française;
- roi avec un /r/ roulé ([r]) et roi avec un /r/ non roulé ([ʁ]) : les deux mots, en français, sont identifiés au même signifié. Il n'y a donc pas d'opposition entre le /r/ roulé et le /r/ non roulé, qui sont alors des allophones et non des phonèmes.
- Soulignons que cette notion de phonème est relative à une langue, en reprenant les deux derniers exemples. En espagnol il n'existe pas de paire minimale qui distingue /s/ de /z/, qui sont donc des allophones en espagnol standard. A contrario la paire pero et perro forme une paire minimale, qui prouve que /r/ et /rr/ sont des phonèmes distincts en espagnol standard. La notion de phonème est décrite en détail dans l'article Phonologie. Outre les phonèmes, il existe d'autres unités discrètes, comme les unités suprasegmentales.

Articles connexes


- Phonologie ;
- allophone ;
- distribution des phonèmes ;
- phonétique ;
- linguistique;
- archiphonème ja:音素 ko:낱소리 zh-min-nan:Im-sò·

Langues tonales

Une langue à tons (ou « langue tonale ») est une langue dans laquelle un changement de tonalité (« hauteur ») dans la prononciation d'une ou plusieurs syllabes d'un mot entraîne un changement de sens de ce mot. Il ne faut pas confondre la tonalité avec l'intonation qui, elle, indique l'état d'esprit du locuteur, le type d'assertion (affirmation, interrogation, exclamation) mais ne permet d'opposer des paires minimales. Les tons sont des unités discrètes au même titre que les phonèmes mais ne sont pas segmentables. Ce sont donc des unités suprasegmentales : l'unité tonale, dite tonème, ne peut être perçue sans le support des phonèmes et n'existe pas sans eux. Les tons sont étudiés principalement en phonétique et en phonologie. Dans la première discipline, on analysera par quels moyens physiques ils se réalisent, dans la seconde leur rôle dans la langue.

Exemples de langues à tons

La majorité des langues du monde sont tonales (c'est vraisemblablement parce que ce procédé est très rare en Europe que ce fait est souvent ignoré). On peut citer, parmi les plus célèbres, plusieurs langues d'Asie du Sud Est et d'Extrême Orient :
- cantonais et mandarin (mais aussi tous les autres « dialectes » chinois) ;
- thaï de thaïlande ;
- vietnamien ;
- la grande majorité des langues africaines, comme les langues bantoues du sud du Cameroun.

Tons et accents

On oppose généralement les langues tonales aux langues accentuelles : une langue tonale ne pourrait pas avoir d'accent tonique, et vice versa. En fait, certaines langues tonales utilisent les deux procédés, comme le mandarin ou le thaï. La principale différence phonologique entre langue à tons et langues à accent tonique est que dans les premières quasiment toutes les syllabes d'un mot possèdent un ton alors que dans les secondes seul un nombre limité de syllabes (souvent une seule) porte l'accent. Le ton ne possède donc de valeur ni culminative ni démarcative (il ne sert pas à isoler une syllabe d'un mot puisque toutes les syllabes sont prononcées sur un ton déterminé). De même, l'accent de hauteur pourrait être confondu avec le système des tons. Or, il est bien plus proche de l'accent tonique (fonction culminative et parfois démarcative) que des tons (qui n'ont pas une telle fonction). Rappelons que l'accent de hauteur touche, comme l'accent tonique, un nombre limité de syllabes dans un mot et qu'il consiste en une modification de la hauteur vocalique plus audible que l'augmentation d'intensité. À titre indicatif, on peut citer parmi les langues à accent de hauteur d'Europe le slovène, le serbo-croate et le lituanien (ou lithuanien). Le slovène est en train de perdre son accent de hauteur, le letton (ou lette, langue sœur du lituanien) l'a perdu. Le suédois et les deux norvégiens suivent un système plus complexe nommé « accent de mot ». En Inde, le penjabi fonctionne ainsi. Le sanskrit l'a sûrement été, mais n'est plus prononcé ainsi (sauf dans les récitations traditionnelles des textes sacrés védiques, mais il s'agit là d'un développement ultérieur ; cf. Accentuation védique). De même le grec ancien et le latin et, détail important pour la phonétique historique des langues indo-européennes, l'indo-européen. Enfin, le japonais possède aussi un accent de hauteur.

Deux grands types de tons

Il existe deux types de tons, les registres (qui se divisent en tons ponctuels et tons modulés) et les tons mélodiques. Dans le premier système de tons, ce qui importe c'est la hauteur, seule pour les tons dits ponctuels, en concomitance avec une modulation pour les tons modulés. Dans le second système, c'est la mélodie, une modulation indépendante de la hauteur. Si une langue utilise des tons à registres (ponctuels seuls ou conjointement à la modulation), elle n'utilise pas de tons mélodiques et vice versa.

Registres

Les registres sont des tons ne procédant que de différences de hauteur. Pour qu'il y ait registre, il faut donc au minimum deux hauteurs opposables.

Tons ponctuels

Une langue comme le ngbaka (Adamawa oriental), possède trois registres : soit la voix est aiguë (accent aigu dans la notation), soit elle est moyenne (macron), soit basse (accent grave), quelle que soit la hauteur effective. Il suffit de prononcer plus ou moins aigu, peu importe le point de départ et peu importent les inflexions de la voix. Ainsi : sɔ́, « animal » ; sɔ̄, « chasser » ; sɔ̀, « queue » . (Dans le premier exemple, il ne faut pas considérer que la voix monte parce qu'il y a un accent aigu. La voix est simplement aiguë.)

Tons modulés

Quand une même syllabe porte plusieurs registres, il y a en même temps modification de la hauteur musicale en passant d'un registre à un autre et modulation. Ce qui est pertinent, cette fois-ci, c'est tout autant la hauteur que la modulation. Par exemple, une modulation haut → bas est opposable à une modulation bas → haut, bien que les mêmes hauteurs soient impliquées. Ainsi, toujours en ngbaka, il existe, outre les tons ponctuels cités, des modulations sur une même syllabe :
- bas → haut : `´ (modulation montante haute) ;
- bas → moyen : `ˉ (mod. montante basse) ;
- haut → moyen : ´ˉ (mod. descendante haute) ;
- haut → bas : ´` (mod. descendante basse) ;
- bas → haut → bas : `´` (mod. complexe montante-descendante) ;
- haut → bas → haut : ´`´ (mod. complexe descendante-montante). Exemple : mbóòó.ndí [mbo⁵¹⁵ndi⁵] (où les chiffres indiquent le contour de la voix, 5 étant le plus aigu, 1 le plus grave), « mangouste rayée ». La notation de tels tons est assez gênante puisqu'elle laisse croire qu'il y a, dans cet exemple, trois phonèmes [o] à la suite, alors qu'il n'y en a qu'un seul, de même durée qu'une voyelle comme le [i] aigu de la syllabe suivante. Autre exemple : kpáā [kp͡a⁵³] (kp͡ est une occlusive labio-vélaire, c'est-à-dire que [k] et [p] sont prononcés en même temps et non à la suite), « feuille », a la même durée que kpá, «tranquille », ou que kpáàá [kp͡a⁵¹⁵], « un ».

Tons mélodiques

Mélodies seules

Dans ces tons, « le trait pertinent est l'absence ou la présence de mélodie et ses variations, et non la hauteur musicale elle-même dont les [...] registres ne sont pas différenciatifs » (Initiation à la phonétique, ouvrage de J.M.C. Thomas, L. Bouquiaux et F. Cloarec-Heiss auquel sont empruntés les exemples de cette page). Cela revient à dire que la hauteur de la voix n'importe plus autant que le modulation elle-même, dite mélodie. Si l'on prend le mandarin, on analyse le système ainsi :
- ton 1 : mélodie égale (absence de mélodie, quelle que soit la hauteur) [ˉ] ;
- ton deux : mélodie montante [/] ;
- ton trois : mélodie complexe descendante puis montante [\/] ;
- ton quatre : mélodie descendante [\]. (Il existe également un demi troisième ton.) On enseigne pourtant dans les grammaires une opposition de registres, qui pourrait laisser croire que le mandarin utilise des tons à registres modulés. Or, dans la pratique, la mélodie seule suffit à se faire comprendre (on ne parle pas ici du cantonais), ce qui est impossible dans des langues comme le ngbaka. Le ton un, par exemple, doit avant tout être plat, et non pas haut.

Autres possibilités

En fait, à ces mélodies peuvent se superposer des caratéristiques secondaires :
- le point de départ de la mélodie (en birman : ton descendant partant d'un niveau bas s'opposant à un ton descendant partant de plus haut) ;
- la distance entre le départ et l'arrivée (en mandarin : un ton deux est caractérisé par une grande différence entre le point de départ et le point d'arrivée, ce qui se manifeste par un ton montant partant nécessairement d'assez bas pour arriver haut, pour éviter que la voix ne s'étrangle. C'est un ton qui demande un grand ambitus, et non un point de départ fixe) ;
- la durée de la réalisation de la mélodie (en cantonais : ton descendant bref, moyen ou long) ;
- la variation de l'intensité vocale (dans certains usages mandarins) ;
- la suppression brutale de l'intensité par glottalisation finale de la mélodie, ou « étranglement » de la voix ; en vietnamien. Faire la différence entre des tons modulés et mélodiques est parfois complexe. Ce qui est pertinent, c'est qu'un ton modulé ne peut exister que dans un système de registres indépendants de toute modulation. Or, le mandarin, par exemple, n'a pas de registres purs. Ses tons sont donc mélodiques. L'écart entre le point de départ et celui de l'arrivée peut cependant avoir une certaine importance, qui reste secondaire. Ainsi, en vietnamien :
- ton égal (ou absence de mélodie) : ô [ʔōː], « parapluie » ;
- ton descendant : [ɓàː], « grand'mère » ;
- ton descendant glottalisé : lạ [làːˀ], « étrange » ;
- ton montant : cái [káʲː], « chose » ;
- ton complexe descendant montant : tỏi [tǒʲ], « ail » ;
- ton complexe descendant montant glottalisé : lễ [lěːˀ],« cérémonie ». Note : on utilise ici à la place de la transcription en API des tons la notation propre au pinyin ; on devrait en fait noter [ʔoː], [ɓâː], [lâːˀ], [kǎʲː] etc., ce qui serait moins clair. L'API distingue bien les différentes sortes de tons (à registres ou à modulations) :
- les registres sont marqués par des accents (á, à, ā, a̋, ȁ, etc.) ;
- les modulations par des marqueurs spéciaux (absents en Unicode). Tous les caractères nécessaires n'étant cependant pas présents en Unicode, il faut souvent se contenter d'une notation moins précise ou parallèle.

Sandhi tonal

Dans les langues tonales, il est fréquent que les syllabes intonées s'influencent et se modifient en contact. Ce phénomène est le sandhi tonal.

Bibliographie


- Initiation à la phonétique, J.M.C. Thomas, L. Bouquiaux et F. Cloarec-Heiss ;
- Éléments de linguistique générale, A. Martinet.

Articles connexes


- Linguistique ;
- accent tonique, accent de hauteur ;
- sandhi tonal ;
- phonologie et phonétique ;
- unités suprasegmentales. Tonale Catégorie:Phonétique ja:声調 ko:성조 ms:Bahasa berasaskan nada simple:Tone language

Mandarin

Introduction

Le mandarin, 普通話/普通话 pǔtōnghuà (« langue commune ») ou 漢語/汉语 hànyǔ (« langue des Hàn », ethnie dominante en Chine), est la langue officielle en République populaire de Chine, à Taïwan et à Singapour. Il s'écrit au moyen des sinogrammes et on le transcrit maintenant le plus souvent en pinyin (comme dans la majorité des articles de Wikipédia), mais aussi en bopomofo. Le chinois mandarin (très souvent nommé simplement chinois) est la langue la plus parlée au monde. Cependant, même s'il est aujourd'hui enseigné à tous les Chinois, les Chinois plus âgés ne parlent pas tous le mandarin mais d'autres langues chinoises, comme le cantonais, ou d'autres comme le tibétain. Cette langue, que les dirigeants communistes ont désignée comme la langue véhiculaire de leur nation entière (d'où le terme de 普通話 pǔtōnghuà, « langue commune »), était d'abord celle de communautés chinoises du Nord du pays. Bien que possédant aussi une ancienne histoire littéraire, elle ne dérive pas de la langue classique littéraire et artificielle (文言 wényán), abandonnée en 1919 après avoir été utilisée comme langue écrite officielle et littéraire pendant plus de deux mille ans : en effet, c'est d'une langue vernaculaire parlée (白話 báihuà, « langue simple ») que le mandarin procède. En 1956, c'est la variante de Pékin qui est promue au rang de langue officielle. On la considère souvent comme la variante standard de cette langue. Le mandarin de Pékin possède cependant des spécificités (comme l'utilisation fréquente de la rétroflexion vocalique notée au moyen du suffixe -er) et on dit souvent que les Pékinois ont un « accent ». Le mandarin d'un Taiwanais sera donc quelque peu différent de celui d'un tel Pékinois. En dehors de la Chine, d'importantes communautés chinoises partagent cette langue, qui est enseignée dans de nombreux lycées et universités de par le monde. Comme les autres langues chinoises, c'est une langue à tons. Elle utilise quatre tonèmes, qui changent le sens du mot, haut et plat, montant, descendant légèrement puis remontant (modulé) et descendant. Les tons sont représentés en République populaire de Chine par les accents sur les voyelles des syllabes de l'écriture romanisée dite pinyin et, à Taiwan, par les mêmes accents sur les graphèmes du bopomofo. On utilise aussi le numéro du ton à la fin de la syllabe quand les contraintes techniques empêchent d'entrer ou de lire les accents.

Les appellations

Le terme français provient du portugais mandarim (du malais mentari ou mantari, lui-même emprunté au sanskrit mantrin-, signifiant « ministre ») ; c'est la traduction du chinois 官話/官话 guānhuà, qui signifie littéralement « langue des mandarins » (magistrats de l'Empire). Le terme guānhuà est souvent considéré comme une appellation archaïque par les sinophones d'aujourd'hui. En RPC, la langue est nommée 普通話/普通话 pǔtōnghuà, « langue commune » ou 漢語/汉语 hànyǔ, « langue des Han ». À Taiwan, la langue est officiellement nommée 國語/国语 guóyǔ, « langue nationale ». Dans les communautés chinoises à l'étranger, particulièrement dans le Sud-Est asiatique, la langue est connue comme 華語/华语 huáyǔ, « langue chinoise » (華/华 huá est un terme désignant principalement la culture chinoise). Noter que bien que le terme de hànyǔ soit communément utilisé pour se référer au mandarin, cette terminologie est parfois contestée par les locuteurs d'autres variantes du chinois, qui trouvent que le nom implique que cette langue serait plus proche de l'ancien chinois que d'autres dialectes. Certains locuteurs du hakka, par exemple, affirment à juste titre que leur propre dialecte devrait justement être nommé hànyǔ car sa structure est plus proche de celle des textes anciens. La forme standard du mandarin s'appuie sur la prononciation propre aux locuteurs de Pékin (cf. Prononciation du mandarin), sans certaines particularités phonétiques. Il existe en effet une grande diversité dans les prononciations régionales, pour deux raisons principalement. La première est que l'aire géographique où ce langage est la langue maternelle de la plupart des locuteurs est si étendue que l'on rencontre nécessairement des variations de prononciations d'une zone à l'autre. Ces différences régionales sont de même nature que celles que l'on entend dans les diverses régions francophones de France, de Belgique, de Suisse, d'Afrique, du Québec, etc. La seconde raison est que nombre de locuteurs possèdent le mandarin comme seconde langue. Ces locuteurs le contaminent ainsi fréquemment avec le système phonologique de leur propre langue maternelle. Le mandarin de Taiwan, par exemple, est devenu une variante relativement homogène du mandarin standard tel que défini par les autorités éducatives. Le mandarin est parfois encore nommé de manière informelle pékinois (北京話/北京话 Beǐjīng huà, 北京方言 Beǐjīng fāngyán, « langue régionale de Pékin », ou 京片子 Jīng piànzi). À Taiwan, les partisans de l'indépendance de Taiwan insistent fréquemment pour que l'on utilise le terme de Beǐjīng huà à la place de 國語/国语 guóyǔ afin de promouvoir l'idée que le Taiwanais devrait être leur langue nationale.

Histoire

Les langues chinoises se sont développées à partir d'une langue commune nommée chinois archaïque. La plupart des Chinois vivant en Chine du nord, au Sichuan, et, en fait, dans un grand arc de cercle allant du nord-est (Mandchourie) au sud-ouest (Yunnan), utilisent plusieurs dialectes du mandarin comme langue maternelle. La prévalence du mandarin dans toute la Chine du nord est principalement le résultat de la géographie, en particulier les plaines du nord de la Chine. En comparaison, les zones montagneuses et fluviales de la Chine du sud ont connu une plus grande diversité linguistique. La présence du mandarin au Sichuan est largement due à une épidémie survenue au XIIe siècle. Cette épidémie, peut-être la peste noire, ayant décimé la population de cette région, elle a permis plus tard une colonisation par les Chinois du nord de la Chine et, indirectement, explique l'implantation d'une langue du Nord dans une région méridionale. Jusqu'au milieu du XXe siècle, la plupart des Chinois vivant en Chine du sud ne parlaient pas le mandarin. Cependant, malgré la mixité sociale entre membres de l'administration et gens du peuple parlant divers dialects chinois, le mandarin pékinois était devenu la langue dominante au moins sous la dynastie Qing, dont la langue officielle était le mandchou. Depuis le XVIIe siècle, l'Empire avait créé des académies d'« orthoépie », 正音書院/正音书院 zhēngyīn shūyuàn, dans une tentative de rendre la prononciation conforme au standard de Pékin. Leur succès s'était avéré très limité. Cette situation a évolué avec la création (en RPC et à Taiwan) d'un système d'éducation d'école élémentaire dévolu à l'enseignement du mandarin. En conséquence, le mandarin est devenu la langue la plus couramment parlée par la plupart des habitants de Chine continentale et de Taiwan. À Hong Kong, cependant, la langue de l'éducation et des formalités reste le cantonais, bien que le mandarin soit de plus en plus présent.

Mandarin et pékinois

Une erreur commune consiste à croire que le mandarin serait le dialecte pékinois. Il est vrai que la prononciation standard et que la grammaire de la langue enseignée s'appuie principalement sur le dialecte de Pékin, mais la notion de mandarin standard reste un concept assez flou car il représente plutôt un ensemble de langues fabriquées et imposées au peuple, à qui l'on demande d'oublier ses prononciations régionales habituelles. De la vaste aire qui s'étend de la Mandchourie au nord-est de la Chine jusqu'au Yunnan au sud-ouest, la langue maternelle de la plupart des habitants est le mandarin (dans son sens général), mais ces langues maternelles diffèrent toutes dans la prononciation, le vocabulaire et même parfois la grammaire, de la langue enseignée. Spécifiquement, conformément à la langue des natifs de Pékin, la plupart des locuteurs se conforment bien à la prononciation standard des consonnes rétroflexes (notées par zh, ch, sh et ri en pinyin), mais ils ajoutent souvent le -er final ─ communément utilisé comme diminutif ─ à des mots que d'autres locuteurs laisseraient tel quel. Ce trait dialectal est nommé 兒音/儿音 éryīn, « prononciation avec -er ». Il existe également de nombreux éléments lexicaux largement attestés dans la zone pékinoise mais fort rares ailleurs. En plus de toutes ces différences, comme c'est le cas pour les langues occidentales, il y a plus d'un accent propre à Pékin, dépendant du niveau social, d'éducation, etc. Ces quelques exceptions mises à part, la prononciation locale des natifs de Pékin se conforme généralement très bien à la prononciation standard. En général, les prononciations locales des natifs d'autres aires du mandarin se différencient d'autant plus qu'elles sont éloignées de la capitale. Les personnes qui vivent à Tianjing ont aussi une prononciation assez standard. Les personnes qui vivent dans le nord-est de la Chine transforment couramment les syllabes commencant par ce que le pinyin note j en syllabes commençant par g ou k (conformément à l'étymologie, du reste) et ont des difficultés à prononcer les sons commencant par r. Les personnes qui vivent dans les aires plus au sud transforment souvent les consonnes rétroflexes du mandarin standard : zh devient z, ch devient c, sh devient s et r se prononcent plutôt comme z. Cette remarque est également vraie pour le mandarin parlé à Taiwan. Dans certaines régions les locuteurs ne font pas la distinction entre l et n (principalement quand ils ont le cantonais comme langue maternelle), et dans d'autres la finale vélaire ng est changée en n. De plus, la langue enseignée emploie de nombreux tons légers (une absence de tonème qui rend la syllabe moins distincte ; cf. Prononciation du mandarin) pour les secondes syllabes des mots composés (consulter Sinogramme), alors que dans de nombreuses régions, en particulier au sud, le ton des deux syllabes est clairement marqué.

Variations grammaticales et lexicales

D'un point de vue officiel, il y a deux mandarins, puisque le gouvernement de Pékin se réfère à celui du continent comme étant le 普通話/普通话 pǔtōnghuà, « langue commune », alors que le gouvernement de Taipei nomme sa langue officielle 國語/国语 kuo-yü (en pinyin : guóyǔ), « langue nationale ». Officiellement, le pǔtōnghuà inclut les prononciations de plusieurs régions, alors que le kuo-yü est basé théoriquement sur les seuls phonèmes du mandarin de Pékin. La comparaison entre des dictionnaires des deux zones montre qu'il y a quelques différences substantielles. Cependant, les deux versions du mandarin scolaire sont assez souvent différentes du mandarin tel que réellement parlé, lequel subit l'influence de variations régionales. De plus, toutes les variantes du mandarin ne sont pas directement mutuellement intelligibles. Pour être plus précis, selon SIL ([http://www.ethnologue.com/show_language.asp?code=CHN]) : :« Les variétés du mandarin du plateau inférieur du Shaanxi ne sont pas directement intelligibles avec le putonghua. Les variétés du mandarin de Guilin et de Kunming sont fondamentalement inintelligibles aux locuteurs du putonghua. » Cependant, les locuteurs éduqués vivant dans les villes du Sud-Ouest telles que Guilin et Kunming parlent un pǔtōnghuà assez correct en plus de leur langue maternelle. Dans la Chine du Nord, au Sichuan, et dans d'autres aires où la langue du Nord est parlée, ce qu'on nommerait « variantes locales du mandarin » est en fait l'une des langues maternelles de locuteurs de ces zones. La période d'éducation de masse du mandarin n'a pas effacé ces différences régionales antérieures. Dans le Sud, l'interaction entre le mandarin et les autres langues chinoises ont créé des versions locales de la langue du Nord, qui sont assez différentes du mandarin officiel standard tant pour la prononciation que pour la grammaire. Par exemple, le mandarin parlé à Taiwan par les étudiants qui parlent taiwanais (un dialecte de min du sud) ou hakka comme langue maternelle est généralement parlé avec une grammaire et un accent qui le rendent différent du kuo-yü standard, donnant naissance à une version du mandarin communément nommée mandarin de Taiwan. Bien que le mandarin soit considéré comme le dialecte standard, parler le mandarin sans accent local ou parler le mandarin à la place du dialecte local peut faire passer le locuteurs pour un étranger ou quelqu'un danormal. C'est pour cette raison que la plupart des locuteurs, dirigeants politiques y compris, ne se force pas à parler le mandarin avec l'accent standard officiel.

Systèmes de transcription

Depuis que les premiers Occidentaux sont entrés en Chine et ont tenté d'apprendre le mandarin (ou, plutôt, de traduire la Bible dans une volonté d'évangélisation) est apparu le besoin d'une romanisation permettant de noter les caractères chinois. Depuis, de nombreux systèmes de transcription phonétique ont été proposés. Le premier à avoir été globalement accepté est le système dit Wade-Giles, nommé d'après ses inventeurs du . Ce système est toujours utilisé aujourd'hui, mais pas en Chine continentale. Il se rencontre surtout dans des éditions anciennes de livres occidentaux, ainsi que pour un assez grand nombre de termes chinois lexicalisés dans les langues occidentales. L'École française d'Extrême-Orient a aussi utilisé un système nommé EFEO, maintenant caduc. Au , les linguistes chinois ont proposé de nombreux systèmes de transcription. L'un d'eux propose même un nouvel alphabet syllabique, c'est le 主音符號/主音符号
zhǔyīnfúhào, « symboles phonétiques » (ou, de manière moins formelle, bopomofo). Le plus fructueux de ces systèmes est cependant le 漢語拼音/汉语拼音 hànyǔ pīnyīn, « méthode pour épeler phonétiquement le mandarin », plus souvent nommé pīnyīn, qui a été accepté comme système de transcription officiel pour la langue chinoise par la RPC en 1958 et ensuite par les Nations unies ainsi que par d'autres organisations internationales. Pendant les années 50, on a même pensé en Chine, sans succès, remplacer les caractères chinois par le pīnyīn. La chose n'est en effet pas faisable, à cause des nombreux cas d'homonymies dans la langue, homonymies dues à la structure syllabique particulière du mandarin. On retrouve cette diversité de systèmes de transcription également à Taiwan. Le gouvernement central de Taiwan a en effet adopté le 通用拼音 tōngyòng pīnyīn en 2002 (variante du pīnyīn de RPC) tout en permettant aux gouvernements locaux de ne pas appliquer cette décision pour préférer leur propre système de romanisation. Le zhǔyīn est utilisé pour l'apprentissage de la prononciation des caractères et de la grammaire dans les écoles. Les efforts visant à remplacer ce système en faveur du pīnyīn ont été bloqués à cause, principalement, de désaccords sur le type de pīnyīn à utiliser en remplacement ainsi que de l'effort très important à fournir pour corriger tous les documents pédagogiques existant et re-former complètement le corps enseignant. Parmi les autres systèmes de romanisation, on compte aussi :
- le pīnyīn postal (dérivé du Wade-Giles) ;
- la romanisation Yale ;
- le
gwoyeu romatzyh ;
- le MPS II.

Prononciation

Consulter Prononciation du mandarin. pour un article complet Le mandarin, à l'instar des autres langues chinoises, est une langue à tons (quatre) essentiellement monosyllabique (c'est-à-dire que l'unité morphématique, et non lexicale, est la syllabe). De plus, il se caractérise par un jeu d'oppositions entre les consonnes ne concernant pas la différence de voisement (comme en français, où [] s'oppose à [], [] à [], etc.) mais d'aspiration : b = [] s'oppose à p = [], zh [] à ch [], etc. Il n'existe, outre pour les voyelles, que peu de phonèmes sonores (dont l'émission s'accompagne de vibrations de la glotte, comme [] ou [] en français). De fait, un Chinois aura du mal à différencier gâteau, catho et cadeau. D'autre part, on note un nombre important de consonnes rétroflexes, c'est-à-dire prononcées avec la pointe de la langue remontant contre le palais dur et de consonnes palatales. De plus, il existe de nombreuses diphtongues ([], [], etc.) et triphtongues ([], yao [], etc.). Certaines syllabes n'ont pas de voyelle mais une consonne vocalisée : si [], [] (noter que le pīnyīn représente cette absence de voyelle par la lettre i après les consonnes qui ne peuvent être suivie du son []). Enfin, la structure de la syllabe est très rigide : on ne peut obtenir qu'environ quatre cents syllabes différentes (sans compter les tons), aucune syllabe ne peut commencer par le phonème ng [] ou par deux consonnes (ps [] comme kh [] sont impossibles), toute syllabe soit se terminer par une voyelle, n [] ou ng [], certaines suites de phonèmes sont interdites ([], [] ou [] ne sont pas permis), etc.

Adaptation des mots étrangers

Le chinois ayant peu de possibilités quant aux syllabes possibles, les locuteurs du mandarin ont de grandes difficultés à prononcer les mots d'autres langues, d'autant plus quand ils sont riches en suites de consonnes (fréquentes dans les langues d'Europe) ; les syllabes qui ne se conforment pas au modèle du mandarin ne peuvent de plus pas être directement écrites en caractères chinois. Il existe donc un système officiel permettant de représenter les emprunts lexicaux en utilisant des caractères chinois, qui donne cependant parfois d'étranges résultats. Il fonctionne selon deux extrêmes : soit le mot est traduit ou calqué lexème par lexème, soit il est transcrit phonétiquement au moyen de caractères choisis avec soin (dont le sens ne doit cependant pas être trop éloigné du contexte ou bien dont les connotations soient positives quand il s'agit d'un nom propre). Il existe aussi une série de caractères dénués de sens réel qui ne servent qu'à la transcription (à l'origine, celle de termes sanskrits propres au bouddhisme, fréquents en moyen chinois). L'article Sinogramme détaille aussi cette question. Par exemple, le mot
téléphone a été transcrit par delüfeng dans les années 20, mais a plus tard été changé en une forme purement chinoise, 電話/电话 diànhuà, « parole électrique ». Le mot pour microphone, cependant, est resté 麥克風/麦克风 màikèfēng qui, caractère à caractère, n'a aucun sens (soit « blé », « gramme », « vent »). Noter que la traduction imagée 話筒/话筒 huàtǒng, « tube de parole », a tendance à remplacer la transcription purement phonétique. En raison de la proximité entre le chinois écrit et les kanji japonais, le mandarin a emprunté de nombreux mots japonais tirés de mots européens adoptés à la fin du et au début du XXe. Cette méthode d'incorporation des mots étrangers au lexique chinois n'étant pas pratique, il est plus aisé pour les Chinois de créer des néologismes que d’emprunter directement des mots étrangers. Ces néologismes sont généralement polysyllabiques. Souvent, une des syllabes indique le thème général du mot composé, procédé qui rappelle la manière dont de nombreux mots chinois sont eux-mêmes composés. Par exemple, le mot pour « train », 火車/火车 huǒchē, signifie littéralement « véhicule (fonctionnant avec le) feu ». De même, l'ensemble des expressions techniques et scientifiques internationales dérivées du latin et du grec ne se retrouve pas en mandarin. Les termes sont le plus souvent traduits et non transcrits.

Lexique

Emprunts français

Le français a emprunté relativement peu de mots au mandarin ou aux autres langues chinoises. Notons cependant les mots
litchi, ginseng (littéralement « plante-homme »), mah-jong (« je gagne »), et kaolin. Ce dernier mot vient de deux mots chinois signifiant « colline élevée », d'après l'endroit où l'on entrayait la roche. D'autres mots gardent une forte ressemblance mais ont évolué légèrement avec les langues des peuples qui les ont apportés en France, comme badiane (bajiu, par le persan), tofu (doufu, par le japonais) ou soja (shiyu, également par l'intermédiaire du japonais) ou encore ketchup (koechiap, dans le dialecte d'Amoy par le malais et l'anglais).

Articles connexes


- Sinogramme ;
- chinois archaïque ;
- chinois classique ;
- chinois parlé ;
- prononciation du mandarin ;
- grammaire du mandarin ;
- langues chinoises.

Ressources pour étudiants


- [http://www.chine-nouvelle.com/methode/chinois Méthode de Chinois] 40 leçons en ligne et gratuites pour apprendre à parler, lire et écrire le Chinois mandarin.
- [http://www.loecsen.com/travel/discover.php?lang=fr&to_lang=18/ Apprendre et écouter des expressions pratiques en mandarin] Chaque expression est accompagnée d'une illustration

Dictionnaires en ligne


- [http://www.chine-nouvelle.com/outils/dictionnaire.html Dictionnaire Chinois (mandarin) Français] recherche en chinois, pinyin ou français. Catégorie:Langue chinoise Catégorie:Langue véhiculaire Catégorie:Langue tonale ja:北方方言 simple:Mandarin language th:ภาษาจีนกลาง


Paire minimale

als:Minimalpaar ko:최소 대립쌍 catégorie:LinguistiqueCatégorie:Phonétique Une paire minimale désigne, en phonologie, une opposition de deux mots qui ne se distinguent que par un seul phonème. C'est la recherche de paires minimales qui sert au linguiste à distinguer les phonèmes d'une langue. Le phonologue posera l'existence de deux phonèmes distincts là où il y aura distinction de sens. Ainsi, en allemand, le /t/, dans certaines conditions, est suivi d'une aspiration et se prononce [tʰ]. Mais on ne peut trouver deux mots qui ne se distingueraient que par l'absence ou non d'aspiration après un /t/ car la distribution [t] ou [tʰ] est conditionnée et dépend de critères invariables : on sait où /t/ doit être ou non aspiré. Le phonologue ne pose donc pour l'allemand qu'un phonème /t/ et explique que [t] et [tʰ] ne sont que des réalisations allophones en distribution complémentaire. En revanche, le français distingue /v/ et /b/, et il est facile de trouver des paires minimales qui attestent cette opposition phonologique : brille ~ vrille, par exemple. Dans la recherche de paire minimale il convient de prendre en compte les faits de position et de comparer les phonèmes différents en positions identiques (finale, initiale, intervocalique) et les phonèmes identiques à des positions différentes. Si /v/ et /b/ sont dits en opposition, c'est qu'ils s'opposent phonologiquement en formant une paire minimale et parce qu'ils ont un seul trait distinctif : même point d'articulation (labial) même degré de voisement (sonore) mais mode d'articulation différent ([v] est une fricative, [b] une occlusive). Il existe donc deux phonèmes /v/ et /b/ distincts en français : ce n'est pas le cas de l'espagnol, où il n'existe qu'un phonème /b/ prononcé, du point de vue phonétique, entre [v] et [b] dans la plupart des cas (c'est-à-dire [β]), [b] dans d'autres.

Articles connexes


- Phonologie ;
- distribution phonologique ;
- allophone ;
- phonétique.

Sandhi tonal

Le sandhi tonal est un phénomène de sandhi (modification des sons de mots en contact dans un énoncé) qui se produit dans les langues tonales. Il existe dans toutes les langues à tons, mais paraît plus répandu dans certaines que dans d'autres.

En mandarin

En mandarin, le sandhi tonal le plus fréquent concerne le 3 ton. Premièrement, une syllabe originalement au 3 ton placée devant une autre syllabe au même ton est prononcée comme une syllabe au 2 (consulter aussi Prononciation du mandarin). Par exemple, l'expression (« bonjour ») est prononcée dans les faits níhǎo ; normalement, la transcription en pinyin, plus phonologique que phonétique ne le note pas car il n'existe pas de contre-exemple : ce sandhi tonal est automatique et non pertinent. Deuxièmement, toute syllabe au 3 située devant une autre syllabe aux autres tons (dont le « ton léger », c'est-à-dire l'absence de ton) est prononcée au « demi-troisième ton », que la transcription ne note pas. Par exemple, dans (« beau ») et (« bien ! »), est prononcé au demi-troisième ton. Dans les faits, le troisième ton ne s'entend que dans des syllabes isolées, une prononciation appliquée mais artificielle ou en fin d'énoncé. Enfin, quelques mots impliquent des règles de sandhi tonal plus complexes (que la transcription n'indique pas non plus). Par exemple, la particule de négation (4 ton) passe au 2 ton devant une autre syllabe au 4 ton : (« je ne suis pas beau ») mais (transcrit normalement wǒ bù dà ; « je ne suis pas grand »). Le mot (« un ») est encore plus complexe puisqu'il se prononce :
- (1 ton) quand on compte, quand il est isolé et en fin de mot ou d'énoncé ;
- (2 ton) devant une syllabe au 4 ton ou devant le spécificatif (ton léger mais anciennement syllabe au 4 ton) ;
- (4 ton) devant une syllabe aux autres tons. Encore une fois, le pinyin n'indique aucune de ces modifications.

En taïwanais

Le sandhi tonal en taïwanais est plus complexe. Ainsi, seule la dernière syllabe d'un énoncé (ou une syllabe isolée) garde son ton d'origine. Tous les autres tons de l'énoncé sont modifiés automatiquement dès qu'ils sont suivis d'une autre syllabe, quel que soit son ton (qui n'entre pas en jeu dans les modifications) et subissent d'autres modifications selon la nature de la coda de la syllabe. Pour montrer à quel point le sandhi tonal y affecte la signification, considérons la combinaison des morphèmes kiaⁿ (« effrayé ») et lâng (« personne »), qui change de sens selon le ton. Prononcée kiaⁿ7-lâng5, elle signifie « avoir peur des gens » tandis que kiaⁿ1-lâng1 se traduit par « effrayant ».

En cherokee

Le cherokee a un système tonal imposant au sein duquel les tons peuvent être combinés de diverses manières selon des règles tonales complexes et subtiles qui admettent des variantes selon les tribus. Même si ce système tonal se simplifie peu à peu, à cause de la prévalence de l'anglais, celui-ci reste très important pour le sens.

Articles connexes


- Sandhi ;
- langues tonales ;
- tonème ;
- types de modifications phonétiques. Catégorie:Linguistique Catégorie:Phonétique

Accent tonique

Catégorie:LinguistiqueCatégorie:Phonétique L'accent tonique est une augmentation de l'intensité de la voix (ainsi que, souvent, une élévation de la hauteur) accompagnant l'émission d'une syllabe dans un mot, ainsi mise en relief. Sa syllabe (ou une de ses mores) frappée de l'accent est dite tonique, par opposition aux syllabes atones. On distingue fréquemment les langues à accent tonique des langues à tons et à accent de hauteur. Le présupposé affirmant qu'une langue à accent tonique n'a pas de tons est faux : en effet, les deux systèmes peuvent coexister, ce qui est le cas en mandarin ou en thaï. En revanche, dans une langue à tons, l'accent tonique ne peut être que secondaire. Enfin, au sein des accents toniques, on distingue deux catégories : l'accent d'intensité et l'accent de hauteur. L'accent tonique est une notion étudiée principalement en phonétique et en phonologie. Dans la première discipline, on analysera par quels moyens physiques il se réalise, dans la seconde son rôle dans la langue. C'est une unité discrète au même titre que le phonème, mais elle n'est pas segmentable. C'est donc une unité suprasegmentale : l'unité accentuelle ne peut être perçue sans le support des phonèmes et elle n'existe pas sans eux. Note : les transcriptions phonologiques entre barres obliques sont en API. Rappelons que l'accent tonique est signalé par le symbole /'/ placé devant la syllabe concernée. L'accent secondaire, quant à lui, est symbolisé par /ˌ/ ; ainsi, dans la chaîne de phonèmes /ˌfutri'ke/, /ke/ porte l'accent tonique (primaire), /fu/ l'accent secondaire et /tri/ est atone.

Exemples de langues à accent tonique

La grande majorité des langues d'Europe (dont les langues indo-européennes mais aussi finno-ougriennes, ou turques) ont un accent tonique. Ce fait laisse cependant souvent croire que c'est le système le plus répandu alors qu'en fait les langues du monde utilisent principalement le système tonal. Il existe cependant, plus rarement, des langues connues pour ne suivre aucun de ces systèmes : le hindī, par exemple, n'a ni accent tonique ou de hauteur ni tons.

Différences avec le système tonal

Si l'accent tonique ─ de hauteur ou d'intensité ─ s'oppose si fortement au système tonal (sans que l'un exclue nécessairement l'autre) c'est parce qu'il fonctionne principalement sur le contraste entre syllabe marquée, minoritaire dans le mot (souvent unique) ou dans l'énoncé et syllabes atones, majoritaires le plus souvent. En sorte, un mot ne possède qu'un nombre très limité de syllabes toniques voire aucune dans le cas des clitiques. Dans le système tonal, au contraire, il n'existe pas de contraste d'une telle sorte : toutes les syllabes (sauf quelques-unes, parfois) portent un ton, quel qu'il soit. C'est la différence entre la nature des tons qui crée le contraste. Ce point explique pourquoi on ne peut considérer les langues à accent de hauteur comme des langues tonales : en effet, même s'il existe des « tonèmes », ils ne frappent qu'une ou deux syllabes du mot, tandis que les autres restent atones. Le système accentuel met donc en valeur une partie limitée du mot (celle qui porte l'accent par opposition aux autres) ou de l'énoncé (il existe des mots portant un accent, d'autres atones) tandis que le système tonal place toutes les syllabes et les mots (sauf quelques exceptions) à un même niveau hiérarchique.

Accent de hauteur

[En préparation]

Manifestations acoustiques de l'accent d'intensité

La principale manifestation acoustique de l'accent tonique est une augmentation de l'intensité vocale touchant un ou plusieurs sommets de syllabe d'un mot. Prononcée avec plus d'énergie, cette syllabe se détache des autres, dites atones, par sa plus grande intensité sonore.

Intensité

Différence d'intensité selon les langues

Là encore, l'augmentation d'intensité est variable, selon les langues. Alors que dans la majorité des langues romanes elle est très marquée, elle est, en français, relativement faible voire inaudible. En effet, l'accent tonique du français est marqué pour chaque mot (hormis les clitiques) seulement quand ils sont isolés. Dans une phrase, seul le dernier mot de chaque syntagme portera l'accent, d'autant plus dans une diction rapide et courante. On parle alors d'un « accent de groupe de sens ». Par exemple, les mots polysyllabiques suivants sont accentués quand ils sont isolés comme indiqué dans une diction soignée : petite /pə'tit/, maison /mɛ'zɔ̃/, prairie /pʁɛ'ʁi/, diffusée /dify'ze/. Dans la phrase « La Petite Maison dans la prairie n'est plus diffusée », on entendra /lapətitmɛ'zɔ̃ dɑ̃lapʁɛ'ʁi neplydify'ze/ voire /laptitmɛzɔ̃dɑ̃lapʁɛ'ʁi neplydify'ze/. En effet, la notion de « groupe de sens » est variable : on peut considérer que « la petite maison dans la prairie » est composé de deux syntagmes : « la petite maison » + « dans la prairie » ou bien que le tout forme un syntagme unique. Le turc se caractérise aussi par un accent tonique relativement faible.

Accents primaires et secondaires

D'autre part, si dans de nombreuses langues les mots ne présentent, phonologiquement parlant, qu'un seul accent tonique (langues romanes, russe… mais, au plan phonétique, non distinctif, on perçoit des syllabes semi-accentuées sur lesquelles la prononciation s’appuie), dans d'autres, comme les langues germaniques, il existe un accent primaire, qui porte le maximum d'intensité, accompagné d'un ou plusieurs accents secondaires, selon la taille du mot. Ces accents secondaires, symbolisés par /ˌ/ en API, se rencontrent surtout dans les mots composés : on comprend donc que les accents secondaires sont une survivance de l'accent originel que portait l'élément entrant dans la composition du mot. Dans les langues germaniques, donc, l'unité accentuelle n'est plus le mot mais le lexème. La hiérarchie obtenue entre les accents (il existe toujours un accent principal) permet souvent de repérer quel lexème du mot composé est central et renseigne parfois sur des structures secondaires du mot. En allemand, par exemple, c'est normalement le radical qui porte l'accent principal. Si le mot possède une particule séparable, c'est elle qui reçoit l'accent principal. Enfin, les particules inséparables sont atones :
- dans un mot composé comme ausstaffieren, on a deux accents : /'aʊsʃtaˌfiːrən/, permettant d'isoler la particule séparable aus- du radical staffieren ;
- les deux homonymes dübersetzen sont distingués par l'accentuation : /'yːbɐˌzɛtsǝn/ « faire franchir » s'oppose à /ʏbɐ'zɛtsǝn/ « traduire ». Dans le premier cas, über /'yːbɐ/ est une particule séparable donc tonique (qui garde son sens propre : « au-delà de »), dans le second une particule inséparable, donc atone (et au sens figuré).

Autres manifestations acoustiques

L'augmentation d'intensité s'accompagne d'autres phénomènes, plus ou moins marqués selon les langues.

Modification de la hauteur de la voix

En anglais, la syllabe tonique est le plus souvent prononcée plus haut ou plus bas que les syllabes atones, selon les phrases. Il serait réducteur de penser que l'accent, outre par l'intensité, se manifeste seulement par une élévation (ce qui reste vrai quand on prononce les mots isolément). En effet, il n'est pas rare que le jeu de l'intonation fasse prononcer une syllabe tonique plus bas : dans la question
Are you married? « Êtes-vous marié ? », réalisée [ɑː juː 'mæɹɪd], la syllabe ['mæ] sera prononcée plus bas que [ɹɪd], dans le respect de l'intonation montante interrogative. Dans une assertion, en revanche, elle sera plus aiguë. Tant que ces variations de hauteur ne forment pas un système d'oppositions pertinentes, il ne convient pas de parler d'un accent de hauteur. Ces variations ne font qu'accompagner celles d'intensité.

Allongement dans la syllabe accentuée

En italien, la syllabe accentuée est automatiquement allongée. La quantité n’est donc pas phonologique puisqu’elle est entièrement conditionnée par la place de l’accent; il n’existe pas de vocoïdes ou contoïdes longs non accentués, les consonnes peuvent cependant être géminées hors de l’accent. C’est le dernier segment de la syllabe accentuée qui s’allonge, par exemple
fato « destin » /'fa.to/ et fatto « fait » /'fat.to/ sont réalisés respectivement ['fa:to] et ['fat:to]. Lorsque le noyau de la syllabe est une diphtongue, son deuxième élément subit un semi-allongement : vuoi « tu veux » /'vwɔi/ ['vwɔ·i].

Tension musculaire et clarté des phonèmes accentués

Il existe un phénomène dit « apophonie accentuelle » qui prévoit que les voyelles atones d'un mot, dans certaines langues, sont réalisées moins distinctement que les toniques (la tension musculaire mise en œuvre étant moindre). Leur timbre est moins clair et des voyelles différentes sont même confondues quand elles sont atones. Plusieurs modifications phonétiques peuvent entrer en jeu, comme la neutralisation ou la centralisation. Parmi les langues à apophonie accentuelle, on peut citer diverses langues slaves (bulgare, russe ─ consulter Apophonie accentuelle en russe), des langues romanes (catalan, le portugais, l'occitan...) ou encore des langues germaniques (anglais, allemand, néerlandais...). Il ressort d'une telle apophonie que ce n'est pas tant l'accent qui modifie l'image acoustique des mots que l'atonie : en effet, l'accent préserve ici l'identité des voyelles. En bulgare, par exemple, les voyelles
о /ɔ/ et у /u/ sont réduites à [o] tandis que а /a/ et ъ /ɤ/ sont réalisées [ɐ] quand elles sont atones. Pour d'autres exemples, consulter les articles consacrés aux langues citées. Ce dernier point, on le verra plus bas, entraîne des conséquences importantes pour l'évolution phonétique des langues.

Place de l'accent

L'accent tonique se réalisant comme une emphase par rapport aux syllabes atones, il convient de noter qu'un mot monosyllabique ne porte, isolément, pas d'accent, puisqu'on ne peut établir un contraste entre syllabes atones et toniques. Dans un énoncé, cependant, les syllabes de mots se suivant s'enchaînant, il apparaît que certains monosyllabes sont bien accentués, par opposition à d'autres, toujours atones (cf. plus bas la question des clitiques). Enfin, dans les langues à accent de hauteur les monosyllabes isolés ne sont pas forcément exclus : la modulation de hauteur impliquée peut en effet très bien se manifester sur une seule syllabe. On peut séparer les langues à accent en deux groupes : dans le premier, la place de l'accent dans le mot est libre et ne peut être connue que par la mémorisation de chaque mot. Dans le second, la place de l'accent est plus ou moins déterminée : l'accent « tombe » toujours au même endroit dans le mot. En règle générale, on détermine la place de l'accent en partant de la fin du mot.

Coexistence des mots toniques et atones

Accent libre

Dans les langues germaniques, par exemple, l'accent est libre : on ne peut déterminer sa place à l'avance. Les mots hérités du proto-germanique ont cependant tendance à avoir un accent sur la première syllabe du radical, ce que l'on peut voir, par exemple, dans le passage du proto-germanique au gotique). Les mots empruntés sont souvent accentués ailleurs. Voici quelques exemples en anglais :
- accent radical germanique :
apple ['æpl̩], begin [bɪ'gɪn], morning ['mɔːnɪŋ] ;
- autres emplacements dans les mots d'emprunt :
advice [əd'vaɪz] (du vieux français), command [kə'mɑːnd] (idem), economy [ɪ'kɒnəmɪ] (du latin). En russe, lituanien, grec ancien (mais voir plus bas pour les règles de limitation), etc., de la même manière, on ne peut non plus prévoir la place de l'accent.

Accent déterminé

Voici par exemple des langues à accent entièrement déterminé :
- espéranto (pénultième syllabe) ;
- finnois (1) ;
- français (finale des mots ou des groupes de sens) ;
- hongrois (1) ;
- quechua (pénultième) ;
- tchèque (1) ;
- turc (finale, sauf avec quelques suffixes ; le processus reste cependant régulier). Dans les langues suivantes, le placement de l'accent est plus complexe mais régulier dans la plupart des cas :
- arabe classique :L'accent tonique tombe le plus souvent sur la dernière syllabe lourde (contenant une voyelle longue ou une voyelle suivie d'au moins deux consonnes) du radical. Par exemple : سُكُون
sukūn [su'kuːn] « silence ». Dans la pratique (arabe dialectal, par exemple), la place de l'accent ne suit pas de règles encore décrites en précision. Il ne faut pas non plus perdre de vue que l'alphabet arabe ne note pas l'accent tonique. De sorte, celui de l'arabe classique, langue principalement écrite, ne peut être déterminé que par reconstruction ou en écoutant des arabophones le lire, lesquels suivent l'accentuation de leur propre dialecte ;
- breton :L'accent tonique tombe le plus souvent sur la pénultième syllabe sauf localement où il tombe sur la finale (vannetais, par exemple). Il existe une centaine d'exceptions pour des mots-outils ou des mots très utilisés dont l'accent tombe sur la finale (parfois, cela est dû à l'amuïssement de la finale originelle ; ainsi :
amannennamann, sauf en vannetais, qui a conserve amannenn);
- castillan :L'accent tombe sur l'avant dernière syllabe si le mot est terminé par une voyelle,
-s ou -n, sur la dernière quand le dernier phonème est une consonne. Par exemple : perro ['pero] « chien », perros ['peros]. Quand l'accent, lexical (propre à un mot) ou grammatical (propre à une forme fléchie verbale), est « irrégulier » par rapport à cette règle, il est indiqué à l'écrit par un accent aigu. L'accent ne peut remonter au-delà de l'antépénultième syllabe (sauf en cas d'enclise ; voir aussi plus bas) : enseñándoselo [ense'ɲandoselo] « en se le montrant ». Tant qu'il ne contredit pas cette limitation, il se maintient au cours de la flexion nominale : joven ['xoβ̞en] « jeune » fait jóvenes ['xoβ̞enes] au pluriel.
- latin :L'accent (de hauteur en latin classique, d'intensité en latin vulgaire) tombe sur l'avant dernière syllabe si elle est lourde (elle contient une voyelle longue ou bien une brève suivie d'au moins deux consonnes), sur l'antépénultième sinon. Les monosyllabes sont toniques sauf si ce sont des enclitiques. Ainsi :
do [dóː] « je donne », dārĕ [dáːre] « donner », dēbērĕ [deːbéːre] « devoir », dēbĕō [déːbeoː] « je dois ». :D'autre part, les mots portaient en plus d'un accent de hauteur un accent secondaire d'intensité placé invariablement sur la première voyelle, lequel permet d'expliquer nombre de modifications phonétiques en latin même (métaplasmes et apophonie principalement et dans les langues romanes (préservation de la voyelle initiale des mots). Ces phénomènes sont décrits plus bas.
- grec ancien :L'accentuation du grec est complexe. Elle est régie par des lois de limitation qu'on ne peut décrire ici. Tout au plus convient-il de préciser que l'accent de hauteur ne peut « remonter » (rappelons qu'on détermine la place d'un accent tonique par rapport à la fin des mots) au-delà de l'antépénultième syllabe si la voyelle finale est brève, de la pénultième si la finale est longue. Si l'intonation est complexe (intonation circonflexe), elle ne peut remonter au-delà de la pénultième avec une finale brève, de la finale si elle est longue. Au sein de ces possibilités, le placement reste relativement libre. Quelques exemples : ἄνθρωπος [ántʰrɔːpos] « homme » mais ἀνθρώποις [antʰrɔɔ́poi̯s] « (pour les) hommes » (finale longue : l'accent doit descendre), δῶρον [dɔ́ɔron] « don » mais δώροις [dɔɔ́roi̯s] « (pour les) dons » (finale longue : l'intonation circonflexe ne peut rester telle quelle et devient aiguë). Dans la conjugaison, l'accent tend le plus souvent à remonter le plus loin possible dans le mot. On remarque dans ces trois langues ce que l'on nomme des « lois de limitations », qui fixent la place limite de l'accent (toujours en partant de la fin).

Accent fixe ~ accent mobile

Selon les langues, l'accent peut ou non changer de place au cours de la flexion.

Accent fixe

En tchèque, en sindhi ou en hongrois, par exemple, il reste toujours sur la première syllabe à toutes les formes fléchies. Dans les langues germaniques, il garde aussi son emplacement de départ.

Accent mobile

Les changements de place les plus fréquents sont dus aux lois de limitation, le cas échéant (voir plus haut en castillan et en grec ancien). Le changement d'emplacement peut aussi faire partie d'un système accentuel grammatical plus complexe : par exemple, en castillan l'accent dans les verbes tend à remonter le « plus loin » possible (c'est-à-dire qu'il tombe sur la pénultième ou la finale ; l'antépénultième et la pré-antépénultième sont là considérées « irrégulières » pour cette classe lexicale). Au prétérit et au futur, cependant, sauf dans certains verbes irréguliers, il est souvent attiré à la finale bien qu'elle soit vocalique :
enseñe [en'seɲe] « qu'il montre » mais enseñé [ense'ɲe] « j'ai montré » et enseñará [enseɲa'ɾa] « il montrera ». En russe, les modifications accentuelles que subissent les mots au cours de la flexion sont bien plus complexes et ne peuvent être résumés ainsi. Il existe plusieurs schémas d'accentuation pour les noms (dont un schéma faisant intervenir un accent fixe), par exemple, qu'il convient d'apprendre par cœur en même temps que le paradigme. Voici par exemple les paradigmes de волк volk « loup » et конь kon’ « cheval », dans lesquels l'accent se déplace du radical aux désinences (est indiquée une transcription phonétique large pour masquer l'apophonie accentuelle) : Rappel : ë note toujours une voyelle tonique. Cf. Alphabet cyrillique. Le lituanien est encore plus complexe, puisque son accent de hauteur est à deux intonations et peut, outre se déplacer, changer de nature. Voici à titre d'exemple le paradigme du verbe veĩkti « suivre » au présent : veikiù, veikì, veĩkia, veĩkiame, veĩkiate, veĩkia. On peut le comparer à celui de tikė́ti « croire » : tikiù, tikì, tìki, tìkime, tìkite, tìki.

Fonctions

L'accent tonique peut jouer plusieurs rôles, selon son type (libre, déterminé, fixe, mobile...). On étudiera chaque fonction séparément.

Contrastive

C'est la fonction fondamentale de tout accent tonique, qu'il soit de hauteur ou d'intensité : en permettant la mise en relief d'une (ou plusieurs) syllabes du mot, il créé une opposition entre syllabes toniques et atones. Au niveau syntaxique, l'existence de mots toniques et de mots atones (le plus souvent des mots-outils) créé un contraste de second ordre. Les autres fonctions découlent naturellement de celle-ci.

Culminative

Sa principale fonction, partagée par toutes les langues, est dite
culminative (du latin culmen « faîte, sommet »). Il marque la présence des unités syntaxiques et sémantiques fondamentales (selon les langues : mots importants, lexèmes pour les langues germaniques, groupes de sens pour le français), ce qui permet, dans une chaîne de phonèmes, de reconnaître plus ou moins précisément la présence de telles unités. L'analyse d'un énoncé est ainsi facilitée. L'accent libre se limite à une telle fonction. Par exemple, dans la phrase castillane se puede cortar la carne con un cuchillo (« on peut couper la viande avec un couteau »), réalisée /se'pweð̞ekoɾ'taɾla'kaɾnekonunku'ʧiʎo/, on identifie quatre unités importantes, bien qu'il ne soit pas possible de découper la chaîne de manière plus précise (l'accent étant libre, on ne peut distinguer que les sommets des unités mais non leurs limites). Après une analyse nécessitant de connaître la langue, on peut savoir que ces unités correspondent à (se) puede (« on peut »), cortar (« couper »), (la) carne (« la viande ») et (con un) cuchillo (« avec un couteau »), qui sont bien les quatre mots les plus importants sémantiquement dans la phrase.

Démarcative

La fonction démarcative n'est possible qu'avec un accent déterminé et fixe. Un tel accent permet de distinguer de manière plus précise les unités syntaxiques et sémantiques fondamentales puisqu'on peut en reconnaître les limites (au contraire de ce qu'il se passe avec l'accent libre). Par exemple, il sera simple de découper une phrase hongroise en mots puisque l'accent tonique tombe toujours sur la première syllabe : chaque occurrence de l'accent marque la limite entre la fin d'un mot et le début d'un mot suivant. Dans les faits, les monosyllabes ne sont pas forcément accentués (d'autant plus quand ce sont des mots-outils) : on identifiera donc plutôt les syntagmes fondamentaux (article et nom, par exemple) que les mots eux-mêmes. Dans les langues connaissant des effets de sandhi important, les langues celtiques, par exemple, comme le breton, l'identité sonore des mots étant susceptible de varier (en raison des mutations consonantiques entre autres), l'accent tonique fixe (ou peu s'en faut) joue un rôle important dans la reconnaissance des unités syntaxiques. Noter que la fonction démarcative n'est pas le seul fait de l'accent tonique : d'autres procédés peuvent jouer un rôle similaire, comme le coup de glotte avant une initiale vocalique de lexème en allemand, la disjonction avant un
h « aspiré » en français ou encore l'aspiration des consonnes occlusives initiales devant voyelle en anglais.

Distinctive

Fait qui n'est pas partagé par toutes les langues, l'accent peut permettre d'opposer des paires minimales. Dans ce cas, il est distinctif. Il faut pour cela qu'il soit libre, ce qui permet les oppositions lexicales (on peut distinguer par l'accent deux mots qui seraient sinon homophones). S'il est mobile, il ajoute aux oppositions lexicales des contrastes grammaticaux. En anglais, par exemple, l'accent étant libre, il existe de nombreuses oppositions lexicales. Parmi les plus importantes, on trouve celle permettant de distinguer des verbes (accentués en finale) d'adjectifs ou noms homophones (accentués sur l'initiale). Noter qu'en raison de l'apophonie accentuelle, il n'est pas rare que l'homophonie ne soit pas complète mais qu'on ait plus qu'une homographie (le schwa, par exemple, ne pouvant pas être tonique) :
-
accent → [æk'sent] « accentuer » ~ ['æksənt] « accent » ;
-
increase → [ɪŋ'kɹiːs] « augmenter » ~ ['ɪŋkɹiːs] « augmentation » ;
-
progress → [pɹə'gɹes] « avancer » ~ ['pɹəgres] « progrès » ;
-
transport → [tɹæn'spɔːt] « transporter » ~ ['tɹænspɔːt] « transport ». En castillan, l'accent mobile permet un jeu d'oppositions très fréquentes dans la conjugaison : les modèles canto ['kanto] « je chante » ~ cantó [kan'to] « il chanta » et cante ['kante] « que je chante » ou « qu'il chante » ~ canté [kan'te] « je chantai » se reproduit régulièrement dans les paradigmes verbaux et permet de distinguer personne, temps et mode.

Influences sur l'évolution phonétique des mots

L'accent tonique d'intensité permet d'expliquer un grand nombre de modifications phonétiques subies par les mots au cours de leur histoire. C'est en effet l'un des procédés qui, acoustiquement, joue le plus sur l'identité sonore des phonèmes : en plaçant plus d'intensité sur certaines syllabes d'un mot, on peut facilement déformer cette syllabe et, inversement, le fait que certaines syllabes ou mots sont atones le rend moins distinctes (ce dont on a parlé plus haut dans le cadre de l'apophonie accentuelle), d'autant plus quand elles sont éloignées de l'accent.

Rôle nul de l'accent de hauteur

L'accent de hauteur, quant à lui, ne semble jouer aucun rôle ─ ou très limité ─ dans l'évolution des mots : en effet, des modifications mélodiques sont loin, acoustiquement et physiquement, de se montrer aussi déformantes que des changements d'intensité, lesquels impliquent une plus grande tension musculaire, une plus grande quantité d'air expulsé, un allongement des syllabes concernées, etc. (voir plus haut) alors qu'une modification de la hauteur ne demande ─ en simplifiant ─ qu'un changement de la fréquence de vibration des cordes vocales ainsi qu'un jeu sur leur tension. Changer la hauteur d'une syllabe ne fait pas intervenir de mécanisme lourd. Pour le coup, accent de hauteur et tonèmes jouent un même rôle quasi nul dans l'évolution du signifiant des mots.

Quelques exemples

Il serait fastidieux de citer tous les cas de modifications phonétiques faisant intervenir un accent d'intensité. On peut cependant relever :
- un grand nombre de métaplasmes, qui s'expliquent par le rôle d'un accent d'intensité, surtout pour les amuïssements (syncope, aphérèse, apocope, élision, etc.). En effet, ce les syllabes atones sont supprimables, par opposition aux syllabes toniques, que l'accent protège de l'usure phonétique ; on se reportera aux articles consacrés pour des exemples précis ;
- la diphtongaison : omniprésente dans l'histoire des langues romanes et dans celle des langues germaniques, elle est fréquemment due à l'accent. En effet, on note qu'une voyelle accentuée tend à s'allonger. Or, l'accroissement de la tension musculaire mise en jeu peut ne pas être régulier mais décroître pendant l'émission de la voyelle. C'est à ce moment qu'intervient la diphtongaison : la voyelle n'est plus prononcée à l'identique pendant toute sa durée mais se « scinde » progressivement en deux (ou plus) timbres, le second, moins énergétique, se différenciant par une aperture moindre ou plus grande (selon le timbre de départ) ou par une consonification (les voyelles /i/, /y/ et /u/ pouvant devenir les spirantes /j/, /ɥ/ et /w/), dans tous les cas demandant une moindre tension musculaire. Des bouleversements seconcaires peuvent rendre le mécanisme encore plus complexe (déplacement de l'accent de la première à la seconde more, dissimilations, assimilations, etc.). En guise d'exemple, voici la chaîne d'évolution du phonème latin (langue à accent de hauteur devenu accent d'intensité) /e/ accentué en syllabe ouverte depuis l'Antiquité jusqu'à actuellement en français : :/'e/ → /ei̯/ (diphtongaison)→ /ɔi̯/ (dissimilation) → /ue̯/ (assimilation) → /u̯e/ (bascule de l'accent sur la 2e more) → /we/ → /wɛ/ → /wa/ (d'où
tela latin donne toile français) ;
- parmi les lois de phonétique historique, celle de Verner permet d'expliquer des irrégularités apparentes de la loi de Grimm par le recours à la place de l'accent tonique dans les langues germaniques.

Accent et poésie

[En préparation]

Codage informatique

La norme Unicode prévoit les deux caractères de l'API pour les accents d'intensité primaire et secondaire dans le bloc « Lettres modificatives avec chasse » :
- ˈ (U+02C8) :
  - UTF-8 : 0xCB 0x88 ;
  - UTF-8 octal : \313\210 ;
  - entité numérique décimale HTML : ˈ ;
- ˌ (U+02CC) :
  - UTF-8 : 0xCB 0x8C ;
  - UTF-8 octal : \313\214 ;
  - entité numérique HTML : ˌ. Dans les faits, l'accent primaire est le plus souvent codé par l'apostrophe droite, directement accessible au clavier et automatiquement affichable par n'importe quelle police de caractères.

Bibliographie


- J. D. O'Connor,
Better English Pronunciation, Cambridge University Press, 2e édition de 1980 ;
-
Handbook of the International Phonetic Association (ouvrage collectif), Cambridge University Press, 1999 ;
- Maurice Bouchez,
Grammaire allemande, Belin, 1985 ;
- André Martinet,
Éléments de linguistique générale, Armand Colin, collection « Prisme U / Langages », 3e édition, 1991 ;
-
Dictionnaire de la linguistique, ouvrage collectif sous la direction de Georges Mounin, Presses universitaires de France, collection « Quadrige », 4e édition, 2004 ;
- André Mazon,
Grammaire de la langue russe, éditions de l'Institut d'études slaves, 3e édition, 1949 ;
- Michel Chicouène et Laurynas-Algimantas Skūpas,
Parlons lituanien, L'Harmattan, 1998 ;
- Jean Tardieu,
La prononciation de l'anglais, Pocket, collection « Langues pour tous », 2001 ;
- Noëlle Laborderie,
Précis de phonétique historique (du français), Nathan Université, collection « Lettres 128 », Paris, 1994.

Articles connexes


- Linguistique ;
- enclise, proclise ;
- accentuation du grec, accentuation védique, accentuation du lituanien ;
- langues à tons et tonème ;
- phonologie et phonétique ;
- unités suprasegmentales.


Accent de hauteur

Catégorie:LinguistiqueCatégorie:Phonétique L'accent tonique est une augmentation de l'intensité de la voix (ainsi que, souvent, une élévation de la hauteur) accompagnant l'émission d'une syllabe dans un mot, ainsi mise en relief. Sa syllabe (ou une de ses mores) frappée de l'accent est dite tonique, par opposition aux syllabes atones. On distingue fréquemment les langues à accent tonique des langues à tons et à accent de hauteur. Le présupposé affirmant qu'une langue à accent tonique n'a pas de tons est faux : en effet, les deux systèmes peuvent coexister, ce qui est le cas en mandarin ou en thaï. En revanche, dans une langue à tons, l'accent tonique ne peut être que secondaire. Enfin, au sein des accents toniques, on distingue deux catégories : l'accent d'intensité et l'accent de hauteur. L'accent tonique est une notion étudiée principalement en phonétique et en phonologie. Dans la première discipline, on analysera par quels moyens physiques il se réalise, dans la seconde son rôle dans la langue. C'est une unité discrète au même titre que le phonème, mais elle n'est pas segmentable. C'est donc une unité suprasegmentale : l'unité accentuelle ne peut être perçue sans le support des phonèmes et elle n'existe pas sans eux. Note : les transcriptions phonologiques entre barres obliques sont en API. Rappelons que l'accent tonique est signalé par le symbole /'/ placé devant la syllabe concernée. L'accent secondaire, quant à lui, est symbolisé par /ˌ/ ; ainsi, dans la chaîne de phonèmes /ˌfutri'ke/, /ke/ porte l'accent tonique (primaire), /fu/ l'accent secondaire et /tri/ est atone.

Exemples de langues à accent tonique

La grande majorité des langues d'Europe (dont les langues indo-européennes mais aussi finno-ougriennes, ou turques) ont un accent tonique. Ce fait laisse cependant souvent croire que c'est le système le plus répandu alors qu'en fait les langues du monde utilisent principalement le système tonal. Il existe cependant, plus rarement, des langues connues pour ne suivre aucun de ces systèmes : le hindī, par exemple, n'a ni accent tonique ou de hauteur ni tons.

Différences avec le système tonal

Si l'accent tonique ─ de hauteur ou d'intensité ─ s'oppose si fortement au système tonal (sans que l'un exclue nécessairement l'autre) c'est parce qu'il fonctionne principalement sur le contraste entre syllabe marquée, minoritaire dans le mot (souvent unique) ou dans l'énoncé et syllabes atones, majoritaires le plus souvent. En sorte, un mot ne possède qu'un nombre très limité de syllabes toniques voire aucune dans le cas des clitiques. Dans le système tonal, au contraire, il n'existe pas de contraste d'une telle sorte : toutes les syllabes (sauf quelques-unes, parfois) portent un ton, quel qu'il soit. C'est la différence entre la nature des tons qui crée le contraste. Ce point explique pourquoi on ne peut considérer les langues à accent de hauteur comme des langues tonales : en effet, même s'il existe des « tonèmes », ils ne frappent qu'une ou deux syllabes du mot, tandis que les autres restent atones. Le système accentuel met donc en valeur une partie limitée du mot (celle qui porte l'accent par opposition aux autres) ou de l'énoncé (il existe des mots portant un accent, d'autres atones) tandis que le système tonal place toutes les syllabes et les mots (sauf quelques exceptions) à un même niveau hiérarchique.

Accent de hauteur

[En préparation]

Manifestations acoustiques de l'accent d'intensité

La principale manifestation acoustique de l'accent tonique est une augmentation de l'intensité vocale touchant un ou plusieurs sommets de syllabe d'un mot. Prononcée avec plus d'énergie, cette syllabe se détache des autres, dites atones, par sa plus grande intensité sonore.

Intensité

Différence d'intensité selon les langues

Là encore, l'augmentation d'intensité est variable, selon les langues. Alors que dans la majorité des langues romanes elle est très marquée, elle est, en français, relativement faible voire inaudible. En effet, l'accent tonique du français est marqué pour chaque mot (hormis les clitiques) seulement quand ils sont isolés. Dans une phrase, seul le dernier mot de chaque syntagme portera l'accent, d'autant plus dans une diction rapide et courante. On parle alors d'un « accent de groupe de sens ». Par ex